Le reste du rapport manque, un feuillet en ayant disparu
entendus. Un autre ag^nt déclare que, d*aprà8 plusieurs conversations dont il a été témoin, il a remarqué que beaucoup de citoyens paraissent aujourd'hui très insouciants sur raffermissement de la République, attendu, disaient-ils, que sous l'ancien régime on vivait beaucoup mieux. En général, le public ne cesse d^attribuer sa misère aux agents des subsistances ; on assure même que, sans la cupidité qui les anime, la ration de pain délivrée à chaque individu serait plus forte.
Agiotage. — Le nombre de ces voleurs audacieux augmente chaque jour ; le peuple les regarde comme Tinstrument de sa misère et ne soupire qu'après leur entière destruction. Cet infâme trafic est toujours effrayant, et par la rapidité avec laquelle Q s'exécute, et par les conséquences qu*il entraîne. Tous les citoyens, en général, en gémissent et appellent sur les auteurs de cette calamité publique toute la rigueur des lois.
Ordre public. — Quelques agents de police annoncent que les rentiers et les pensionnaires attendent avec impatience une amélioration de leur triste sort. Ils disent encore que Ton craint le retour de la Terreur, [qu*] on répand beaucoup d'inquiétude à cet égard, et que ce qui parait y donner lieu, c'est la préférence que le Directoire semble accorder à des hommes qui occupent aujourd'hui des places, quoique proscrits par Fopinion publique, notamment les membres du Comité révolutionnaire de la section du Bonnet-de-la-Liberté, après avoir été condamnés aux fers pour faits de vol, d'infidélité et de dilapidation.
Politique. — On répand le bruit qu'une nouvelle Vendée s'organise dans le département de TEure, que les rebelles, qui sont à 3 lieues de Caen, ont afiiché la défense de payer l'emprunt forcé, avec injonction aux jeunes gens de la première réquisition de se joindre à eux. On ajoute que Charette occupe une grande partie de la Bretagne, que l'état de toutes ces contrées est désespérant pour la République, et que c'est là le motif du silence que Ton garde. Au café de Valois, plusieurs citoyens s'entretenaient de la nécessité où se trouve la France de consentir à une paix générale. Un d'eux, prenant la parole, dit qu'il tenait de bonne part que l'Espagne, la Prusse, la Suède et le Danemark avaient fait déclarer au gouvernement français que si, d'ici au mois de mai, la paix n'était pas conclue, elles se coaliseraient pour l'y contraindre.
Finances. — Quoique l'opinion générale se prononce de plus en plus pour l'exécution des mesures prises par le gouvernement relativement au payement de l'emprunt forcé, celte nouvelle contribution
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trouve néanmoins beaucoup de contradictions ; les uns disent qu'ils sont hors d'état de Tacquitter, d'autres que jamais vexation ne fut plus lyrannique. — Quelques observateurs nous déclarent que, dans les cafés où se réunissent les agioteurs et les gens de campagne, on y entend vomir les imprécations les plus violentes contre le Directoire exécutif. Ces mêmes agents annoncent que plusieurs marchands continuent à, vider leurs magasins et à fermer leurs boutiques pour faire banqueroute « aux tyrans, auteurs de l'emprunt forcé ». Ce sont les expressions littérales contenues au rapport d'un observateur.
Spectacles. — Le bon ordre et la tranquillité y ont régné; les airs et chants patriotiques ont été applaudis comme de coutume. Cependant deux jeunes gens qui étaient dans les loges, sur le théâtre de la rue Feydeau, s'étant permis de siffler, l'inspecteur présent en a fait arrêter un, qui a été conduit chez le juge de paix, lequel, après avoir dressé procès-verbal de sa déposition et de la réponse du jeune homme, Ta envoyé de suite au corps de garde de la section.. . . Au théâtre de l'Émulation, dans un entr'acte, il a été chanté des couplets républicains, qui ont été applaudis universellement et avec transport, surtout le dernier couplet, où il est dit : Plus derois^ plus de Jacobins ! Le public a fait répéter plusieurs fois ce refrain
Marchés, — Depuis quelques jours l'abondance règne sur tous les carreaux
HOUDEYER.
(Arch. nat., AFiv, 1472.)
Rapport du bureau de surveillance.
Mœurs et opinions. — Des jeunes gens de la première réquisition s'entretenaient de leur départ dans un café, rue Antoine, en face du Marclié-Catherine ; les uns disaient qu'ils ne partiraient pas, parce qu'ils étaient protégés par le premier secrétaire du ministre de Ja guerre ; d'autres annonçaient qu'ils aimeraient mieux subir la peine de déserteur que de se faire conduire à la boucherie par des généraux
républicains Au théâtre d'Audinot, le citoyen Picardot, tirtiste,
a mis tant d'âme en chantant l'hymne des Marseillais, qu'il a été généralement applaudi. — Il existe rue de. Chartres, n^ 355, au cinquième, n<* 17, une chambre qui sert de lieu de rassemblement à des mauvais sujets de toute espèce ; le nommé Grassin et son beau-frère, qui habitent ce logement, sont de la première réquisition et s'y soustraient ; ils n'ont point de carte de sûreté. Il se rend dans cet endroit des militaires, qui y font des orgies scandaleuses et des dépenses
énormes; on y a remarqué notamment un nommé Graindorge, dragon caserne à TEcole militaire, qui souvent y soupe et y couche. On tient dans ce repaire des propos horribles contre le gouvernement. Graindorge disait hier au souper, en adressant la parole à ceux qui s'enivraient avec lui : « Allez, ne vous inquiétez pas; d^abord noire solde est de 60 livres par jour, trois bouteilles de vin, une livre et demie de viande, du pain et de Teau-de-vie. Le pillage sera à discrétion. Nous commencerons par mettre bas nos chefs. Notre première marche sera dans le faubourg Antoine, où nous avons du monde ; ensuite nous travaillerons d'importance tous ces patriotes. » On en a écrit au commandant de Tarmée de Fintérieur.
HOODBYBR. .
(Arch. nat., AF iv, 1472.)
Rapport du bureau central sur les journaux.
Courrier universel du citoyen Husson. — Le rédacteur de ce journal parait avoir beaucoup plus de haine pour les prétendus Jacobins que pour les royalistes. II fait le tableau du changement qui s'est opéré en France depuis le 13 vendémiaire, et il appelle ce changement une espèce de contre-révolution. Après avoir fait la critique la plus amiTe du nouvel ordre des choses, il briMe un grain d*encens pour les citoyens Lanjuinais, Defermon, Larivière, Saladin, etc., qui, selon lui, se trouvent dans la même situation qu*au31 mai. Le journaliste attribue cette funeste métamorphose à Tinsouciance des vainqueurs de prairial, « qui n*ont pas eu la prestesse de saisir Toccasion au toupet et qui n'ont pas su user de la victoire ». La phrase suivante est digne de ce préambule : « Qui nous ramènera alors un 9 thermidor? »
Nouvelles polUiques, — Elles font Féloge du gouvernement au sujet des subsistances de P&ris, qui sont assurées pour douze ou quinze jours; elles ne Tétaient pas un jour, lors de Tinstallation du Directoire exécutif.
Censeur des journaux. — Il assure que les denrées baissent sensiblement, que le mouton, qui valait avant-hier 80 livres, ne valait plus hier que 50. — Jl persifle un peu VAmi des Lois, qui affecte de rembrunir ses pinceaux et qui annonce le massacre de tous les citoyens pour le 21 janvier prochain. Il dit que les spectacles étaient hier d'une tranquillité désespérante pour ces hommes qui ne demandent qu'un prétexte pour charger. Enfin il invite plaisamment les factionnaires postés aux issues des Tuileries à ne point empêcher
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de sortir les citoyens qui se trouvent par hasard dans ce jardin, passé dix heures du soir.
Jowmal des hommes libres. — Il rapporte une lettre écrite au citoyen Benezech par des patriotes du Midi, qui invitent ce ministre à ne point ajouter foi aux calomnies dirigées contre les vrais républicains. A l'occasion de cette lettre, le journaliste révoque en doute le civisme du citoyen Benezech et rapporte les anecdotes suivantes : M Mro« Dup. . . . rapportait hier que M. Benezech avait dit dimanche au soir, pendant le souper (on parlait de l'arrêté relatif aux spectacles) : Tai empêché le Directoire de faire cette sottise tant que f ai eu la police. » — Dans un concert qui se donna dimanche chez M"»* de [sic) Benezech, et où Ton a été étonné de voir le député G. • . . , toute l'étiquette de Texcessivement bonne compagnie a été parfaitement observée; on n'y a appelé citoyens que les domestiques. Jamais ce mot n'est donné aux honnêtes gens qui composent la société de
M. de Benezech, et M«« de B , intime amie de M"« la baronne
de Bœll, disait dernièrement à quelqu'un : « Ne vous servez donc plus, Monsieur, de ce vilain mot de citoyen, et songez bien qu'il est proscrit chez les gens de bon ton. » En effet, ce mot n'est plus du tout en usage dans l'intérieur de la maison de Benezech, et lorsque son couvert est prêt, ses gens ont ordre de ne l'annoncer qu'ainsi : « Madame, Monsieur le Ministre est servi. » Tel est le républicanisme de Benezech, et voici encore un trait choisi sur mille. On parle d'amnistie pour les contre-révolutionnaires qui, sous la bannière de Cadroy, ont ensanglanté le Midi, et ce système semble s'accréditer. Benezech vient de mander à Fréron que les assassinats du fort Jean à Marseille lui semblent compris dans la loi de l'amnistie !!! C/est que Benezech veut soustraire à la loi ses bons et fidèles amis.
Patriote de 89. — Il contient une lettre du général Kellermann en réponse aux calomnies que le Journal des hommes libres avait publiées contre lui. Ce général somme le calomniateur de prouver ce qu'il avance, sous peine d'être regardé comme mauvais citoyen et puni comme tel.
Gazette française. — Un extrait de la Gazette d'Amsterdam annonce comme chose certaine que la paix ne va point encore avoir lieu, comme on Tespéraît depuis quelque temps.
Messager du Soir. — Le bruit qui a eu lieu dernièrement au théâtre de la rue Feydeau donne au journaliste une nouvelle occasion d'attaquer le gouvernement. A l'entendre, les Jacobins sont maîtres du terrain, et c'est le Directoire qui les soutient. « Ah ! s'écrie-t-il, la tyrannie n'a donc de partisans que ceux qui l'exercent ou en profitent.
Les' véritables amis du gouvernement ne sont pas ceus qui lui citnsîcillent de se Taire hafr et redouter, »
Postillon de Calais. — 11 dit que rien n'égale l'activité des mesure'i employées pour faire rejoindre tous les Jeunes gens de la première réquisition. On les arrête chez eux, dans les rues, dans les cafés, dan^ les spectacle». Le nombre de ceux qui vont grossir nos armées s'accroil senf'iblemenl.
Journal Hes Lois. — Il s'êli've contre la ^surveillance morale que le ministre de la police veut s'arroger sur les «pectacles, et cela à propos de l'oppu^ition mise â la deuxième représentation d'une pièce jouée au tbéûtre de la Cité. « Le droit, dit le journaliste, qu'un ministre s'arrogerait de suspendre tel ouvrage, ou de faire représenter tel autre à sa volonté, reseembleraït beaucoup à l'espèce de dictatare censoriale que la police de l'ancien régime exerçait sur les spectacles, et mieux encore & celle que le régime dôcemTiral avait introduite, et dont la Commission d'instruction publique, dirigée par Payan, «'était chaînée, & la honte étemelle des lettres, »
HODDKTER.
(Arch. n^t., F % 3U0.)
JOURNIUX.
Amidet Lois du 30 nivôse : « Parrailement instrtiils de ce qui s'est paasi au théâtre Feydeau ces jours derniers, noua devons à la vérité d'en rendre un compte, par la voie de voire journal. A la représentation du 25 de ce moi^,
un citoyen demanda que des couplets sur les ar;iotcurs y fussent chantés. Il annonça en même temps que ces couplets avaient été envoyés par le ministre de la police générale à tous les spectacles. Beaucoup de personnes ont justement pensé qu'une annonce do cette nature ne ponvait venir que de la p»rt de quelque royaliste déguisé ; d'autres, plus indulgents, n'ont \u dans la conduite de cet individu qu'un zèle et qu'un patriotisme au moins inconsidéré». Sans doute les l>ona citoyens sont déjà suffisamment persuadés que le ninistrc de la police générale est bien déterminé à faire sur^-eillcr de près Ions ces iérënissimes vampires et à marquer du sceau de l'infamie ceux mêmes qui pourraient échapper momentanément aux recherches que la loi commande cl que le salut de la République exige. C'est ce qui nous porte à soupçonner que c'est l'auteur même de ces couplets qui a pris sur lui de faire officiellement cette annonce. Si, comme nous le croyons, nous devinons juste, nous no pouvons nous empêcher, tout en rendant justice il ses intentions, de convenir qu'il n'a pas su tirer de celte matière impure et méphitique tout le sel et tout le parti passibles. Dans tous les cas, nous l'invitons, ainsi que beaucoup d'autres, à ne pas faire parler les ministres comme les prêtres faisaient jadis parler les dieux, c'est-à-dire chacun au gré de ses désirs et de sa petite ambition. Tout être pensant doit sentir que la loi, jusque dans ses moindres émanations, ne peut et ne doit avoir que des organes bien directs, sans quoi
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nous retomberions bientôt dans les abus de pouvoir et dans tous les désordres qui en sont inévitablement les suites. Nous nous empressons de rectifier aussi ce qui a été rapporté dans quelques papiers publics, relativement au trouble qui a eu lieu le 23 au même théâtre. Plusieurs journalistes, qui en ont rendu compte, ont sans doute été abusés sur Texactitude des faits. Il est bien vrai que le plus grand trouble s'y est manifesté, lors môme que Ton a commencé au théâtre de chanter Th^mne à la liberté ; mais le véritable motif du trouble était que les patriotes s'opposaient, non pas à ce chant, que tous ils chérissent, mais bien à ce que la bouche impure du comédien Gaveaux, encore toute souillée des accents du cannibalisme, profanât Thymnc sacré de la liberté. Leur opposition n'était en cela qu'une conséquence de Tarrété du Directoire relatif à l'air homicide dit le fléveil du peuple. L'auteur de cet air homicide est, comme tout le monde le sait à présent, l'acteur Gaveaux. Considéré sous ce seul rapport, il ne paraîtrait pas autant criminel; mais qui ne sait pas aussi que ce même Gaveaux, après avoir prêté sa verve musicale à des paroles qui ne respirent et qui ne provoquent que le meurtre et le carnage, qui ne sait, dis-je, que cet impudent Gaveaux a été, jusqu'à l'organisation complète des massacres du Midi, non pas seulement le chanteur, mais le vociférateur par excellence de son air homicide, chéri de toute la horde des Chouans et des royalistes de toutes couleurs ? Aussi ne manquent-ils pas de lui en témoigner leur reconnaissance, chaque fois qu'il parait sur la scène »