‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 100 sur 141 · DIRECTOIRE EXÉCUTIF [27 décembre · texte numérisé non relu

DIRECTOIRE EXÉCUTIF [27 décembre

fugient; c^esl là qu'ils forment dans le mystère leurs complots liberlicides. Les commissaires de police, qui devraient surveiller et visiter ces maisons, oa ne le font pas ou se laissent gagner par ceux qui les tiennent, sous prétexte que de pareilles visites feraient déserter tous les locataires. Puis, en disant cela, on offre à boire et même autre chose ; raisons très persuasives pour le commissaire, qui se retire à Tinstant. Il y a une foule d'étrangers à Paris, auxquels la police ne donne aucune attention; cependant ils font des dépenses extraordinaires chez les traiteurs et dans les cafés, où Ton ne cesse de répéter qu'il y a une nouvelle conspiration toute prête d'éclater. Dans les groupes du café de la République, on improuvait les nominations d*ofRciers faites depuis six mois. On y faisait l'éloge du Directoire, surtout au sujet d'un de ses commissaires, qui a étouffé une révolte prête à éclater à Sens, fomentée par les anciens administrateurs et les jeunes gens à Toccasion de Timpôt en nature. L'on a ajouté qu'il y avait à Compiègne plusieurs complices de Boisgelin» émigrés comme lui. — Les femmes du quartier du Panthéon se réjouissent de ce que la Société de la Réunion prend de la consistance : « Il faut bien en revenir aux Jacobins, disent-elles, puisque de leur temps on avait du pain. » Ces propos commencent à prendre du crédit. Le retard qu'éprouve la formation des municipalités de Paris fait murmurer. Les ambitieux, qui ont quelques prôneurs dans les bureaux du Directoire, voudraient déjà être municipaux; mais les bons citoyens ne soupirent après cette formation que pour n'avoir plus de Comités civils et de bienfaisance. Ces derniers surtout excitent l'indignation publique par les malversations de ceux qui les composent. Ils tolèrent tous les abus pour avoir du pain, de la viande, de l'huile, etc. Ces messieurs ne changeraient pas leurs places, quoique non salariées, contre celle d'un chef de bureau de la Trésorerie. — L'on se plaint du peu de patriotisme des chefs de Tadministration pour la liquidation des dettes des émigrés, rue Sainte-Avoye, surtout de l'agent principal et de ceux qui ont sa confiance, tous hommes qui préfèrent l'intérêt des particuhers à ceux de la République.

Jeunes gens, — Plusieurs d'entre eux se plaignaient hier, au théâtre de la Répubhque, de ce que la protection accordait des congés de réforme; ils ont cité M"»° de Thelusson comme en ayant fait obtenir un, par le ministre de la guerre, à un jeune homme très frais, très vigoureux, bien portant, d'une charmante ligure et d'une aimable tournure; cette M™« de Thelusson a fait de son frère, simple soldat, un aide-de-camp. On appelle maintenant partout le ministre de la guerre le ministre des jolies femmes. — Il y en avait plusieurs (jeunes

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gens], attroupés sous les galeries du Palais-Égalité, qui témoignaient beaucoup de mécontentement de ce que le coup était retardé de quelques jours, parce que Ton avait trop parlé; ils se sont recommandé beaucoup de prudence. Quelques-uns ont volé des bottes en plein jour, en disant : « Vous pouvez nous faire arrêter ; au moins nous ne partirons pas. » Le bruit court que beaucoup d'entre eux se sont réfugiés dans une forêt sur la route de Chartres. Les prêtres font tous leurs efforts pour fanatiser les consciences des pères et mères pour les empêcher de partir. — Le louis, qui était à 6,000 livres ce matin, est considérablement baissé sur le soir.

Autre rapport au ministre sur l*esprit public, n'APRÈs les journaux.

Royalisme, — Il relève de plus en plus la tête dans différents départements y et particulièrement à Lyon ; des lettres écrites de ce pays, et qui sont consignées dans le Batave^ annoncent que le royalisme organise tous les jours de nouveaux assassinats, qu'il suffit d'avoir été patriote pour être égorgé ou assommé ou t>ersécuté. On s'y plaint surtout de Tindolence ou de l'indifférence du pouvoir exécutif pour réprimer ces attentats.

Clubisles. — Ceux du Panthéon ont fixé le lieu de leurs séances dans le souterrain jadis habité par Marat. Duhem a obtenu les honneurs du fauteuil, et Ton assure qu'il est maintenant en mission pour les alTaires de la Société souterraine. Le Courrier de Paris dénonce ce fait au gouvernement et il l'invite à le vérifier.

Chouans. — Le pays de Laval en est infesté ; leur audace et leur nombre augmentent de jour en jour. Si Ton n'arrête au plus tôt ce torrent dans son cours, toute la République est menacée d'en être inondée.

Affiches. — La loi, le roi; République à vendre à bas prix en numé' raire ; s adresser aux Saints Sir^es, tel est le contenu (sic) d'un placard qu'on pouvait lire tout à son aise, il y a deux jours, sur le boulevard de la Madeleine. Il y avait en eiïet beaucoup de lecteurs qui paraissaient l'approuver ; mais un jeune homme âgé de quinze ans, l'ayant vu, Tarraclia avec indignation, le déchira, en disant qu'il n'y avait que des (ihouans qui pouvaient lire un tel placard sans l'arracher. Son action lui aurait attiré un mauvais parti de la part des « Messieurs » qui Tavaienl lu, sans l'approche de quelques volontaires nationaux, qui les dissipèrent.

Malveillants, — Us ont essayé dernièrement de faire un mouvement à Rouen; déjà ils s'étaient emparés des sabots, de viande et

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autres choses semblables ; mais ils n*ont pas réussi, et la force armée les a bientôt dissipés.

Arrestation, — Quelques journaux annoncent celle d'un homme d'importance, dont la voiture était toute chamarrée des armes de Monsieur, roi de Vérone, qui portait une malle remplie de faux assignats, et une autre contenant une partie de la correspondance des fameuses journées de vendémiaire.

(Arch. nat., F*« RI, Seine, 18.)

Rapport du bureau central du 8 nivose.

Esprit public, — Les observateurs de la police parcourent toujours le même cercle, c'est-à-dire qu'ils nous répètent sans cesse que le calme continue à régner à Paris, mais que l'on craint beaucoup que cette tranquillité ne soit bientôt troublée par une réaction très funeste, résultant autant de l'espoir opposé des factions différentes qui se heurtent pour renverser la République, chacune suivant son intérêt, que de la misère extrême dont presque toutes les classes de la société sont affligées depuis si longtemps. En effet, d'une part, la République vogue entre les deux écueils de l'aristocratie et de la démagogie ; d'un autre côté, chacun se récrie sur les difficultés sans bornes de la vie. Presque tous les citoyens se plaignent très amèrement de l'avilité (sic) effrayante des assignats, que l'on ne veut plus recevoir «iUeurs qu'à Paris, où ils commencent même à être discrédités aa point que plusieurs marchands les refusent et que d'autres ne consentent à les prendre que sur le pied de 5 à 6 sols pour 100 livres. Les agioteurs sont regardés comme des pestes publiques, les gens des campagnes comme des sangsues et des tyrans, les boulangers, bouchers et commissaires préposés à la distribution comme des fripons ; enfin les autorités constituées sont traitées sans respect ni ménagement quelconque. Tel est en peu de mots l'aperçu des rapports de ce jour. Un inspecteur expose que l'on ne rencontre plus^ dans Paris et dans les rues, que des malheureux rentiers qui, après avoir vendu tous leurs effets, se trouvent les uns dans la nécessité de mendier publiquement, et les autres de demander secrètement dans les maisons. On nous rapporte néanmoins que le public lisait hier

avec beaucoup d'intérêt la proclamation du Directoire exécutif au peuple français, et qu'il en augurait avantageusement *.

Cafés. — Il résulte des rapports de la surveillance dans les cafés que les habitués, qui s'entretenaient des événements de la guerre, manifestaient les plus vives inquiétudes sur le silence du Directoire exécutif, relativement à la grande affaire, qui, disait-on, avait eu lieu sur les bords du Rhin entre les Français et les Autrichiens, auxquels les malveillants attribuaient le succès. L'emprunt forcé fait toujours la base principale des conversations» Plusieurs citoyens disaioit que cette loi était arbitraire, parce qu'elle ne frappait pas indistinctement toutes les classes. Le vœu général bien prononcé est que les nouveaux enrichis soient spécialement atteints. On débitait aussi que les négociants et marchands ne négligeraient rien pour s'en a£Dranchir, et qu'ils chercheraient par tous les moyens possibles à éluder la loi. Enfin on élevait des doutes sur le mode de la perception, qui n'était pas encore déterminé assez littéralement pour que chacun puisse savoir précisément ce qu'il doit acquitter.

Spectacles. — Nous ne devons pas laisser ignorer, d'après

les renseignements qui nous sont parvenus, que les orchestres et foyers des spectacles continuent à être le rendez-vous des ennemis de la République. Ceux-ci ne cessent de la vouer au mépris et à rindignation publique. Ils fraudent ouvertement le gouvernement et le rendent responsable de tous les malheurs du temps. Les officiers de paix rapportent séparément qu'hier, au Jardin-Égalité, un jeune homme à clievcux retroussés a été attaqué et arrêté même par un particulier qui l'a forcé à défaire ses cheveux. Ce que le jeune homme ayant fait sans difficulté, la rixe n*a pas eu d'autres suites. Ils ajoutent qu'un autre particulier, s'étant permis de troubler la tranquillité de rassemblée du Lycée et ayant même insulté le commissaire do police, en lui disant qu'il parlait comme Boissy d'Anglas, a été exclu de la Société

Halle aux farines. — Elle n'était pas très garnie

.Marchés. — Très faiblement approvisionnés

Agiotage, — Il y avait un grand nombre d*agioteurs au Palais- Égalité ; ils font leur commerce avec tant de circonspection qu'il devient très difficile de les prendre en flagrant délit

(Arch. nat., F * « III, Seine, iS.) HOUDEYER.

1. Celte proclamation du Directoire, en date du 5 nivôse an IV, se trouve dani le Rédacteur du 9 nivôse. Elle a pour objet les moyens propres à « rétablir le crédit national ». Elle promet une administration probe et active. Elle met le peuple en garde contre les séductions du jeu de Fagiotage.

^^« DIRECTOilŒ EXÉGITIF [28 dkckmure 1795]

Rapport du bureau de surveillance.

[Mœurs et ojnnions. —Le peuple est 1res satisfait de la loi qui ordonne la vente des forêts nationales. — On dit que les détachements de la légion de police qui quittent Paris vont se joindre aux troupes stationnaires, à quelque dislance de cette ville, et que ces troupes doivent opérer un coup qui sera terrible. — La réorganisation de la garde nationale n'est, dft-on, qu'un piège tendu aux habitants de Paris pour les armer les uns contre les autres et les faire égorger. — On rapporte que, ce soir, au Palais-Égalité, un jeune homme à cadenette déchirait et enlevait Taffiche contenant la proclamation du Directoire exécutif, en injuriant le gouvernement ; il a été rudement repris par des patriotes témoins, qui lui ont coupé sa cadenette. — Sw^veillance. — Les agioteurs continuent leur trafic et narguent ceux qui sont chargés de les surveiller. — Beaucoup de jeunes gens de la première réquisition ont été arrêtés hier et conduits devant le chargé de la police militaire.]

HOUDEYER.

(Arch. nat., F « « III, Seine, 18.)

Rapport présenté au ministre de l'intérieur.

Société du Panthéon. — On y a lu deux lettres, Tune écrite du déparlement du Mont-Blanc^ qui annonce que le fanatisme et le royalisme corrompent Tesprit public dans ce département; l'autre d'Avignon, qui assure que les autorités constituées du département de Vaucluse sont très mal composées, et qu'il est urgent de leur appliquer la loi du 3 brumaire. Ces lettres seront remises au Directoire. Plusieurs citoyens ayant entretenu l'assemblée du prix excessif des choses d'une consommation journalière et du surhaussement subit des loyers, il a été proposé d'adresser au Directoire une pétition individuelle pour rinviter à solliciter auprès du Corps législatif des lois additionnelles à celles de l'emprunt forcé, pour le soulagement du pauvre ; à taxer les choses de première nécessité et forcer leur mise en circulation ; à surveiller, d'une manière sévère, les boulangers, les bouchers, les Comités civils de bienfaisance, qui ne cessent de commettre des infidélités envers le peuple, à faire délivrer sans remboursement les effets que les pauvres ont au Mont-de-Piété, enfin à raviver l'esprit public par des chants civiques et des discours prononcés dans les lieux destinés au libre exercice des cultes. Ce projet de pétition sera discuté dans la première séance.

Café Chrétien, — On y a décidé que les patriotes et les ouvriers tomberont sur les agioteurs du café de Chartres ; on l'eût fait hier, si la Société du Panthéon n'eiU pas été rassemblée. On a assuré que le

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procès de Ciormatin allait ôtre recommencé d'après de nouveaux faits, et Ton espère qu'il sera envoyé à Téchafaud. On a parlé avec emphase du parti violent qu*a pris le député dénonciateur de Thuriot, qui a voulu, a-t-on dit, se brûler la cervelle ^ On a donné la nouvelle d'une révolution arrivée à Londres, qui a obligé le roi d'Angleterre et le Stathouder à prendre la fuite. Enfln, on en est revenu sur le chapitre des députés royalistes, Lanjuinais, Boissy, Rovère, Aubry et tout le nouveau tiers, dont on a annoncé l'expulsion prochaine du Coifis législatif. L*on travaille tous les jours à ce projet dans les conciliabules qui se tiennent tantôt chez Defresse, tantôt chex Choudieu» Rossignol, etc.

Royalistes. — Ils forment des complots ; ils sont presque tous armés, ils n*attendent que le moment; les jeunes gens de la première réquisition sont leur plus ferme appui. Ils attaquent et empoisonnent toutes les résolutions du gouvernement ; ils se déclarent publiquement les partisans de Job Aymé ; mais c'est surtout sur Temprunt forcé qu'ils versent le fiel qui les ronge. Ils disent que le gouvernement a laissé beaucoup d'arbitraire dans la perception de cet impôC, afin de pécher en eau trouble, et d'en retirer i,200 millions au lieu de 600. D*après les propos tenus par un citoyen arrivant de Rouen, et qui a beaucoup déclamé contre le gouvernement, il parait qu'ils (les royalistes?) dominent dans celte ville, et il serait à propos de surveiller ceux qui en arrivent.

Esprit public. — Les nouveaux députés sont extrêmement cou^ roucés contre les conventionnels. Ils sont intimement persuadés que l'on en veut à leurs biens et à leur vie. Ils emploient tous les moyens pour se faire des partisans « en cas d'événement ». L'on est persuadé dans le public que l'afi^aire de Job Aymé sera la cause d'une scission bien prononcée dans le Conseil des Cinq-Cents et entre les citoyens ; on dit même qu*il existe déjà une division dans le Directoire. On disait hier, dans les cafés du Palais-Égalité, que le Directoire allait faire un appel aux patriotes de 89 pour les engagera marcher aux frontières, parce que, ajoutait-on, larmée du Rhin est presque dissoute par la désertion. Les journaliers, en lisant dans la proclamation du Directoire Tarticle où il est parlé de l'intention des puissances coalisées de se partager la France, disaient : « Que nous importe, pourvu qu'on nous donne du pain ?» On annonce un nouveau rassemblement de patriotes du côté du Palais-Bourbon, sans désigner positivement le lieu.

i. S'a^t-il de Rovère, qui avait dénoncé Thuriot dans la séance du 29 ge^ minai an 111 ? Voir .Moniteur, réimpression, t. XXIV, p. 259.

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Ministre de Paris, — Les opinions sont partagées sur la création d*un ministre de Paris : les uns prétendent que celui de Tintérieur peut suffire, conjointement avec l'administration de police, mieux montée cependant qu'elle n'est en sujets à exercer la surveillance la plus sévère dans Paris. Les autres pensent que cette nomination, quoique étant une nouvelle extension des pouvoirs du gouvernement, qui devraient être confiés en le moins de mains possible, peut être utile dans les circonstances où nous sommes, pour mieux atteindre et les émigrés et les contre-révolutionnaires qui n'auront pas dû échapper à l'œil de la police subalterne. Cependant les deux partis conviennent que ce nouveau ministre, devenant nécessairement le rival de celui de l'intérieur, en bien des occasions, il ne pourra exister entre eux un accord parfait, et que ce dernier, qui a déjà donné des preuves de sa sagacité, qui a osé prendre une place épineuse alors que rien n'était en équilibre, qui, par son zèle, ses lumières, ses calculs, a donné du pain h Paris au moment où il n'y avait pas un sac de farine dans les magasins de l'administration, aurait dû l'emporter et pousser à lui seul une des roues principales sur lesquelles marche le gouvernement. On ne peut croire que les Conseils nomment un ministre de Paris ; on s'attend à un lieutenant-général de police ou à une dénomination équivalente. Ceux que l'opinion porte à cette place sont un nommé Botot, ancien juge de paix de la section du Temple, secrétaire de Barras, ou un nommé Leblanc, jadis employé à la police; ce dernier, quoique plus instruit, a moins de partisans, étant désigné pour avoir gagné le bien qu'il possède à soutenir les maisons de jeux et comme aimant un peu trop le vin.

Autre rapport au ministre, d'après les journaux.

Echange de la fille de Louis XVI. — Ce n'est pas sans quelque difficulté qu'il a eu lieu ; il a existé à Paris une intrigue assez forte pour l'empêcher. Le projet des opposants n'était rien moins que de composer avec la loi salique en faveur du rejeton de tant de rois. On prétend que Carletti était du secret. Charette y avait aussi la plus grande part.

Agioteurs. — Des groupes d'agioteurs se forment à la nuit tombante. Ils jettent des cris séditieux. C'est surtout au faubourg Antoine qu'ils se réunissent.

Jacobins. — Les restes impurs de cette Société continuent à se réunir dans différents quartiers de Paris ; leur bande est d'autant plus

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nombreuse et à craindre qu'ils se sont adjoint tous les voleurs el tous les assassins qui, en vertu de Tamnistie, sont sortis de prison...

Arch. nal., F»« III, Seine, 18.)

Rapport du bureau central du 9 nivose.

Esprit public. — Les observateurs attachés à la police nous entretiennent toujours dans le môme sens et de la môme manière de la situation de Paris. Ils nous annoncent que le calme y règne, nonobstant la violente agitation des esprits d*un peuple immense, tourmenté depuis si longtemps par le sentiment intime de ses besoins, qu'il ne peut plus, pour ainsi dire, parvenir à satisfaire. De toutes parts, disent-ils, la misère exerce ses ravages d'une façon bien pénible sur la majeure partie des citoyens. Ceux-ci se livrent sans relâche aux murmures et menaces contre la classe marchande. Ils se répandent encore en mauvais propos et discours injurieux contre le gouvernement et tous ses agents; ils sont accusés de faire continuellement des promesses d'améliorer le sort du peuple et de n'en réali>er aucune. Les agioteurs croissent à vue d\eil; le public les a en horreur et les regaruie comme les auteurs du discrédit énorme des assignais. On se plaint encore de vols fréquents, commis avec une sorte d'mipunité, même en plein jour. — On voit avec peine la saleté et l'encombrement des immondices, ainsi que le mauvais entretien du pavé: il est même si défectueux en plusieurs endroits que les citoyens sont souvent en péril de s'estropier. Enfin la conduite des boulangers et des bouchers excite Tindignation du peuple, qui voit sur les places Tahondance du pain auquel il ne peut atteindre à cause de sa cherté, tandis que constamment il n'en reçoit que trois quarterons à la section; encore est-il de mauvaise qualité, peu cuit, et quelquefois livré à faux poids. Tel est l'esprit public des rapports du jour. Ceux des inspecteurs qui entrent dans d'autres détails nous transmettent les particularités suivantes. Elles serviront à faire connaître les passions et l'esprit de parti qui divisent plus que jamais les citoyens.

(troupes, — On disait hier, dans un faubourg de Paris, que, tant que le Corps législatif ne sera pas purgé des fripons qui y siègent,

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tels que Boissy d'Anglas, Lanjuinais, Rovère, Saladin, Heniy-Larivière, Defermon et autres, traités de contre-révolutionnaires, les choses n'iront jamais bien. D'un autre côté, plusieurs citoyens, s'entretenant sur les objets politiques, prétendaient que toutes les choses allaient au plus mal, notamment la guerre de la Vendée, qu'ils regardaient comme interminable. Us assuraient encore que nos armées étaient indisciplinées et battues de toutes parts, et que jamais on n'obtiendrait la paix tant que les Jacobins seraient à la tète du gouvernement.

Cafés et ^raûeurs. — Mêmes conversations que les jours précédents sur la guerre et les finances. — Les officiers de paix, dans leurs rapports particuliers, annoncent que l'on disait hier dans un café que les juges avaient reçu une somme considérable pour sauver Cormatin. Ils ajoutent avoir entendu dire, chez un traiteur, qu'un député dont le nom n'a pas été déclaré avait donné 6,000 livres en numéraire pour l'emprunt forcé, à quoi il fut observé par un citoyen présent : « Ce député a volé comme les autres. » Les mêmes officiers de paix déclarent que, dans ces endroits, on ne se gène plus, et que constamment l'on y jette la plus grande défaveur sur le gouvernement.

Spectacles. — Ont été calmes A celui de la rue Martin, la tranquillité publique a été troublée par le fait d'une actrice qui devait jouer Madame Beverley dans la pièce de ce nom. Le régisseur du théâtre a été obligé de demander au public de vouloir bien attendre qu'il ait fait avertir une autre actrice pour remplir ce rôle. Le public a témoigné' beaucoup d'humeur, et cependant a adhéré à la demande du régisseur. Il résulte des renseignements que nous nous sommes procurés que, depuis quelques jours, les spectacles semblent être le rendez-vous de ceux qui manifestent des opinions très déplacées sur le gouvernement.

Surveillance, — Le citoyen Duval, rédacteur du journal intitulé le Courrier universel, a été mis en arrestation et conduit chez le juge de paix de la section de l'Ouest. ....

Marchés. — L'approvisionnement n'était pas beaucoup plus consi-

dérable que les jours derniers *

, HOUDEYER.

Arch. nat., F»^ III, Seine, 18.)

1. A ce rapport est jointe une feuille d'un « Esprit des journaux », signée Houdeyer, qui offre peu d'intérêt, et où il est question des journaux suivants : Gazette nationale de France, Courrier de VflgalUéj Journal de Paris, Historien, Censeur des journaux. Messager du soir, Journal des hommes libres.

129 DÉccEMBRB 1795] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 5»

Rapport du bureau de surveolaiccb.

Mceun et opinions. — On parle toiyours d^on rassemUemeot

d*ouvrier8 qui doit se porler, la décade prochaine, au Palais-Egalité pour y donner une forte leçon aux agioteurs; il faut, ditron, les pendre aux arbres du jardin où ils viennent chaque jour sucer le sang du peuple et aux lanternes des restaurateurs où ils font tant de dépenses et insultent au malheur public. «» Le public, las des formes peu expéditives et trop indulgentes des tribunaux, qui ne peuvent le débarrasser des voleurs qui fourmillent à Paris, a cm devoir faire hier lui-même un acte extra-judiciaire : un particulier a été surpris au Jardin-Égalité volant un portefeuille ; il a été pris, jeté dans le bassin et assommé à coups de canne» après quoi on Fa laissé aller. Le soir, on a voulu répéter la même scène à Tégard d*nn voleur de montres, mais on est parvenu de Tarracher des mains de ceux qui le conduisaient au bassin

Surveillance, -* Il se disait hier chez Peraud, demeurant me

des Fossés-Montmartre, connu pour être un chef d^agiolage, que le Directoire exécutif avait beau faire, qu'il n'empêcherait pas Fan^ntissement des assignats; on assure qu*il entre dans cette maison, que Ton peut regarder comme plus que suspecte sous tous les rapports, une quantité immense de faux assignats. Ce Peraud était très pauvre, il y a un an, et jouit aujourd'hui d*une grosse fortune. Les associés de ce Peraud sont Cottin, Mouchy et Montmoisin, tous agioteurs insignes ; cette maison va être [mise] à la plus grande surveillance

Houdever.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 18.)

Rapports présentés au ministre de l'intérieur.

I. — Café Chrétien. — Les habitués sont très inquiets sur la nomination du ministre de Paris. Si c'est un patriote (à leur manière), tout ira bien : les royalistes seront emprisonnés; mais si c'est un homme vendu à la faction des Boissy, des Lanjuinais, ils se regardent comme perdus. Aussi s'intriguent-ils de toute manière pour faire nommer an homme à leur dévotion, ils voudraient qu'on s'assurât de Ghambon, Mariette et Gadroy, en attendant la déclaration du jury pour savoir s'il y a lieu à accusation contre eux. Ils sont revenus sur Verdière, président de la Commission militaire dans l'affaire de Gormatin, qui

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a reçu, ont-ils dit, une forte somme pour prononcer le jugement qui a eu lieu; ils l'ont habillé de toutes pièces. Us ont décidé de dresser une liste des chefs, sous-chefs et employés des administrations qu'ils regardent comme royalistes, afin de les faire expulser. Enfm, ils espèrent toujours venir à bout de faire chasser les nouveaux tiers, supprimer les Deux-Cent-Cinquante et même faire renouveler le Directoire, dont quelques membres leur déplaisent.

Esprit public. — La maison dite d'Angleterre, où l'on donne à jouer, doit fixer sérieusement Tattention du gouvernement; c'est là que se rendent tous les escrocs et tous les voleurs de Paris, même des militaires; c'est un véritable coupe-gorge. On ne peut y entrer sans être volé ou dupé, car le maître de cet antre est d'intelligence avec une bande de coquins, qui non seulement font sauter la carte, mais emploient mille tours d'adresse pour dépouiller les nouveaux venus. Boquillon, nommé par le Directoire commissaire d'un arrondissement, a encore joué hier chez Bossard, où il a perdu. On a déjà observé, il y a environ deux mois, que Ton assurait que l'ex-marquis de Jaucourt, le conseil et le conQdent de Monsieur, était à Paris, caché dans la Cité; on le répète encore aujourd'hui, et l'on affirme qu'il y est. Il est également certain que le marquis de Coigny, émigré, est à Paris : plusieurs personnes l'ont reconnu. Hier, au foyer des Italiens, Ton parlait de la conduite des jeunes gens près de Caen, qui ont tiré sur la garde nationale, et l'on a dit hautement qu'il en fallait faire autant ici, pour secouer le joug du Directoire. — L'on dit que La Revellière-Lépeaux était opposé en tout à ses collègues, mais qu'on lui a mis tant d'or dans ses poches qu'il est devenu comme eux protecteur des terroristes ; aussi, continue-t-on, ces derniers vont-ils occuper tous les emplois de la République. L'on s'est beaucoup entretenu, dans les sociétés particulières et dans les cafés, de la proclamation du Directoire*, et Ton n'a pas manqué de calomnier le gouvernement et ses intentions. — Le bruit court que le gouvernement a ordonné de sortir de Paris, dans trois jours, au capitaine de dragons qui a fait les fonctions de rapporteur dans Taffaire de Cormatin. — On s'étonne qu'avant de condamner à mort le comte de Langeron, on ne l'ait pas confronté avec les personnes compromises dans son affaire. — Les malveillants ne cessent de répéter que l'emprunt forcé ne produira d'autre effet que de ruiner sans ressource les contribuables; qu'il n'est pas possible qu'un gouvernement aussi mal conduit que le nôtr.e subsiste longtemps. — L'organisation de la garde

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