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659 DIRECTOIRE EXECUTIF [13 janvier 1796]
déjà l'aspect de la stagnation où il se trouve *, avec d'autant plus de raison, ajoutaient-ils encore, que dans ce moment-ci les ouvriers ne trouvent pas à s'occuper, surtout ceux employés à la partie des meubles et autres objets de luxe. — Le bruit se répand que Ton va démonétiser tout l'argent qui reste en France.
Politique, — On dit que Jourdan va se rendre à Paris pour concerter avec le Directoire exécutif les opérations de la campagne prociiaine. — On parle avec éloge de Beurnonville , qui remplacera, dit-on, Aubert-Dubayet comme ambassadeur. — Une autre nouvelle s'est encore propagée dans plusieurs endroits où Ton assurait que le général Pichegru allait partir avec le caractère d'ambassadeur pour la Turquie, où il commanderait les armées ottomanes.
Ordre public, — Le rapport particulier des officiers de paix annonce qu'hier plusieurs citoyens, s'entretenant au café près le théâtre de Louvois, assuraient que les jeunes gens de la première réquisition manifestaient leur désespoir sur l'obligation de rejoindre, et qu'ils avaient annoncé que leur dessein était, aussitôt qu'ils rencontreraient le porteur d'ordre de Turreau, de lui donner un coup de couteau ainsi qu'à son acolyte.
Spectacles, — Au théâtre de la République, la Marseillaise a été applaudie, et la tranquillité n'a été que légèrement troublée par l'arrestation d'un jeune homme accusé d'avoir sifflé au parterre Au
théâtre de la rue Favart, le public répétait en chorus le refrain de l'Hymne à la Liberté ; on y a chanté aussi une chanson par ordre du ministre de la police, qui a été très accueillie, excepté par quelques gros agioteurs, qui se sont permis au foyer de dire qu'elle avait sans doute été composée par quelque goujat patriote. Le théâtre de la rue de Bondy a été très paisible, ainsi que celui des Amis-de-Ia- Patrie, rue de Louvois, où un observateur a remarqué que quelques jeunes gens à grosses cravates manifestaient, par leurs conversations dans les corridors, combien ces chants patriotiques leur déplaisaient. — Au théâtre de la Cité, le calme n'y a pas été troublé, mais il n^en a pas été de même à celui de la rue Feydeau, où plusieurs voies de
fait se sont commises D'autres renseignements nous apprennent
encore qu'à ce même théâtre, le nommé Gagnon, ex-administrateur de la police, était le premier moteur du trouble; il a cherché, par ses discours, à rendre l'artiste Gaveaux très odieux au public, lui a attribué les couplets du Réveil du peuple, l'a traité de Chouan et a provoqué de la manière la plus active tous les citoyens qui l'entouraient,
i. Textuel.
[14 JAXviEB 17M] DIRECTOIRE EXECUTIF 660
au point qu'un représentant du peuple, qui a été pareillement insulté par ce même Gagnon, a été obligé de chercher Fofficier de police, qui s'est présenté et qui u*est parvenu qu*avec la plus grande peine à rétablir Tordre et à imposer silence à ce citoyen, emporté peut-être par Tardeur de son patriotisme
HOUDETBR.
(Arcb. nat., AF it, 1472, et F > « III, Seiae, 18.)
Rapport du bureau de surveilla!cgb.
Mœun et opiniom. — Les volontaires du poste de la section des Thermes, rue des Mathurins, disaient, entre onze heures et minuit, qu'il n*y avait rien de plus arbitraire que d'arrêter les citoyens avant minuity que c'était violer la Constitution, qu'il faudrait plutôt arrêter les gouvernants, et tenaient d'autres propos contre le gouvernement. Du nombre de ces volontaires était un ex^^avocat. — Un peu de rumeur s'est élevée hier au théâtre du Vaudeville; quelques particulien voulaient faire chanter le Réveil du peuple ; plusieurs ont été arrêtés sur-le-champ par la force armée.
Commerce. — . . • Aux portes des boulangers, on disait unanimement que le Directoire exécutif travaillait de toutes ses forces à faire donner une livre et demie de pain par bouche
Voie publique. — ... Les vidangeurs ne se donnent plus la peine de conduire leurs vidanges hors Paris; ils la renversent tout bonnement dans les ruisseaux. Ce fait est arrivé celte nuit rue aux 001^, au coin de celle Martin, section des Lombards.
HOUDEYER.
Arch. nat., AFiv, 1472.)
Rapport du bureau central du Î5 nivôse.
Esprit public. — Des rapports de ce jour résultent les observations suivantes : au milieu de lagitation des esprits, Paris reste calme.
Subsistances. — La vérité est que plusieurs marchandises subissent,
depuis quelques jours, une baisse assez sensible, mais il n*en est pas
le même des denrées et autres objets indispensables à la conserva-
661 DIRECTOIIŒ EXECUTIF . [14 janvier 1796]
tion habituelle de la vie. On assure même que quelques-unes éprouvent encore de Taugmentation ; aussi des plaintes légères, mais peu inquiétantes, se sont fait entendre aux halles et aux marchés publics Agiotage, — Aucun de nos observateurs ne nous entretient de la Bourse autorisée par le gouvernement, mais tous se réunissent pour nous annoncer que le Palais-Egalité est sans cesse obstrué par les agioteurs ; il semble que ce repaire est la boussole du commerce et le centre des affaires. On désire plus que jamais que cette race odieuse soit détruite; on pense aussi que le bonheur général tient à cette mesure nécessaire.
Ordre public. — Un observateur rapporte que, de toutes parts, on fait reloge du gouvernement sur sa prévoyance à approvisionner Paris. D'autres nous déclarent que la plus grande partie des citoyens qui lisaient hier Tarrôté du Directoire exécutif concernant l'anniversaire du dernier roi des Français *, en approuvaient les dispositions, mais que d'autres se sont permis de dire que, dans des temps aussi difficiles, les fêtes ne sont guère de saison, surtout celles qui peuvent tendre à ranimer l'esprit de parti.
Politique. — Les patriotes s'alarment et s'inquiètent beaucoup sur les nouveaux noyaux de contre-révolutionnaires, qui se forment dans les départements. La Vendée est toujours regardée comme une calamité affreuse, très fâcheuse et fort préjudiciable à la tranquillité publique ; on en conçoit les plus vives inquiétudes; le bruit se répand même que les rebelles font des progrès. On dit encore que Paris est cerné d'un nombre considérable de troupes toutes prêtes à agir, quand il sera temps.
Finances. — Les mesures adoptées par le Corps législatif et le Directoire exécutif, sur la perception de l'emprunt forcé, sont accueillies par la plupart des habitués des cafés. Quelques observateurs nous rapportent néanmoins que des-marchands et agioteurs, très opposés à cette nouvelle imposition, s'étaient avancés au point de dire : « Eh bien, on répandra du sang, puisqu'on en veut ; aussi bien il est impossible d'être plus vexé qu'aujourd'hui. » L'observateur qui nous instruit de cette particularité ajoute que l'on disait encore que plusieurs villages, qui n'ont pas été désignés, prendraient les armes quand il le faudrait.
Spectacles. — Le public y a joui delà plus grande tranquillité. Les
1. On trouvera dans le Rédocteur du 25 nivôse celte proclamation du Directoire, en date du 22. Elle avait pour objet l'exécution de la loi du 21 nivôse an III, ordonnant de célébrer dans toutes les communes l'anniversaire de l'exécution de Louis XVI.
chants et airs civiques, ainsi que les couplets contre Tagiotage ont été applaudis, à la réserve du théâtre du Vaudeville, où ceux-ci ont été mal reçus. On a même demandé Tauteur par dérision ; la réponse faite par un acteur, qui a dit qu*ils avaient été envoyés par le ministre de la police, a donné lieu à des rires moqueurs, A Feydeau» les cris de : Bravo! et : A bas les Chouans ! se sont fait entendre de toutes les parties de la salle.
Le rapport particulier des officiers de paix nous donne les renseignements suivants : le hruit se répand que les royalistes méditent un coup pour le 21 janvier. On prétend que les patriotes ne se mettent pas assez sur leurs gardes pour l'éviter. On dit que leur insouciance a pour cause les courses qu'il font sans relâche pour obtenir des emplois. Le Bureau central établit une surveillance particulière pour s*assurer du degré de probabilité que peut avoir cette nouvelle. ..
HOUDEYER.
(Arch. nat., F » «= III, Seine, 18, et AF iv, 1472 >.)
Rapport présenté au ministre de la pouce.
Esprit public. — Les agioteurs, les royalistes, et autres gens aussi bien intentionnés pour l'intérêt de la République, sont désolés et furieux de voir que, malgré toutes leurs manœuvres, l'emprunt forcé réussit au delà des craintes qu'il leur a d'abord inspirées; que les prix de tous les objets de commerce et particulièrement des denrées commencent à baisser, et que celui des métaux va bientôt suivre le même cours rétrograde. Leur mécontentement se manifeste dans leur contenance et dans leurs discours, qui ont toujours pour but de dénigrer la représentation nationale, de frauder les opérations du gouvernement, et de mettre en opposition labondance de l'ancien régime avec la misère du peuple depuis la Révolution. L on se plaint de la facilité avec laquelle on accorde des résidences dans les bureaux de la ci-devant Commission de police; Ton désirerait qu'elles ne fussent accordées qu'à ceux qui ont des moyens d'existence, et que les commissaires de police de chaque section fussent spécialement chargés de vérifier dans les vingt-quatre heures (comme cela se faisait dans rancienne police) les livres des maisons garnies et de confronter les
i. II y a, «lans F*"^ III, Sciiip, 1."», une troisième exi)étlition de ce rapport, rlassi(; par erreur en nivôse an III. — Le rapport du «bureau de surveillance > du i>t nivôse an IV (Arcli. nat., AF iv, 1472) nolfre aucun intérêt : nous ne le reproduisons pas.
663 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [15 janvier 1796J
noms et les passeports des individus nouvellement arrivés avec ce qu'ils ont fait inscrire sur les livres. Cette mesure est d'autant plus urgente que Ton assure qu elles sont remplies dh gens suspects.— Des individus, se disant patriotes, veulent persuader au public que la nomination du ministre de la police n'a été faite que pour ôter à celui de rintérieur cette partie de ses attributions, parce qu'il s'était acharné à les poursuivre ; aussi, disent-ils, nous sommes sûrs que Benezeoh sera bientôt remplacé, et qu'il ne devra sa chute qu'à l'aversion qu'il a montrée pour les patriotes. — 11 a paru aujourd'hui un arrêté du Directoire qui ordonne Tanniversaire de la fêle pour la mort de Capet. Cette affiche a attiré beaucoup de lecteurs ; la plupart gardaient le silence, mais quelques-uns se sont. . . ^.
(Arch. nat., F% 3840.)
Journaux.
Gazelle française du 25 nivôse : « Les spectacles, troublés quelques jours, ont repris une physionomie plus paisible et plus gaie. Les chansons ordonnées par le Directoire n'éprouvent plus d'opposition. A la rue Foydeau, c'est (iaveaux, auteur de la musique du Réveil du peuple, qu'on a chargé de chanter Fhymne des Marseillais. Ce contraste a paru amuser beaucoup de gens. Au reste; les dissertations des journalistes sur cet arrêté du Directoire ne cessent pas ; elles dureront jusqu'à ce qu'une nouvelle mesure du Directoire vienne leur donner un autre aliment. La sensation du jour fera oublier celle de la veille. »
Rapport du bureau central du 26 nivose.
Esprit public. — Suivant les rapports de la surveillance de ce jour, malgré les temps difficiles, Paris conserve la tranquillité la plus parfaite.
Subsistances, — Plusieurs observateurs rapportent que la cherté excessive du pain exposé en vente sur les places provoque des murmures et des mécontentements, avec d'autant plus de raison que cette denrée ainsi que les autres sont abondantes. C'est surtout aux portes des boulangers et dans quelques lieux publics que ces propos ont été