Tome V
mer des orchestres; il y a presque dans toutes les villes d'une médiocre étendue un assez grand nombre d'amateurs, qui s'engageraient ■volontiers à venir, les décadis, faire preuve de leurs talents; 4° qu'il serait peut-être utile de proposer des prix aux poètes et aux musiciens qui offriraient les compositions les plus convenables au génie de ces fêtes. — Des observations renfermées dans ce rapport, les unes sont générales, et se rattachent au système établi, et seront beaucoup mieux développées dans l'instruction générale qui sera soumise par le ministre à l'approbation du Directoire, les autres sont locales et d'urgence. — On propose au ministre d'écrire à l'administration du département sur ces derniers objets; de l'inviter, par exemple, à faire disparaître les signes du culte catholique, à faire élever des gradins, des estrades, et rétablir les portes, les fenêtres, à surveiller la police intérieure, et enfin à donner à ces solennités, par les moyens qui sont en son pouvoir, toute la pompe dont elles sont susceptibles.
(A. Schmidt, Tableaux de la Révolution fruiiçuise, t. III, p. 352-3u6*.)
Séance du Directoire exécutif du 16 frimaire an VII.
Le journal intitulé le Fanal présentant fréquemment les mêmes maximes qui caractérisaient les feuilles périodiques dont la loi du 22 fructidor an V ajustement frappé les auteurs, le Directoire prohibe ce journal et ordonne l'apposition des scellés sur les presses servant à l'imprimer.
{Registre du Directoire exécutif, Arch. nat., AF*m, 13.)
Journaux.
Lumière du 16 frimaire : « A mes concitoyens. Tous les hommes qui ont aimé la République et la liberté, qui ont exécré les despotes, les traîtres et les fripons, ont tous, sans exception aucune, estimé et aimé le Journal des hommes libres. Tous les autres ne l'ont pas méprisé, mais ils l'ont haï. Le Journal des hommes libres a été prohibé. Les parlements condamnèrent et proscrivirent aussi ; la main du bourreau brûla les ouvrages des philosophes qui, les premiers, attaquèrent les despotes et proclamèrent les droits des
1. Nous n'avons pas retrouvé, aux Archives nationales, l'original de ce rapport.
243 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [6 décembre 1798]
peuples. Leur condamnation et leur brûlure produisirent sur le jugement de leurs contemporains le même effet que la prohibition du Journal des hommes libres sur celui des républicains. Les philosophes continueront à écrire, les rois à proscrire, et les êtres pensants jugeront sans retour les uns et les autres. Au Journal des hommes libres succéda le journal le Persévérant. Son titre seul plut aux partisans [de la liberté ; par cette même et
unique raison, il déplut à ses adversaires Et le journal le Persévérant
a été prohibé. On vit alors paraître le journal le Républicain. Ce litre ne put et ne dut effrayer que ceux qui avaient déjà reconnu la nécessité de
proscrire les plus chauds prédicateurs de la République Et le journal
le Républicain fat prohibé. Révoltés de ces prohibitions sous une forme du gouvernement qu'on dit libre, et dans un état qu'on appelle République, deux représentants, nommés par ceux qui la veulent, firent un journal qu'ils appelèrent Journal des Francs. Avec la décence qui convient à des législateurs, ils y prêchèrent constamment les maximes sacrées des droits du peuple, et s'efforcèrent de préserver d'une chute totale l'édifice républicain, croulant de toutes parts sous les attaques de toutes les espèces de royauté. Leur devoir leur imposait la tâche qu'ils remplissaient, et les lois et la Constitution leur garantissaient leur appui contre toute poursuite ou empêchement. Mais, en vertu d'un article temporaire de la mesure du 19 fructidor, la Constitution et les lois furent violées. Et le Journal des Francs, qui attaquait franchement la royauté, fut prohibé. A ce coup d'autorité, plusieurs autres représentants se rappelèrent que, sous un monarque dont l'arbitraire et l'intolérance amenèrent la République, l'absolu pouvoir s'était brisé contre la résolution d'un mandataire du peuple qui s'imposa le devoir d'instruire ses commettants de ce qu'il faisait pour eux et en leur nom ; et ces députés se décidèrent à
donner la Correspondance des représentants du peuple avec leurs
commettants. Ce fut là qu'ils publièrent ce qu'ils crurent utile de faire pour la restauration des mœurs et de l'opinion publique : ils offrirent à leurs commettants un moyen de communication réciproque d'idées et de volontés ; ils éclairèrent avec courage le pouvoir sur les symptômes vendéens et la reprise de l'assassinat des républicains sur tous les points du territoire français ; ils publièrent quelques opinions anti-oligarchiques. Cette doctrine ne convint pas : ce que n'osa la royauté contre Mirabeau, en vertu de l'article 33 de la loi du 19 fructidor, on se le permit contre plusieurs députés. Et la Correspondance fut encore prohibée. Après cette quintuple prohibition, on crut encore convenable de ne pas opposer une violence légale à la violence de l'arbitraire. Ceux qui aiment et veulent la République pensent que rarement les moyens extrêmes soient à employer, quand on a pour soi la raison et le droit. Ils ne crurent pas que c'était à eux d'entretenir le Corps législatif de ce qui leur était personnel ; mais, ne pouvant oublier leurs obligations, ils appelèrent des collègues au secours d'un nouveau journal républicain, appelé la Tribune nationale, où, sans placer ostensiblement leurs noms, ils se proposaient, non seulement de rendre compte de ce qui se passait dans le sein du Corps législatif, mais encore de publier tout ce qui, à l'intérieur ou à l'extérieur, pouvait servir à les diriger eux-mêmes dans le labyrinthe politique qui s'étend autour de nous. Mais ce conducteur politique devait être républicain ; sous ce rapport la Tribune nationale ralliait les suffrages et promettait des vérités ; les craintes redoublèrent, les moyens pour les dé-
truire furent donc plus prompts, plus sévères, plus occultes qu'ils n'avaient jamais été, et la Tribune nationale fut prohibée dès le n° 2. Enfin, l'ancien rédacteur du Journal des hommes libres, toujours poursuivi, toujours arbitrairement vexé, mais non effrayé de tant de proscriptions, crut qu'il devait aux hommes libres de tous les pays de leur prouver que ce n'était pas à tort qu'il avait obtenu et conservé leur estime ; il se remit donc sur les rangs de la proscription universelle des républicains ; c'eût été une honte pour lui, et il n'eût pas mérité la confiance qu'on lui a témoignée, s'il ne se fût pas montré pour défendre le droit de penser et d'écrire au moment où il est attaqué par le plus liberlicide arbitraire. Il fit donc paraître le journal la Lumière ; mais la passion haineuse d'un puissant, fùt-il seul, est un torrent qu'aucun frein, qu'aucune considération n'arrête, et qui triomphe même de la plus respectable opposition, quand elle conserve quelque ménagement et ne se porte pas aux extrêmes. Le rédacteur du Journal des hommes libres aima ardemment la République ; il soutint fortement tous ceux qui la défendirent ; il prêcha les maximes saintes de l'égalité politique ; il voulut le bonheur du plus grand nombre ; il professa habituellement que les gouvernés n'étaient pas créés pour les gouvernants ; il dénonça les fripons ; il ne voulut pas la révolution pour changer seulement la tyrannie ; mais il voulut les lois et l'exécution stricte de la Constitution sous laquelle on s'était accordé à vivre. L'ancien rédacteur du Journal des hommes libres développe les mêmes principes dès les premiers numéros de son journal la Lumière. Et le journal la Lumière va être prohibé comme étant (dit le considérant) écrit dans les mêmes principes que les journaux qui l'ont précédé. Qui maie ayil, odit lucem. Républicains qu'on prive de la Lumière, je vous ai dû cette explication; croyez cependant qu'il vous reste encore des magistrats fidèles, des défenseurs courageux de la liberté, et que la discussion qui va s'ouvrir en faveur de la publicité de la pensée vous prépare des moyens sûrs et légaux d'instruction. »
Rapport du bureau central du 18 frimaire.
.. .Journaux du 17 frimaire. — Dans le Phénix, il est un article plus qu'inutile, dont la galanterie des salons fait tout le fond. Quoique ce journal donne très peu de politique, on ne peut cependant fermer les yeux sur l'esprit d'aristocratie qui perce dans beaucoup de morceaux d'agrément. Bien des femmes se trouvent désignées au public sous leurs propres lettres initiales qu'il est quelquefois aisé de deviner. C'est du moins une licence, mais on observe que le mot de citoyenne n'est jamais employé dans ce cas, et que c'est toujours Madame, souvent Madame de. .. etc. — On pense que le Cour-
24a DIRECTOIRE EXÉCUTIF [8 dkcembre 1798]
rier du Corps législatif est répréhensible de donner des détails alarmants sur les premières et difficiles circonstances de la conquête de l'Egypte, A la vérité, il est dit que c'est par une astucieuse politique de Londres que ces détails, saisis sur un bâtiment français, ont été ensuite publiés dans les journaux vendus au ministère ; mais l'impression que ces narrés, peut-être mensongers, peuvent produire • n'en est pas moins dangereuse, d'autant plus que les soldats de Buonaparte y sont sans cesse présentés comme mécontents, découragés et soupirant après le plus prompt retour en France. — U Observateur politique donne les mêmes détails, et quelque forts et patriotiques que soient les correctifs dans lesquels il dévoile la perfidie du gouvernement anglais, on pense qu'il n'a pu ignorer le mauvais effet que ces nouvelles devaient produire sur le public et l'aliment qu'elles
pourraient offrir aux entretiens du royalisme
Prisons. Sorties. — Bulow, baron prussien, extrait le 18 frimaire du Temple, pour être conduit à la déportation; ordre du ministre de la police, en vertu de sa lettre du 17
Lasalle, Lessore.
(Arch. nat., BB» 89, et F^ 38i2.)
Séance du Directoire exécutif du 18 frimaire an VII.
Sur le compte rendu du ministre de la police générale de l'ordre qu'il a donné pour faire apposer les scellés sur les presses et les caractères servant à imprimer un nouveau journal, suite à celui prohibé successivement sous les titres des Hommes libres, du Persévérant, etc., etc., le Directoire approuve cette mesure. Il supprime pareillement un journal intitulé le Phénix, comme jetant des nouvelles fausses, et tendant à ralentir l'empressement des conscrits à rejoindre l'armée. Par les mêmes motifs il décerne un mandat d'amener contre la citoyenne Wuiet, rédactrice-propriétaire dudit journal.
{Registre du Directoire exécutif, Arch, nat., AP'*iu, 13.)
MDLII
Rapport du bureau central du 20 frimaire.
...Journaux du 19 fynmaire. — L'esprit qui se remarque dans la lettre d'un abonné septuagénaire à la Vigilante n'est encore qu'équivoque ; on n'y aperçoit encore qu'une teinte légère de regret pour l'ancien régime ; d'abord le septuagénaire annonce beaucoup de répugnance à s'occuper de politique ; mais, en outre, à l'occasion de la conservation des corps de quelques personnages célèbres dans Thistoire, on lit. cette pbrase, qui présente un peu moins d'ambiguïté : « Dans tous ces cadavres conservés, je vois des duchesses, un monarque ; si cette conservation était un signe de gloire et d'honneur qui ne fût le lot que de ces classes-là, on ne pourrait donc plus espérer de le revoir parmi nous ; à dater de la génération présente, la République les a proscrites à jamais, » — Les Afficher donnent encore leur adresse rue Neuve-Saint-Augustin. — Un journal paraissant faire suite au Fanal^ qui vient d'être prohibé, parait sous le titre de Flambeau ; il y a si peu de différence pour l'effet d'un Fanal à un Flambeau, que celui-ci devient par cela même le continuateur évident de l'autre. Le Flambeau est rédigé par Grenier; il s'imprime chez Boudon, rue Neuve des Petits-Champs, n° 741. On n'a pas encore reçu le premier numéro. Le second annonce qu'il sort des presses de R. Vatar une brochure de F. Delhier, intitulée VOmbre de Brisset aux législateurs français sur la liberté de la presse % avec cette épigraphe : « Point de constitution libre sans la liberté de la presse. »
Sallior, Lessore.
{Arch. nat., BB» 89.)
Journaux.
Journal du Soir des frères Chaignieau du 23 février : « La halle aux grains de Paris offrait, le 19 courant, 7,135 sacs de farine, dont 633 y ont été vendus: la première qualité, de 32 à 37 francs; la deuxième qualité, de 28 à 30 francs; la troisième qualité, 26 francs; la quatrième qualité, de 18 à 20 francs; la cinquième qualité, de 14 à 16 francs le sac pesant 325 livres. A la halle du 17, le froment a valu de 12 fr. 25 à 17 fr. 50; le seigle, 10 francs; l'orge, de 9 fr. 95 à 10 fr. 50; Favoino, de 16 à 20 francs le setier.... »