‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 117 sur 141 · DXXXIX · texte numérisé non relu

DXXXIX

Rapport du bureau central du 27 nivôse.

Esprit public, — Les principaux faits recueillis par les inspecteurs de police dans le courant de leur surveillance se réduisent à l'analyse suivante : Paris, toujours calme, présente cependant Timage d'une place de guerre; la plupart de ses habitants paraissent plus occupés de leurs affaires domestiques que des intérêts politiques.

Subsistances. — Le prix excessif des denrées et la difliculté habituelle de la vie donnent lieu chaque jour à quelques discours peu mesurés, mais ils sont d'autant moins alarmants que Tesprit public parait généralement assez bon. La masse du peuple, en se reposant sur les soins paternels du gouvernement, attend avec résignation le terme prochain de ses longues souffrances.

Agiotage. — Ce monopole affreux s'exerce toujours avec la même activité au Palais-Égalité; le public s'en plaint avec amertume. Un observateur rapporte avoir entendu dire que beaucoup de militaires

se mêlaient aussi de ce trafic honteux, et que, sous ce rapport, ils étaient vus de mauvais œil. Un autre dit que Ton trouve surprenant que le Directoire exécutif, après avoir fait ouvrir la Bourse, ne prenne pas les mesures les plus rigoureuses pour chasser tous ces brocanteurs, regardés comme la cause principale de tous les maux que le peuple endure depuis quinze mois.

Ordre public. — Suivant le rapport d'un observateur, plusieurs citoyens s'inquiètent du nombreux rassemblement des troupes à Paris. Le môme ajoute qu'on se plaint de voir les [administrations remplies déjeunes gens de la première réquisition.

Politique. — Hier, au café Italien, plusieurs citoyens reprochaient au gouvernement de n'avoir pas accepté les 180 millions qui lui étaient offerts par une compagnie pour exploiter avec privilège, pendant vingt années seulement, une grande portion de terre, située aux environs de la mer, dont le résultat produirait une terre cuite qui tiendrait lieu de charbon ; ils donnaient pour raison que, dans les circonstances, cette découverte serait non seulement avantageuse pour le fond à la nation, mais encore très utile en ce qu'elle produirait du numéraire, dont le besoin était urgent. D'autres citoyens observèrent qu'il fallait s'assurer de la compagnie qui se présentait, et, sur toutes choses, éviter qu'un objet de cette importance fiU confié à des étrangers.

Finances. — Les entretiens dans les cafés ont toujours pour base des réflexions à l'avantage de l'emprunt forcé ; on pense assez généralement que cette nouvelle imposition rétablira le crédit national. Les opposants ne sont pas de cet avis ; ils répètent chaque jour qu'elle est attentatoire à la propriété, d'après le mode de répartition, qui ne porte que sur des bases arbitraires. On craint que les nouveaux enrichis n'échappent à la contribution. On désirerait que le gouvernement pût trouver le moyen de les atteindre d'une manière sûre. On appréhende encore que les négociants ne fassent retomber sur le peuple le poids de l'impôt, en augmentant encore le prix de leurs marchandises. Quelques observateurs rapportent que le bruit commun est que les marchands sont dans l'intention de se coaliser, pour se soustraire au payement de l'emprunt forcé

Surveillance. — ... Un royaliste forcené, dont le nom est inconnu, parce qu'il n'a pas voulu le dire, a été arrêté hier par la garde du poste de TAbbaye-Saint-Germain, requise par le public indigné des propos de ce contre-révolutionnaire. 11 a été conduit chez le juge de paix de la section de TUnité, qui l'a envoyé au Plessis. Cet homme n'avait ni papiers, ni carte de sûreté

Bourse, — Un inspecteur annonce avoir entendu dire à un citoyen, à la Bourse, que, pour faire augmenter les louis, il se proposait d'en acheter 15 ou 16,000, ^ais il n'a pu parvenir à découvrir la demeure de cet individu, qu'on dit être un agent du gouvernement.

HOUDEYER.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

Rapport du bureau de surveillance.

Mœurs et opinions, — Le café Gorazza était dans les meilleurs principes; celui de Chartres, toujours rempli d'agioteurs, a fermé de bonne heure; les autres cafés étaient assez tranquilles; aucun groupe nulle part. — Hier, au théâtre de la rue Feydeau, il s'est élevé une rumeur entre les deux pièces, occasionnée par un individu portant ses cheveux en cadenette ; les uns opinaient qu'elle fût coupée, les autres étaient d'un avis contraire. Au milieu de ces débats, l'individu a disparu, mais il a été conduit au corps de garde; on y a pris son

nom Il se confirme, par différents rapports, qu'il se prépare

un mouvement; on dit qu'il arrive des armes cachées sous d'autres marchandises dans beaucoup de voitures; on dit qu'un des principaux rendez-vous où se trament les complots de ces nouveaux conspirateurs est le foyer du Vaudeville. — Chenard a chanté hier les couplets patriotiques au Théâtre-Italien, et les a chantés très froidement; beaucoup de personnes disent qu'il n'a pas mis l'accent du patriotisme, parce qu'il est loin d'en avoir. — Les malveillants disent que Paris est maintenant bien approvisionné de farines provenant de la première réquisition, mais que, quand ces farines seront consommées, Paris manquera et les citoyens mourront de faim.

Houdeyer.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

Rapport du bureau central sur les journaux.

Historien, — Il fait, sur la résolution relative à la fête du l*' pluviôse prochain, des réflexions improbatives. « L'urgence, dit-il, est motivée sur ce que le premier besoin d'un peuple libre est de célébrer l'époque où il s'est affranchi de la tyrannie; en bonne conscience, il y a vingt besoins de première nécessité qui passent avant celui-là. » Ce journal contient la déclaration suivante faite par le citoyen Marsan, député expulsé du Conseil des Cinq-Cents. « Je dois à mes commettants, blessés dans leurs droits, à la vérité, qui a été mé-

connue, de déclarer que Lecointe-Puyraveau a proposé mon exclusion sur une pièce imprimée, non avouée par moi, alors qu'il devait ofifrir la prétendue pièce originale, capable seule d'asseoir le jugement du Conseil; j'ajoute que j'ai été jugé sans avoir été entendu ni appelé pour reconnaître l'arrêté cité par Lecointe, dont la lecture n'a pas même été achevée. )> Un autre article de ce journal fait le plus grand éloge d'un nouvel ouvrage en faveur des pères et mères d'émigrés, par le citoyen Morellet.

Patriote de 89. — Il cite un article extrait du Messager du Soir^ relatif aux jeunes gens de la première réquisition qui sont à Paris sans état et sans autres ressources que le vol et le brigandage.

Censeur. — On sait que le Journal des Hommes libres a rapporté, dans son dernier numéro, des propos attribués au citoyen Benezech. Le Censeur s'écrie à ce sujet: « Est-il permis, est-il décent d'aller fouiller jusque dans l'intérieur d'un homme en place pour lui surprendre quelques mots échappés dans la chaleur de la conversation ou pour abuser des épanchements de lamilié? Demain nous examinerons jusqu'à quel point il est utile ou désavantageux de dénoncer sans cesse les législateurs, les ministres, et les fonctionnaires publics. » Un représentant qui n'a pas voulu être connu a adressé au Censeur des journaux des questions épigrammatiques sur la mesure adoptée par le Directoire au sujet des chansons patriotiques. Pour critiquer cet acte d'autorité; le député part de ce principe, tiré de la Déclaration des Droits de l'homme : Nul ne peut être contraint à faire ce que la loi n'ordonne pas. Le Censeur répond à ces questions que c'est surtout dans les plaisirs que les ordres, la violence et la tyrannie sont déplacés; mais que les circonstances sont telles que le vœu du plaisir ne doit plus être compté devant l'imminence du danger qui nous environne, etc.

Nouvelles politiques. — Une lettre de Finale, en date du 3 janvier, annonce que nos soldats abusent de leurs victoires et qu'ils commettent les plus grands excès, non seulement dans les villes conquises, mais encore sur les propriétés de nos alliés les Génois. Une lettre de Mayence annonce que l'Empereur fait les plus grands préparatifs et veut déployer toutes ses forces dans la nouvelle campagne qui va s'ouvrir.

Gazette historique et politique. — En parlant des troupes qui arrivent ici chaque jour en très grand nombre, il dit : « On pense qu'elles sont destinées à assurer le recouvrement de l'emprunt forcé. »

Courrier de l' Egalité. — Il annonce que le citoyen Mounin, commissaire du pouvoir exécutif à Greully, département du Calvados, a

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élé assassiné avec sa mère par quarante-huit ou cinquante individus, tant à pied qu'à cheval; on dit quUl a reconnu quelques-uns de ses meurtriers.

Annales patriotiques et littéraires, — ... A Tarticle Paris y elles font espérer qu'après l'exécution de la loi sur l'emprunt forcé et de plusieurs autres mesures du Directoire, nous serons débarrassés des agioteurs.

Eclair. — Le Courrier des armées avait imprimé que le général Montesquiou s'était fait classer parmi les indigents de la section Montmartre, et qu*à ce titre il avait obtenu du pain, du sucre, de la chandelle, etc. Cette assertion est démentie par le journal VÉclair^ d'après une déclaration du Comité civil de la section. Le même journaliste annonce, d'après VAmi des Lois^ que Fréron se joint aux dénonciateurs du citoyen Benezech.

Batave, — H annonce que le citoyen Reverchon est enfin entré dans Lyon ; que les égorgeurs y frémissent de rage, et que les patriotes reprennent courage. La proclamation faite par ce député est à la suite de cette nouvelle.

HOUDEYER.

(Arch. nat., F % 3840.)

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