‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 104 sur 141 · DXXV · texte numérisé non relu

DXXV

Rapport du bureau central du 13 nivose.

Esprit public. — Paris a joui, pendant la journée d'hier, de la même tranquillité que les jours précédents. Continuité d'agitation et de mécontentement. La classe indigente et malheureuse, constamment fatiguée de sa pénible position et de ses souffrances interminables, ne peut se défendre d'un sentiment profond d'indignation et de haine contre ceux qu'elle regarde comme les auteurs de ses maux. Les agioteurs principalement sont exécrés; le nombre en augmente tous les jours. Ces fripons, non contents de se livrer à cet infâme commerce, font encore le métier de voleur. Hier, au Palais-Egalité, dans une foule, on a coupé l'habit d'un jeune homme pour le voler plus facilement. Les gens de campagne sont vus de très mauvais œil, ainsi que le corps des marchands en général, et notamment les bou* langers et les bouchers, dont la cupidité et les prévarications présumées excitent toujours les plaintes et les murmures. Le public exaspéré se répand en propos injurieux contre les agents des subsistances et les autorités constituées. Le gouvernement lui-même n'est pas épargné. Les rapports de surveillance d'où nous avons extrait ces

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notions préliminaires contiennent aussi des faits relatifs aux subsistances et à différents objets d'ordre public et de politique; quoique très vagues et insignifiants pour la plupart, nous allons en transmettre la connaissance. Le louis a baissé, mais les denrées continuent à augmenter ; le public en accuse le gouvernement. La viande, dit-on, vaut 100 francs la livre. On parle beaucoup de Sociétés de patriotes, qn*on dit très nombreuses. Ces réunions donnent lieu à beaucoup de conjectures et d'inquiétudes ; on va jusqu'à dire que ces Sociétés ne sont composées que de terroristes et Jacobins ressuscites, dont on craint l'influence et les maximes pernicieuses. L'arrivée des députés prisonniers en Allemagne a satisfait le public, qui les a accueillis au sein du Corps législatif avec des n^arques non équivoques d'une véritable allégresse. L'arrestation de Charette, dont la nouvelle a été débitée avant-bier, parait invraisemblable, surtout d'après les bruits, faux sans doute, que la malveillance fait courir des forces réunies de nos ennemis dans la Vendée et des succès qu'ils ont remportés sur les armées de la République. Un inspecteur rapporte que les patriotes et les royalistes même s'accordent à dire que le gouvernement persiste à dissimuler les effets désastreux de cette guerre malheureuse.

Cafés, — Les événements de la guerre occupent toujours les politiques et donnent lieu, suivant la différence des opinions, à des débats plus ou moins vifs. Les uns prétendent que les armes de la République ont toujours un avantage signalé sur les bords du Rhin. D'autres, au contraire, assurent que nos armées se replient sur Liège, que les Autrichiens ont reçu de puissants renforts, et que la Prusse arme et fait de grands préparatifs pour seconder la faction du prince d'Orange. — Les cafés servent de rendez-vous à nombre d'agioteurs qui y font publiquement ce qu'ils appellent des affaires. — Hier, au café Italien, plusieurs citoyens manifestaient leurs désirs sur la nomijiation du nouveau ministre qui doit être chargé de la police de Paris. Ds ajoutaient que les tribunaux avaient beaucoup trop d'indulgence pour les malfaiteurs qui, bien loin d'être punis comme ils le méritaient, étaient sans cesse rendus à la société, dont ils font le fléau.. •

Commerce. — Pain» — Il a manqué du pain chez le citoyen Mezé, pour environ soixante personnes. Le Comité civil de la section de la Place-Vendôme^ sur laquelle demeure ce boulanger, en a été instruit -sur-le-champ. ••

HOUDEYER.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

Rapport du bureau de 8URyEiii.ANCB.

Mœurs et opinions. — ... Beaucoup de propriétaires et priocipaox locataires de maisons veulent faire payer leurs locataires le terme qui échoit en argent, ou en assignats à raison de iOO livres poar chaque 20 sois...

HOUDBTKR*

(Arch. nat, F ^ < III, Seine, iS.)

Rapport présenté au miiiistrb de L*uiTiBiEUB«

On paraissait alarmé de la suspension d*arm'es convenue avec TAutriche ; on a répandu hier que le Directoire y avait refusé son assentiment, et cela a tranquillisé les esprits, en persuadant que cette mesure n*avait pas été proposée par nos généraux. — Les denrées continuent d'augmenter de prix ; celui de Tor ne baisse point en ap* parence; mais il est de fait qu'on trouve à placer des assignats à quarante pour un de leur valeur nominale remboursable en espèces, et intérêt à cinq pour cent, également payable en espèces. On assure aussi que, dans le département de la Meuse, le numéraire se change à cent pour un, que les agioteurs de Paris en font venir de Nancy, etc., et que c'est pour le vendre avec un bénéflce à Paris qu'ils maintien* nent par tous les moyens possibles la hausse. Ainsi, quoique cette hausse semble se soutenir, personne n'y croit et personne n'achète beaucoup ; [des gens] offrent à vendre, mais ne trouvent point d'acheteurs. Il en est de même des marchandises autres que les comestibles* Les emmagasineurs les font colporter de maison en maison^ et ne trouvent point d'acheteurs ; il y a cependant déjà une baisse sensible Le discrédit du numéraire républicain ne se borne pas aux

campagnes. Sur le quai de la Vallée, on voit journellement des marchands de volailles refuser les pièces de 15 et 30 sous, etc., vomir des imprécations contre ceux qui leur en présentent, et même jeter au loin ces pièces dans la boue. On a persuadé au peuple que ces pièces n*étaient qu'argentées. Comme le numéraire ne parvient dans les mains de cette classe que par la vente que lui en font les soldats, et que ces soldats n'ont que de la monnaie fleurdelisée, les marchands de pommes en concluent que toute autre monnaie est fausse, puisque le gouvernement n'ose pas même s'en servir pour payer les troupes. C'est ainsi que cette classe du peuple raisonne. — Beaucoup déjeunes gens ne portent plus de cocardes ; cela se voit clairement aux spectacles Feydeau et du Vaudeville.

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Café Chrétien. — Les habitués sont furieux des massacres qui se commettent toujours à Lyon sur les patriotes, et ont juré qu*ils vengeront la mort de leurs camarades. Hier soir, un d*eux prit la parole, lorsqu'il fut question de la cherté des denrées, et prononça le discours suivant, auquel tous les auditeurs applaudirent. « Je dis que les bons députés, qui voulaient le bonheur du peuple, ont été assassinés par les scélérats qui sont restés, par ces coquins qui ont permis Touverture des églises, la rentrée des nobles, la vente de différentes sortes de pain et celle du numéraire ; par ces monstres qui ont fait une Constitution contraire aux intérêts du peuple indigent, et favorable aux riches et aux royalistes. Leurs complots sont découverts ; il faut que, sons peu, ils soient exterminés, et que la Constitution de 93 soit rétablie, comme la seule qui nous convienne. Oui, le peuple se fera bientôt justice lui-même, et nous aurons le plaisir de pendre tous ces f.....s gueux qui se sont enrichis. » Voilà les sentiments des sociétaires. II faut observer que plusieurs de ces individus commencent à se rassembler secrètement. Leur projet, du moins celui des chefs, c'est un nouveau 31 mai, la mort des députés proscrits, la rentrée des Jacobins, les proscriptions, les échafauds et le gouvernement révolutionnaire. L'arrestation de Leboîs les a beaucoup aigris contre le ministre de Tintérieur et le Directoire.

Société du Panthéon. — Lebois, membre de cette Société, lui a fait part du mandat d'amener décerné contre lui par le juge de paix de la section de l'Ouest, pour avoir prêché la loi agraire dans un de ses numéros de VAmi du peuple^ où il dit que le but delà Révolution française a été d'ôter du bien à ceux qui en avaient trop, pour en donner à ceux qui n'en avaient pas assez. Il a invité la Société à en attendre paisiblement le résultat. Un membre a fait ensuite la lecture d'une lettre écrite d'Avignon, qui annonce que presque toutes les autorités constituées du département de Vaucluse sont composées de royalistes, de fanatiques, d'émigrés, de prêtres réfractaires et autres ennemis de la République, qui laissent commettre chaque jour de nombreux assassinats de patriotes ; il y est dit aussi que les administrateurs de ce département ont fait une adresse très patriotique, dont on envoie copie, pour rappeler les habitants de ce département aux sentiments de justice et d'humanité. Cette lettre et l'adresse seront remises au Directoire. Enfin, on y a pris la résolution de présenter une adresse au Conseil des Cinq-Cents pour l'engager k faire cesser les nombreux assassinats qui se commettent chaque jour sur les patriotes, dans tous les départements. — Des membres de cette Société se répandent dans le faubourg Saint-Martin, et distribuent

des cartes aux ouvriers pour rentrer dans leur assemblée. Ceux qui ont de l'occupation refusent de 8*y rendre, parce qu'ils ne veulent pas, disent-ils, épouser aucun parti ; ceux qui n'en ont pas y vont. Plusieurs membres de cette Société assurent qu'elle est divisée en trois partis : l'un qui veut la Constitution de 93; l'antre, la destruction des thermidoriens ; et le troisième, la continuation du gouvernement révolutionnaire. Le nommé Saint-Geniès, membre de cette Société, ne cesse d'y jeter le trouble par ses déclamations contre le Directoire et une partie de la Législature ; on le regarde comme l'instrument dont se servent les meneurs des Cinq-Cents pour tout diviser et régner seuls.

Royalistes. — Les mêmes sentiments que ceux des terroristes les poussent en sens contraire, et Ja férocité dirige leurs mouvements. Les prêtres font cause commune avec eux ; ils tiennent des conciliabules dans Paris, surtout au Palais-Égalité ; il en veulent venir aux assassinats et doivent envelopper dans leur prescription les vrais patriotes avec les hommes de sang. Ils s'attachent depuis quelques jours aux pas des grenadiers de la Convention pour les séduire ; on voit quelques-uns de ceux-ci faire beaucoup de dépenses, ce qui donne lieu à des soupçons qui pourraient devenir des réalités. Le café de Valois est un repaire de ces partisans de la monarchie. — Les différents mandats d'arrêt que le gouvernement vient de lancer contre les sectionnaîres auteurs de la conspiration de vendémiaire commencent à les effrayer et les font rentrer dans leurs tanières.

Esprit public. — On parle partout d'un nouveau 13 vendémiaire, mais on n'est pas d'accord sur le parti qui le provoque ; les patriotes en accusent la nuée de conspirateurs et de royalistes qui remplissent les maisons garnies et auxquels la police ne fait aucune attention ; les royalistes disent à leur tour que c'est le Panthéon qui fomente les troubles et qui provoque la guerre civile. — L'on a entendu dire, dans un café de la rue du Roule, par deux étrangers, que l'on croit belges ou flamands, qu'il y avait des membres du Directoire sur lesquels on ne pouvait compter et qui favorisaient les terroristes, que l'on était sûr des autres, que les buveurs de sang voulaient remuer, mais que l'on saurait les contenir, et que l'on n'épargnerait pas Témétique. Ce dernier mot, qui les faisait rire, était prononcé de manière à signifier que Ton se disposait à traiter les patriotes à Paris comme on fait à Lyon. Ils ont ajouté : « Aux grands maux, les grands remèdes. » — Des patriotes du Midi disaient hier au café Gorazza que, si le gouvernement ne déférait pas aux instructions qu'ils étaient venus lui donner sur les derniers massacres du Midi et

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ne détruisait pas la Compagnie du Soleil, ils formeraient une compagnie de la Lune pour exterminer tous les Chouans et les royalistes. — L'on a répandu le bruit, dans le faubourg Marceau et les quartiers environnants, que Ton distribuait aujourd'hui la livre de pain ; on voit clairement que la malveillance se plaît à donner de vaines espérances aux habitants malheureux de ces quartiers, afin d'augmenter

leur mécontentement

Agioteurs. — Leur foyer est au café de Chartres, où se rassemblent les chefs. Parmi les plus forts, on distingue le nommé Gervais, rue Grenier-Saint-Lazare ^ maison du traiteur, et le nommé Bertaume, rue de Chartres, hôtel de l'Amérique, banqueroutier de Caen. Si le gouvernement voulait s'attacher ces deux hommes, ils pourraient, surtout le dernier, indiquer les plus forts agioteurs de Paris et même désigner les caisses principales.

Jeunes gens. — On fait courir le bruit que, du Nord au Midi, tous se refusent de partir, que ceux du Nord sont retranchés dans la forêt de Mormal, et que ceux du Midi se rassemblent à Marseille pour marcher contre le gouvernement. — On lisait sur une affiche, au Palais-Égalité : Manufacture de cire à frotter au Luxembourg.

Maisons de jeu. — L'on est étonné que la maison de [la rue] Richer, n^ 44, ne soit pas fermée, car elle est connue pour un étouffoir. Les Trente-et-Un tiennent le matin ; la Robinot donne le jeu de commerce le soir. Des militaires ont perdu chez elle 40,000 livres au piquet. Il y a eu de fortes parties chezBossard; un Nantais y a perdu 200 louis en or *.

(Arch. nat., F * « IIÏ, Seine, 18.)

Journaux.

Courrier républicain du 13 nivôse : « Paris, le 12 nivôse. Le concours est très grand à la Trésorerie, ainsi que chez les notaires, pour acquitter l'emprunt forcé. Cet empressement a déjà contribué à diminuer considérablement la masse des assignats, qui sont biffés et annulés à mesure qu'ils rentrent ; de sorte que le prix des louis d'or a considérablement baissé depuis quelques jours. Il serait vraiment curieux de rechercher par quelle étrange fatalité le prix de toutes les denrées grossit journellement dans une progression désolante, tandis que celui du numéraire métallique baisse. Quoiqu'on doive attribuer en partie cette calamité aux fureurs expirantes de l'agiotage effréné qui a gagné toutes les classes de la société, on peut présumer que les menaces inconsidérées contenues dans certains écrits contre les propriétaires des sub-

1. Schmidt (t. III, p. 44) donne à cette date un autre rapport qu'il dit sans date et dont je ne trouve roriginal nulle part.

sistances contribuent à lenr faire tenir très haut le prix de lean deoréei. Quoi qu'il en soit de cette cause particulière de clierté, les bons eitojens espèrent que la création d'un ministre de la police générale opérera désavantages considérables, en ce que sa vigilance embrassera tous les individus qui, d'un bout de la République à l'autre, forment une corporation avide de spéeiilateurs sur la misère publique, et qui a établi son foyer dans la population la plus nombreuse de la République. 11 est certain que, quand l'état et Toceapation de tant de vagabonds qui foulent tour à tour le terrain du Palais-Égalité, les restaurateurs, les tripots et les spectacles, seront bientôt eonnos, leur nombre diminuera nécessairement, et, avec ce nombre, celui des vampires qui affament le peuple. »

DXXVI 13 NIVOSE AN lY (3 JANVIER 1796).

Rapport du bureau central du 14 nivosb.

Esprit publie. — Au milieu de Tagitation des esprits, Paris reste calme. Les murmures et les plaintes arrachées par le sentiment intime du besoin et par les longues privations en tous genres continuent à se faire entendre. Les assignats, dont le retirement journalier et considérable, ainsi que la baisse du numéraire, sembleraient devoir relever le crédit, perdent au contraire à chaque instant, et de cette manière élèvent constamment le prix de toutes choses. Des contradictions aussi frappantes ne peuvent s'expliquer que par le défaut total de confiance et encore par la crainte que chacun conçoit de recevoir en payement des assignats -faux. Il est môme à notre connaissance que ce prétexte est souvent employé dans le commerce comme un moyen plausible de refuser le papier. Dès lors, toutes voies pour se procurer le nécessaire deviennent nulles, pour ainsi dire, et d'ailleurs, toute ressource étant épuisée par ceux qui depuis longtemps ont vendu tous leurs effets pour subsister, il en résulte qu'à la réserve d'un petit nombre de propriétaires fortunés et de nouveaux enrichis, la plupart des habitants de cette vaste cité qui ne se sont pas livrés au trafic infâme de Tagiotage, ou qui n'ont pas adopté un genre de commerce quelconque, sont réduits à la plus eittréme misère. Chacun se demande : « Quel sera donc le terme de nos maux? » Tel est en substance Tétat actuel des choses, d'après les rapports de la surveillance de ce jour. — Il s'élève en ce moment une très grande difficulté entre les propriétaires de maisons et les locataires; les premiers

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disent qu'ils ne veulent plus louer qu*en assignats au cours ou en numéraire ; Ie3 seconds, pour la plupart rentiers et créanciers de l'Etat^ répondent : a Nous ne recevons nos rentes qu'en assignats^ valeur nominale ; dès lors, il nous est physiquement impossible de satisfaire à la demande des propriétaires sans secours proportionnés ni équivalents. » Ces débats peuvent faire naitre un germe de division très dangereux dans la société. On s'entretient dans le public de la réorganisation de la garde nationale, et, d'après ce que nous rapportent quelques inspecteurs, il parait que la masse refuse de s*y porter et de procéder à la nomination des officiers. On se fonde sur le désarmement provoqué par la tyrannie et par l'injustice criante d'avoir enlevé aux citoyens leurs fusils, qui étaient la propriété de la plupart. On ajoute qu'ils n'auraient dû être ôtés qu'aux seuls coupables, et que le gouvernement est d'ailleurs maître d'employer les troupes qui sont à sa disposition pour faire le service.

Cafés. — Mêmes entretiens que de coutume sur l'emprunt forcé, dans lesquels, dit un de nos inspecteurs, on distingue facilement les agioteurs et les malveillants, qui disent sans cesse que c'est une mesure arbitraire, de laquelle, ajoutent-ils, il ne peut résulter rien d'avantageux. ^» Quelques inspecteurs nous exposent que, dans différents cafés, et principalement dans celui appelé Italien, on parlait très défavorablement des représentants Boissy d'Anglas, Lanjuinais, Aubry, Reubell, André Dumont et autres ; on leur imputait tous les malheurs qui pèsent sur la société. Le premier était traité de charlatan ; le second, de patriarche de la Vendée et d'alimenter cette guerre afifreuse, et l'on taxait Aubry d'être le désorganisateur de nos armées, de les avoir peuplées d'officiers royalistes ou chouans.

Spectacles. — Us ont été tranquilles. Au théâtre du Vaudeville, à la représentation d*Angélique et Melchior^ un couplet tiré de la pièce même, dont le sens est dirigé contre le despotisme et les anarchistes, a excité les plus vifs applaudissements des spectateurs

Surveillance. < — Hier, à l'hôtel BuUion, un prêtre qui y était venu pour acheter des objets propres à l'exercice du culte catholique a été insulté par un particulier, qui disait, en lui adressant la parole, qu'il fallait assassiner tous ces coquins-là. Les citoyens présents se sont élevés contre ce particulier, en disant qu'il méritait punition pour une telle menace; la force armée a été requise ; le particulier a été conduit par elle à la section de la HalIe-au-Blé. Le citoyen insulté et les témoins s'y sont aussi rendus. — On dit qu'à Rouen et dans les environs, il s*est formé des bandes nombreuses de jeunes gens qui pillent et volent en plein jour à force ouverte

[3 JANViiR 1796] DIRECTOIRE EXÉCUTIF m

Marchés. — L'approvisionnement était très peu considérable aux différents carreaux

Poids et mesures. — Attendu que les marchands conservent généralement rhabitude de tenir leurs boutiques fermées les anciens jours de dimanche, il n'a été fait de visite chez aucun d'eux.

HOUDETBR.

(Arch, nat., AFiv, 1412.)

Rapport du bureau de surveillamce.

Mœurs et opinions. — On ne cesse de faire courir le bruit que Ton va lever une réquisition de jeunes gens depuis dix-huit jusqu'à trente-cinq ans. — L'on s'entretenait hier dans les cafés de l'emprunt forcé ; beaucoup de citoyens, non compris dans cet emprunt, s'empressent de montrer leur récépissé de ce qu'ils ont donné comme acte de civisme; c'est à qui portera (sic) pour avoir ce titre. Les aristocrates les plus fieffés commencent à convenir publiquement que cet emprunt était la seule mesure que pouvait prendre le gouvernement. -» Il y a eu hier une grande discussion, à la Société du Panthéon, au sujet du ministre de Tintérieur, par lequel cette Société a été dénoncée comme ayant mis en question dans son sein si on maintiendrait la Constitution et le Directoire exécutif. Il a été décidé qu'il y aurait aujourd'hui une séance extraordinaire, et qu'il serait envoyé une députation au Directoire pour démentir ce fait et y dénoncer les agents du ministre comme faisant de faux rapports. — Plusieurs pe^ sonnes se plaignent de n'avoir pas vu, en allant payer la contribution forcée, annuler les assignats, notamment chez le receveur de l'ile-de la-Fraternité. — Dans les communes des environs de Paris, les jeunes gens sujets à la première réquisition ne sont pas inquiétés; ils restent tranquilles et sont loin de se disposer à partir ; ils disent qu'ils ne seront pas si bêtes que ceux de Paris, et que, si on emploie la force pour les faire partir, ils iront se joindre à l'armée des Chouans. Telles sont leurs dispositions patriotiques

HOUDEYER.

(Arch. nat., AFiv, 1472.)

Rapport présenté au ministre de l'intérieur.

Café Chrétien, — Les habitués n'étaient pas en grand nombre hier, à cause de l'assemblée du Panthéon. L'arrestation de Lebois fait toujours le sujet de leurs discours : « Pourquoi, disent-ils, arrêter un

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écrivain patriote et protéger les journalistes chouans, le Courrier français, celui de Paris j le Messager du soh\ etc.? Au reste, il n'est pas étonnant que cela soit ainsi, puisqu'on favorise ouvertement les scélérats tels que Richer-Serizy et d'autres; mais patience, sous peu nous serons vengés. » Il paraît que leur intention est toujours d'exciter un mouvement, puisqu'ils engagent ouvertement les ouvriers à s'enrôler dans leur Société.

/loyalistes. — Ils se sont beaucoup réjouis, au Palais-Égalité et dans les sociétés particulières, du discours de Thibaudeau sur la vérification des élections du nouveau tiers ; cela donne un grand espoir, disaient-ils, pour le rapport de l'exécrable loi du 3 brumaire, bien digne des « massacreurs » de vendémiaire. Le jugement du jury d'accusation, dans l'affaire de Richer-Serizy, les a également comblés de joie; ils le regardent comme un soufflet donné au Directoire, qui, disent-ils, a fait arrêter nuitamment tous les membres de ce tribunal. Ils disaient hier, au théâtre de la rue Feydeau, que les députés longtemps prisonniers des Autrichiens, et rentrés au Conseil des Cinq- Cents, étaient de nouveaux roitelets qui venaient s'établir pour s'engraisser. lis accusent la marche du gouvernement d'être révolutionnaire, et en prennent à témoin la loi du 3 brumaire, celle de la réquisition et de l'emprunt forcé.

Esprit public, — L'on parle toujours dans le public de Taffaire de Job Aymé ; l'on ne revient sur ce sujet, déjà tant de fois rebattu dans les rapports, que pour faire comprendre que cette affaire de parti peut avoir des suites fâcheuses pour la tranquillité publique; car personne n'en parle de sang-froid, soit pour, soit contre; on y met autant de chaleur qu'on en mettait autrefois pour Marat et pour Brissot. — L'on a donné une nouvelle tragédie au théâtre de la rue Feydeau, qui n'a aucun trait aux circonstances; l'on a eu soin de faire savoir qu'elle était de l'auteur du Réveil du peuple, ce qui lui a valu un faible succès qu'elle n'eût pas eu sans cette recommandation. — On a prétendu y au café Gorazza, que le ministre de l'intérieur avait fait insérer dans un journal que Ton rencontrait des coupe-tètes, dont la fîgure sinistre annonce le désir du retour à l'anarchie et que Ton distinguait parmi eux Jourdan, d'Avignon *. Cela était trouvé d'autant plus ridicule que ce Jourdan a été guillotiné. Ce qui a pu donner lieu à ce quiproquo, c'est qu'effectivement il y a maintenant à Paris un autre Jourdan, qui fréquente le café Chrétien, et qui est aussi dangereux que l'autre.* — Beaucoup de citoyens blâment le gou-

1. Voir plus haut, p. 558, le rapport au ministre du 2 nivôse an IV.

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