Voir plus haut, p. 582, note i
[29 Di^xiEXBRE 1795] DIRECTOIRE EXÉCUTIF
nationale se fait avec beaucoup de tiédeur; personne ne veut accepter les places d*ofScier. — On est étonné que le citoyen Tsabeaa, frère du député, ait supprimé quantité de bons travailleurs dans les bureaux du ministre des affaires étrangères pour les remplacer par des hommes sans talents. -«* Dans les environs de Paris et au Palais-Éjgalité, on recherche les assignats à face, surtout les corsets. L'on présume que ce nouveau genre d*agiotage a pour but de les faire passer aux Chouans. — Le louis était ce matin à 5,300 livres, mais il 8*en est peu vendu.
(Arch. nat, F * • m, Seine, 18.)
IL — Situation des départementê. — Dans presque tous on pille, oa vole, on tue, on incendie au nom du roi, et pour la plus grande gloire de la religion. Dans ceux du midi surtout, les excès sont portés au plus haut point. Suivant quelques journalistes, c'est le royalisme qui triomphe ; suivant quelques autres^ c'est le terrorisme qui l'emporte.
Groupes. — 11 s'en est formé un dernièrement assez nombreux dans le faubourg Antoine ; quoique l'esprit, en général, y fût assez bon, il s'y trouva néanmoins quelques agitateurs qui, après avoir exagéré nos pertes sur le Rhin, traité de paix plâtrées toutes celles que nous avions faites depuis le 9 thermidor, invitaient le peuple à se lever en masse de nouveau pour exterminer ses ennemis. Les ennemis du peuple, selon Tavis de ces messieurs, ce sont tous ceux qui ont quelques projets légitimes, qui n'ont ni volé, ni assassiné.
Faubourg Antoine, — Il faut surveiller ce faubourg, car il s'y forme tous les soirs, à la nuit tombante, des groupes très nombreux, lians lesquel il se manifeste <les sentiments peu pacifiques et parfois peu républicains. . .
Situation de Paris, — Une fermentation sourde semble toujours agiter cette grande commune. Des placards, des pamphlets qui se renouvellent sans cesse s'occupent, jiar toutes [sortes] de moyens, à exaspérer le peuple ; il n'y a point de doute que ce ne soit le résultat (les entreprises de certains individus qui, cachés derrière le rideau, nunt d'autre but que de se venger des journées de prairial, d'entamer le Corps législatif et de rétablir la Constitution de 1793'.
Arch. liât., F»-^ III, Seine, 18.^
1. V la iiu*iiie date, il y a un autre rapport au ministre, mais sur des quo^ tinns exclusivement linancières.
91 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [30 décembre 1795]
Journaux.
Gazette française du 9 nivôse : « Un grand njombrc d'arrestations ont lieu depuis quelques jours, d'après des mandats des juges de paix, ou d'après des ordres du Directoire. Ces coups d'autorité sont surtout tombés sur ceux dont les noms ont été portés sur la liste des émigrés du département de Paris. Ce n'est cependant pas là, à beaucoup près, une preuve d'émigration ; car une multitude de personnes ont été portées sur ces listes pendant la Terreur, sans autre crime que de ne pas avoir leur domicile dans les différents départements où ils avaient quelques propriétés. Alors, pour la plus grande sûreté, chaque corps administratif se faisait un devoir de les inscrire sur ces listes. Et comme les formalités se sont depuis multipliées à l'infîni pour les radiations, et que ces radiations sont même en ce moment tout à fait suspendues, beaucoup de citoyens qui, depuis la Révolution, n'ont pas mis le pied hors de leur domicile sont encore sur ces listes d'émigrés. »
Rapport du bureau central du 10 nivôse.
Esprit public, — Continuation de calme. L'opinion publique est toujours la même, relativement à la durée des circonstances pénibles, L'augmentation progressive de toutes choses fatigue de plus en plus les citoyens honnêtes et pauvres, spécialement ceux qui, mus par des sentiments délicats ou par défaut de moyens et d'intelligence, ne se sont pas livrés au commerce honteux de Tagiotage. Les uns s'abandonnent aux larmes et se contentent, en gémissant sur leur sort et sur celui d'une famille infortunée, d'espérer un avenir plus heureux. D'autres, plus exaspérés et peut-être aussi instruments aveugles de la malveillance, perdent courage et se répandent en propos très inconsidérés contre le gouvernement. De toutes parts, on continue à se plaindre et même à menacer les négociants qui ne mettent plus aucun terme au renchérissement de leurs marchandises. On murmure toujours hautement contre les boulangers et les agents de subsistances et les commissaires des sections. Enfm les agioteurs et les gens de la campagne, dont les principes de cupidité ne difTérent guère, deviennent plus que jamais l'exécration d'un peuple malheureux. Telles sont les observations que nous avons recueillies dans les rapports de la surveillance. Quelques faits particuliers, cités par plusieurs inspecteurs, confirment la vérité de ces assertions.
[30 o^GEMBRE 1795] DIRECTOIRE EXÉCUTIF SU
Groupes. — Un d'eux rapporte, d'après les conversations publiques, qu'il a entendu, hier, qu'une pièce de 12 sols avait été payée jusqu'à iSO livres. Chacun en témoignait hautement le plus vif mécontentement et s'étonnait que le gouvernement n'arrêtât pas un pareil brigandage et ne fit pas punir ces voleurs publics. Un second déclare qu'une partie du peuple, réduite au désespoir, se déchâioait hier contre les marchands accusés de faire mourir à petit feu les dtojrens indigents, que ces discours étaient accompagnés des plus violentes menaces, conçues en ces termes: « Dans le désespoir où nons sommes, nouR n'avons plus rien à craindre ni à ménager. »
Observations générales. — Le bruit court, depuis plusieurs jours, que Ton va retirer de la circulation tous les assignats au-dessous de 25 livres, pour les remplacer par de la petite monnaie. — On parle encore sourdement de la seconde réquisition. La nouvelle, débitée par les journalistes, d'un armistice entre les Français et les Autricbiens produit des sensations heureuses dans le public, qui en augure l'espoir flatteur d'une paix prochaine.
Cafés, — Toujours mêmes entretiens sur l'emprunt forcé; les patriotes regardent cette mesure comme le palladium de la liberté et le salut de la République. Les agioteurs, marchands et autres personnes intéressées à son inexécution en critiquent absolument toutes les dispositions. . •
Surveillance, — ... La mendicité s'accroît de jour en jour; des gens de tout sexe et de tout âge, assez bien velus, demandent l'aumône à la tombée du jour. . .
HOUDEYER.
(Arch. n.it., AF iv, 1472, et F «<= 111, Seine, 18.)
Rapport du bureau de surveillance.
Mœurs et opinions. — Hier, au café du Caveau, on s'entretenait de la dernière affaire sur le Rhin ; on disait que le gouvernement n'en donnait pas les détails oflieieis, parce que cette victoire nous avait coûté plus de cent vingt-cinq mille hommes (»«c), que pour réparer celte perle on allait faire la levée de la deuxième réquisition, que nos affaires allaienl plus mal qu*on ne le disait. — On persiste à dire que Ton multiplie chaque jour les ouvriers pour la fabrique des assignats. — Au café de TEurope, Palais- Égalité, on parlait de Tassassinal du représenlant du peuple Dubois-Crancé, dans le déparlement oii il esl en mission. On y disait aussi qu*il y avait suspension d'armes entre la République française et TEmpereur. — La Société du Pan-
593 DmECTOIRE EXÉCUTIF [30 décembrb 1795]
théon est excessivement mélangée ; le café Chrétien devient mauvais. ^- Des journalistes à prétention, mais dont les principes aristocratiques ne sont pas équivoques, malgré le voile aux trois couleurs dont ils tâchent de 8*envelopper, affectent de crier contre la police, précisément lorsqu'il s'agit de créer un septième ministre pour Texercice de ces fonctions.
Surveillance. — . . .Le citoyen Duval, rédacteur du journal Intitulé le Courrier universel^ a été mis en arrestation et conduit chez le juge de paix de la section de TOuest. — Le citoyen Lebois, rédacteur du journal VAmi du peuple^ est aussi en arrestation. — Le commissaire de police de la section Poissonnière a été insulté dans ses fonctionspar un soldat de la Légion de police ; le commissaire Ta conduit au poste de Lazare. Le commandant et les soldats dudit poste, s'élant rendus à son bureau, Font de même maltraité par des propos injurieux. Son rapport sera envoyé au commandant de la Légion de police. ..
HOUDEYER.
(Arch. nal., F » « III, Seine, 18.)
Rapport présenté au ministre de l'intérieur.
Café Chrétien. — On y a parlé des différents ministres, et Ton a assuré que les bureaux de ceux de la marine, des finances et surtout de rintérieur, n'étaient composés que de Chouans. Des membres des anciens Comités révolutionnaires, qui fréquentent ce café, se sont vantés d'avoir fait, chacun dans leurs sections respectives, une liste exacte des agioteurs et des révolutionnaires qu'elles contiennent, afin de les faire connaître et de les arrêter en temps et lieu. Les habitués de ce café ne s'accordent pas sur le ministre de Paris : les uns veulent Thuriot, les autres Duhem; mais ils se réunissent tous pour dénoncer au Directoire celui qui sera nommé, en cas qu'il ne leur convienne point. Ils attendent avec la plus vive impatience le numéro de Babeuf, dans lequel il doit inviter le peuple avec énergie à reprendre ses droits. Ils savent que les royalistes les menacent, mais ils sont prêts à tomber sur eux, de concert avec les ouvriers.
Esprit public. — La proclamation du Directoire a produit un bon effet ; on s'exhortait mutuellement à la patience après en avoir fait la lecture; il est bien nécessaire que le gouvernement s'entretienne ainsi de temps en temps avec le peuple : c'est par ce moyen qu'il s'en fera aimer. — Les bons citoyens s'empressent de porter à l'emprunt forcé ; mais une note de Le Coulteux, insérée dans les journaux, ôte beaucoup Tome II. 38
[30 DÉCEMBRE i795] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 5H
de la conGance que Ton avait. L*on prétend, diaprés hii, que les agnts de la Trésorerie ne se soucient pas de rayer des assigpnats qu'on leur porte. Si, malheureusement, le public se persuade que les assignats de l'emprunt ne seront pas annulés, tous les portefeuilles se refer* meront. — Les patriotes déclament contre la Constitution actuelle; ils disent qu'elle n'est autre chose que le plan présenté par Breteuil en 1790, qui demandait un roi et l'établissement des deux Obambres : les deux Conseils sont les deux Chambres, et le Directoire repiésente le roi, jusqu'à ce que le moment soit arrivé de rendre le trône au prétendant. Ils ajoutent que cette Constitution est l'ouvrage des soixante* treize, qu'ils n'ont fait que suivre le système royaliste de Brissot et des Girondins. — Les royalistes espèrent trouver dans le Directoire un homme assez ambitieux pour vouloir gouverner seul, qu^ils serviroot d'abord pour le perdre ensuite et rendre le trône au roi légitime. Us paraissent déconcertés par le projet de nommer un ministre de Paris; ils craignent qu'il ne soit choisi parmi les Jacobins, qui sentent bien qu'ils ne peuvent réussir dans leur entreprise, tant qu'ils n'auront pas un chef qui soit membre du gouvernement. Us continuent leurs efforts pour semer des inquiétudes. Si on les en croit, on va faire partir même la seconde réquisition, parce que la Russie a fourni un contingent considérable à la coalition. — L'on ne doit pas cesser de répéter que Paris fourmille d'étrangers, qui n'attirent pas assez la surveillance de la police. Ils logent dans de brillants hôtels garnis, où ils payent en numéraire. La police est trop facile à accorder ce que l'on appelle des l*ésidences. — Le public ne cesse de demander que l'on rouvre la Bourse, ou que l'on ferme le Palais- Égalité. — Ellevion etGavaudon étaient hier à TOpéra en uniforme et disaient tout haut que, si les Autrichiens n'étaient tués que par eux, ils vivraient longtemps. Ces propos sont répétés par leurs camarades, qui même ont fait entre eux des paris considérables à qui passera le premier chez les Chouans. Plusieurs jeunes gens disaient hier, au Palais- Égalité, que, tant qu'ils n'imiteraient pas leurs frères de Lyon, en se défaisant des Jacobins, la chose irait mal. On fait courir le bruit, dans les cabarets, que les jeunes gens d'Amiens, soutenus de leurs parents, ont battu la force armée destinée à les faire partir. L'on ne sème ces bruits que pour les porter à la rébellion. — Les grenadiers du Corps législatif et les soldats de la Légion de police sont continuellement dans les maisons de jeu, où ils hasardent de fortes sommes, ce qui fait beaucoup murmurer. Plusieurs de ces derniers tiennent les propos les plus indécents contre le gouvernement et disent que, si l'on les fait partir. Ton verra. Ils cherchent à soulever les jeunes gens. — L'on
!^95 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [31 décembre 1795]
iroit des polissons de quinze ans au plus parier des billets de 500 francs dans les billards attenant aux Italiens ; ce sont sûrement des petits filous que la police devrait surveiller. — Le louis est h 4,800 livres. — Hier, à TOpéra, quelques allusions faites pendant le cours du spectacle ont donné lieu de croire que Fesprit du royalisme y dominait. On avait tracé une fleur de lis sur une des glaces du foyer dans la poussière dont elles sont chargées. Il n*y a point de police à la porte des spectacles^ tant pour les voitures que pour la distribution des billets. — Des militaires, arrivant de la Vendée, ont assuré que Ton était fort disposé à payer Temprunt forcé dans les villes où ils ont passé, telles que Blois, Tours, Orléans, etc. — L'agiotage est en stagnation depuis quelques jours. — L'on voit sortir des sacs de pain toutes les nuits de chez le boulanger de la rue Fromenteau, section des Tuileries.
(Arch. nat, F<« III, Seine, 18.)