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Rapport du bureau central du 5 pluviôse.
Esprit public. — Les observateurs, dans leurs rapports de ce jour, s'accordent à nous dire que, dans leur tournée de surveillance, ils n'ont remarqué rien de contraire au bon ordre et à la tranquillité, mais qu'ils ont cependant entendu tenir des propos inconsidérés pour les causes qui vont être expliquées.
Subsistances. — Le prix des denrées, qui avait diminué ces jours passés, reprend un nouvel accroissement. Le public se fatigue autant de ne recevoir constamment que la môme portion de pain, que de voir celui qui se vend sur les places toujours très cher, malgré l'abondance. Ces circonstances fâcheuses donnent lieu à des murmures et à des discours que Ton entend, surtout aux rassemblements qui se font aux fontaines et aux portes des boulangers, notamment ceux-ci, rapportés textuellement par un observateur : « Quand il n'y en avait
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qu'un 9 on avait du pain; à présent qu'ils sont sans nombre, on manque de tout. »
Agiotage. — Ce commerce est toujours le même sous les galeries du Palais-Égalité ; Taffluence des brocanteurs y devient plus intolérable que jamais.
Ordre public. — Plusieurs observateurs rapportent que« dans ce moment-ci, le commerce est dans une stagnation inquiétante, à cause des ouvriers qui sont sur le pavé, et que toutes les opérations mercantiles et relations commerciales refluent vers la Bourse, qui devient le thermomètre des marchands» On disait hier que Ton avait déjà arrêté des faux-monnayeurs au nouveau poinçon. — L'arrestation faite hier, maison Serilly, Vieille-Rue-du-Temple, de quelques prêtres réfraclaires, ainsi que de. jeunes gens de la première réquisition, a été très approuvée par les uns, qui la regardaient comme une mesure sage, tendant à détruire le fanatisme et à couper racine aux anciennes guerres de religion; d'autres disaient au contraire que, le culte étant permis, chacun était libre de s'attacher à tel prêtre qu'il voulait, et que la persécution suscitée contre eux n'était autre chose qu'une résurrection du système de terreur. — On répand, dit un observateur, beaucoup d'inquiétude dans le public sur les Panthéonistes, auxquels on reproche de reprendre leur système de calomnie avec le plus violent acharnement. D'autres observateurs rapportent que, dans quelques cafés, les habitués réclament Texécution de la loi du 3 brumaire dans les administrations.
Politique. — Hier, au café de Valois, on s*enlretenaît du plan de campagne, dont l'avantage, disait-on, était toujours pour nos ennemis; on ajoutait mystérieusement que nos gens, en Bretagne, avaient battu Tennemi et lui avaient pris un gros convoi. Celui des agents de la police qui fait ce rapport observe que, par le mot ennemi^ les discoureurs, par la malignité de leurs propos, donnaient à entendre que c'étaient les républicains.
Finances. — On remarque qu'il arrive à Paris une quantité de gens des départements qui viennent échanger leur numéraire et leur ar genterie contre des assignats, qu'ils destinent au payement de Temprunt forcé, dont le recouvrement est toujours désiré par les bons républicains, nonobstant les cris que les agioteurs faisaient entendre hier au café du Caveau contre la tyrannie du gouvernement.
Spectacles. — Au théâtre de la rue Favart, Thymne des Marseillais a été écouté très tranquillement; mais, au moment où Ton a chanté ces paroles : Tremblez^ /yran«, de nombreux applaudissements se sont fait entendre dans toutes les parties delà salie; grand nombre de citoyens
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ont crié bis, mais Tacteiir a continué sans avoir égard à cette demande. Au théâtre du Marais, on y a joué la tragédie de Brutus, L'observateur rapporte qu'au passage où l'ambassadeur dit : Au lieu d'un tyran^ vous en avez cent^ les applaudissements des spectateurs ont été étouffés par le plus grand nombre de ceux qui ont crié : A bas les Chouans/ — Le rapport de la surveillance générale de ce jour fait mention d'un fait particulier qui a eu lieu hier au théâtre de la rue Martin, concernant un juge de paix..... Quelques observateurs annoncent qu'en conformité des ordres qu'ils ont reçus, ils ont fait disparaître les chapeaux et mouchoirs qui bouchaient les lucarnes des portes de plusieurs loges, et ont recommandé aux concierges des spectacles de nettoyer plusieurs carreaux de vitres aux secondes loges qui étaient barbouillés avec du suif ou autre chose.
Surveillance générale, — ... On a vu des militaires de la Légion de police se rassembler au nombre de sept à huit, se former des patrouilles, quoique n'étant pas de service, et arrêter les femmes publiques, qu'ils mettent ensuite en liberté, quand ils leur ont
fait payer du vin et fait la débauche avec elles Un juge de
paix d'une des sections de Paris a voulu hier, par droit de sa place, entrer gratuitement dans le spectacle de la rue Martin. Il y a eu bruit à cette occasion, d'après le refus d'entrée qui lui a été faiL Le commissaire de police de la section des Lombards a rétabli le calme. Il a démontré au juge de paix qu'il n'avait pas le droit qu'il voulait s'attribuer, et néanmoins il l'a fait entrer et placer, par égard pour son caractère
HOUDEYER.
(Arch. nat., AF iv, 1472, et F»eiII, Seine, 18.)
Rapport du bureau de surveillance.
Mœurs el opinions. — Les murmures se font entendre de toutes parts sur l'augmentation rapide de toutes les denrées. Les femmes, qui s'attendaient à avoir leur livre de pain au !•' pluviôse, tiennent des propos contre le gouvernement, en disant qu'on voulait les faire mourir de faim, ne leur étant plus possible d'approcher de la moindre chose. — Les marchands annoncent que la diminution qui s'était fait sentir, pour quelques moments, n'avait eu lieu que pour compléter le premier tiers de Timpôt forcé, mais que présentement tout allait augmenter, parce qu'ils prétendaient ne faire qu'un prêt à la République. — Le ministre du l'intérieur est venu faire l'ouverture du nouvel hospice, rue du faubourg Antoine ; le peuple en témoignait sa
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joie et disait que cet établissement était très nécessaire poar ee fanbourgf qui fourmille de pauvres gens
HOGKTOI.
(Arch. nat, AFiv, 1472.)
Rapport sir les JouRifAux.
Censeur des journaux. — Parmi on grand nombre de petits articles insignifiants, on remarque avec surprise ranecdote suivante, rapportée d'après le Républicain français. Un membre de la Société du Panthéon s*est vanté dernièrement du projet de réhabiliter Robespierre ; ceci n'est rien ; mais ce qui est remarquable, c*est qu'il ajouta que Fbôtel de Noailles et le Directoire exécutif seraient les premières victimes qu'on inunolerait^ à son apothéose. Etait-ce un homme ivre? Etait-ce un homme indiscret? Etait-ce un espion? Je n*en sais rien, mais c'était un cordonnier, ancien membre d'un Comité révolutionnaire.
Le même Courrier^ soi-disant républicain^ annonce que VAmi du peuple faisait imprimer un gros ouvrage destiné à prouver la supériorité du régime de Robespierre sur le Directoire. Le Directoire, instruit à temps de ce gentil projet, a fait saisir les presses et l'ouvrage.
Journal de Paris. ^^ On y voit que le citoyen Audouin, représentant du peuple, sensible à la critique qu'on a faîte de ses vers S répond à celui qui les a censurés et s'efforce de justifier ses fautes en poésie. — Un autre député, le citoyen Félix Faulcon, s'exerce aussi dans Tart des vers, mais avec plus de succès. II a inséré dans le numéro d'aujourd*hui une épitaphe très spirituelle de M"«Du Barry.
Messager du Soir. — Contre sa coutume, le Messager du Soir es celte fois presque insignifiant ; il rend seulement un compte asse exact des craintes et des subterfuges de nos gros agioteurs, qui s«d font aujourd'hui de très petits messieurs pour échapper à l'emprunt forcé.
Nouvelles politiques. — Elles sont aujourd'hui curieuses par rinsertion de deux lettres du Directoire exécutif au ministre de rintérieur et de deux réponses de ce ministre au Directoire exécutif. Le citoyen Benezech avait donné sa démission, mais elle n'a point été acceptée ; la demande et le refus font Tobjet de cette correspondance.