‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 7 sur 254 · COUPLETS CHANTÉS A LA FKTE DES ARTS · texte numérisé non relu

COUPLETS CHANTÉS A LA FKTE DES ARTS

Jadis à Rome en pèlerins

Quand nous faisions visite, C'est pour voir les dieux, les saints

Et les héros qu'on cite ; Enfin chacun d'eux, poliment.

Nous rend notre visite.

Nous rend,

Nous rend notre visite.

Air : Veillons au salut de l'empire.

Honneur au fils de la Victoire !

Honneur à nos vaillants guerriers !

Minerve sourit à leur gloire ; Apollon chérit leurs lauriers.

Différents

Des tyrans Dont les arts redoutaient l'empire,

Ces vainqueurs

Dans leurs cœurs N'aspirent qu'à les cultiver.

D'autres combattent pour détruire :

Nous triomphons pour conserver.

AiH : Ronde du camp de Grandpré.

En marche triomphale La précoce abondance

Voyez-vous l'Apollon, Qui charge nos guérets

L'Hercule et la vestale, Nous annonçait d'avance

Et Vénus et Caton. Que nous verrions Gérés.

Tout héros, tout grand homme Qui, tout Dieu, tout grand homme

A changé de pays. A changé de pays.

Rome n'est plus dans Rome ; liome n'est plus dans Rome :

Tout héros, tout grand homme Oui, tout Dieu, tout grand homme

A changé de pays. A changé de pays.

Rome n'est plus dans Rome ; Rome n'est plus dans Rome

Elle est toute à Paris (i/s). Elle est toute à Paris [bis].

DIRECTOIRE EXÉCUTIF [28 juillet 1708]

A l'École française

Quel présent immortel !

Avec Paul Véronèse,

Le Titien, Haphai-l ;

Tout peintre, tout grand homme

A changé de pays.

Rome n'est plus dans Rome :

Tout peintre, tout grand homme

A changé de pays.

Rome n'est plus dans lîome;

¥A\e est toute à Paris {his\

Ain : Soldats, le bal va se rouvrir ou du Pas redoublé.

L'Afrique a fourni de lions Qu'ainsi nos ennemis domptés,

Notre ménagerie : Malgré leur résistance.

Grâce à Berne nous y voyons De mille prodiges vantés

Les ours de l'IIelvétie Enrichissent la France ;

Nous avons aussi de Saint-Marc Et puissent les amis des arts,

Les chevaux, et j'espère N'ayant qu'un centre unique,

Que, bien bridé, le léopard Rendre hommage de toutes parts

Nous viendra d'Angleterre, A notre République I

MCDXXI

Rapport du bureau central du 11 thermidor.

Journaux. — Les journaux viennent de prendre presque subitement un caractère très prononcé pour la plupart. Les uns ont forcé la teinte de leur impartialité, de leur amour du bien. La tendance à la désorganisation du gouvernement actuel est aussi plus forte chez les autres ; mais, de leur côté, ceux qui consacrent leur plume périodique à ménager ou flatter les royalistes enchérissent encore sur les précédents. — Les discussions élevées dans le sein du Corps législatif relativement aux époques marquées pour solenniser les 9 thermidor, 13 vendémiaire et 18 fructidor, ont été pour quelques journalistes l'occasion de montrer ou tout au moins d'indiquer dans quel esprit ils écrivent.

La Clef du Cabinet. — L'opinion du représentant Cholet est louée par la Clef du Cabinet, qui espère que la commission nommée assignera à chacune des époques précitées son jour journalier (sic) de solennité ' ; comme ce représentant, elle ne doute point de l'existence

1. Dans la séance du Conseil des Cinq-Cents du 8 thermidor an VI, à propos

de deux factions en France, et pense que le gouvernement ne doit point perdre un seul instant de vue celle trop puissante des anarchistes.

Le Swveillant. — Paraît entrer dans cette idée, il voit que l'on voudrait, par une sorte d'amalgame du 9 thermidor avec les suites, préparer l'oubli de cette époque célèbre, et que les invectives contre le 9 thermidor annoncent évidemment un parti qui regrette la terreur et ses exécrables moyens.

Le Fanal. — C'est également à défendre le 9 thermidor de l'idée défavorable que l'on voudrait y attacher, à raison des suites réactives que celte journée a eues, que le Fanal s'applique à la date du 9 même. 11 semble aussi vouloir que cette époque soit célébrée séparément. Mais il semble traiter «d'événements secondaires », et par conséquent éloigner l'idée de les célébrer, les journées, non moins importantes au salut public dans leur résultat, des 13 vendémiaire et 18 fructidor, en disant que « la découverte d'un complot et le châtiment de quelques conspirateurs n'ont rien de commun avec les victoires nationales ». — Au jour suivant, le même journal reconnaît l'utilité d'une mesure qui, prorogeant celle renfermée dans la loi du 19 fructidor relative aux journaux, opposerait un obstacle nécessaire à la licence de la presse. Ce dernier article ne devait pas être suivi d'un mot de personnalité contre le Journal des Francs.

Le Journal des Campagnes. — Celui-ci * paraît être en opposition marquée avec le Fanal, et il en est de même du Journal des Campagnes, qui lui reproche d'entretenir les vengeances, de rappeler les souvenirs de parti et de produire tous les tableaux de désastres qui peuvent inspirer la haine de la République.

Le Révélateur. — Mais, laissant à part ces personnalités et à n'étudier que le seul caractère politique du journaliste, on croit devoir observer que, dans le Révélateur des 9, 10 et 11 thermidor, il n'est question absolument en aucune manière de l'époque dont il s'agit, ni de la fête à laquelle elle a donné lieu.

Le Journal des Francs. — On pourrait en dire autant du Journal des Francs^ s'il n'avait remarqué en quatre lignes qu'il « a fait vilain », que fort peu de monde se rendait au Champ-de-Mars, et que l'inauguration du buste de Brutus tombait à un vilain jour. Le

d'un projet de fête commémorative des 9 thermidor, 13 vendémiaire et 18 fructidor, qui se célébrerait chaque année, en une seule fois, le 18 fructidor, Cholet avait dit qu'il f.Ulait célébrer à part les victoires remportées sur l'anarchie, qui, parmi les lactiuns, lui semblait « la plus abominable et certainement la plus dangereuse ».

d. C'est-à-dire le Journal des Francs.

11 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [28 .hillet 1798]

respect que l'on doit à la pensée empêche seul de découvrir une mauvaise allusion, une double entente réellement intentionnée dans ces derniers mots. Ce que l'on remarque principalement, ici, c'est le laconisme. — Du reste, dans cette feuille, on continue à traiter les membres du gouvernement batave de « soi-disant Directoire » ou de nos provisoi7'es, d'appeler la dernière révolution « l'heureux complot de Daëndels » ; on y vante une protestation, que l'on dit signée par plus de 40,000 personnes, motivée en premier lieu sur ce que la journée du 3 pluviôse avait aboli le modérantisme conspirateur qui à présent menace de reprendre l'empire qu'il exerçait à l'instant de sa chute.

U Observateur français. — Il est un esprit bien opposé dans les feuilles suivantes ; il y a une évidente exagération dans la manière dont ïObservaleur français ou le Postillon du soir adopte et vante la motion du représentant Cholet ; ce journaliste, dès lors, ne voit plus qu'anarchie ; un mot décèle bientôt sa véritable opinion : « Le 9 thermidor, dit-il, a produit, dit-on, la réaction des royalistes. Mais, en supposant ce fait, nous demandons si le 10 août n'a pas engendré le régime de Robespierre ? » — Ainsi, la réaction post-thermidorienne n'est encore qu'un fait en supposition ; ainsi, adroitement et avec perfidie, il glisse un vernis de réprobation sur l'époque où la liberté triompha de la tyrannie, où le trône fut abattu. Ce qui suit n'a pas moins son but : « Quelques députés de l'an dernier ne voulurent pas que le 14 juillet fût fêté sans amalgame; des députés de cette année n'ont pas voulu que le 9 tbermidor fût célébré sans amalgame!!!!! » [sic). N'est-ce pas là placer le peuple dans l'bypothèse d'une réaction au 18 fructidor? — Le numéro précédent de ce même journal n'était pas moins répréhensible, peut-être même n'était pas moins adroit. On y va au-devant de la question relative aux moyens de sup[déer aux mesures indiquées par la loi du 18 fructidor pour la répression de la licence de la presse, et, soit par un faux zèle, soit autrement, on y propose différentes vues qui toutes tendent à soumettre, dans les cas divers d'infraction aux lois ou d'atteinte au' gouvernement, les journalistes à l'action des tribunaux et à leur faire subir des formalités de procédures graduées suivant les circonstances du délit, c'est-à-dire de manière à rendre longue, formulaire, dirficile et presque illusoire la surveillance qu'exige la licence du journaliste. — Tous ces articles sont incohérents entre eux; quelques-uns sont d'une simplicité unique, comme celui-ci : « Le journaliste aura droit de discuter un projet de résolution, mais il ne pourra conseiller son inexécution quand il sera converti en loi. »

[28 .luiLLET 1798] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 12

Le Clairvoyant, — L'esprit du Clairvoyant, qui est également un journal de fraîche date, est aussi répréhensible ; il alTecle sans cesse d'appeler les frères ceux à Topinion desquels la sienne est bien diamétralement opposée. La motion du représentant du peuple Crochon * relativement à la fête du 9 thermidor est critiquée avec une partialité sensible, et on peut dire qu'un journaliste patriote ne s'exprime point comme le Clairvoyant.

Les Nouvelles de Paris. — On ne peut à la vérité improuver positivement ce qu'écrit sur le même sujet le journal les Nouvelles de Paris; on y distingue beaucoup moins d'affectation. L'opinion cependant ne diffère en rien de celle du journal précédent ; mais les Nouvelles de Paris se bornent à inviter le Directoire à se tenir en garde contre les tentatives de l'anarchie. — On reproche au Journal des Séances et au Postillon de Calais un charlatanisme constant dans la rédaction de son sommaire, dont le ton affirmatif induit tous les citoyens en erreur ; car il est à observer que c'est surtout ce sommaire que les colporteurs se permettent de crier, aussitôt qu'ils peuvent échapper à la surveillance de la police, qui les suit partout. Ainsi on trouve annoncées affirmativement : la conclusion de la paix à Rastadt ; arrestations considérables à Toulon, dont les Anglais, encore une fois, ont voulu incendier le fort; consternation des jeunes Belges en apprenant le projet de loi sur l'enrôlement des jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans. — Il n'est sur les autres journaux aucune observation à faire.

Lessore.

(Arch. nat., BB » 88.)

Journaux.

Rédacteur du 12 thermidor: « Extrait du procès-verbal de la séance du Directoire exécutif du 10 thermidor an YI. L'an VI'' de la République française une et indivisiblo, le 10 thermidor. Celle jouriiéo, la seconde des fêtes annuelles de la liberté fondées j)ar la loi du 3 brumaire, a été consacrée à la célébralion de l'anniversaire des grandes époques dont ces fêtes doivent perpétuer le souvenir. Le Directoire cxécutii" avait en outre fixé à ces deux jours l'entrée triomphale et la réception des objets de sciences et d'art recueillis en Italie. A deux heures do l'après-midi les mcmlires du Directoire, à l'exception du citoyen ReubcU, président du Directoire, retenu chez lui pour cause de maladie, se réunissent en grand costume dans la salle ordinaire de leurs séances. Les ministres sont successivement annoncés et introduits. Le ministre de

1. Dans la séance du Conseil des Cinq- Cents du 7 thermidor an YI, Crochon avait combattu une motion tendant à ce que ce Conseil célébrât dans son sein l'anniversaire du 9 thermidor.

13 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [28 juillet 1798]

l'intérieur, qui avait été charge de présider à l'entréo triomphale des monuments de sciences et d'art conquis en Italie par les troupes républicaines et recueillis par les soins du gouvernement français, rend compte au Directoire exécutif de la manière dont ses ordres à cet égard ont été remplis. Le cortège étant arrivé au Champ-de-Mars, et chacun ayant pris la place qui lui avait été indiquée, les commissaires en Italie s'avancèrent vers l'autel de la Patrie : L'un d'eux, le citoyen Thouin, remit au ministre de l'intérieur la liste des

objets qu'ils avaient recueillis et lui adressa un discours' Le ministre,

au nom des savants et des artistes, adressa aux commissaires des remerciements Le ministre donna à chacun des commissaires l'accolade fraternelle, au milieu des acclamations universelles des nombreux spectateurs, et les plaça près de lui sur des sièges distingués, d'où ils continuèrent à jouir des témoignages précieux de la reconnaissance publique. Le Conservatoire exécuta ensuite une ode patriotique du citoyen Lebrun, musique du citoyen Lesueur. Une salve d'artillerie annonça la fin de la cérémonie et le cortège s'est séparé aux cris de Vive la République! Le soir, la maison du Champ-de- Mars a été illuminée, ainsi que le Cirque. Des orchestres furent placés dans la moitié de l'arène située vers la rivière. Des danses, prolongées fort avant dans la nuit, terminèrent la première journée des fêtes de la liberté. Le ministre de l'intérieur termine ce rapport par la lecture du programme qu'il a arrêté pour la solennisation de la seconde journée des fêtes de la liberté. Le Directoire exécutif ordonne que le rapport du ministre de l'intérieur sera inscrit dans son procès-verbal, et adopte les dispositions contenues dans le programme par lui présenté. En conséquence, à trois heures, le Directoire monte dans ses voitures pour se rendre au Champ-de-Mars; il se met en marche précédé de ses huissiers et messagers d'État, et accompagné des États-Majors de la 17<= division militaire et de la place de Paris, d'un grand nombre d'officiers généraux, des ministres et du secrétaire général. Deux piquets de cavalerie ouvrent et ferment la marche. Les grenadiers à pied et à cheval, composant la garde du Directoire, et un détachement de vétérans nationaux escortent les voitures. La musique exécute pendant la marche les airs chéris des républicains. On arrive dans cet ordre à la maison du Champ-de-Mars. Les juges du tribunal de cassation, les membres des autorités constituées, des établissements publics du département de la Seine et de la Commune y attendaient l'arrivée du Directoire. Il met pied à terre, et se rassemble dans une salle réservée à cet effet. Les ambassadeurs ou envoyés des puissances étrangères, qui s'étaient réunis dans une autre salle du même édifice, sont introduits par le ministre des relations extérieures et viennent saluer le Directoire. Un concours innombrable de citoyens de tout âge et de tout sexe, accourus de tous les quartiers de cette cité populeuse, couvraient le vaste talus du Champ-de- Mars. L'arène était occupée exclusivement i)ar les troupes de la garnison de Paris, qui devaient y exécuter dos évolutions militaires. Les chars qui portaient les monuments des arts étaient rangés près des thermes, à l'entrée du cirque. Le ministre de l'intérieur y avait fait faire les dispositions convenables aux solennités qui devaient y avoir lieu. Au milieu du champ s'élevait un vaste stylobate, sur lequel était construit un amphithéâtre circulaire décoré d'un ordre ionique. Au centre, et dans la partie supérieure, était placé l'autel

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