‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 122 sur 141 · DXLIII · texte numérisé non relu

DXLIII

Rapport nu bureau central i»u 1" pluviôse.

Esprit public. — Paris présente toujours l'image du calme et de la

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tranquillité, avec les dispositions apparentes du meilleur esprit. Les rapports de la surveillance de ce jour ne nous apprennent rien de nouveau relativement à la partie des subsistances et au brigandage ordinaire des agioteurs; nous ne pouvons que nous référer aux observations contenues dans nos feuilles précédentes.

Ch*dre public, — Plusieurs observateurs rapportent que le peuple, en lisant les affiches qui ont pour objet la cérémonie de ce jour*, annonçait les meilleures dispositions. Ils ont cependant remarqué, ajoutentilsy que beaucoup de citoyens disaient : « Il est fâcheux, dans des jours de fête, de manquer de pain et d*étre privé des choses les plus nécessaires à la vie. Le véritable souverain est celui qui fait vivre le peuple. 0 Dans la matinée de ce jour, dit un de nos agents, on faisait courir, dans le faubourg Germain, un bruit infâme ayant pour but d'inviter les citoyens qui se disposaient à aller au Champ de Mars à se tenir sur leurs gardes et à se méfier des gendarmes du Corps législatif. (( Car, disait-on, ces coquins qui nous mènent feront comme a fait La Fayette. » Ce sont les expressions littérales du rapport. Hier, dans le café de Foy et ceux du boulevard, on disait que le gouvernement, en exigeant le serment des employés, voulait en connaître le nombre exact, ainsi que de tous ceux sur lesquels il pouvait compter en cas de mouvement. — Le refus des propriétaires de maisons de recevoir leurs loyers en assignats donne lieu à de fréquents murmures de la part des locataires. — Les rentiers se flattent que le gouvernement va prendre incessamment un parti qui mettra fin à leurs longues souffrances.

Politique. — Au café Italien, on y parlait de paix, et on y disait que le gouvernement français, disposé à garder le Rhin comme une barrière ou limite, laisserait aux peuples des pays conquis par les armées de la République le choix de prendre tel gouvernement qu'il leur plairait. — Un observateur rapporte que plusieurs citoyens prétendent que la ville de Carpentras est occupée par les Chouans, que le Midi est en pleine insurrection, que Ton continue d y assassiner les patriotes, et que, d*une autre part, on transige avec les Chouans de la Vendée. '

Finances. — Hier, dans plusieurs cafés, les habitués assuraient que Ton devait attribuer au .gouvernement le taux élevé auquel se tiennent les matières d'or et d'argent, que son objet était de faire rentrer une grande quantité d'assignats, et que le numéraire acheté

i. C'est-à-dire du jour dont est daté ce rapport, 21 janvier. Il s'agit de Tanniversaire de Texécution de Louis XVI.

sur la place devait être versé dans les caisses publiques, c Ainsi, ajoute-t-on, il ne faut pas 8*étonner, si les agioteurs se montrent si ouvertement. » — L*emprant forcé occupe toujours beaucoup les eftprits ; on dit que la répartition a été trop précipitée pour être juste, et qu*on n*aurait pas dû le percevoir avant la confection des rôles. Malgré ces assertions, les patriotes désirent que la rentrée de cette contribution se fasse promptement, comme tenant au salât de la République, dont les besoins sont urgents.

Spectacles. — Au théâtre de la Cité on applaudissait vivement à ce passage de la pièce du Barbier de Sévitle : c Jouissons, car dans trois semaines peut-être nous ne serons plus. » Les airs et chants patriotiques y ont été bien accueillis. — Au Vaudeville, les chants civiques ont été applaudis faiblement. Aux Variétés- Amusantes, même insouciance. Au théâtre du Marais, le passage qui suit a été saisi vivement par le public, qui a paru en faire une application très aflTectée : « La méchanceté des hommes va de pis en pis, mais enfin cela aura un terme. » Du reste, aucuns faits contre le bon ordre et la tranquillité ne sont venus à notre connaissance

Bouchers. — Il restait beaucoup de monde à servir chez les bon* chers de la section du Temple et leurs distributions étaient très tumultueuses. Des femmes se sont battues à la porte du citoyen Poste!, boucher de ce même arrondissement.

Marchés, — Les approvisionnements étaient assez considérables, el les pommes de terre se sont vendues 120 et 140 livres le boisseau

Hannocque GUÉRIN. (Arch. nat., AFiv, 1412.)

Rapport du bureau de surveillance.

Mœurs et opinions, — Hier, à six heures du soir, les ouvriers delà rue Victor se plaignaient de ce qu'on fermait beaucoup d'ateliers et manufactures; ils disaient que c'était une nouvelle ruse inventée par Taristocratie pour mettre à bout le malheureux, qui a déjà assez de peine à se nourrir, môme en travaillant, que Ton cherchait décidéinenl à faire faire un soulèvement, mais que ces efforts seront vains, qu'ils espèrent tous dans le pouvoir exécutif, qui saura y mettre ordre. — Au théâtre de la rue Favart, l'on a chanté la Marseillaise ; à la strophe : Tremblez^ tyrans, il s'est fait entendre des applaudissements d'un cote et des huées de l'autre, ce qui n'a pas duré longtemps. — Le mouvement que l'on a fait faire hier, à la force armée, pour aller au Champ de Mars, a pour un instant déconcerté les agioteurs du

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Palais-Egalité, qui ont envoyé en avant des émissaires pour s'assurer de la destination de cette force armée. — Au théâtre de Lazarille, boulevard du Temple, au moment que Ton chantait la Marseillaise^ des royalistes ont fait un bruit assez grand pour couvrir la voix de Tartiste, en disant: « Cela ne donne pas du pain. » — Des lettres particulières de Lyon annoncent que, depuis que le commissaire du pouvoir exécutif y est entré, il s'y est encore commis plusieurs assassinats, et qu'une grande partie des jeunes gens de la Compagnie de Jésus se retirent dans ce département pour y corrompre Tespril, et qu'une autre partie passe en Suisse. — Il se promène dans Paris beaucoup de jeunes gens sous Thabit de général et autres grades, qui provoquent les citoyens.

HOUDEYER.* (Arch. nat., AF iv, 1472.)

Journaux.

Courrier républicain du 30 nivôse : « Suivant un avis publié par le Directoire, les courriers de la malle, à compter de jeudi prochain, ne partiront que tous les deux jours pour les départements; ils partiront les jours pairs pour les départements du Midi, et les jours impairs pour les départements du Nord. »

DXLIV

i" PLUVIOSE AN IV (21 JANVIER 1796).

Rapport du bureau central du 2 pluviôse.

Esprit public. — Paris a joui hier de la plus parfaite tranquillité, à quelques nuances près, dont nous rendrons compte à Tarticle de Tordre public. Le plus grand ordre a régné au Champ de Mars » ; tous les spectateurs y ont manifesté une joie vive et leur sincère amour pour le gouvernement républicain.

Subsistances. — Le peuple, qui s'attendait à recevoir hier la livre de pain, n'a pas paru content d'être trompé dans ses espérances. La cherté, toujours excessive, de toutes les denrées en détail fait tenir aussi des discours peu mesurés.

Agioteurs. — Un autre observateur annonce qu'hier soir on a vu dans les rues des hom nés du peuple armés de bâtons, et que la plupart, qui paraissaient pris de vin, criaient : Vive la République I

1. A propos Ce la fôtc pour l'annivcriaire de l'exécution de Louis XVI.

A bas les Chouans! et semblaient disposés à se porter à des voies de fait; il ajoute que cependant il n*en est résulté aucun accident fâcheux. Suivant le rapport d*un troisième agent, qui a surveillé les cafés dans la soirée, les habitués, en s*entretenant de la cérémonie du jour, disaient qu*il était nécessaire de réveiller quelquefois Timagination du peuple sans éducation ; que les sensations extérieures lui étaient nécessaires, et que, plus les membres du Directoire exécutif seraient magnifiques dans leur costume, plus serait grand le respect de la multitude. Un quatrième observe que, pendant sa surveillance au Champ de Mars, il n'a vu ni entendu rien qui soit contraire aux principes républicains, que le public lui a paru généralement avoir les meilleures dispositions et désirer vivement la paix et Tunion. Enfin, un cinquième dit avoir entendu par les uns faire un récit très avantageux de la cérémonie ; il syoute que d'autres s*étaient permis des plaisanteries en disant : « Le peuple a plus besoin de pain que de fêtes. » — Il ne nous a été fait aucun rapport sur la politique et les finances.

Spectacles. — Au théâtre du Vaudeville, on a beaucoup applaudi à ce passage de la pièce A^Honorvne : « La rigueur et le ton ferme en gouvernement ne réussissent guère. » Plusieurs individus ont afiècté de couvrir d'applaudissements outrés le couplet de Thymne des Marseillais, commençant par ces mots : Tremblez, tyrans. La même remarque a été faite au théâtre de la rue Favart. Au théâtre Feydeau, on y a représenté La Mort de César. Les traits patriotiques y ont été vivement applaudis; les premières et secondes loges étaient vides pendant la représentation de cette pièce, et ne se sont remplies que pour les deux autres pièces. Quelques passages relatifs â la sainteté du serment ont donné lieu à des applications malignes et à des applaudissements ironiques. A celui de la République on a joué la tragédie de BrutuSy mais nous n'avons reçu aucun rapport sur ce spectacle, si ce n*est que nous avons été témoins des applaudissements qui ont été donnés & Thymne des Marseillais, qui s'est chanté entre les deux pièces. Du reste, le bon ordre et le calme ont régné dans tous les autres spectacles, où Ton a continué de jouer et de chanter les airs patriotiques, qui ont été accueillis très favorablement par le public.

Surveillance. — . . .Un légionnaire de police s'étant permis d'arrêter sans ordre un marchand de chansons *, le commissaire de police de la section de Bon-Conseil a renvoyé l'arrêté et Tarrôteur, en faisante

1. Ce marchand, (raprès un autre rapport, chantait une chanson inUtulée I* Porteur d'eau (par Ange Pitou).

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ce dernier une injonction sévère de respecter à Tavenir la liberté individuelle des citoyens. — Hier, à la cérémonie du Champ de Mars, un canonnier a été blessé par le feu de sa pièce, en voulant faire retirer des enfants qui jouaient presque à Tembouchure. Il a été conduit à Thôpital du Gros-Caillou pour y être pansé. Il a presque

la moitié de la figure emportée Trois des marches de Tautel de

la patrie se sont enfoncées hier, à Tinstant où le Directoire exécutif y montait. Les juges du tribunal de cassation étaient sur ces marches. Personne n'a été blessé

Marchés, — Les pommes de terre se sont vendues 120 et i30 livres le boisseau, et les rouges 150 et 160 livres

Halles aux farines. — Il ne s'y est présenté que peu d'acheteurs, et la farine était à 16,500, 17,000 et 17,500 livres le sac; elle se vendait au détail 50, 55 et 58 francs la livre

Bourse. — La plus grande tranquillité régnait dans l'intérieur, mais Textérieur a été obstrué, parce que le piquet de la police n'a point paru

HOUDEYER.

(Arch. nal., AFiv, 1472, et F » « III, Seine, 18.)

Rapport du bureau de surveillance.

Esprit public, — Le public du thé&tre des Arts parait mieux composé que celui des autres spectacles; on y a applaudi avec enthousiasme VOffrande à la Liberté. — On entend tous les imposés à l'emprunt forcé réclamer avec véhémence contre leur taxe ; à les en* tendre, aucun d'eux n'est en état de la payer; l'espoir d'amélioration des finances, fondé sur la rentrée des sommes immenses à provenir de cet emprunt, est anéanti, si on les écoute. — L'afliche posée pour indiquer l'ordre et les cérémonies de la fête de la mort du tyran a été lue hier avec avidité, mais elle n*a pas en général produit reffet qu'elle devait opérer sur des républicains» la plus grande partie de ceux qui la lisaient, gardaient en se retirant un morne silence; d'autres disaient: « Du pain vaudrait mieux que tout cela. » — Hier, dans un groupe composé de beaucoup d'ouvriers, à la place Maubert, on disait que tout allait bien mal dans les départements, que les vétérans partis pour mettre le bon ordre à Rouen y avaient été égorgés, qu'Angers était en état de siège, Caen en pleine insurrection, que les Chouans étaient maîtres de toutes les côtes de Cherbourg, et qu'à Vitry-le-François, les jeunes gens de la première réquisition avaient formellement refusé de partir et avaient fait feu sur la troupe, qui

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Vtiulail les contraindre. — Les bons citoyens se plaignent de ce que les chef» des maiiiiractures et uleliers en tous genres profilent >lu prétexte de l'emprunt forcé pour supprimer la plus grande partie des ouvriers employés aux dits ateliers; ils appellent l'attention du gouvernement dur cette menée de la malveillance, qui, en augmentant la misère de la classe indigente et laborieuse, lu rend accessible à tous ^nres de séduction.

HANHOnOUE-GtIËRtn.

(Arch.nnl.. AFiv.lns.)

Rappobt suh les journal-x.

Jouitial de Pari». — Une lettre signée Boinvilliers, abonné, contient une critique raisonnée des vers insérés dans un précédent numéro, par le représentant Audouin, Le citoyen Boinvilliers veut prouver que ce député ne connaît pas les [ireniiéres règles de la versification et il lui applique cette citation de Bolleau :

Ce méme.joiirnfil contient la lettre écrite par le ministre de ta police générale au Bureau central, relativement i\ un pamphlet qu'on al- Iribuc faussement au prétendu comité secret de l'hùtel de Nuailles.

Journal des hommes Hères. — Il improuve la manière dont on a fait depuis quelque temps et dont on fait encore la guerre de la Vendée. 11 prétend que nus projets d'attaque sont toujours annoncés d'avance uux révoltés, et que, si cela continue, non seulement ces brigands feront de gramls progrés, mais encore les Anglais seront bieniôt revenus sur nos côtes. Cet article peut mériter l'attention du ministre de la guerre.

Gazelle historique et politique de la France et de l'Europe. — Répond il certains journalistes qui senibluient révoquer en doute le droit dont a usé le Directoire exécutif au sujet des clidnls patriotiques. Il j leur prouve que le gnuvernement n'a point transgressé ses pnuvnir' ■j__ en ordonnant l'intonation (sic) de ces chunls dans des endroits public^^^ soumis h la police générale.

L'Eclair. — On dit, s'il faut l'en croire, que le citoyen Charles Delacroix ne tardera pas ù être remplacé aux relations extérieure^' par un liommc capable de préparer et de diriger les négociations, et qu'un huitième ministère ne tardera pas à être créé pour Cliénier, sous le nom de ministère des sciences et arts. — On a re:narqué. dit le même journaliste, un contraste fort étrange ; les deux Conseils ont

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ordonné la radiation des listes d'émigrés de tous ceux des ci-devant membres de la Convention qui y ont été inscrits, et au même moment ils excluaient de leur sein tous ceux des nouveaux députés qui se trouvent sur ces mêmes listes; on ne niera pas, ajoute-t-il, que ce soit là un privilège aussi injuste et aussi odieux que ceux de l'ancien régime.

Courrier universel du citoyen Husson. — Il rend compte de l'entrevue de la fille du dernier roi avec les commissaires impériaux, et il fait l'éloge de la dignité et de la douceur de cette jeune personne; ensuite il annonce que le citoyen Bassal, ex-député, se trouve en ce moment à Bâle, probablement pour y observer le ministre Barthélémy. — Il fait le tableau de la Législature et celui de Paris, et il est aisé de voir, à la manière dont il les peint, qu'il n'a pas un grand fonds de patriotisme.

L'Historien, — Il fait indirectement l'éloge du nouveau tiers de la Législature, et il critique encore une fois Tarrêté du Directoire sur les chansons patriotiques.

Gazelle nalionale de France, — Une lettre du citoyen Girot-Çouzol à son collègue Dulaure, écrite du département du Puy-de-Dôme, en date du 20 nivôse, annonce que l'emprunt forcé a produit les plus heureux effets dans ce pays, et que les denrées, qui y étaient excessivement rares et chères, ont diminué de moitié et reparaissent en abondance.

Nouvelles politiques, — Il improuve très positivement Tordre donné aux militaires^ môme hors de service, de comprimer les jeunes gens dans les spectacles. « Un mililaire hors de service, dit-il, n'est qu'un citoyen et n'a pas plus de droits qu'un autre citoyen. » Il produit sur ce sujet plusieurs autres raisonnements, qu'il a copiés du journal V Historien^ et dont les précédents rapports ont fait mention.

HOUDEYER.

(Arch. nat., F^ 3840.)

Journaux.

Courrier républicain du 3 pluviôse : « Paris, 2 pluviôse. La fêle d'avanthicr a commencé par des décharges d'artillerie, et, dès huit heures, des tambours et des trompettes apprenaient aux plus paresseux que le devoir et la fètc les appelaient au Champ-de-Mars. A midi toutes les autorités constituées de Paris étaient rassemblées autour d'une grande statue, assise comme celle de la Liberté, mais qui, par ses formes et ses allribuls, a paru plutôt représenter Hercule ou la Force. Le Directoire exécutif présidait, en grand costume. On a chanté les airs de la Marseillaise, de Ça ira, de Veillons au ToMB IL 44

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salut de V Empire, le Chant du dépari ^ el nn hymne du citoyen Lebnin. A deux heures, le serment a été prononcé, au bruit d'une nombreuse décharge.» — Rédacteur du 2 pluviôse : « L'anniversaire de la punition' du dernier roi des Français a eu lieu aujourd'hui au Champ de la Fédération. Cette cérémonie avait attiré une foule Innombrable de citoyens. Elle a eu lieu avec tout l'appareil, toute la pompe qui convenaient à la commémoration du jour qui a vu consolider la République par le supplice du dernier de nos tyrans^ Voici quelles étaient les dispositions de cette fête. Il avait été élevé dans le Champ de la Fédération, près l'emplacement de l'autel de la patrie et du côté de l'École militaire, une estrade au fond de laquelle était placée une figure colossale, représentant la Liberté assise sur un cube, emblème de la nature, et foulant aux pieds les signes de la servitude et de la royauté. Cette figure était entourée d'une partion (sic) circulaire, formant un sanctuaire décoré de quatorze écussons portant les noms des quatorze armées dont la valeur cimente la République. Au-dessus de ces quatorze écussons étaient placées quatorze cassolettes, dans lesquelles brûlaient des parfums en l'honneur des défenseurs de la patrie qui ont versé leur sang dans les combats. Aux deux côtés du cube sur lequel la Liberté était assise, étaient posées deux cornes d'abondance, symbole de la prospérité publique. Sur la base du trône de la Liberté, on voyait un bas-relief représentant deux Renommées tenant un serpent se mordant la queue, s3rmbole de l'immortalité, et enveloppant un pélican se saignant pour ses enfants, symbole du gouvernement républicain. Sur un stylobate régnant au pourtour de l'estrade, étaient représentés divers sujets allégoriques. Sur ce stylobate étaient posés douze candélabres antiques portant des feux. Aux deux extrémités de ce ^ylobale étaient élevés deux trépieds antiques, dans lesquels brfdaienl des parfums. Au-dessous du même stylobate, el en avant de la figure de la Liberté, était pratiqué un gradiiu^ destiné au Conservatoire de musique. En avant de ce gradin, et au milieu dc^», Testrade, s'élevait une tribune soutenue par les Vertus, et sur laquelle éta^ j)Osé un autel dédié à la Patrie. Tout ce qui composait le cortège de la f(^ entra à l'École militaire par la grille de la cour principale. Lorsque le Dircs^^ toirc fut arrivé dans l'École militaire, une salve d'artillerie annonça *î^ présence. Le cortège, composé de toutes les autorités constituées, sortit </^ l'École militaire et se rendit dans le Champ de la Fédération, sur deo.v colonnes qui occupèrent tout l'espace qui se trouvait entre l'estrade et le niveau. Le Directoire exécutif, précédé des ministres, des messagers d'Etat, des huissiers et de sa garde se rendit sur l'estrade, où ils occupèrent les places qui leur étaient destinées. Le Conservatoire national de musique exécala différents chants civiques. Le président du Directoire prononça un discours, après lequel il prêta le serment prescrit par la loi. Les membres du Directoire, les autorités constituées, et l'armée répétèrent ce serment, accompagné des cris plusieurs fois répétés de V«v» la République ! Tous les chapeaux furent élevés en signe d'allégresse, portés au bout des baïonnettes; el les innombrables spectateurs, qui garnissaient les parapets, joignirent leurs acclamations à celles de la troupe. Un feu roulant d'î^rtilleric, symbole de la foudre, annonça aux ennemis de la patrie la volonté bien prononcée de tous les Français pour le maintien de la République. Le Conservatoire national <le musique exécuta les chants civiques. L'armée défila ensuite devant le Directoire, el fit diverses évolutions ; elle était composée de forts détache-

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ments tirés de tous les cantonnements situés aux environs de Paris, ainsi que la garde nationale de cette ville, et qui formaient une masse de douze à quatorze mille hommes. Enfin le cortège rentra dans TEcolc militaire, et une salve d'artillerie termina la cérémonie. Le Corps législatif, ne pouvant, aux termes de la Constitution, assister à aucune cérémonie publique, célébra cette fête dans son sein; ses membres se rendirent ensuite individuellement au Champ de la Fédération, où ils jouirent du spectacle d'un peuple immense, bénissant leur ouvrage, jurant le maintien de la Constitution républicaine et une haine éternelle à la rovauté. »

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