L. MiLLY, Cousin
(Arch. nat., BB ' 89, et F' 3842.)
MDXVI 12 BRUMAIRE AN Vil (2 NOVEMBRE 1798).
Rapport du bureau central du 13 brumaire.
. ..Journaux. — L'article suivant du journal la Correspondance des représentants du peuple a paru tellement énigmatique, et cependant tellement important à produire à l'autorité, qu'on croit nécessaire d'en donner ici le contenu littéral; mais seulement on observe qu'il vient immédiatement après le détail des avantages remportés sur les rebelles des départements réunis, et surtout après les dernières «nouvelles de Gand publiées par le Rédacteur ; ces nouvelles sont transcrites dans le journal la Correspondance y où ces deux phrases : « Car on n'entend faire grâce à aucun de ces brigands ; ces obus sont destinés à incendier les villages où les brigands se réfugieront », sont en italiques. — « Nous n'émettons, disent donc les rédacteurs de la Correspondance , aucune opinion sur les moyens à employer pour
[3 NOVEMBRE 1798] DlRECïOIUE EXECUTIF 192
la compression des guerres civiles. Cette opinion serait d'ailleurs dans le moment difficile à établir, parce que lé gouvernement, qui a attribué, par arrêté, la plus grande influence à toute publicité qui ne venait pas de lui, se charge seul de la transmission des événements et, par conséquent, de la responsabilité. Nous observons seulement que, d'après les articles officiels publiés sur la ci-devant Belgique, il aura sans doute l'attention de recommander à ses journaux de devenir plus sobres dans leurs déclamations habituelles contre les horreurs du régime conventionnel, les horreurs de la Vendée et de toutes les autres horreurs de la République, que ces messieurs semblent avoir la charge de mettre partout en horreur. Leur silence sur ce point devient d'autant plus nécessaire que, ce qu'ils publient aujourd'hui pouvant olîrir des points de ressemblance avec d'autres événements passés, on doit sentir que, comme ce n'a pas été nous qui avons injurié et traîné aux échafauds de l'opinion royale les auteurs de ces derniers, ainsi ce ne serait pas encore nous qui, dans une nouvelle circonstance donnée, élèverions les cris accusateurs contre les directeurs des mouvements répressifs de la nouvelle Vendée.
Cousin.
(Arch. nat., BB » 89, et F ' 3842.)
Rapport du bureau central du 14 brumaire,
. . Journaux. — On signale ici l'infidélité du Journal des Séances, qui se croit autorisé d'une opinion proférée à la tribune du Conseil des Anciens pour en inférer, ainsi qu'il le fait affirmativement dans son sommaire, qu'il existe une loi de timbre sur les patentes, cartes de sûreté et passeports. On observe que la rédaction de ce sommaire est assez souvent conçue de manière que les simples discussions sur différents objets sont présentées comme des résolutions. — Les feuilles périodiques en général ne donnent lieu à aucune observation défavorable, quoique le choix que le Courrier du Corps Législatif et la Gazette historique font de leurs nouvelles étrangères continue à déceler un assez mauvais esprit.
Cousin.
(Arch, nat., BB » SU, et F ^^ 3842.)
193 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [5 novembre 1798J
Journaux.
Journal du Soir des frères Chaignieau du 14 brumaire : « ...L'administration centrale du département de la Seine, en exécution de la loi du 22 fructidor an V, a, par arrêté du 14 brumaire, ordonné la déportation du nommé Jacques Corentin Royou, ci-devant rédacteur du journal intitulé
l'Ami du Roi et de celui intitulé l'Invariable » — Clef du Cabinet du
15 brumaire : « Paris, le 14 brumaire. ...Le célèbre Kant n'est pas moins philosoplie de pratique que de théorie. Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume II, à qui l'on avait dénoncé quelques-uns de ses principes comme dangereux pour la forme de gouvernement établie dans ses États, l'avait fait sommer de les rétracter, sous peine d'être destitué de ses fonctions. Kant répondit : « Le roi peut disposer de mon sort, mais il ne peut m'obliger de a renier ma conscience et ma conviction intime.» Frédéric-Guillaume s'honora à son tour, en ne donnant point de suite à ses menaces. Son bisaïeul avait banni de Halle l'illustre Woliï sur une pareille accusation : il le rappela ensuite, et Wolff dédaigna de revenir »
MDXIX
lo BRUMAIRE AN VII {5 NOVEMBRE 1798).
Rapport du bureau central du 1G brumaihe.
. . .Journaux. — On ne peut s'empêcher de remarquer l'espèce de plaisir que le Messager des relations extérieures semble prendre à proclamer et même affirmer toutes les nouvelles qui peuvent annoncer des pertes pour les Républiques et des avantages pour nos ennemis. Il a été des premiers a donner publicité à cette protestation du prieur de l'ordre de Malle contre la prise de cette île, par la raison peut-être que le mérite de celte conquête y était odieusement ravalé. Aujourd'hui, en plusieurs endroits, il appuie sur le bruit de l'incendie de nos bâtiments dans le port d'Alexandrie et de la prétendue retraite de Buonaparte dans cette ville ; il va jusqu'à répéter que ce bruit se confirme. — On signale ici, comme ayant le premier donné cette nouvelle, le Publiciste du 15 brumaire, qui croit pallier l'intention sous laquelle il répand et accrédite de tels bruits en nommant les perfides journaux étrangers dans lesquels il puise et en révoquant
en doute leur véracité, probablement par esprit de prudence. — On observe que le Messager, en parlant du poids des ballots saisis par les brigands sur la messagerie de Toulouse, s'exprime par poids de livre de marc. — Le Bien Informé et la Chronique universelle^ attentifs à copier, l'un la Gazette de Mannheim, l'autre celle de Francfort, annoncent, d'après ces autorités, que Siéyès est arrivé à Francfort. — On ne peut non plus omettre d'observer que le Phénix^, fidèle aux vieux préjugés monarchiques de certains cercles, se souhaite la fête (la saint Charles, qui répondait au 14 brumaire) et met dans sa feuille un bouquet à l'occasion de la même fête.
Lessore, Cousin.
(Arch. nat., BB * 89, et F ' 3842.)
Autre rapport du même jour.
Une brochure de fanatisme, ou plutôt un journal prohibé, reparaît sous le titre de Mémoires pour servir à l'histoire et à la philosophie -, Les observations suivantes prouveront que jamais ouvrage ne mentit davantage à son titre, et qu'au contraire la philosophie a tout à perdre dans ces sortes d'écrits d'ailleurs tout à fait étrangers à l'histoire. Mais ce qui frappe d'abord, c'est, d'une part, que ces Mémoires n'offrent point de nom d'imprimeur, portant pour toute épigraphe : A l'imprimerie-librairie de la rue Jacques, n° 278 et 279; d'une autre part, qu'ils sont évidemment la continuation du journal les Annales de la religion, prohibées par arrêté du Directoire du 14 messidor dernier •'•. Il suffit pour s'en convaincre de jeter les yeux sur la page 384 *, où il est dit : « Le septième volume finit avec la présente livraison. Les souscripteurs qui doivent ou pour Tannée, ou pour le semestre dernier, sont invités à acquitter leur engagement. Le citoyen Rebour aurait voulu dissimuler au public que, dans des temps de crise, presque tous les envois du montant des souscriptions ont été suspendus et même supprimés; il n'en a pas moins cru devoir exécuter religieusement les conditions convenues et continuer avec les pasteurs et les fidèles des communications qu'il a tant de sujet de croire avoir été de la plus grande utilité au christianisme et à ses membres.»
1. L'exemplaire de ce journal à la Bibl. nat., Le 2/2721, in-4, est fort incomplet. Il y a une lacune entre le G brumaire an VU et le 14 ventôse suivant.
2. C'est le titre que portent les tomes VIII et IX des Annales de la religion, Bibl. nat., Le 3/10, in-8. On verra plus loin qu'une partie du tome VII était également intitulée ainsi.