‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 70 sur 254 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

[24 OCTOBRE 1708] DIUECTOIRE EXÉCUTIF 178

MDV

Aperçu politique de la situation actuelle du gouvernement

RELATIVEMENT AUX FACTIONS DE L'iNTÉRIEUR *.

Paris, 5 brumaire an VII.

Citoyen ministre,

Dussé-je avoir le sort de cette Cassandre qui, selon Virgile, avait prédit la ruine de Troie, sans qu'on eût fait la moindre attention à ses prophéties, je ne cesserai de vous répéter que notre situation devient de jour en jour plus alarmante, et que vous êtes abusé par votre ministre de la police, qui l'est sans doute lui-même, s'il ne vous avertit pas des dangers qui nous menacent.

Il existe en ce moment, dans Paris, plusieurs points de rassemblement où les ennemis actifs du gouvernement actuel se réunissent. Là se trouvent des exagérés de toutes les parties de la République, mais notamment du Midi, quelques exclusifs venus de l'Italie, qui reprochent à ceux de l'intérieur leur lenteur et leur faiblesse, quelques fripons des colonies, qui aspirent à les rendre indépendantes de la métropole, et qui, pour arriver à ce but, sentent la nécessité de renverser l'ordre actuel. Ce plan, dit-on, compte plus d'un appui dans le Conseil des Cinq-Cents ; et, s'il faut en croire des bruits secrets, des aventuriers politiques doivent aller en préparer l'exécution dans les colonies. Je vous en préviens, citoyen ministre, afin que vous preniez des mesures pour qu'on ne délivre pas légèrement les passeports qui seront demandés pour Saint-Domingue.

Tous les conspirateurs dont nous venons de parler, quoique ayant des intérêts différents, ont un même but, celui de renverser le gouvernement, et ils s'accordent aussi sur le choix des moyens. Leur premier soin est de s'emparer des militaires. Ils fondent surtout un grand espoir sur les militaires destitués ou réformés, et ils travaillent en conséquence. Le gouvernement a, sans doute, pressenti ce danger, lorsqu'il a prescrit des résidences particulières à ces militaires. Plu-

1. Cet « aperçu » est accompaf^né de la lettre suivante : « Le commissaire du Directoire exccutil' près radiiiinistralion centrale du département de la Seine au ministre de l'intérieur. Paris, 5 briunaive an VII. (Citoyen ministre, je crois devoir vous adresser copie d'une note importante qui m'a été remise par un bon citoyen, et qui me paraît mériter attention. DiPix. »

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sieurs d'entre eux avaient, dans différentes orgies, manifesté une exaltation vraiment inquiétante.

Un autre moyen qu'on emploie avec la même activité, c'est d'égarer l'esprit de la multitude par de nombreux agents, partisans ou émissaires des deux sexes qu'ils chargent de grossir et de renforcer le sentiment des maux présents par l'exagération de la plainte ; par la supposition des faits qui n'existent pas ; mensonges plus ou moins grossiers qu'ils adaptent à la portée des esprits pour compromettre le gouvernement et la représentation nationale, et en déduire malignement que la Révolution n'a pas fait le bien qu'on s'en était promis ; que mieux vaudrait toute autre chose que ce qui existe, fût-ce même un roi.

Viennent ensuite les libelles, tels que les écrits de Grachet *, dont les exemplaires sont multipliés, répandus avec profusion et accueillis avec fanatisme par les mécontents. A leurs yeux, Grachet et autres sont les véritables représentants du peuple. L'épuration du 22 floréal est par eux traitée de nomination révolutionnaire et contre-révolutionnaire. Ils disent que le Directoire médite une Cisalpine, à laquelle ils sauront bien s'opposer. Ils vont même jusqu'à prétendre qu'il circule un nouveau projet de constitution, qu'ils donnent pour être l'ouvrage du gouvernement. L'expédition de Bonaparte est par eux calomniée et travestie. Elle est présentée comme un exil de ce général, et les hommes qui l'accompagnent comme des hommes sacrifiés. Aux moyens mis en usage pour diriger et souligner l'opinion, ils joignent ce qu'ils appellent leur contre-police, qu'ils se vantent d'avoir parfaitement organisée, d'autant plus sûre et d'autant plus active, disent-ils, qu'elle n'a pas besoin d'être payée, tous les individus qui la servent étant liés par le même intérêt et par les mêmes espérances.

On assure qu'il est du bon ton en Italie de dire du mal du Directoire français, de le présenter comme despote, comme aristocrate, comme foulant aux pieds les lois constitutionnelles. On serait regardé comme un homme venant de l'autre monde, si l'on y tenait un autre langage. Ces déclamations ont évidemment pour but d'indisposer les militaires contre le gouvernement, et de les faire concourir aux projets qu'on médite dans l'intérieur.

La faction compte tellement sur l'appui du militaire, qu'elle avait voulu choisir un jour de fête nationale, pour porter le grand coup. Le Directoire et ceux qui lui sont dévoués devaient y périr, ainsi que

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