‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 118 sur 141 · DXL · texte numérisé non relu

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Rapport du bureau central du 28 nivose.

Esprit public. — Pendant la journée d'hier, Paris a joui du même calme que les jours précédents.

Subsistances. — La diminution de prix de quelques denrées commence à se faire sentir. Cet adoucissement remplit de joie tous ceux qui le «lésiraient, et le nombre en est grand. Plusieurs observateurs rapportent que le peuple manifeste toujours le désir de recevoir une portion de pain plus abondante; son vœu, dans ce moment, se prononce avec d'autant plus de force q[u'il est intimement convaincu que cette mesure, déjà très salutaire par elle-même, ne pourra que seconder les vues sages du gouvernement et opérera d'une manière prompte et efficace une diminution considérable dans le prix de Loules les choses nécessaires à la vie.

Ordre public. — Un observateur expose que Ton entend dire géné-

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ralement, dans la classe de ceux qui n*aiment pas le nouvel ordre de choses, que le gouvernement a besoin de s'entourer de la canaille pour arriver au but qu'il se propose. Un autre rapporte que plusieurs ouvriers sont aujourd'hui remerciés et presque congédiés par les fabricants; il ajoute que ces ouvriers, mécontents, se disaient entre eux : a II est facile de voir que c'est un fait exprès de la part des marchands pour nous agiter. » D'une part , dit un troisième observateur, on félicite le gouvernement de l'attitude fîère qu'il prend pour faire respecter et exécuter les lois; de l'autre, on crie à la tertreur, à l'occasion des différentes réunions des citoyens et de la marche vigoureuse du Directoire pour réprimer les anarchistes de tous les genres. — Dans quelques cafés du Palais-Égalité, on disait hier que plusieurs jeunes gens étaient employés dans différentes administrations, et que le gouvernement les prenait sous sa protection. — L'uniformité des poids et mesures est vivement désirée par le public, qui regarde cet établissement comme très avantageux pour la République.

Politique. — Le bruit se répand que le gouvernement français est en pourparlers avec l'Empereur, afin de parvenir aux moyens d'une pacification, mais les préparatifs qui se font actuellement pour la continuation de la guerre paraissent être approuvés par les vrais patriotes. — On dit que les Chouans, qui prennent chaque jour beaucoup de force, menacent Nantes dans ce moment. — Quelques citoyens assuraient hier, au café de la République, que l'armée de Jourdan avait battu celle des Autrichiens.

Finances. — L'emprunt forcé est toujours l'objet des entreliens publics et privés. Cette contribution nouvelle affecte vivement beaucoup de citoyens, qui prétendent que leur retard à payer ne peut être répréhensible. «Avant de payer, disent-ils, il faut savoir ce que Ton doit; nous n'avons pas encore reçu d'avertissement; nous ignorons par conséquent la taxe à laquelle nous sommes imposés.» On disait hier, dans quelques lieux publics, que les habitants de plusieurs villes, principalement des places de commerce, se refuseraient au payement de l'emprunt forcé, et que l'on serait obligé, pour les contraindre, dV envoyer des troupes. — Le public ne perd pas un instant de vue le? fournisseurs de la République, accusés d'avoir fait des fortunes considérables par les voies les plus illicites; on craint qu'ils ne cherchent à se soustraire à l'emprunt forcé, et l'on voudrait que le gouvernemenl pût prendre tous les moyens qui sont entre ses mains pour leur faire rendre gorge, ainsi qu'aux agioteurs, dont les malheureux ont tant à se plaindre.

675 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [17 janvier 1796]

Spectacles. — ... Au théâtre de la rue Feydeau, un observateur rapporte que, dans un entr'acte, il y a eu beaucoup de bruit au parquet, occasionné par la diversité d'opinions, qu'il ne lui a pas été possible de savoir au juste ce qu'il en était, qu'il a seulement entendu dire qu*il fallait étriller avec des fouets de poste tous ces petits Chouans. Il ajoute qu'on a singulièrement affecté d'applaudir ces vers :

Contre nous de la tyrannie L'étendard sanglant est levé.

L'observateur qui a surveillé le théâtre de la République a fait la môme remarque au couplet qui commence par ce vers : Tremblez tyrans et vous perfides; beaucoup de jeunçs gens ont crié bravo et demandé bis fort longtemps. — L'observateur au théâtre de la rue Favart rapporte que le premier violon a répondu d'une manière impertinente et même grossière à ceux qui demandaient que l'on jouât des airs patriotiques, mais que sa réponse, faute d'avoir été entendue clairement, n'avait produit aucun mouvement fâcheux; il ajoute qu'il lui a paru que ceux qui étaient â l'orchestre en avaient été satisfaits. Le Bureau central va prendre sur ce fait les informations les plus exactes et mander le premier violon pour lui faire les injonctions qu'il jugera nécessaires

Marchés. — Rien de remarquable aux marchés; seulement ils étaient beaucoup moins pourvus que ces jours derniers. Mais on doit se ressouvenir que les gens de campagne observent le dimanche. • . •

Bourse. — La Bourse était très nombreuse, quoique composée de citoyens munis de patentes et de quittances de Temprunt forcé. • . . •

HOUDEYBIU (Arch. nat., AFiv, 1472.)

Rapport du bureau de surveillance.

Mœurs et opinions. — On répand le bruit que les volontaires de l'armée de Maubeugo ont arboré la cocarde blanche; que, sous deux mois, il y aura bien des changements, qu'alors les royalistes et ceux qui se sont bien montrés en vendémiaire auront les meilleures places : c'est surtout â la porte des boulangers Toupion, rue Saint-Andrédes-Arts, que ces propos se sont tenus. — Les spectacles ont été tranquilles. — Plusieurs jeunes gens de la première réquisition ont été arrêtés hier au Palais-Ëgalité. — On se plaint généralement de ce que la loi de la réquisition n'est pas assez sévèrement exécutée â

l'égard déjeunes gens qui en 8ont susceptibles; on dit que les anciens congés sont regardés comme valables, quoiqu'ils aient tous été obtenus par faveur ou par argent; par ce moyen, plus de la moitié des jeunes gens restent dans l'exception et rentrent dans les bureaux où ils jouissent de cette faveur.

HOUDSTER.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

Journaux.

Censeur des journaux du 29 nivôse : w Je traversais avant-hier Téglise de Saint-Sulpice, pendant qu'on y disait la messe : 'parmi ceux qui Fentcn^ daient, j*cn reconnus quelques-uns qui ne croyaient pas en Dieu, il y %. cinq ans. »

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