‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 77 sur 254 · L. MiLLY, Lessore · texte numérisé non relu

L. MiLLY, Lessore

(Arch. nat., BB » 89, et F ^ 3842.)

MDXIV

Compte décadaire des opérations du Bureau central du canton DE Paris du V au 10 brumaire an VIL

...Octroi. — Les quarante-huit commissaires de police ont été invités, par une circulaire, à se rendre, dans la nuit du 30 vendémiaire au l*"" brumaire, vers minuit, auprès du percepteur du droit de passe des barrières de leur arrondissement, afin que, dans le cas où le ministre de l'intérieur aurait transmis à ce percepteur l'ordre de commencer après minuit la perception du droit d'octroi autorisé par la loi, ils puissent aplanir les difficultés qui pourraient s'élever à ce sujet. — Le ministre de l'intérieur a été informé de cette mesure, qui a été exécutée, et les procès-verbaux dressés à cette occasion ont été transmis au Bureau central. Il résulte de celui du commissaire de police de la division du Pont-Neuf que la barrière du Montparnasse, était barricadée et fermée au cadenas, et qu'il n'y avait trouvé ni receveur du droit de passe, ni force armée

Ouvriers du port de la Râpée. — Informé que les ouvriers travaillant ordinairement sur le port de la Râpée se proposaient d'empêcher, le l*"^ brumaire, leurs camarades ou d'autres ouvriers de travailler sur ce port pour un prix inférieur à celui qu'ils se proposaient de demander, voulant que leur main-d'anivre fût augmentée; le Bureau central a fait part au commandant de la place et l'a invité à envoyer, ledit jour i^^ brumaire, dès cinq heures du matin, un fort détachement de cavalerie du côté de la barrière pour en imposer par de fréquentes patrouilles et prêter main-forte au cas de besoin

Correspondance relative aux mœurs et opinion publique. Théâtre des Délassements. — Conformément aux ordres du ministre de la police, le Bureau central a fait suspendre, au théâtre des Délassements, la représentation d'une pièce intitulée Alberty ou la Maison de fer\ jusqu'à ce que l'auteur de cette pièce y ait fait les changements nécessaires.

1. Je ne Iroiive rien sur cette pièce dans le (\n/rrier des Specloclcs.

189 DIUECTOIUE EXÉCUTIF [21 au 'M octobre 1798]

Tkédlres. — Il a donné acte aux ci-après nommés de leurs déclarations qu'ils étaient dans l'intention de faire jouer des pièces de théâtre, savoir : l*» le citoyen Roi, artiste dramatique, dans la salle du citoyen Lebrun, rue de Cléry ; 2° le citoyen Thierry, dans le cloître Marcel, dans la maison du citoyen Thnllement ; 3° les citoyens Michelet et L'Écuyer, dans un local situé rue des Sept-Voies, et ensuite dans un autre, rue Jean-de-Beauvais ; 4» les citoyens Parent et Lequer, sur le théâtre des Aveugles, rue Denis.

Musée des Arts. — L'administration du Musée des Arts ayant dénoncé un rassemblement d'individus des deux sexes qui obstruaient la place du Louvre, sous prétexte de faire déposer les cannes aux personnes qui vont au Musée, s'en allaient avec les effets déposés, et louaient des catalogues des objets exposés, ce qui faisait tort à cet établissement, le Bureau central a donné ordre au commissaire de police du Muséum de ne laisser stationner sur la place aucun dépositaire de cannes et d'exiger l'exhibition d'une patente de ceux qui se présenteront sur la place pour louer ou vendre des catalogues.

Almanachs . — Instruit par le ministre de la police que le citoyen Langlois, libraire, rue de Thionville, faisait passer dans les départements des almanachs dans lesquels non seulement l'ancien calendrier se trouvait accolé au nouveau, mais encore qui renfermaient des sarcasmes injurieux contre la Révolution, le Bureau central a mandé le citoyen Langlois, qui a fait la déclaration des almanachs par lui imprimés, et il a transmis au ministre copie de cette déclaration, en lui rendant compte de l'examen qui a été fait de ces almanachs.

Journaux. — Informé par le même ministre que beaucoup de journaux paraissaient sans noms d'auteur ni d'imprimeur, le Bureau central a mandé dix-huit propriétaires de journaux qui ont tous promis de se soumettre à la loi du !28 germinal an IV

Salles de dissection. — En accusant au ministre de l'intérieur la réception de sa lettre du 17 vendémiaire dernier, avec des observations sur l'exécution de l'arrêté du Directoire exécutif du 3, relatif à la police à exercer sur les salles de dissection et laboratoires d'anatomie, le Bureau central l'a prévenu qu'il venait de demander à la Commission des hospices civils des renseignements sur Tordre à suivre

en cette partie

Sallior ', Lessore.

(Arch. nat., BB» 89, et F^ 3842.)

1. Sallior ne fut nommé membre du Bureau central que le 19 brumaire an VII (voir plus loin à cette date). Mais ce rapport décadaire est précisément daté du 19 brumaire.

[l*"- NOVEMBRE 1798] DIRECTOIIŒ EXÉCUTIF 190

MDXV

H BRUMAIRE AN VII (l^r NOVEMBRE 1798).

Rapport du bureau central du 12 brumaire.

Mœurs et opinion publique. Esprit public. — On a remarqué, ces jours derniers, une assez vive inquiétude dans les esprits ; elle était causée par les symptômes insurrectionnels qui s'étaient manifestés dans les départements réunis qui formaient autrefois la Belgique, par les dispositions que l'on supposait aux ministres plénipotentiaires de Prusse au Congrès, et par les derniers changements survenus dans la République cisalpine. — Les nuages qui couvraient l'esprit public se sont en grande partie dissipés ; la réduction des rebelles dans la Belgique a ôté aux royalistes l'espérance qu'ils concevaient déjà de voir ces superbes contrées enlevées à la République. Et, parmi la classe plus nombreuse de jour en jour des véritables républicains, la haine des Anglais, qui avaient fait passer des armes aux révoltés, s'en est d'autant accrue. — On ne voit également qu'une preuve des instigations des agents de l'Angleterre auprès de la Prusse dans les demandes dont les ministres de cette puissance viennent en dernier lieu appuyer quelques prétentions de l'Autriche, et l'on est fort éloigné de croire, comme voudraient le persuader un certain nombre d'individus, que ces incidents soient jamais capables de rompre la bonne harmonie qui existe entre les cabinets de France et de Prusse. — Quant aux changements survenus dans la République cisalpine, que d'obscurs agitateurs voudraient rendre intluents sur les destinées mêmes de la République française et sur la tranquillité de son gouvernement, il a paru qu'ils n'avaient pas un assentiment général et qu'au contraire la majorité des citoyens craignaient qu'ils n'ouvrissent la porte aux passions de quelques ambitieux jaloux de faire naître des déplacements et d'en profiter pour satisfaire, soit leur orgueil, soit leur cupidité. — Quoique l'on n'ait pu présenter les opinions précédentes que sous un jour avantageux, cependant on remarque avec peine qu'en général l'esprit public manque de force, d'élan et d'activité ; il semble que depuis quelques jours on attache moins d'importance aux affaires politiques ; les discussions à cet égard, de quelque nature qu'elles soient, deviennent plus rares ; on a cru s'apercevoir que cet état d'inertie venait des doutes que l'on conçoit sur la bonne foi des membres du Congrès dans leurs efforts peu sensibles pour

101 DIRECÏOIHE EXÉCUTIF [2 novembre 1798]

accélérer le retour de la paix. Il est encore aisé de sentir que ce découragement apparent est en grande partie l'effet des déclamations de quelques écrivains que l'on serait tenté de croire dans les intérêts de la coalition, d'après le soin qu'ils prennent de proclamer les prétentions et surtout d'énumérer les forces des puissances étrangères. Voilà ce qui nourrit principalement les idées de guerre ; voilà ce qui la fait redouter d'avance à cette foule d'hommes pusillanimes qui perdent de vue tous les nombreux triomphes de nos invincibles armées. Malgré cette baisse affligeante, mais réelle dans l'opinion, il a paru, ces deux derniers jours, que l'on croyait davantage à la paix, et ce sentiment se soutient aujourd'hui. — Tel est, pour Tinstant, l'aspect moral de tous les lieux de réunion. Quant au matériel, ils n'ont offert aucun scandale. Le calme est parfait sur tous les points de cette commune.

Spectacles. — Si l'on n'aperçoit rien sur la scène qui soit propre à faire naître, à entretenir l'amour de la patrie dans les cœurs, s'il y a toujours disette de sujets ou de sentences de patriotisme, du moins il ne s'y manifeste rien qui puisse nuire aux progrès de cette vertu ; les mœurs y sont également respectées.

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