‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 108 sur 141 · DXXX · texte numérisé non relu

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Rapport du bureau central du 18 nh^ose.

Esprit public, — Paris a été tranquille hier. Quoiqu'il soit presque impossible de réunir en un seul point la masse de l'esprit public, on peut dire néanmoins que Ton pense et parle assez généralement d*une manière uniforme sur la partie des subsistances. Mais en fait d'ordre public, de guerre, finance et politique, il n'en est pas de même ; rien dans le monde à cet égard n'est plus mobile que l'opinion; elle varie fréquemment, et d'après cette antique maxime : Quoi capita, lot sensus, chacun cède au penchant qui Tentraine. Le franc républicain,

i. Ce n'esl point Boissy d'Anglas (Sote de l'original).

fidèle à la Constitution, ami de Tordre et de la justice, voit différemment du fougueux aristocrate ou du féroce terroriste ; rhomnie sage vit en silence et dans Tobscurité ; Fambitieux, auquel tous moyens sont bons, franchit tous les obstacles ; Tégoïste n*est au monde que pour lui seul, et l'agioteur, pareil à la chatte de la fable, dévore tous les partis. L'analyse des rapports de ce jour va servir au développement de ces réflexions préliminaires.

Subsistances. — Le prix des denrées est exorbitant; on voit que le peuple est excédé de Tétat de souffrance où il est depuis si longtemps, la misère le rend très insouciant sur la chose publique

Guerre, — On augure avantageusement de la suspension d*armes entre la France et TAutriche ; le public se flatte d'une pacification générale. Les malintentionnés jettent beaucoup de défaveur sur cet armistice.

Finances, — L'emprunt forcé fait toujours la matière des entretiens privés et publics. On y voit d'une part les plus grands avantages; d'autres disent que la rigueur en est intolérable, que rien n'est plus vicieux que le mode de perception, et que cette fausse mesure rendra cette contribution très vexatoire aux trois quarts des citoyens ; il en est enfin (et de ce nombre sont les malveillants) qui se permettent d'avancer que cette imposition ou taxe n*est autre chose qu'une banqueroute dissimulée sous l'apparence de salut public.

Politique, — La Société du Panthéon devient mauvaise de plus en plus. Lebois y assiste exactement, dit-on, accompagné de son gardien ; il y débite les maximes les plus violentes contre le gouvernement. On dit encore que le Directoire empiète beaucoup sur la Législation [sic) et qu'il va trop loin. Le rejet de la proposition relative à la résiliation des baux a été improuvé par les uns et critiqué par les autres. — Dans une certaine classe, on continue à porter dans la poche des portraits à la silhouette, représentant Louis XVI. — On regarde la correspondance trouvée chez Lemaître comme un échafaudage de mensonges *

Surveillance, — Rue de La Rochefoucauld, près Montmartre,

on entend toutes les nuits, depuis deux heures jusqu'à trois heures, un bruit sourd; on soupçonne qu'il existe dans cet endroit une fabrication de faux assignats. Le commissaire de police de la section s'occupe de découvrir la vérité

1. Voir Recueil (le la correspondance satsie chez Le/naître^ ef dont la Convention n ordonné l'impression. Paris, imp. de Ja République, brumaire an IV, in-8. Bibl. nat., Lb 42/:î2.

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Marchés, — Ils étaient très abondamment approvisionnés, particulièrement en légumes

HOUDEYER.

(Arch. nat., AF iv, 1472, et F ^ 38i0.)

Rapport du bureau de surveillance.

Mœurs et opinions. — Les agioteurs, enragés de se voir imposés fortement, ont juré de faire monter le louis à 10,000 livres pour leur tenir lieu de dédommagement pour la somme qu'ils auront à donner. — La classe indigente, qui ne peut à peine acheter ce qui lui faut pour vivre, murmure beaucoup sur l'augmentation des loyers qu'on veut lui

faire subir Hier, au théâtre de Louvois,un acteur, invitant sur la

scène un autre à souper, ajouta ces mots : «Nous mangerons le cidevant gâteau. » Deux citoyens placés aux troisièmes loges crièrent : A bas le gâteau! La majorité du spectacle {sic) applaudissait au contraire à plusieurs reprises ; plusieurs particuliers se sont détachés du parterre et ont forcé ces deux citoyens de sortir. L'on criait de tous les coins de la salle : A bas les Jacobins ! — Les lamentations se faisaient entendre dans tous les cafés du Palais-Egalité sur l'emprunt forcé ; plusieurs de ceux qui se plaignaient le plus fort étaient des millionnaires.

HoUDEYER.

(Arch. nat., AF iv, 1472.) ^

Rapport présenté au ministre de la police *.

Café Chrétien. — On y a beaucoup parlé de l'afOche adressée au Directoire par les patriotes de 89 ; quelques-uns, à la tète chaude, ont dit que le ministre de Tintérieur cherchait à les désigner pour les faire poursuivre et même massacrer ; mais que Ton prenne garde à ce que Ton fera, car ils sont prêts à se lever en masse au premier acte arbitraire qui se commettra; d'ailleurs, ils connaissent ceux qui rendent compte de leurs démarches, et ils doivent payer cher leurs délations. — Des royalistes parlaient hier, au foyer de l'Opéra, de cette même adresse des patriotes de 89, et faisaient le plus grand éloge de la fermeté et du zèle du ministre de l'intérieur à poursuivre ces coquins (les patriotes de 89). « Nous avons tous juré, disaient-ils,

1. C'est le premier de ces rapports que nous ayons rencontré. 11 n'y a plus maintenant de rapport au ministre de Tintérieur. Les rapports au ministre de la poUce étaient faits par le « bureau d'observation ».

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d'exterminer ces scélérats, plutôt que de soufiFrir que le règne affreux de Robespierre vienne de nouveau souiller le sol de Paris. » Ainsi ces deux partis se haïssent au point que la plus légère étincelle pourrait causer un grand incendie.

Société du Panthéon. — Plusieurs membres de cette Société ont parlé des massacres qui se commettent à Lyon sur les patriotes et ont assuré qu'il y avait maintenant à Paris grand nombre de ces assassins, qui paraissaient avoir pour but d'y continuer leurs massacres et même de les étendre sur les membres qui composent le gouvernement. En conséquence, la Société doit faire une adresse au Directoire pour l'avertir des dangers dont sont menacés les patriotes, le gouvernement et la République. La Société a renvoyé à la prochaine séance la rédaction de Tadresse qu'elle a résolu de présenter au Directoire pour lui mettre sous les yeux quelques-uns des moyens les plus efficaces au soulagement du peuple qui souffre depuis si longtemps. — Une affiche des patriotes de 89, placardée avec profusion dans les faubourgs et dirigée contre le ministre de l'intérieur, a été lue avec assez d'empressement. Voici une réflexion que Ton a entendu faire dans un groupe de ses lecteurs : a La Constitution, disait-on, permet bien de s'assembler, mais elle défend à toute assemblée de parler en nom collectif; or ces patriotes de 89 accusent le minisire de l'intérieur de les avoir dénoncés, tandis qu'il n'a parlé que des Panthéonistes, et ils offrent au nom de leur Société de le confondre, en lui demandant une explication. C'est donc une collection d'hommes qui répond au ministre et qui adresse ses récriminations au Directoire. Leur démarche est donc diamétralement opposée à la Constitution ' ».

(Arch. nat., F \ 3840.)

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