‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 91 sur 254 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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2. Jean-Pierre Duval, ex-conventionnel, ex-membre du Conseil des Cinq-Cents, avait été nommé ministre de la police, le 8 brumaire au VII, en remplacement de Lecarlier.

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Directoire exécutif en a prohibé quelques-uns ; ils ont reparu sous d'autres titres. Toutes ces feuilles, un petit nombre excepté, ne sont plus que ries agents contre-révolutionnaires ; mais heureusement elles ont le talent d'ennuyer, et fort peu d'influence, si ce n'est dans quelques cafés.

Fêtes décadaires. — Tout annonce que, lorsque nos finances seront d'accord avec notre désir et nous permettront d'entourer les fêtes décadaires de toute la pompe convenable, et de les égayer par des chants et de la musique, des fruits, des fleurs, des grains, elles auront tout l'intérêt et l'utilité que le gouvernement en espère. Il est à craindre seulement que la rigueur de la saison et la longueur des séances écartent une partie des cortèges et des curieux, et principalement les jeunes élèves ; mais, tant qu'il y aura des mariages, les assistants ne manqueront pas. Jusqu'à ce jour, ces fêtes ont été assez fréquentées et célébrées avec décence.

Annuaire républicain. — On pourrait juger du degré de l'esprit public par le succès de l'annuaire républicain. A mesure qu'il baisse, l'ancien calendrier est plus suivi; les prêtres travaillent sans relâche à le soutenir et tâchent par là d'établir une tendance vers l'ancien ordre des choses; ils ont l'impudence de toujours faire afficher dans les temples le tableau de leurs messes à dire et de leurs offices à célébrer avec indication de la semaine et de l'ancien calendrier. Ils osent même laisser ces tableaux exposés les jours des fêtes décadaires. Cet abus n'existera plus. Dans les campagnes, on chôme encore le dimanche, en observant le décadi; mais que les travaux de l'agriculture deviennent plus pressants, et le dimanche sera oublié. Rien ne serait à désirer à cet égard, si tous les prêtres eussent consenti à transporter leur office au décadi. Du reste, point de danse le dimanche, point de travaux le décadi, que ceux autorisés par la loi même

Culte. — Le culte catholique est bien malade, car ses médecins l'abandonnent. Les prêtres qui peuvent trouver une autre occupation quelconque s'empressent à quitter leurs fonctions. Dire que le culte superstitieux meurt, c'est annoncer la destruction des préjugés et le règne de la raison. Puisse cette dernière devenir la religion universelle et la règle des citoyens ! Ce n'est pas cependant qu'il n'y ait encore, parmi les ministres du culte catholique, des fanatiques dévoués qui osent tout braver pour relever leur parti, et qui disent que la religion n'est jamais si triomphante, ses ministres si grands, que quand la persécution s'ouvre contre eux. Ils ont l'audace de dire que la parabole de l'enfant prodigue est l'histoire de la Révolution. Lorsque

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l'enfant prodigue, répètent-ils sans cesse, eut, dans l'effervescence de ses passions, essayé de tout, il reconnut le vide de ses jouissances, la misère survint ; il rentra en lui-même et vint se jeter dans les bras de son père. C'est sur cette base qu'ils établissent les instructions contre-révolutionnaires qu'ils donnent dans les confessionnaux, dans les conversations particulières. C'est ainsi que prononcent leur républicanisme nos prêtres soi-disant constitutionnels. C'est ainsi que Rover, évêque de Paris, dit : « C'est principalement sur les prêtres constitutionnels et patriotes que la persécution s'exerce ; mais nous sommes dévoués au martyr. » Si une loi expresse déclarait que, sous quelque prétexte de cérémonies religieuses, un homme ne peut se mettre à genoux devant son semblable, il me semble que cela diminuerait considérablement Finfluence du confessionnal. Au reste, le peuple parait se dégoûter de tous les cultes.

Inslruction publique. — L'instruction publique va aussi bien qu'il est possible dans la situation actuelle des choses ; elle ne marche pas sans doute à pas de géant vers celte amélioration de principes et d'idées philosophiques que les vœux des vrais républicains ne cessent d'appeler, mais elle fait des progrès sensibles. Une certaine émulation dirige, anime les instituteurs. Ces éloges et encouragements que l'on dispense aux jeunes élèves aux fêtes décadaires leur donnent le désir d'y voir plus particulièrement briller ceux de leurs écoles. D'ailleurs les circulaires du ministre de l'intérieur, son amour connu pour les sciences et les arts, le Prytanée français qui s'élève majestueusement et beaucoup d'autres causes servent de véhicule. Quel autre essor l'instruction prendrait bientôt, si elle était organisée, si les instituteurs étaient épurés et payés, de bons livres élémentaires composés et livrés à l'enfance et à la jeunesse, les prêtres, les religieuses et leurs livres bannis sévèrement des maisons d'éducation et de nos écoles ! Dans les campagnes, l'instruction est plus suivie qu'elle ne l'a jamais été. Il est cependant certains cantons où l'insouciance des parents est invincible ; la principale cause vient de ce qu'il faut payer par mois une modique somme. Les livres républicains ne sont point entre les mains de leurs enfants, puisqu'ils ne veulent pas les payer et qu'ils trouvent beaucoup plus commode de leur laisser les livres qu'ils ont, c'est-à-dire les livres du fanatisme. Si l'on pouvait faire le sacrifice modique de délivrer gratis quelques livres élémentaires par canton, ce serait assurer à la patrie le cœur et l'esprit des jeunes citoyens, qu'il est intéressant d'arracher aux préjugés et à l'ignorance, suite inévitable de l'insouciance de leurs parents. Au surplus, il est instant que le Corps législatif prononce sur l'instruction publique

pour pouvoir mettre fin à ce désordre moral, et adopte les vues proposées dans le message du Directoire

Police. — II est inutile de m'étendre sur les défauts de ses différentes parties dans un moment où le ministre qui la dirige annonce les avoir sentis et vouloir fortement les réparer. Le Bureau central était composé d'hommes coupables au moins de négligence. Il est renouvelé, et il paraît que Ton peut compter sur son zèle. Les agents de la police étaient découragés par l'arriéré de leurs appointements : ils ont reçu trois mois et demi dans le courant de brumaire ; grâce à l'octroi, plusieurs étaient vivement soupçonnés de trafiquer de leurs fonctions; une épuration salutaire, recommandée au Bureau central par l'administration du département, va expulser ceux qui méritent ce reproche. Les officiers de paix et les commissaires de police s'endormaient sur les manœuvres des agitateurs: les bulletins journaliers, exigés par le ministre, les forceront de se rendre compte à euxmêmes et à l'autorité supérieure

Approvisionnements. — Toutes les denrées sont abondantes, les grains à vil prix, les marchés richement pourvus. Sans doute, c'est un grand bonheur pour l'indigence qui, aux approches de l'hiver, concevait quelques alarmes; mais, d'un autre côté, l'État et l'agriculture perdent. Les cultivateurs, forcés de vendre pour payer leurs impositions, vendent à vil prix, et ce prix y suffit à peine. De là suit nécessairement une pénurie qui les empêche de donner à l'agriculture les engrais, les soins qu'elle demande. Ne serait-ce pas une occasion pour le gouvernement d'établir des greniers d'abondance?

DUPIN

(Arch. nat., F 7= m, Seine, 20.)

MDXXXVIII

Rapport du bureau central du 2 frimaire.

Journaux du l''^ frimaire. — Le Fanal conçoit de nouveaux soupçons sur les agitateurs ; il pense qu'ils se flattent de tout subjuguer, que l'espérance renait dans leur cœur et l'énergie dans leurs ressorts, qu'ils s'assemblent de nouveau, qu'ils viennent de s'adjoindre des collaborateurs importants. Il dit enfin que, si l'on en croyait quelquesuns des leurs, Sonthonax serait devenu un de leurs apôtres les plus

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fidèles, un de leurs guides les plus ardents. — Seule parmi les autres feuilles, la Correspondance, article daté de Bruxelles 26 brumaire, dit que les révoltés cantonnés à Diest n'ont pas attendu l'assaut des troupes républicaines, mais qu'ils ont percé à travers les colonnes et ont opéré leur réunion à un corps que l'on porte à 8 ou 10,000 hommes, qui parait vouloir se maintenir dans la Campine. On croit essentiel de faire connaître cette assertion à l'autorité, en observant que, dans les autres journaux, les nouvelles à une date postérieure ne parlent point du tout de cette manœuvre des révoltés. — La même feuille annonce qu'une troupe de brigands a assassiné le président d'un canton, le commissaire du Directoire exécutif et un autre citoyen. Il encourage, d'après ce récit, les journalistes à défendre de si bonne foi le Directoire contre les conspirateurs jacobins et à dire que les royalistes sont tranquilles, enfin à calomnier «avec garantie», comme du temps de Carnot, tandis que le sang républicain coule un peu plus abondamment qu'auparavant. — Il n'est aucune autre observation à faire sur les feuilles de ce jour.

Lasalle, Sallior.

(Arch. nat., BB» 89, et F^ 3842.)

Autre rapport du même jour.

Mœurs et opinion publique. Esprit public. — L'opinion publique a pris, ces jours derniers, un peu plus d'essor que d'ordinaire; les affaires politiques inspirent plus d'inlérêt, la parole revient à quelques insouciants, tandis que, d'un autre cùté, il y a beaucoup moins de hardiesse et beaucoup moins de loquacité parmi les royalistes. Le calme règne, souvent le silence, dans les cafés que ces derniers fréquentent. Mais on ne peut s'empêcher d'apercevoir à quel point les grands faiseurs de nouvelles, accrédités dans cette classe, sont déconcertés par les récits authentiques, lus aujourd'hui avec avidité sur les succès de Buonaparte en Egypte, et sur la situation satisfaisante de nos forces dans ces contrées. Par l'attention avec laquelle ces détails sont écoulés et par le plaisir qu'ils répandent, on a pu juger de l'existence d'un véritable esprit public et se convaincre qu'il n'avait besoin, pour ressortir au plus grand jour, que de n'être plus comprimé par les propos audacieux d'un plus grand nombre d'obscurs partisans de l'anarchie ou par les funestes et ridicules espérances des royalistes. — Une circonstance, tout alarmante qu'elle fût d'abord, a servi néanmoins à faire connaître la disposition des esprits sous un point de vue favorable. Les inquiétudes furent extrêmes au premier bruit

d'un déficit dans la Caisse des comptes courants ' ; il y eut même un instant de profonde consternation dans le commerce en général et parmi les gens de finance ; la malveillance, continuellement aux aguets, ne manqua pas de répandre le bruit de fonds prélevés à cette caisse par le gouvernement, et de donner cet acte prétendu pour la seule cause de l'événement dont il s'agit. On attaquait ainsi sourdement et le crédit public et le crédit particulier. Cependant, malgré une tactique aussi adroite, dont l'étranger faisait certainement jouer tous les ressorts, la confiance reparut comme un éclair, et aux soupçons que Ton provoquait sur le gouvernement succédèrent des éloges unanimes des mesures qui furent prises pour la sûreté des paiements et la garantie de l'ordre. — Enfin, de nouvelles espérances d'une heureuse issue des négociations de Rastadt, la connaissance que l'on acquiert journellement de l'exécution rapide de la loi relative à la conscription militaire, et la pacification progressive des départements réunis ont produit dans l'opinion publique des changements qui sont sensibles et qui paraissent devoir le devenir encore davantage.

Cultes. — 11 n'est survenu dans l'exercice des cultes aucime particularité qui nécessite une remarque particulière.

Théâlres. — On fera la même observation sur les théâtres, qui, au surplus, ont joui généralement d'un calme parfait. 11 n'a été remarqué, dans les pièces nouvelles qui viennent de paraître, rien de répréhensible sous le rapport des mœurs et de l'opinion.

Lasalle, Lessore.

(Arch. nat., BB » 89, et F ' 3842.)

Séance du Directoire exécutif du l*"" frimaire -an VIL

Le ministre de la police générale appelle, dans un rapport, l'attention du Directoire sur les journaux intitulés la Correspondance et la Feuille du bon citoyen ; il établit que l'un, faisant suite à ceux successivement prohibés sous les titres de Journal des hommes libres., du Persévérant, du Républicain, an Journal des Francs; et l'autre, faisant également suite à d'autres feuilles périodiques publiées sous les titres de Journal du soir de la rue de Chartres, de la Petite poste, de la Glace, de YAmi de Vordre, suivent le même système que celui qui a attiré la prohibition sur les feuilles ci-dessus dénommées ; qu'ils tendent également, l'un à propager des idées et des projets subversifs

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