‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 90 sur 254 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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fûCTOBBE-NOVEMBRE 1798] DIRECTOIRE EXECUTIF 218

gîon, vous serez invulnérables ; en mourant pour la religion, vous ressusciterez couverts de gloire. Immolez vos enfants, plutôt que de les voir marcher sous les drapeaux de la République. » 11 dit aux hommes exaltés, qui ont joué un rôle pendant la Révolution : « Vous avez fondé la République, et vous mourez de faim ! Tous les honneurs, toutes les places sont pour les aristocrates. Le Directoire vous trahit; il veut se perpétuer. Que tardez-vous à l'attaquer? Avez-vous oublié comment on renverse un trône? Voilà déjà le ministre de la pohce qui demande le nom de tous les révolutionnaires ; vous allez tous être proscrits, déportés ! » Il s'adresse ensuite aux rentiers, à tous ceux qui ont perdu à la Révolution ; il veut armer leur désespoir, et les quitte mécontent de n'avoir pu arracher d'eux que des murmures. — Le gouvernement a des moyens pour déjouer toutes ces manœuvres anglaises. A la superstition, il faut opposer le flambeau de la philosophie, dont la lumière douce éclaire sans brûler. II faut répandre l'instruction, et, quand le fanatisme a tant de missionnaires, pourquoi la philosophie n'aurait-elle pas les siens? Pourquoi n'enverrait-on pas dans les campagnes les plus séduites des hommes sages, philanthropes, qui feraient par leurs exhortations ce que le canon ne fait pas toujours ? Quant aux patriotes exaltés, mais de bonne foi, qui, lancés dans la Révolution, y ont porté franchement les vices et l'énergie de leur éducation, mais qui n'ont rien fait contre la probité, il faudrait leur donner des places obscures qui les fissent vivre. La République doit nourrir tous ceux qui, dès son berceau, se sont dévoués pour elle, et qui ont mérité d'être pendus par les royalistes. L'octroi, par exemple, offre un moyen de donner de l'emploi à quelques-uns des plus ardents, des plus en crédit dans les faubourgs, et c'est une occasion dont, je crois, il serait sage de profiter. Enfin, ces malheureux rentiers, dont le paj^ement, bien moins difficile qu'on ne le pense, relèverait et assurerait le crédit public, que de bénédictions recevrait le Directoire exécutif, si, par ses soins, le Corps législatif prenait en leur faveur des mesures exigées par la sûreté générale autant que par la justice ! — Je ne serais pas entré dans cette discussion, si l'opinion que je réfute ne m'eût paru très dangereuse et propagée à dessein par les émissaires anglais pour encourager les royalistes à bonnet rouge, en leur faisant croire qu'ils sont les vrais républicains, et que le Directoire exécutif peut être détruit aussi facilement et aussi justement que le trône. Mais aux gens de bonne foi qui ont la manie des comparaisons, je dirai que la faction royaliste, qui s'était introduite au Corps législatif, avant le 18 fructidor, se trouvait dans la môme position où était le roi au 10 août. Comme

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lui, elle affectait pour la lettre de la Constitution un attachement judaïque; comme lui, elle s'efforçait de détruire la Constitution par la force d'inertie; comme lui, elle conspire contre les républicains, et succombe comme lui. — Mais je reviens à l'objet particulier de cet article, qui est l'état de l'esprit public dans le département de la Seine pendant le mois [de] brumaire. Il n'a pas été bon. Les cris séditieux des prêtres de la Belgique ont retenti jusqu'à Paris. La malveillance a fait tous ses efforts pour les seconder en répandant les bruits les plus désastreux. Selon eux, Buonaparte était battu, le port d'Alexandrie brûlé, Malte au pouvoir des Anglais, la Vendée rallumée dans tous les départements de l'Ouest. Des incendies fréquents, effets apparents de la négligence, ont effrayé les citoyens, qui ont cru y voir un complot. Le commerce a été violemment ébranlé par l'accident de la Caisse des comptes courants*. Les royalistes à cocarde blanche ont profité de cette crise pour se réunir. Enfermés dans des loges maçonniques, ils croient échapper aux regards de la police et séduire dans leurs banquets plusieurs fonctionnaires publics. Les royalistes à bonnet rouge ont continué leurs manœuvres et leurs conciliabules, distribué de l'argent dans les faubourgs et fait la revue de leurs forces, sous prétexte de s'opposer à une prétendue arrestation de députés patriotes, ordonnée, disaient-ils, par le Directoire. L'avènement du nouveau ministre de la police ^ les fait tenir sur leurs gardes; à chaque séance, ils changent de lieu de réunion; ils sont convenus de faire les distributions d'argent à domicile pour éviter l'éclat; mais ils effrayent les marchands en débitant sourdement que le Directoire exécutif prépare un coup, que les boutiques seront pillées, etc. En augmentant ainsi le nombre des mécontents, ils disposent le peuple à désirer un changement. Malgré leurs efforts, le départ des conscrits, qui s'effectue chaque jour sans obstacle et même avec joie, prouve bien que la masse de ce département est fort bonne; et, tout en murmurant contre l'ordre actuel de choses, ceux qui souffrent le plus se souviennent trop bien des maux plus rudes qu'ils ont soufferts, pour se mêler dans aucun complot qui ne ferait qu'empirer leur sort. La paix, en ouvrant la carrière du commerce à une foule d'esprits remuants et de gens ruinés, rétablira seU|le le bon ordre.

— Journaux. — Ceux que j'ai signalés comme dangereux dans le compte du mois de vendémiaire ne se sont pas amendés depuis. Le

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