‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 8 sur 254 · Nous ne reproduisons ni ce discours ni le suivant · texte numérisé non relu

Nous ne reproduisons ni ce discours ni le suivant

de la Liberté; rétcndard tricolore flottait au frontispice. Des copies des principales statues recueillies en Italie et des trophées composés des attributs des beaux-arts décoraient l'enceinte extérieure de l'autel de la patrie, qu'ornaient d'autres copies des statues d'Apollon et des Muses. Le buste de Brutus, placé sur un cippe, au bas de l'autel, devant la statue de la Liberté, fixait tous les regards et allumait dans tous les cœurs le feu sacré dont était embrasé le fondateur révéré de la République romaine. L'horizon, qui avait été constamment pluvieux les jours iirécédents, et chargé de vapeurs dans la matinée de cette journée, s'était rasséréné tout à coup, et le soleil, répandant sur cette immense réunion une lumière douce et pure, semblait s'associer au triomphe de la grande nation. Le Directoire sort à pied de la maison du Champ-de-Mars, précédé d'un cortège nombreux, qui se compose ainsi qu'il suit : un détachement de troupe ayant à sa tête un corps de musique militaire; les membres des comités de bienfaisance et de la commission des hospices civils; les professeurs des écoles centrales et spéciales et les administrations des musées et des bibliothèques ; des juges de paix et leurs assesseurs ; le tribunal de commerce, le tribunal correctionnel et les tribunaux civil et criminel ; la régie des domaines nationaux; la direction générale de la liquidation de la dette publique ; l'administration des monnaies ; les administrations municipales des douze arrondissements de Paris ; les ambassadeurs, ministres et envoyés des puissances étrangères ; les ministres de la République française ; le Directoire exécutif; la garde du Directoire exécutif. Le cortège se rend à l'autel de la Patrie, aux pieds de la statue de la Liberté. Les ministres occupent le gradin inférieur; les membres du corps diplomatique, la plate-forme de l'amphithéâtre ; le surplus du cortège prend place dans la galerie circulaire ; la garde du Directoire, présidée par son état-major, et les vétérans nationaux se rangent en demi-cercle autour du Directoire. A la droite de l'amphithéâtre sont les professeurs et élèves du Conservatoire de musique et les États-Majors de la 17" division et de la place ; à la gauche, des militaires blessés. Une salve d'artillerie annonce l'ouverture de la fête. Le Conservatoire de musique exécute une symphonie analogue à la solennité. Il entonne ensuite V Invocal ion à la Libciié, qui est écoutée avec une silencieuse vénération. Les membres du Directoire exécutif se lèvent et se découvrent; tout le cortège, tous les assistants simultanément découverts invoquent avec une égale ardeur la divinité qui préside aux destinées de la France républicaine. Pendant ce temps les citoyens Thouin, Moitte, Barthélémy et Pinet, commissaires chargés de recueillir en Italie les monuments des objets de sciences et d'art, suivis des voitures qui portent ces augustes dépouilles, traversent l'arène et s'avancent vers l'autel de la Patrie. Le citoyen Thouin marche à leur tête, un drapeau tricolore à la main. On se lève, on se presse i)Our contempler ces citoyens précieux à la République. On regrette de ne pouvoir payer en môme temps le tribut de la reconnaissance nationale aux citoyens Monge et BerthoUet, leurs collègues, employés dans une seconde mission. L'aspect de tant de monuments si vantés dans les siècles les plus reculés ; la possession de ce trésor inappréciable de chefs-d'œuvre des grands maîtres dans tous les genres ; ces trophées sacrés et indélébiles du courage, de la persévérance, de la grandeur des guerriers français, ])énètrent tour à tour les âmes de sentiments de respect, d'orgueil et de gratitude. De toutes les poitrines de l'enceinte s'élèvent jusqu'aux cieux ces acclamations universelles :

15 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [28 juillet 1798]

Vive la République! \ive lu (jrunde itation I Vivent les défenseurs de la patrie! Vivent nos armées immortelles! Les chars se forment en demi-cercle au-devant de l'autel de la Patrie. Le ministre de l'intérieur va au-devant des commissaires, se place à leur tète et les conduit sur l'autel de la Patrie ; il les présente au Directoire, avec la liste des monuments qu'ils

ont recueillis et prononce un discours Le citoyen Merlin, ex-président,

substituant le citoyen Reubell, président, prononce ensuite un discours*

Le président du Directoire distribue, au nom de la patrie, à chacun des commissaires une médaille sur laquelle est gravée d'un côté, la figure de la Franco, do l'autre cette légende : Les sciences et les arts reconnaissants . II leur adresse en même temps un discours (suit le texte de ce discours). La modestie des commissaires, qui semble vouloir les soustraire à l'expression de la gratitude publique, ranime les applaudissements qui s'étaient contenus avec peine. Ils descendent de l'autel et sont conduits auprès du buste de Drulus, où ils prennent place sur des sièges qui leur avaient été préparés. Le Conservatoire de musique exécute le poème séculaire d'Horace, puis les strophes du citoyen Lebrun mises en musique par le citoyen Lesueur. (Elles ont été insérées dans le numéro d'hier.) Le Directoire exécutif, suivi du secrétaire général et des ministres, descend de l'autel et s'avance vers le buste de Brutus. Le président du Directoire s'incline et pose sur le piédestal du Imste une branche de laurier. Chacun des membres du Directoire, le secrétaire général et les ministres rendent successivement, de la même manière, un pieux hommage au citoyen courageux qui fonda la République romaine. Le Directoire remonte à l'autel de la Patrie ; le Conservatoire de musique exécute VHymne du 9 thermidor, composé par le représentant du peuple Chénier, musique du citoyen MéhuM. La charge sonne, les troupes, stationnées dans l'arène, infanterie, cavalerie et artillerie volante, s'ébranlent et donnent aux citoyens, sous les ordres du général Moulin, commandant la 17*^ division militaire, le spectacle d'évolutions militaires et de manœuvres exécutées avec la précision et la vigueur qu'elles déployèrent tant de fois sur le champ de bataille. On se plaît à voir chacun de ces corps, distingués dans les postes de la gloire par mille actions d'éclat, employer à l'amusement de leurs concitoyens ces armes terribles qui ont foudroyé les phalanges des rois coalisés contre la République naissante. Ces exercices finis, un premier ballon est lancé pour indiquer la direction de l'air. Un aérostat orné de guirlandes et d'inscriptions patriotiques, attendait l'ordre du Directoire pour enlever un trophée qui y était suspendu, composé de différents attributs de la liberté et des arts et du drapeau tricolore. Les attaches se rompent, il part ; mais des tourbillons d'air entravent son ascension. Tout à coup, perçant ces vains obstacles, la superbe machine prend un essor sublime, s'élance dans les airs et plane majestueusement au-dessus des nues, parée des vives couleurs de l'arc-en-ciel. Cet emblème fortuit, mais fidèle, des destinées de la République

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