‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 99 sur 141 · DXIX · texte numérisé non relu

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Rapport du bureau central du 7 nivose

Esprit public. — Le calme s'est soutenu hier dans Paris. Malgré cette apparence de tranquillité, les esprits sont toujours vivement agités, et, si les gouvernants, comme l'observent depuis longtemps

1. A ce rapport est joint un bulletin intitulé : «< Extrait du rapport présenté au ministre de l'intérieur », qui semble formé d'extraits de journaux, et où je ne vois rien d'intéressant pour l'esprit public à Paris.

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les meilleurs piiblicistes, doivent avoir les plus grands ménagements vis-à-vis du peuple, par rapport à ses préjugés, quelle précaution ne doit-on pas employer auprès de ce même peuple, quand il s^agit de subvenir à ses besoins? 11 ne faut pas se le dissimuler, dans les temps difficiles où nous sommes, les besoins sont pressants. L*urgence des secours, ou tout au moins d'un soulagement quelconque, est nécessitée par les circonstances les plus impérieuses. Tel est Tesprit des rapports de ce jour, dont voici quelques fragments. On se plaint généralement des boulangers et des bouchers; on dit que les premiers, non contents de faire attendre le public un temps inQni à leurs portes, livrent du pain de mauvaise qualité, peu cuit, à faux poids et vendent partie de leur farine en fraude; les seconds sont accusés de dégraisser la viande. L'on voit toujours avec peine que la ration de pain n'augmente pas, et néanmoins que quelques sections privilégiées reçoivent une livre par bouche.

Groupes, — Un inspecteur déclare que, rue de la Grande-Truanderie, on disait hier dans un groupe que, si le gouvernement ne mettait pas ordre incessamment à un pareil brigandage, le peuple finirait par écraser ses gouvernants, taxés d'intelligence avec les fournisseurs. — Partout, dit un autre inspecteur, le royalisme lève la tête et souffle le poison dans le cœur du peuple ulcéré par la misère; il ajoute que de tous côtés la République est maudite, qu'on vomit les plus grandes horreurs contre le Corps législatif et le gouvernement, que l'on demande un roi, et enfin que c'est principalement dans les faubourgs, peuplés d'un plus grand nombre de malheureux, que se tiennent tous ces propos incendiaires. Suit l'extrait littéral du rapport d'un troisième agent : « Les murmures du public sur la misère n'ont plus de bornes; on tient les propos les moins ménagés contre les deux Conseils. » Le dépouillement des autres rapports donne plus ou moins les mêmes résulats.

Cafés. — 11 résulte de la surveillance dans les cafés que, dans quelques-uns où il était question de cette fameuse victoire, on prétendait qu'il n'y avait rien de vrai; dans d'autres, on assurait que le Directoire exécutif en avait reçu la nouvelle. La perte des ennemis montait, disait-on, à trente mille hommes, et la nôtre à seize mille hommes, mais que (sic) le silence du Directoire avait pour objet de sonder ropinion publique. — L'emprunt forcé faisait aussi la matière des entretiens; quelques citoyens applaudissaient aux mesures du gouvernement; d'autres prétendaient qu'il ne sera payé que très difficilement, et fondaient leurs assertions sur les dires des marchands épiciers et autres, qui voient que ces moyens de force, au lieu de faire haisser le prix

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s marchandises dans les places de commerce, n'ont servi jusqu'à résent qu'à l'augmenter. Beaucoup de rentiers et pensionnaires, assemblés dans différents cafés, se plaignaient hier très jmèrement leur extrême misère, assuraient qu'il leur était impossible de "vivre, et demandaient qu'on s'occupât de leur malheureux sort.

Spectacles, — Ont été tranquilles, excepté le théâtre de la rue Fa- -vart, où Tartiste Chenard, qui n'est pas venu assez à temps pour remplir son rôle, dans la pièce du Comte d'Albert, a nécessité les acteurs de donner en place Les Deux Petits Savoyards, Cette substitution a donné de l'humeur au public, mais le retour de Chenard, présenté par la citoyenne Dugazon, a apaisé les mécontents : on a demandé le 3« acte du Comte d'Albert, qui a été joué au milieu des plus vifs applaudissements. — Au théâtre du Vaudeville, pendant la représentation de la pièce Z^.? Volontaires de Sambre-et-Meuse, un passage a prêté à une application saisie par le public avec une sorte de transport, notamment ces mots que le volontaire adresse à une vivandière qui lui fait des reproches de son infidélité et le menace : Je suis donc un Jacobin/ On y a applaudi à différentes reprises ; les spectateurs ont demandé bis, en criant avec indignation : A bas les Jacobins !

Affiches, — Dans l'instant il paraît une petite affiche ayant pour titre : Sauvons la France. Elle est signée Champfort, ouvrierdu faubourg Antoine, au nom de trois cents ouvriers. C'est une invitation à tous les bons citoyens de dénoncer tous les riches inconnus qui sont dans le cas de payer l'emprunt forcé. — Le Bureau central vient de recevoir l'exemplaire d'une autre affiche intitulée : Modèle de r emprunt forcé, écrite en gros caractères à la main ; la contexture en est si plate et si bête qu'il est absolument impossible de connaître précisément le but de l'auteur; on voit cependant qu'il tend à vouer à l'indignation publique les citoyens Bassal, Tallien, Legcndre, Fréron et autres, ainsi que les Jacobins et les membres des anciens Comités révolutionnaires.

Commerce. — Dans la section du faubourg Antoine, le peuple témoigne quelque inquiétude sur le changement prochain des poids et mesures; il craint qu'on n'en prenne occasion de lui retrancher quelque chose sur les rations journalières de pain et de viande

Halle aux farines. — Il ne s'en est presque point vendu; la belle farine est de 21 à 22,000 le sac et en détail 60 et 62 francs la livre.

Marchés. — Aucun des carreaux n'était approvisionné •.

HOUDEYER.

(Arch. nal., F «MIL Seine, 18.)

\. A cette pit'ce est annexé un rapport [sans date) sur l'esprit <lcs journaux, sipné Iloudeyer, où il est question des treize journaux suivants : Courrier de Tome H. 37

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Rapport du bureau de surveillance.

[Mœurs et opinions. — Boaucoup de jeunes gens étrangers parlent plusieurs langues au Palais-Égalilé. — On se plaint de ce que les propriétaires de maisons veulent faire payer leur location en numéraire. — On disait que le gouvernement tolérait l'agiotage pour lasser le peuple et le forcer à demander un roi : « On n'ira pas en chercher un bien loin, disait-on, car le petit CapelnVsî pas mort: il est dans la Vendée, où on l'a fait passer incognito; au premier moment, il sera proclamé. » — Voie publique, — Les vidangeurs demandcnf 15 à 20,000 livres pour vider une fosse d'une maison qui ne rapporte que 5,0 ou 7,000 livres. Les propriétaires disent à leurs locataires dejeter leurs iminon dices dans la rue.)

lïOUDEYER.

(Arch. nat., F «Mil, Seine, 18.)

Rapport présenté au mlxistre de l'intérieur.

Cnfé Chrétien. — C'est lii que débarquent tous les patriotes qui arrivent des départements; le nombre en était hier 1res considérable. On a parlé de rémeule arrivée à Bordeaux, dans Ifluuelle on a assassiné neuf ou dix agioteurs, et Ton a fait entrevoijr qu'il en arriverait autant à Paris; du moins on doit tenter d'y engager le peuple.— On s'est entretenu de l'arrestation du marquis de Boisgelin; mais, a-t-on (lit, il en sera comme de cet autre marquis émigré, arrêté à Lyon, transféré à Paris et dont on n'a plus entendu parler. La nominalion du ministre de Paris, tient toujours le café en haleine; on y esp^'re qu'il damera le pion à celui de l'intérieiu'. Vadier, Oufres^e, Ros«îignol, Javogues, elc, lémoignenl depuis quelques jours la plu"^ vive satisfaction, et ne cessent de répéter que tout est bien, et que sous peu tout ira mieux. Mai,i::net et Jourdan ont juré sur leur sabr^' de venger la mort de H(d)espierre, et leur serinent a été répété par un grand nombre de sociétaires; leur but est d'exciter une révolte pour culluiter le Conseil des Deux-Cent-Cinquante et réformer celui ile> CirKj-Cenls ; le portrait de Marat doit leur servir de signe de ralliement, en cas de tumulte.

Lsprit public. — Il y a dans Paris un très grand nombre d'émigrè> sous le litre de négociants étrangers. C'est surtout dans les petitf^ maisons garnies et dans les auberges de peu d'apparence qu'ils se ré-

Paris, (ifU'dion de In CnnsliluHini, Courrier i/ ni verset e.rfr.iord/noirey Balti'^- Jotn mil lie l'aris, l'osh'llon des années^ Messager du soir^ Journat des hoinnif''' iihres, \i,u celles pditifues, i.cluir, Aini du peuple, Abrèvialeur, Courrier fr<vh iuis. Je I» y vois rioii de hicn intrre-sant pour l'esprit pnbl'C.

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