‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire; recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 3)Chapitre 92 sur 254 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

Voir plus haut, p

225 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [23 novembre 1798J

de l'ordre actuel, et à développer des maximes liberticides ; et l'autre à fomenter des haines parmi les citoyens et perpétuer l'esprit de parti qui a ensanglanté les départements méridionaux de la République. En conséquence, le ministre propose, et le Directoire adopte un projet d'arrêté portant que lesdits deux journaux sont proiiibés, et que les scellés seront apposés sur les presses servant à les imprimer *. (Registre du Directoire, Arch. nat., AF'iii, 13.)

Journaux.

Feuille du bon citoyen du 1°'' frimaire : « Paris. . . .Les cendres de Turcnne reposaient depuis longtemps dans le Muséum d'histoire naturelle. Le ministre de l'intérieur, instruit de ce rapprochement inconcevable entre les restes d'un grand homme et les squelettes de différents animaux, vient d'ordonner la translation de ces cendres dans un lieu plus digne de les posséder. Mais on ne désigne pas le monument où elles seront déposées »

MDXXXIX

Rapport du bureau central du 4 frimaire.

.. .Journaux. — Aujourd'hui paraît le premier numéro d'un nouveau journal intitulé la Tribune nationale - ; il s'imprime rue Tiiomas du Louvre, mais le nom de l'imprimeur n'est point connu; il est

1. On trouvera le texte de cet arrêté aux Arch. nat., AF ni, 5.jS. Les deux rapports du ministre de la police Duval y sont joints. Dans le rapport sur la Correspondance des représentants du peuple, on lit : « Ce journal, qui s était fait remarquer par son caractère et sa ténacité, et qui, avec des données souvent utiles à la cause de la liberté, s'est fortement attaché à combattre l'autorité conservatrice, semble, depuis sa dernière métamorphose, avoir pris une marche plus mesurée dans sa rédaction, où néanmoins on voit percer plusieurs traits de sa physionomie originelle. » Suivent quelques extraits de ce journal, qui, d'après le ministre, en doivent provoquer la suspension. Dans le rapport sur la Feuille du bon citoyen, rédigée par Rabaut le jeune, il est dit que rarement les rédacteurs laissent percer la passion. « Toujours circonspects, ils seraient impénétrables, ■s'ils ne parlaient pas des affaires du midi de la France ; là seulement on les reconnaît ; on devine qu'ils en diraient bien davantage, si une loi salutaire ne leur imposait silence, et, les suivant pas à pas, on voit que leur but est de servir la passion réactrice du Midi... » Il y a dans le même dossier une lettre de Rabaut le jeune au Directoire, 3 frimaire an VU, où il demande le rapport de cet arrêté et s'engage, s'il a cette satisfaction, à ne pas continuer son journal.

2. Ce journal (Bibl. nat., Le 2/73o, in-4) est une des suites du Journal des hommes libres.

signé Rivière pour la rédaction. On observe que le caractère typographique de cette feuille est le même que celui de la Correspondance^ récemment prohibée. Quant au contenu de ce numéro il ne nécessite qu'une seule remarque : c'est qu'après avoir annoncé l'arrestation d'une femme qui avait un bonnet sur lequel étaient brodées trois fleurs de lis, le rédacteur de cette feuille appuie avec ironie sur le plaisir que cette vue aurait procuré à beaucoup de personnes : « Quoi ! (ditil, par métaphrase au citoyen Ferriez, qui fit l'arrestation de cette femme) quoi ! Vous vous efTarouchez d'une couronne et trois fleurs de lis? Combien d'autres verraient un roi sans étonnement, même avec plaisir ! Votre conduite sent le terrorisme. » Cette exclamation a paru tourner au détriment de l'esprit public. — On est porté à faire en partie le même reproche au Fanal, à raison de l'article de politique qu'il publie aujourd'hui, et qu'il donne en quelque sorte pour sa profession de foi. A la vérité il proteste de sa haine pour le terrorisme et le royalisme. Il se borne à dire aux individus qui peuvent tenir à ce dernier parti de ne plus agir et de songer qu'ils ont dû leurs revers à des guides infidèles. Ce dernier mot semble renfermer en lui-même un sens capable de nourrir une sorte d'espoir parmi les royalistes, car la malveillance ne manquerait pas d'en conclure qu'avec des guides plus sûrs, plus fidèles, ils pourraient compter sur un succès. Il y a donc impolitique ou faiblesse dans cette expression qui, dans la place qu'elle occupe, n'est nullement indifférente. C'est en se prononçant contre l'odieux royalisme que l'on donne à l'attentive anarchie moins de sujet de récriminer. En un mot la mollesse d'une opinion donne de la force ou du moins de la hardiesse à l'opinion contraire, et le Fanal tombe souvent dans ce défaut, réellement préjudiciable à l'anéantissement de tout esprit de parti. — On croit essentiel de revenir sur le numéro précédent (432) du même journal, en ce qu'il intéresse particulièrement le ministre de la police. En efl'et, le rédacteur craint que la lettre écrite par le ministre de la police aux commissaires du Directoire pour avoir des renseignements sur ceux qui ont marqué aux différentes époques de la Révolution n'atteigne pas le but que l'autorité s'en était promis. Il craint que l'esprit de vengeance ou même de fierté ne préside quelquefois à ces mesures, et que le gouvernement ne soit éclairé qu'imparfaitement. Son avis est que le ministre devrait se borner à demander de simples étals de situation. Il se propose au surplus d'indiquer d'autres moyens propres à diriger dans le vrai sens les prochaines élections. — La Vigilante adopte aujourd'hui ces réflexions et les reproduit. — h" Écho commence ainsi l'annonce analytique d'un voyage à Surinam :

227 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [23 novembre 1798]

« Depuis que l'ostracisme a relégué à la Guyane des personnages marquants dans la Révolution », etc. Cette manière de recommander un ouvrage à l'intérêt public pourra paraître perfide. — Les autres feuilles ne donnent lieu à aucune observation importante.

Lasalle, Lessore.

(Arch. nat., BB » 89, et F ^ 3842.)

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du 9 triniaire : « Arrête du 3 frimaire an VII. Lo Directoire exécutif, considérant que l'époque de l'anniversaire de la juste punition d'un roi parjure, est aussi celle du renouvellement des serments de haine à la royauté et à l'anarchie, et d'attachement à la Constitution de l'an III, et qu'il est utile de rappeler aux administrations de la République que cet acte important doit être accompagné de cérémonies simples et augustes, arrête ce qui suit : 1° Conformément aux lois du 48 floréal an II et du 22 nivôse an IV, l'anniversaire de la juste punition du dernier roi des Français sera célébré le 2 pluviôse prochain dans toute la République. — 2° Le matin de ce jour, les autorités constituées et les fonctionnaires publics, dans chaque commune, se rassembleront dans un des temples destinés aux réunions décadaires. Le président do la principale administration présidera l'assemblée. — 3" Après que l'hymne à la patrie aura été chanté, le président prononcera un discours, et ensuite le serment ordonné par la loi du 24 nivôse an V, et qui est conçu en ces termes : i< Je jure haine « à la royauté et à l'anarchie ; je jure attachement et fidélité à la République « et à la Constitution de l'an III. » — 4° Les fonctionnaires présents prendront le même engagement, en répétant à haute voix : « Nous le jurons. )> Ils signeront ensuite, individuellement, le serment ci-dessus, en énonçant après leur signature la nature de leurs fonctions. — b» La cérémonie sera terminée par des imprécations contre les parjures, et par une invocation à l'Être suprême pour la prospérité de la République. Les professeurs de l'École centrale de chaque département sont invités à composer, soit en vers, soit en prose, tant l'invocation à l'Être suprême, que la formule des imprécations contre les parjures. Mais ces morceaux, avant d'être ou chantés, ou récités dans les communes du département, auront dû être précédemment adoptés par l'administration centrale. — 6° Conformément à la loi du 24 nivôse an V, les administrations choisiront le jour de cette cérémonie pour remplacer les arbres de la liberté qui auront pu être détruits par quelque cause que ce soit. La plantation de ces arbres se fera en présence des administrations et des fonctionnaires publics, avec la plus grande solennité et au milieu des chants patriotiques. — 7" Tous les militaires qui composent les forces de terre et de mer renouvelleront le même jour le serment dont la formule a été précédemment indiquée. Les commandants prendront les mesures qui leur paraîtront convenables pour que cette grande cérémonie soit dignement exécutée. — 8° Dans les communes où il y a des théâtres ouverts, les entrepreneurs sont invités à faire représenter ce jour-là des pièces républicaines, telles (\xiQ. Brutiis, Guillaume Tell, Cahts Gracchus. Epicharis, elc, — 9° Le ministre de l'intérieur présentera incessamment au Directoire un programme

[27 NOVEMBRK 1798] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 228

particulier des cérémonies à observer dans la commune de Paris pour le renouvellement du serment républicain. — 10° Les commissaires du pouvoir exécutif près les administrations centrales enverront, dans les quinze jours qui suivront la cérémonie, les procès-verbaux de la fête et de la prestation de serment des fonctionnaires publics. »

MDXL

SÉANCE DU Directoire exécutif du 4 frimaire an VII.

Sur le rapport du ministre de la police générale, le Directoire, considérant que le journal intitulé la Tribune nationale, de rimprimerie rue Thomas du Louvre, est la continuation des journaux successivement prohibés sous le titre du Journal des hommes libres, sous celui de Persévérant, sous celui de Eépublicain, sous celui des Francs et sous celui de Correspondance ; qu'il importe de ne pas permettre que l'on puisse impunément ékider l'effet d'une mesure mûrement réfléchie ; arrête que le journal la Tribune nationale est prohibé, et que les scellés seront apposés sur les presses servant à l'imprimer.

[Registre du Directoire exécutif, Arch. nat., AF ' m, 13.)

MDXLI

Journaux.

Patriote français du 8 frimaire : « Paris, le 7 frimaire. ...Quelques mes de Paris viennent de changer de noms. Celles de Chartres, Valois, Montpcnsier, s'appelleront désormais rue de Malte, rue Batave et rue Marceau. Il est bien temps que nos rues ne portent nulle part le nom ridicule de quelque pénitent canonisé. Les adroits théocrates avaient amalgamé leurs pieuses jongleries à tout. On ne voyait que niches de saints, que croix, que rues et vaisseaux mêmes baptisés sous leurs noms ; les cloches recevaient aussi le baptême, comme si elles eussent été coupables du sot péché originel. Déracinons chaque jour ce chiendent vivace, et faisons enfin la révolution morale ■depuis si longtemps sollicitée «

■ 1. 11 n'y a rien d'intéressant dans les rapports du Bureau central des 5, G, 7 et 8 frimaire an VII.

229 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [28 .novembre 1798|

MDXLII

■ Rapport du bureau central du 9 frimaire.

Surveillance. — ... Les théâtres du Vaudeville et de Louvois ont été cernés; on a fait exhiber les papiers de tous les spectateurs ; plusieurs individus suspects et sans papiers en règle ont été arrêtés par suite de cette mesure et conduits au Bureau central.

Journaux du 8. — Les nouvelles d'Angleterre, que publie le Journal du Soir^ par Sablier, donnent pour bruit répandu à Londres qu'il y avait de grands mouvements en France, et que déjà l'étendard royal était arboré dans plusieurs provinces ; on peut juger, d'après cette assertion, du fond que les Anglais faisaient sur les troubles de la Belgique. — V Observateur est-il fondé à annoncer qu'il doit arriver de Gibraltar à Malte des troupes de débarquement et de l'artillerie pour faire le blocus par terre de la forteresse de cette dernière place ? — Le Phénix se plaît quelquefois à donner des anecdotes immorales. Aujourd'hui c'est un homme qui perd au jeu, et qui, pour avoir de sa maîtresse la somme dont il a besoin, lui déclare qu'à défaut par elle de payer la somme, il va déposer les bijoux, cheveux, etc., qu'il a reçus et qu'il invitera le mari de cette femme à venir retirer ces objets. — La Clef du Cabinet annonce la fermeture des maisons de jeux à Toulouse ; elle fait des vœux pour qu'à Paris on les ferme également ; elle demande s'il peut jamais être utile à un État républicain de favoriser la passion du jeu. — II n'est aucune observation à faire sur les autres journaux.

Lasalle, Lessore.

(Arch. nat., BB» 89, et F' 3842.)

Journaux.

Journal du Soir des frères Chaignieau du 10 frimaire : <« Oq assure que le cernement du Vaudeville du 8 a produit l'arrestation de neuf prévenus d'émigration, douze réquisitionnaires ou conscrits, six étrangers et trentedeux individus dont les papiers n'étaient pas en règle ou qui n'en avaient pas du tout ))

[ler DKCEMitKE 1798] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 230

MDXLIII

10 FRIMAIRE AN VII (30 NOVEMBRE 1798). Rapport du bureau central du 11 frimaire'.

. . .Journaux du 9. — Le Messager des relations extérieures, souvent plus qu'irréfléchi dans le choix qu'il fait des articles sur les feuilles anglaises, rapporte qu'à Londres, le 15 brumaire, au lieu d'un mannequin que tous les ans la populace bretonne s'amuse à traîner dans les rues et à brûler, on exerça des autodafé sur une figure de Buonaparte, et qu'il s'en faut que le gouvernement se soit opposé à ce divertissement licencieux. On note cette insertion comme pouvant exercer les commentaires accoutumés de la malveillance.

Sallior, Lasalle.

(Arch. nat., BB » 89, et F ^ 3842.)

MDXLIV

Rapport du bureau central du 12 frimaire.

.. .Journaux. — Plusieurs journaux annoncent que des troubles ou des symptômes de troubles [se sont manifestés] sur différents points de la République. D'après le Courrier de la Gironde, \e Patriote français annonce qu'il se forme, à l'extrémité méridionale de ce département, une espèce de fermentation politique, occasionnée par des réquisitionnaires et des conscrits réfugiés d'un département limitrophe. Il ajoute les précautions nécessaires pour arrêter le mal dans sa source. — Même annonce de troubles dans le département de Saône-et-Loire par la Vigilante, qui ajoute que les dispositions sont faites pour y rétablir l'ordre. — Suivant le Courrier de Paris, la majeure partie de la jeunesse d'un grand nombre de communes rurales des environs de Bruxelles, depuis l'ùge de vingt jusqu'à vingt-cinq ans, a quitté ses fo^^ers pour se soustraire à la conscription militaire, et les bandes de cette jeunesse égarée ont annoncé qu'elles allaient

i. Il n'y a rien d'intéressant dans le rapport du 9, et nous n'avons pas trouvé de rapport décadaire pour la période du 1" au 10 Iriinaire an VII.

231 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [2 décembre 1798]

se réunir aux rebelles de la Campine. Même annonce de dispositions tendantes à empêcher les rassemblements de conscrits réfractaires à la loi dans cette funeste Vendée. On pense que la nouvelle par ellemême et les expressions de funeste Vendée, données à une portion des départements réunis, sont également impolitiques. — On lit dans le Publiciste une lettre datée de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord), 4 frimaire, annonçant que le brigandage est sur le point de se réorganiser dans les départements de l'Ouest, qui seraient en danger de perdre leur tranquillité. — Bruits de vols dans les campagnes, taxes de 3 à 600 francs imposées par les brigands au sein même des communes et sans qu'ils aillent même jusqu'à pénétrer dans les maisons, obligation dans laquelle ils mettent les débiteurs à des émigrés d'apporter en des lieux désignés le montant de ce qu'ils doivent, sous la menace devoir leurs propriétés réduites en cendres; vol fait par une bande de brigands de tout le mobilier d'un percepteur de contributions, lui présent et au milieu d'une commune où se trouvaient cent cinquante hommes de troupes ; poursuites dirigées surtout envers les receveurs des deniers de la République: tel est le tabeau inquiétant renfermé dans cette lettre. On y observe que les couleurs politiques caractérisent cet affreux brigandage, et on attribue ces excès, d'une part à l'esprit de fanatisme et de contre-révolution (le mot de royalisme ne s'y trouve point), d'une autre part à l'esprit d'anarchie, de démagogie. On ajoute que l'Angleterre fait de temps en temps verser quelques agents sur les côtes, afin de recommencer, s'il se peut, la chouannerie. Il appartient à Tautorité supérieure d'apprécier ces alarmantes nouvelles. — Les rédacteurs de la Clef du Cabinet se disent certains des fraudes qui se commettent aux barrières de Paris pendant la nuit. Ils affirment que, ces jours, un factionnaire reçut de l'argent pour faciliter l'entrée de beaucoup de pièces de vin et de cinquante bœufs, sur lesquels le droit ne fut pas moins prélevé.

(Arch. nat., BB ^ 89.)

Journaux.

Moniteur du 13 frimaire : a Paris, le 12 frimaire. ...Un citoyen jouissant d'une belle fortune, à qui ses principes de bienfaisance et d'humanité

inspirent le désir de faire des heureux, désire consacrer une partie de son aisance à quelque œuvre utile à la société. On demande, à cet effet, cinq orphelins et cinq orphelines, appartenant à des familles pauvres, âgés de dix à douze et même quatorze ans, sachant lire et écrire, d'une constitution saine, d'une physionomie agréable, d'un caractère doux ; ils habiteront une campagne agréable, où ils seront élevés dans l'amour du travail, principalement des occupations rurales, et dans les principes du gouvernement républicain. Ils y recevront une éducation soignée, les garçons devant avoir un instituteur, les filles une institutrice. Il sera, en général, pourvu à tous leurs besoins, et suivant leur bonne conduite, ils obtiendront les moyens de former, dans quelques années, un établissement honnête, au delà de ce qu'ils auraient pu désirer. Les parents d'enfants pauvres qui réunissent les conditions ci-dessus s'adresseront au citoyen Noël, membre du jury d'instruction, rue Beauvoisiné, n° 83, à Rouen, qui, après s'être assuré s'ils ont les qualités requises, leur indiquera le lieu de leur destination. » — Clef du Cabinet du 13 frimaire : « Paris, le 12 frimaire. Les restes exécrés des deux factions vont aujourd'hui débitant partout que le Directoire exécutif veut donner un monarque de la France ; et, parmi la foule des niais qui daignent les écouter, il en est qui le sont assez, pour croire que cette absurde accusation est fondée. Un de ces hommes abusés ne s'efforça-t-il pas de me persuader tout à l'heure que rien n'était plus certain que le projet dont il me faisait part ! — Si je vous avais dit en 1789, lui ai-je répondu, que Louis XVI allait mettre sa couronne sur la tête du prince de Galles, l'auriez-vous cru? — Non. — Eh bien ! vous vous êtes condamné vous-même ; allez, et ne rêvez plus »

MDXLVI 13 FRIMAIRE AN YII (3 DÉCEMBRE 1798).

Rapport du bureau central du 14 frimaire.

. . .Journaux du 1o frimaire. — Les feuilles périodiques sont généralement à la paix ; quelques-unes ont le bon esprit d'ouvrir les yeux sur la perfidie des journau.x étrangers dans les bruits qu'ils n'ont cessé de répandre pour faire croire à la reprise des hostilités. — On lit dans la Clef du Cabinet l'article suivant, qu'il paraît important de noter : « Les restes exécrés des deux factions vont aujourd'hui débitant partout que le Directoire exécutif veut donner un monarque à la France, et, parmi la foule des niais, il en est qui le sont assez pour croire que cette absurde accusation est fondée. » La Clef du Cabinet repousse ces bruits étranges avec une juste indignation. — Toujours le mot de Jacobins reproduit par le Fanal, qui ne peut ignorer que ce mot servit de signal de proscription pour une foule de républicains irréprochables, et que l'application, souvent injuste, que l'on

233 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [3 décembre i798]

en fit, a grossi longtemps le nombre des -victimes de la réaction. — A Toccasion de l'annonce d'un voyage à Surinam, le Bulletin de l'Europe n'omet point de déclamer contre la déportation à la Guyane, donnant à entendre que cette peine équivaut à celle de mort, à raison de l'insalubrité du climat. — Il perce toujours un esprit très douteux, pour ne pas dire incivique, dans les réflexions que le Courrier du Corps législatif joint aux nouvelles de l'extérieur. Le journaliste tourne d'abord en dérision les prédictions de nos plus grands philosophes sur les révolutions de quelques États, notamment de la Turquie ; bientôt il raisonne dans l'hypothèse où il ne resterait plus d'autre ennemi à la République que l'Angleterre, et pense qu'alors il faudrait tourner tous ses efforts contre cette puissance et « n'avoir point la folie de sacrifier la réalité d'un commerce annuel de plus de 40 millions à la brillante chimère de je ne sais quelle conquête éloignée, que dans tous les cas il serait impossible de conserver ». L'application que le journaliste a prétendu faire de ce peu de mots est assez sensible.

La SALLE, Sallior.

(Arch. nat., BB » 89, et F^ 3842.)

Journaux.

Publiciste du 15 frimaire : « Paris, le 14 frimaire. Un de nos journaux annonce qu'une grande partie des négociants et marchands de Paris, jaloux de venir au secours du commerce de cette place et de remédier à ses embarras actuels, s'est assemblée hier, place des Victoires, au Cercle des négociants. Chacun y a indiqué les mesures qu'il croyait les plus propres à écarter les dangers et les difficultés du moment; la majorité a adopté le projet d'une Caisse d'échange de papier, de portefeuille qui doit suppléer à la rareté du numéraire, en acquittant l'un par l'autre. Pour la formation de cet établissement, qui va se réunir à celui de la Caisse du commerce, l'assemblée a nommé sept commissaires, qui sont les citoyens : Barthélémy, de la maison Barthélémy et Duchesne ; Olry, de celle Olry ; Labatte et C'°; Lefcbvre, de celle Lefebvre; Coiffier et Kock; Dubosq, de celle Dubosq et Ponset; Lefds, de celle Coiffier et Lefils ; Weis, de celle Weis père et C'" ; Poulliot, de celle Poulliot et C'o. On espère que cette réunion de moyens et de bonnes volontés fera cesser la gêne de cette place par les prompts secours qui seront donnés aux marchands de toutes les classes »

MDXLVII

14 FRIMAIRE AN VII (4 DÉCEMBRE 1798). Rapport du bureau central du 14 frimaire*.

Journaux du H frimah^e. — Le Publiciste, à l'article Trleste, n'annonce que revers, dont l'autorité jugera sans doute essentiel d'apprécier le fond. Si l'on en croit le journaliste, une division des flottes russes et ottomanes s'est emparée de Zante. A Provera, la garnison française a été obligée de se rendre prisonnière. Ali-Pacha a chassé les Français de Baventro. Un débarquement d'Anglais s'est effectué sur différents points de l'île de Malte; des batteries sont élevées contre les forts où les Français se sont retirés. — A lire les personnalités amères que le Fanal dirige aujourd'hui contre le citoyen Charles Duval et contre les représentants ci-devant rédacteurs du journal la Correspondance, on ne peut s'empêcher de reconnaître un violent esprit de parti dans cette nouvelle rédaction ; cet acharnement du Fanal retrace le souvenir douloureux de cette guerre de journalistes qui fut si funeste à l'opinion publique dans le cours des mois antérieurs au 18 fructidor. — S'il faut en croire le Messager des relations extérieures, le citoyen Jeanbon Saint-André, victime de la violation du droit des gens en Turquie, ne devrait qu'à des voies de fait, à sa pétulance, l'ordre que la Porte a donné, dit-on, de le faire transférer dans un château par delà la Mer Noire, et le citoyen Ruffin lui-même aurait demandé à être séparé de Jeanbon Saint-André. Cette étrange nouvelle paraît mériter l'attention de l'autorité. — Au moyen du retard que VEcho fait subir à la copie des nouvelles étrangères dont il compose une partie de sa feuille, il en résulte qu'il est aujourd'hui à la guerre, quand tous les autres journaux inclinent à la paix. — Il échappe encore des dénominations de Saint et de Sainte avant les noms des rues, dans le Jouy-nal des Affiches.

Lasalle, Sallior.

(Arch. nat., BB' 89, et F'' 3842.)

Séance du Directoire exécutif du 14 frimaire an VII. Le ministre de la police générale expose dans un rapport qu'aux

1. Ce rapport est la suite du précédent, qui, par exception, se rapporte à deux journées.

235 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [4 décembre 1798]

journaux prohibés successivement sous les titres des Hommes libres^ le Persévérant, le Républicain^ les Francs, la CoiTespondance et enfin la Tribune nationale, succède un nouveau journal, intitulé la Lumière , lequel est rédigé dans le même esprit que les journaux sus-énoncés ; il invite le Directoire à le prohiber et à ordonner l'apposition des scellés sur les presses servant à l'imprimer. Le Directoire adopte cette proposition.

{Registre du Directoire exécutif, Arch.nat., AF*iii, 13.)

Autre rapport du bureau central du 15 frimaire, se rapportant

A LA journée du 14.

. . .Journaux. — Il vient de parvenir à l'administration les ii°' 2, 3, 4 et 5 d'un nouveau journal portant le titre de la Lumière, rédacteur et imprimeur le citoyen Vatar, rue de l'Université, n° 139 ; on observe que cette feuille est du même caractère typographique que celui qui constituait ci-devant les journaux la Coi^respondance et la Tribune nationale. II n'est au surplus aucune remarque à faire sur ces premiers numéros, si ce n'est que, dans celui du 14 frimaire, le rédacteur adopte, implicitement, toute l'opinion que le citoyen Achard a déjà publiée dans iAmi des Lois contre le témoignage avantageux rendu à la valeur de l'amiral Blanquet du Chayla par le ministre de la guerre. Le rédacteur se récrie contre ceux qui ont voulu recrépir la réputation d'un marin comme il faut, point du tout terroriste, et contre l'autorité de ces magiciens politiques qui ont l'art de découvrir le traité d'union et de subsides passé entre l'anarchie et l'Angleterre. — Le même journaliste, à la suite d'annonce de mouvements de troupes sur le Rhin, ajoute l'article suivant, qui paraît mériter une attention particulière de l'autorité : « Cependant, porte cet article, une foule de nouvellistes continuent à bercer le public de formes pacifiques du Congrès de Rastadt, de la bonne foi de Prusse, de la modération du Directoire français. Il est bien plutôt à craindre, d'après des préparatifs aussi considérables de la part des ennemis, que le Directoire n'ait livré sa diplomatie à des traîtres, qui préparent par leur mérite modéré [ce mot est en italique) ou les succès d'une nouvelle coalition, ou la nécessité d'accepter une paix à la Campo- Formio. »

Sallior, Lessore.

(Arch. nat., BB ^ 89, et F^ 3842.)

MDXLVIII

Rapport du bureau central du 16 frimaire,

.. .Journaux. — Des feuilles périodiques de ce jour, le n° 6 du journal la Lumière nécessite des observations ; mais par urgence cette feuille a été portée au ministre de la police qui, sur-le-champ, a donné les ordres à la poste pour arrêter la circulation des exemplaires en vertu d'un arrêté du Directoire, qui n'est pas encore parvenu au Bureau central *.

Lasalle, Lessore.

(Arch. nat., BB » 89, et F7 3842.)

Autre rapport du même jour.

Mœurs et opinion publique. Esprit public. — Le fond de l'opinion n'est point changé; l'immense majorité des citoyens de cette commune tient à l'ordre constitutionnel actuellement établi; elle sent tous les malheurs qui résulteraient d'une déviation, et que la tranquillité individuelle autant que la prospérité de l'État sont attachées à un éloignement égal du royalisme et de l'anarchie. Malgré cette heureuse disposition de la masse de la société, d'assez vives inquiétudes viennent troubler depuis quelques jours la sécurité des esprits. Les espérances de la faction qui, en fructidor de l'an V, faisait rétrograder la France vers la monarchie, sont quelquefois assez apparentes dans les endroits qui passent pour l'écho des cercles de prétendue éducation. Les restes de ce parti et de ceux qui ont gémi sur sa défaite font depuis quelque temps chorus avec des gens d'une opinion contraire, qui réveillent une guerre de principes contre les mesures législatives du 22 floréal. Ces derniers annoncent plus de ressentiment que jamais d'un acte qui les éloigne du temple des lois. A leurs yeux, tout ce qui émane de l'autorité est un arbitraire, toute autorité est despotisme, tout ordre est tyrannie. La forme constitutionnelle du gouvernement leur est insupportable. Ce fond de leur pensée, celte impatience séditieuse, ce désir immodéré d amener un changement, sans considération aucune pour les dangers que courrait

Page 1