‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 121 sur 141 · DXLII · texte numérisé non relu

DXLII

Rapport du bureau central du 30 nivose.

Esprit public, — Le calme se soutient ; Tespril général est bon.

Subsistances. — Le peuple, peu satisfait de ne recevoir qu'une faible portion de pain, ne voit pas sans peine l'abondance de cet aliment de première nécessité, qui se vend chaque jour à un prix si fort au-dessus de ses moyens. Les indigents trouvent peu de ressources dans la diminution, presque insensible, du prix de toutes les autres choses nécessaires à la vie.

Agiotage. — Ce commerce illicite et vraiment scandaleux continue sans relâche au Palais-Égalité, dont tous les passages sont obstrués par un nombre considérable de brocanteurs de toute espèce.

Ordre public. — Les rentiers font toujours entendre des plaintes sur ce que le gouvernement ne les paie qu'avec un papier absolument discrédité. — Plusieurs pères de famille se plaignent et s'indignent de la manière dont ils sont rançonnés aujourd'hui par les nourrices, qui ne veulent plus leur salaire qu'en argent monnayé. Plusieurs citoyens disaient hier à cet égard, dans un café, ainsi que nous le rap-

porte un observateur, que « jamais révolution n'avait autant détruit Fespèce humaine que la nôtre, et que le gouvernement devrait bien s'occuper des moyens d'encourager la propagation et surtout de former un établissement de bureau de nourrices aux fraisde la République pourla classe indigente seulement. » — Un observateur annonce que, dans plusieurs lieux publics où il a exercé sa surveillance, il a eu occasion d observer que l'anniversaire de la mort du dernier roi des Français déplait à la classe opposée au régime républicain. Voici comme cet observateur s'exprime : « Plusieurs personnes parlaient de cette cérémonie avec ironie, en disant que l'on va fêter le jour le plus pernicieux pour la France, m A celui qui disait : « Le peuple est bien plus heureux depuis qu'on a fait mourir le roi », il fut répondu par un autre : « Sans doute, il doit l'être, puisqu'il y en a cinq au lieu d'un. » — Quelques autres surveillants, qui rendent compte de la même opinion, en parlent d'une manière plus ménagée et se contentent d'exposer qu'il leur a paru que beaucoup de citoyens pensaient que le serment qui doit être prononcé demain ne sera pas bien sincère de la part d'un grand nombre de fonctionnaires et d'employés.

Politique. — Plusieurs habitués des cafés disaient hier que le gouvernement devrait bien empêcher les journalistes d'insérer dans leurs feuilles des nouvelles vagues ou fausses, comme ils l'avaient fait ces jours passés en annonçant une victoire remportée sur les Autrichiens; ils ajoutaient que ces annonces, bien loin de servir la chose publique, lui étaient singulièrement contraires. — Hier, au café de Valois, un groupe considérable s'entretenait avec chaleur de trois objets. On disait d'abord que la Vendée augmentait tous les jours et que Charelte recevait des renforts puissants de l'Angleterre ; en second lieu, que les trois quarts des employés de la République n'aimaient pas le régime actuel ; enfin que la journée du 13 vendémiaire avait irrité tous les jeunes gens contre le gouvernement, et que les mesures vexatoires du moment ne fer^iient encore qu'ajouter à nos maux.

Finances, — Le public attend toujours des mesures arrêtées par le gouvernement pour le payement de l'emprunt forcé, les effets les plus salutaires. Il s'en faut de beaucoup que les gros marchands et les nouveaux enrichis partagent la même opinion. Ceux-ci jettent les hauts cris contre le gouvernement; ils prétendent que sans doute les gouvernants ont l'intention de ruiner les commerçants, de détruire les fabriques et d'ôter le pain aux ouvriers. Celte opinion a été recueillie dans les cafés.

Spectacles. — ... Au théâtre de la République, où l'on a repré-

[20 JANviEf» 1790] DIRECTOIKE EXÉCI TIK 6«

seiilé lu tragédie de Quinius Fahius ou la Discipline romaine, un des observuleurs a remarqué qu'à différents passages républicains, fort applaudis du public, quelques individus, placés à l'orchestre, se disaient entre eux que cette tragédie n'était bonne que pour Icn

terroristes

Marché». — ... L'ordre a été troublé au carreau des pommes de terre ; il semble, disent les inepecteurs. que les individus, roécoutenU de la baisse qu'éprouve cette denrée, s'efforcent de la faire au);meiiler ea y portant la foule et le tumulte-

HOUDEÏEK.

{Arch. nat., AFiv, im.)

Rapport du bureau he suRVEatANCE.

Mœurs et opinions. — Les spectacles du boulevard du Temple nnt été assez tranqiiîlles; beaucoup de jeunes gens de la première réquisition voulaient cependant élever une caltuleau moment de la phrase: Aux armes, cilai/em / — On disait hier, au Palais-Ëgalité, en pariant de la fête qui doit avoir lieu le 1" pluviàse, que les Jacobins avnienl enlin le dessus. — Un particulier s'est présenté avant-tiier au tlicâlre du Lycée des Arts, avec une contremarque sur laquelle était une croii et une fleur de lis; cette contremarque doit être portée au miniflrf de la police générale. L'individu qui en était porteur n'a pu être arrêté, parce que l'on ne s'en est aperçu que longtemps après qu'elle avait été donnée, — On observe que plusieurs jeunes gens ne portent point de cocarde; ils ont tous l'air d'être de la première réquisition; ils ont des broutons blancs & leur chapeau. — A la porte Marceau, un disait hier, dans un groupe d'ouvriers, que le pouvoirexéculir faisait venir soixante mille hommes à Paris pour faire payer l'emprunt forcé k ceux qui s'y refusaient; que ces troupes feraient ici leur entrée comme à Lyon

HODDEYER.

lArch. nal., AFiv, 1112.)

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