Le reste du rapport manque
633 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [8 janvier 1796]
Subsistances, — Plusieurs inspecteurs nous observent que le prix des marchandises baisse en gros, mais point en détail. Le pain de première qualité se vend toujours sur les places de 50 à 55 francs la livre. Toujours les mêmes plaintes contre les boulangers, les bouchers, commissaires aux distributions et contre le gouvernement, accusé d'insouciance sur la misère du peuple, auquel ses longues souffrances arrachent des malédictions et lui font alternativement regretter, et le régime de la Terreur et l'ancien ordre des choses. Le vœu parait se prononcer pour obtenir la taxe des denrées.
Ordre public, — Le public voit toujours avec indignation l'impunité des voleurs, la quantité innombrable des filles prostituées et Taffluence prodigieuse des agioteurs, regardés comme les sangsues de la chose publique. L'exécration générale se manifeste de plus fort contre cette classe d*hommes et de femmes qui font aujourd'hui une halle du Jardin-Égalité. — Un inspecteur rapporte que, dans ce moment-ci, les plus grands abus se commettent dans la partie des charrois. Les chevaux, dit-il, sont conduits par des êtres insouciants et cupides, qui frustrent ces animaux de partie de leur ration pour la vendre à leur profit; en sorte, continue-t-il, que, depuis les commissaires de sections jusqu'aux chefs d'administrations, tous déshonorent la République et dilapident effrontément les objets qu'ils ont en maniement.— Sur cela, d'autres agents parlent plus fortement et déclarent que le public désire, pour mettre fin à de pareils abus, que toutes les commissions d'agences soient supprimées. — D'après des renseignements qui nous sont parvenus, nous sommes instruits que le faubourg Marceau est le point de ralliement de nombre de prêtres fanatiques, qui se réunissent et forment des conciliabules chez un nommé Garnier, qui parait être leur chef; domicilié rue Copeau, en face de celle de la Clef, n» 12.
Politique. — Le bruit se répand qu'une grande partie du Midi est en insurrection et a arboré la cocarde blanche. On parle aussi du massacre de Lyon, qui fait gémir les bons patriotes. A cet égard, on observait hier, au café de Corazza, qu'il serait bien temps de faire disparaître tous les indices qui retracent le siège de cette ville, afin de calmer l'effervescence des esprits vindicatifs. — On s'entretenait encore, dans le même local, des différentes réactions qui ont eu lieu depuis la Révolution, surtout celle du 9 thermidor. L'inspecteur qui rend compte de ces entretiens ajoute que les habitués de ce café observaient que, depuis quelque temps, les membres des Sociétés réunies se permettent la plus grande licence, dont les effets deviendront infiniment dangereux, si Ton n'y apporte promptement remède,
et surloul si \e gouvernement n'emploie pas des mesures très répressives contre les journalistes qui leur sont dévoués.
Guerre. — Il n'en n pas été question hier dans les conversations publiques.
Finances. — On tiemande que l'emprunt forcé soit stippOTlé spécifiienient par les nouveaux enrichis et les agioteurs. Les opinions pour et contre cette contribution sont toujours les mêmes.
Il paraît une afllchedont le titre est: Vn soldat aux patriotei ic 89 . On la lit beaucoup; la plus grande partie des lecteurs la Irouvcol bonne ; on y remarque d'eKcellents conseils aux patriotes pour qu'ils ne se laissent pas corrompre comme les Jacobins; d'autres prétendent qu'il est impossible que ces Sociétés restent pures, que Ut oa Urd les intrigants s'en empareront, et que, dès lors, il est & craindre qu'elles ' ne deviennent dangereuBea, Les royaliates disent tout net que ces associations ne sont autre chose que la résurrection dea Jaetdrins.
Spectacles. — Aucun fait contre le bon ordre et la traaqnïllilé des spectacles.
• mNNOCOUB-GoÉani.
Depuis la confection de ce rapport, on a su qu'il s'était élev^ «a Uië&tre de la me Feydeau, un grand trouble & l'occasion des mn patriotiques, chantés en exécution de l'ordre du Directoire ezécotif. Les aristocrates placés dans les loges ont manifesté leur aversion pour ces airs chéris des patriotes et se sont livrés aur plus forles imprécations.
HOUDETER.
(Arch. nat., AF iv, 1473.)
Autre rapport du bureau central, sur les journaux.
[Nouvelles politiques. — Publient une IcUre du général Morcau sar lélai satisfaisant de l'armée de Sambre-ct-Meusc.
Le Gazeiier. — A changé de ton ; peut i>tre lu par des patriotes.
Journal de Paris. — Annonce la raorl du vertueux Cange.
Messager du soir. — S'élève contre le ministre de la justice Merlin, qui a refusé un défenseur officieux à I émigré Geslin, exécuté à Paria, le 6 niï*M. se fondant sur ec que In loi du 2S hrumaire an III est muette sur les défenseurs officieux. L'art. 8 des Droits de l'homme dit que ce qui D'est pasdéFendu ne peut être empêché.
Courrier de Paris. — Impudence des agioteurs au Jardin-Égalité. « Poli«I Police! réveille-loi! Prends une nouvelle c^istenco entre les mains du chef qui va le diriger '. »
l. En niitrgc, de la main île Merlin (de Uouai) : ■ Écrire au Bureau centrai poai
Journal des hommes libres. — Prétend que le ministre Benezech épouse une certaine baronne de Basle, qui pleure encore la mort de son cher maître Cape t. — Donne encore des détails sur des enrôlements des déserteurs moyennant 5 louis*.
Le même journal donne une réponse de Tissot, beau-frère de Goujon, à Lanjuinais: c'est une apologie du défunt.
Courrier universel de Husson. — Diatribes contre les Jacobins.
VOrateur plébéien dit que le motif de la mesure arbitraire prise contre Lebois provient de ce qu'il a dénoncé avec courage les assassins du Midi .
Journal de Perlet. — Prend avec chaleur la défense de Benezech, dénoncé de tous côtés... *.]
(Arch. nat., F % 3840.)
Rapport du bureau de surveillance.
Mœurs et opinions. — On s'entretenait, au Paiais-Égalité, de Cormatin, que Ton a envoyé du côté de Cherbourg. On disait qu'il était bien inr)prudent d'avoir fait voyager cet homme dans un département ravagé par les Chouans; autant valait-il, ajoutait-on, lui donner la liberté. — Hier soir, à la lecture de l'intitulé du journal qui annonçait que la statue de la Liberté avait été abattue k Lyon et la cocarde nationale foulée aux pieds, beaucoup de particuliers à redingote courte disaient : « Ils ont été plus adroits que nous ; ils en sont venus à leur honneur. » Ces propos se sont tenus à la porte du café de Chartres ; la trop grande afïluence du monde et le mouvement perpétuel ont empêché d'en signaler aucun, attendu qu'ils ont tous le même costume et paraissent être de la même opinion
Houdeyer.
(Arch. nat., AF iv, 1472.)
Rapports présentés au ministre de la police.
L — Point de patrouilles la nuit dans les rues. Les réverbères dans beaucoup de quartiers, notamment sur les boulevards hier soir, n'éclairaient presque pas. — Des chansonniers, dans la rue des Petits-Champs et autres adjacentes, débitent tous les jours des chansons contre les patriotes et le gouvernement. — Dans le Jardin-Ega-
recommander la stricte exécution de la loi du 13 fructidor sur les agioteurs. Écrire au général en chef pour recommander l'arrestation de ceux qui seront sur ce point pris en flagrant délit. »
1. En marge, de la main de Merlin (de Douai) : « Écrire au général en chef pour recommander surveillance, arrestations, etc. »