DLIV
Rapport du bureau central du 12 pluviôse.
Esprit public. — A quelques nuances près, dont nous rendrons compte à l'article des subsistances, le calme s'est soutenu hier à Paris.
Subsistances, — Aux observations contenues dans nos précédents rapports, nous ajouterons que la cessation totale de la fourniture de
[31 JANVIER 1796] DIRECTOIRE EXÉCUTIF lU
viande, chez les bouchers de radmînistralion, qui a eu lieu hierdaas toutes les sections, a produit un mécontentement universel ; on a re-
marquée principalement dans le quartier des halles et du marché Saint- Martin» que les femmes surtout ont tenu des propos asseï vio* lents contre le gouvernement et contre TAgence des subsistances; nous apprenons à l'instant que les distributions se font aiyourd'hoi comme de coutume.
Agiotage. — Le rassemblement des marchands d*argent et autres brocanteurs de toute espèce est toujours considérable; leur commerce^ vraiment odieux, devient de plus en plus Aineste à la chose publique dont ils dévorent chaque jour la substance par leurs infâmes spéci^^ lations. On ne cesse de les voir avec horreur et de les regarder comn^^ la source de tous les maux dont la société est si profondémeo/ affligée.
Ordre public. — Les fllles du monde fourmillent dans les rues qui avoisinent les spectacles ; elles y raccrochent avec audace et de k manière la plus scandaleuse tous les passants. Ces renseignemeoto sont donnés par les commissaires de police, qui, conformément i la circulaire du ministre de la police générale, auraient déjà hit an^ter plusieurs de ces femmes publiques ; mais ils sont arrêtés, parce qu'ifs ne savent, disent-ils, qu'en faire et où les mettre. — On se plaint des crieur$ de journaux qui annoncent des nouvelles dont il n est fait aucune mention dans leurs feuilles ; c'est, dit-on, une fourt>erie de leur part. On pense que ces abus, préjudiciables d'ailleurs à l'intérêt et à la confiance publics, devraient être réprimés. Le Bureau central fera surveiller les colporteurs.
Politique. — Un observateur rapporte qu*hier, au café de Valois, on y disait qu'il était de Tintérôl général de soutenir Tordre des choses actuel, attendu que, d'une part, les royalistes n'avaient jamais fait que des sottises, et que, de l'autre, les Jacobins étaient tout prêts à reprendre de nouveau le système de terreur. On craint fort, dit un autre observateur, que la France ne soit obligée au printemps prochain de soutenir une guerre terrible ; on répand à cet égard beaucoup d'inquiétudes.
Finances. — Voici le résultat de la surveillance sur cette partie de l'administration. On se plait à répandre de faux bruits, notamment ceux-ci : que l'emprunt forcé est suspendu, parce que beaucoup de particuliers ne sont pas en état de payer le premier tiers, même avec toute leur fortune, tandis, ajoute-t-on, que quantité de riches agi(»teurs ne sont pas même atteints, et que, suivant la loi, il ne doit v avoir qu'un quart des habitants, pris dans la classe des plus riches
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qui doit être soumis à cette taxe. — Hier, dans plusieurs cafés du Palais-Égalité, les habitués s'entretenaient des rescriptions portant promesse de remboursement en valeur métallique à trois mois d'échéance ; l'observateur témoin de ces conversations rapporte qu'il lui a paru que Ton avait peu de confiance dans ce nouveau papier, qui, disait-on, perdait déjà 15 pour 100, et qui nécessairement perdrait encore davantage ; on regardait encore le terme du remboursement comme trop long, et on ajoutait que les marchands de bœufs avaient refusé de le prendre en payement. Un second observateur dit textuellement que de toutes parts on pense que, vu la mauvaise répartition de l'emprunt forcé, il devient en quelque sorte impossible d'en opérer le recouvrement, et que cet état de choses augmente le nombre des mécontents et des ennemis de la République. Un troisième agent rapporte qu'hier, au café de la République, on y tenait les propos qui suivent : « Qu'a fait aujourd'hui le Directoire exécutif? » disait un citoyen. « Rien de trop bon, repartit un second. En dernière analyse,
le peuple et le pauvre rentier meurent toujours de faim ; aujourd'hui point de viande, peut-être demain point de pain ; d'ailleurs les assignats n'ont plus de valeur. Que deviendra-t-on ? »
Spectacles, — Au théâtre des Arts, le public a applaudi avec transport le Chant du Départ. Dans la pièce de Tarare, les deux passages suivants ont été par trois fois couverts des plus nombreux applaudissements. Le premier : « Le peuple juge et n'assassine pas.» Le second, à l'instant où l'on arrête Tarare pour le punir de ses méfaits, l'acteur dit : « Qu'ainsi périssent tous les usurpateurs. » A Feydeau, le passage de la pièce de Bornéo et Juliette où il est dit : « Plus de haines, plus de vengeances, plus de sang », a excité en général et à plusieurs reprises les plus vifs applaudissements et réitérés. La Marseillaise n a pas été chantée entre les deux pièces ; on y a substitué un chœur patriotique dit le Serment de Lille, Au Vaudeville, on a chanté une nouvelle chanson^ commençant par ces mots : Veillons au salut de la France, et finissant par ceux-ci : Tremblez, tyrans. Ce refrain a été applaudi avec enthousiasme. Au théâtre de la rue Favart, ' quelques sifflements se sont fait entendre, dont il n'est résulté aucun trouble ; la Marseillaise n'y a pas été chantée. A celui de Molière, la musique a joué les airs de la Marseillaise^ du Chant du Départ et autres airs patriotiques : après la première pièce, la Marseillaise a été chantée ; on y a applaudi au couplet : Tremblez, tyrans; les patriotes, dit l'observateur, ont acciieilli les derniers couplets par forme de revanche. Un jeune homme de seize ans avait été arrêté comme instigateur et provocateur aux applications ; faute de preuves suflisantes,
[3i JANVIER 1796] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 726
il a été mis Bur-le-champ en liberté. A la Cité, la Marseittaiêe a été chantée entre les deux pièces ; le couplet : Tremblez^ iifroHi^ a été applaudi ; le dernier couplet a été froidement accueilli ; un citoyen seul an parquet cria : « Bravo» bravo 1 A bas les Chouans ! » Au théAtre de la foire Germain, les airs et chants patriotiques ont été joués et chantés ; les applaudissements ont été modérés. Dans tons les spectacles ci-dessus, ainsi qu^aux boulevards, il ne s^est rien passé contre le bon ordre et la tranquillité ; à ces derniers, on continue d*7 applaudir à tout ce qui a rapport à la tyrannie, plus par habitude qu'à.
dessein de faire des applications malignes
Viande. — La viande ayant manqué dans toutes les sections, le peuple se répandait en invectives et tenait les propos les plus indé* cents contre le gouvernement. Dans les sections de la Butte-des- Moulins, des Invalidée, des Quinze-Vingts et des Champs-Elysées, le mécontentement était à son comble ; sur ce dernier arrondissement, on est entré de force chez un boucher et l'on a fait perquisition dans son étal, en Taccablant d'injures. Dans la section de la Butle-des- Moulins le prix de. la viande était augmenté du double, et partout ailleurs elle valait 75 francs la livre au moins; enfin, par suite de ce déficit, au marché des Quinze-Vingts, les femmes se sont jetées en désordre sur les pommes de terre, et plusieurs d'entre elles se sont battues avec beaucoup d^acharnenient
HOUDEYER.
(Arch. uat., AFiv, 1472, et F » « III, Seine, 18.)
Rapport du bureau de surveillance.
Mœurs et opinions, — Les Temmes se sont répandues en difiTérenls propos contre les agents des subsistances, au sujet du manque de viande ; quelques-uns disaient que le gouvernement n^allait plus se mêler d'en faire délivrer, que les bouchers s'approvisionneraient euxmêmes, comme anciennement; des propos se sont fait entendre de toutes les manières, et chacun s'en retournait chez soi fort mécontent. — Le manque de distribution de viande d'aujourd'hui fait fermenter les esprits, surtout à la Halle ; outre les propos contre le gouvernement, on disait que, si nous manquions, c'est parce que l'on avait voulu payer les fournisseurs avec des rescriptions nouvelles, et que les marchands de bœufs n'en voulant pas plus que d'assignats, rien n'était arrivé et rien n'arriverait pour le gouvernement.
Commerce. — Les bouchers de toutes les sections de Paris n'ont pas reçu de viande ce matin, ce qui a produit quelques murmures. —
727 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [l« février 1796]
Au marché du quai de la Vallée, on a forcé la garde et on a pillé les
marchands avant le son de la cloche Tous les comestibles sont
considérablement renchéris à la Halle, par la raison que la distribution de la viande a manqué aujourd'hui dans Paris. Les bouchers ont vendu aujourd'hui le bœuf 70 livres et disent que demain ils le vendraient 80 livres la livre.
HOUDEYER.
(Arch. nat., AF iv, 1472.)
Journaux.
Censeur dn 11 pluviôse: «Le jury d'accusation a renvoyé en liberté les journalistes qui auraient été mis en arrestation par des ordres motivés de sûreté générale, attendu qu'il n'existe d'autre loi contre la liberté de la presse que l'article du code pénal qui punit la provocation au meurtre, à Tincendie et autres crimes de cette nature. »
Rapport du bureau central du 13 pluviôse.
Esprit public. — Hier Paris a joui du calme le plus parfait. Subsistances et agiotage. — Tous les agents de police s'accordent à rapporter que le peuple se plaint, même avec aigreur, d'être toujours réduit à une faible quantité de pain et d'être obligé de payer au prix le plus exorbitant celui qui se vend sur les places, ainsi que toutes les autres denrées. Il semble ne voir d'autre terme à sa misère que celui où il sera établi une taxe sur les objets de première nécessité, qui pourra se concilier avec la liberté d'un commerce franc et loyal. Il pense que cette mesure est encore la seule capable de mettre un frein à la cupidité de ces hommes connus sous le nom d'agioteurs et de détruire sans retour leurs coupables espérances. Ces propos se font entendre depuis quelque temps.
Ordre public. — Un observateur rapporte que, par suite des plaintes que le public manifeste sur la cherté de toutes choses, il a entendu dire « qu'un grand coup devenait indispensable et qu'il fallait mettre en activité la guillotine pour en imposer aux fripons et aux dilapidaleurs de la chose publique ». Un autre dit avoir remarqué que ceux qui, par leur costume, sont désignés comme frondeurs du gouverne-
[1er FÉVRIER 1796] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 728
ment paraissent concevoir quelques espérances et annoncent plus de sérénité que ces jours précédents. — Hier, au café de TEurope, les rentiers se plaignaient amèrement de leur malheureuse situation ; ils disaient que tout allait au plus mal, que jusqu*à présent Tespoir d'un meilleur ordre de choses les avait soutenus, mais qu*ils voyaient bien aujourd'hui que leurs maux étaient sans remède. L'observateur qui donne ces renseignements ajoute que Ton conçoit beaucoup d'inquiétude sur la stagnation du commerce, et encore de ce que nombre de fabricants ont renvoyé une grande quantité d'ouvriers, qui sont aujourd'hui sur le pavé, notamment dans le faubourg Antoine, où Ton porte le nombre jusqu'à six mille dans ce local (sîc), suivant le rapport d'un autre agent. D'un rapport particulier d'un observateur il résulte qu'hier les cafés du Palais-Ëgalilé étaient infectés de mauvais prêtres, qui cherchaient par leurs discours pernicieux à corrompre l'opinion publique.
Politique, — Les inquiétudes se renouvellent sur les efforts que la République aura à faire pour soutenir la guerre au printemps prochain. A celte occasion, un agent, témoin d'une conversation particulière, rapporte qu'un citoyen avait fait lecture d'une lettre écrite d'Angoulême, par laquelle on l'instruisait que les jeunes gens s'étaient retirés dans les bois pour se soustraire à la réquisition, et que Ton craignait dans ce département les funestes effets d'une nouvelle "Vendée.
Finances, — On n'a, dit un observateur, aucune confiance dans les rescriplions, que la malveillance s'efforce de discréditer par tous les moyens qui ?ont en son pouvoir. — Un autre agent rapporte que, dans les cafés qu'il a surveillés, on s'y entretenait hautement des plaintes que font aujourd'hui les fournisseurs de n'être pa^^és qu'en inscriptions, au lieu de recevoir du numéraire, ainsi que le portait leur marché. Les uns disaient que le gouvernement n'était pas de bonne foi à leur égard, et que cette injustice, en faisant perdre toute confiance aux fournisseurs, pouvait devenir très préjudiciable à la chose publique. D'autres, qui n'étaient pas du même avis, loin de blâmer le gouvernement, prétendaient que tous les fournisseurs avaient fait une fortune considérable, et qu'ils pouvaient bien consentir à quelques sacrifices. — Les formes arbitraires et le vice de la répartition de l'emprunt forcé excitent toujours la censure publique. On craint, en dernière analyse, que cette nouvelle contribution ne soit supportée que par les consommateurs, attendu, dit-on, que le marciiand s'arrange toujours de manière à se procurer la rentrée de ses fonds.
729 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [1«' février 1796]
Spectacles, — ... Aux théâtres de TAmbigu-Comique et de TÉmulation, les acteurs qui ont chanté la Marseillaise ont omis le couplet commençant par ces mots : Français magnanimes. — A celui de la République^ la Marseillaise a été chantée ; le couplet : Tremblez^ tyranSy et vous^ perfides^ a été fortement applaudi par les uns, et celui dédié à la Liberté a été très accueilli par une autre classe de citoyens. — Au second acte de Charles et Caroline^ le passage suivant a été applaudi à différentes reprises, où Brevant dit à Basile : « J'ai vu le ministre ce matin, je puis disposer de tout. » A quoi Basile répond : « C'est donc ça que la France est si bien gouvernée. » — Au théâtre des Arts, tous les couplets de THymne à la Liberté ont été applaudis faiblement, si ce n'est celui : Tremblez, tyrans, et vous, perfides^ opprobres de tous les partis. Mais, à la fin de YOffrande à la Liberté^ les spectateurs des loges se sont tus et ceux du parterre-et des grands amphithéâtres ont généralement applaudi
Marchés. — L'approvisionnement était peu considérable
HOUDEYER.
(Arch. nat., AFiv, 1472.)
Mœurs et opinions. — L'on se plaint de ce que l'administration des charrois n'est composée que de jeunes gens de la première réquisition, qui font des dépenses considérables; on assure que la plupart n'y sont entrés que pour se soustraire à la première réquisition. — Dans la section des Amis-de-la-Patrie, le culle a été célébré hier dimanche, et, après lagrand'messe, un des prêtres dit dans un discours : « Nous prions Dieu pour les souverains et prêtres qui prêchent et combattent pour la prospérité de l'Église. » Une surveillance est établie pour connaître l'individu. — Hier, au théâtre Dramatique, un acteur s'est présenté entre les deux pièces pour chanter la Mar-^ seillaise; il a si mal chanté la première strophe que le public n'a pas voulu entendre la deuxième. La toile alors s'est baissée ; mais, avant que la deuxième pièce commençât, le public a redemandé la Mar^ seillaise. Un autre chanteur s'est présenté, mais il ne s'est pas mieux acquitté que le premier et a été bafoué ; par cette raison, la Marseillaise n'a pas été chantée. Tout s'est terminé avec tranquillité.
Houdeyer.
(Arch. nat., AFiv, 1472.)
■B . «ftj DIRECTOIRE EXECUTIF TM
DLVI ^ n PLDVIOSE AN IV [* FÊVniKR 1796).
Rapport od bureau central du 14 pluviôse.
blie. — Le calme ordinaire n'a éprouvé aucune alleinte oumée d'hier.
juvitiinnces. — ue toutes paris les entretiens publics et privés ne roulent que sur l'eslrénie dilUcullé de la vie, eu égard à l'augmentation révoltante et toujours progressive du prix des denrées. Le* pauvres rentiers témnignenl très hautement leur mécontentement; la plupart d'entre eux disent que la mort est préférable à la niis^H afTreusfT dans laquelle ils gémissent liepuis si longtemps. La classe tniligcnle, de son crtlé, fait entendre des murmures très prononcés.
Agiotage. — On se plaint vivement de la liberté dont jouissent lous les marchands d'argent et brocanteurs ; on dit qu'ils sont sans doute autorisés k faire leur commerce, ou pluti'it à exercer avec une sorte d'impunité un pareil brigandage, tout à la fois la honte et la ruine de l'humanité.
Ordre publie. — Un observateur rapporte que, dans quelques conversations dont il a été témoin, il a entendu tenir par plusieurs citoyens de la classe indigente et ouvrière les propos suivants : • Le nombre des mécontents contre la République augmente tous les jours; on sera forcé de faire le métier de voleurs pour pouvoir exister, à l'exempte des agents d'administration. » .— Un autre agent dit que, présent à un entretien que tenaient entre eux plusieurs citoyens lu petit foyer du théâtre de Louvois, on disait que la représentation de la pièce d'Eponine et Sabinus avait été suspendue, parce que le public avait trouvé matière à faire des applications contre le gouvernement; il ajoute que d'autres disaient que l'on devait employer la même mesure pour défendre le chant des airs patriotiques qui prêtaient aux mêmes allusions contre le gouvernement, et que le résumé de cette conversation fut que c'était une nouvelle tyrannie, qui ne réussirait pas, parce qu'il restait encore asseï d'honnêtes gens pour s'y opposer.
Politique. — Les mêmes inquiétudes se manifestent sur les préparatifs et événements des hostilités qui doivent, dit-on, avoir lieu au printemps prochain; on en appréhende les issues, et on désire sincè-
731 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [2 février 1796]
rement que le gouvernement s'occupe efficacement de procurer une paix solide à la France. D'une autre part, on dit que nous sommes menacés de la guerre, même avec les puissances que nous traitons comme amies, notamment l'Espagne et la Prusse.
Finances. — Le recouvrement de l'emprunt forcé devient de plus en plus difficile. Un observateur rapporte que, dans les cafés qu'il a surveillés, les citoyens témoignaient beaucoup d'inquiétude sur la perception de cette nouvelle contribution. On rapportait, à cette occasion, quCv dans une commune près Orléans, des particuliers, se trouvant surtaxés, avaient menacé les taxateurs, qui, pour éviter la fureur des contribuables^ avaient été obligés de se cacher. — Un autre agent rapporte que, dans quelques cafés, on y parlait des massacres qui se commettaient dans les environs de Rouen, où l'on brûle même les fermes, et que l'on attribuait ces atrocités aux mesures désastreuses de l'emprunt forcé.
Spectacles. — Au théâtre de la rue Martin, quelques applaudissements ironiques se sont fait entendre aux couplets de la Marseillaise^ qui a été chantée avant la pièce. Mais, dit l'observateur présent, ils ont été couverts par d'autres plus sincères; il en est résulté quelques propos qui n'ont pas eu de suite. A celui de la République, on a joué la pièce de Calas; tout ce qui a rapport à la liberté, à la justice et à l'humanité a été bien accueilli, surtout le passage où, en parlant de Louis XIY, il est dit qu'il fit le malheur du monde. La Marseillaise a été chantée ; on y a fortement applaudi au couplet Tremblez^ tyrans. L'affluence des spectateurs était considérable à, Feydeau. On y a donné La Famille indigente. Celte pièce a été écoutée avec plaisir par un public nombreux, qui a fortement applaudi le passage suivant : « Peut-on voir des indigents, tandis qu'il y a tant de personnes qui regorgent de richesses ? » Le spectacle a été terminé par Tobeme ou le Pêcheur suédois ; on y a vivement applaudi à toutes les allusions propres à faire haïr la tyrannie. Entre les deux pièces, les chœurs ont chanté l'hymne qui a été chanté au Champ-de-Mars le jour du serment ; il a été très peu applaudi, ainsi que tous les airs patriotiques qui ont été joués avant la levée de la toile. Au Vaudeville, dans la pièce des Fausses conjectures^ le couplet qui a pour objet le « Retour des honnêtes gens » a été très applaudi et redemandé. On y a chanté Thymne des Marseillais ; le couplet : Tremblez, tyrans, vous allez expier vos forfaits, a été applaudi avec transport. Le refrain de l'Hymne à la Liberté a reçu aussi des applaudissements. — L observateur qui transmet ces renseignements rapporte que les femmes publiques y raccrochent avec une impunité scandaleuse.
Commerce. Pain, — Un inspecteur annonce que, sur la section (les Invalides, des malveillants répandent que des arrivages de farines sont arrêtés, et que, dans quinze jours, on ne pourra se procurer du pain que parla voie du commerce, en le payant bien cher. Cette nouvelle donne beaucoup d'inquiétude dans cet arrondissement La citoyenne Galon, demeurant rue Croix-des-Petits-
Champs, n^ 19, 8*est transportée chez le commissaire de police de la section de la Halle-au-Blé, pour faire constater que le pain qu*elle venait de recevoir chez le citoyen Féchat, boulanger, rue Croix-des- Petits-Champs, n'était que de la pâte. Le commissaire de police a refusé de recevoir sa déclaration, et, quoique cette citoyenne lui ait observé que le fait pouvait être facilement constaté, tous les citoyens de la maison où elle demeure en ayant reçu de pareil, ce commissaire a persisté dans son refus. Ecrit au commissaire de police que le refus qu il a fait à cette citoyenne de lui prêter son ministère est des plus condamnables; que déjà quelques plaintes de cette nature sont parvenues au Bureau central, qui se verrait obligé d'en référer au ministre de la police générale, si pareilles plaintes se représentaient, et il a été invité à surveiller désormais ce boulanger, qui, non seulement donne du pain mal cuit, mais injurie ceux qui témoignent en le recevant leur mécontentement
HOUDEYER.
(Arch. nat., AF iv, 1472, et F » « III, Seine, 18.)
Rapport du bureau de surveillance.
Mœurs et opinions. — Les murmures du public continuent sur la cherté des comestibles, sur le défaut de mesures de la part du gouvernement, qui a, dit-ôn, en mains tous les moyens possibles pour en opérer la diminution, et qui reste à cet égard dans une insouciance inconcevable. — Les filles publiques, que Ton pourchasse, crient beaucoup. « Que veut-on que nous fassions? disent-elles ; nous ne pouvons en travaillant nous procurer suffisamment de pain pour notre subsistance; il vaut mieux encore faire notre métier que de voler. » — On dit que les inscriptions en valeur métallique perdent déjà 50 pour 100, et qu'elles perdront encore davantage. Elles ont repris de la laveur aujourd'hui.
HOUDEVER.
(Arch. liai., AF iv, 1472.)
733 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [3 fkvrier 17961
Rapport du bureau central du 15 pluviôse.
Paris reste calme.
Subsistances. — Le surhaussement rapide de toutes choses produit chaque jour des plaintes très amères» auxquelles se livre surtout la classe indigente et qui souffre d'autant plus que nombre d*ouvriers sont aujourd'hui sans occupation. Nous ne parlerons pas des rentiers, dont le sort vraiment affligeant mérite toute Tattention du gouvernement; La plupart d'entre eux sont âgés, inflrmes et chargés de famille.
Agiotage. — Ces êtres vils, qu'on appelle brocanteurs, paraissent dans ce moment-ci avoir le privilège exclusif de vivre dans l'aisance. Engraissés de la substance des malheureux, ils font journellement une dépense scandaleuse, achètent tantôt sous leurs noms, tantôt sous des noms supposés, des immeubles qu'ils revendent et rachètent encore ; ils mettent en usage toutes sortes de ruses et de manœuvres pour échapper aux contributions auxquelles les autres citoyens sont soumis. En un mot, tout est profit pour eux, tandis que les nécessiteux périssent de besoin et d'inanition. Ces monopoleurs sont plus que jamais proscrits dans l'opinion publique.
Ordre public. — Nous apprenons, par des renseignements qui viennent de nous être transmis : 1^ que jusqu'à présent toutes les recherches tendant à découvrir le lieu où s'imprime un ouvrage de Lebois, intitulé : Parallèle du gouvernement de Robespierre avec le gouvernement actuel y ont été infructueuses; 2« que toutes les tentatives ayant pour objet de se procurer Y Adresse d'un proscrit à la Convention ont été également sans fruit ; 3® que l'on n'a que des doutes sur le local de l'imprimerie des Patriotes opprimés; on pense qu'elle est placée rue du Sentier, à l'imprimerie de Franklin. Un des agents de la police rapporte qu'il ne lui est pas possible de pénétrer dans cette imprimerie, parce qu'il en a déjà arrêté une fois le directeur. Le Bureau central fera exercer la plus exacte surveillance pour parvenir, s'il est possible, à la découverte de ces différents objets. — Un observateur rapporte formellement que de toutes parts on se plaint qu'il se commet journellement dans Paris des vols et des assassinats.
2 KKvniKii 1706] DIUECTOIRE EXECUTIF
Commerce. Pain. — Un inspecteur annonr />aic cepcndaiv^
des Invalides, des malveillanU répanden' ./ce Unt à pied qtf *^^ farines sont arrêtés, et que, dans quinz- ■ avec des filles débaa'
curer du pain que par la voie du co- ^^ *«î«*^ 9»« 1'^»* appré^^
Cette nouvelle donne beaucoup .instances difficiles ne servenC^^
ment La citoyenne Ga' -^''"«r Tordre et la tranquillité.
Champs, no 19, s'est transp ''"-« ^^ gouvernement républicain,
section de la Halle^iu-? ..iminislration est plus exposée que
venait de recevoir chr ■''^*- Voici ce que nous apprennent les
l^etils-Champs, n'é* '''*''''» ^"* ^®* ^*^^®' ®" "® parlait que de
refusé de recevoî '''ï"® ^®^ députés élaient dans le plus grand
observé que le ' J *^" finances, ils ne savaient plus quel parti
de la maison y'^^ ^"^' P^** ^® moyen de l'emprunt forcé, il doit
j ,^ ,,/|,d'assifj:nats. On observe que ceux qui sont restés
au il a r '/«'" ^'^^ ^^^^ P^^ moins avilis. De là on conclut que
conda //li^tnquée, et que la confiance, au lieu de su rétablir,
• l/tft-' J*^"^- ^^ n*licsite pas d'en accuser le gouverncmenl.
. ' ?/• "* '^" théâtre de la rue Favart, suivant l'usage, il y a
.• *'''^Hip d'applaudissements au couplet : Tremblez, tyrans. —
. '^î'/t» i'Kniulation, le couplet : Français, guerriers magnanim»!s^
i'^. i' Amour sacré de la Pairie, ont été omis. Le Bureau central
«^'^fliler les directeurs pour connaître les causes de cette omission.
'^j-oiiplet de Tremblez^ tyrans^ qui a été chanté, les'applaudisso-
*;fjils ne se sont fait entendre qu'à ces mots : Vos projets parricides. f)ii a crié bis, mais lacleur, qui a montré beaucoup de tiéilcur en tWiaiilanl, s'est relire. — A Feydeau, on a chanté, mais fort mal, i'iiyiniio palriolique dont le nuirai» est : \ous ne reconnaissons y en dt'lestant les roisy que Camour dos vertus et Vempire des lois. Ouehiues huées se sont fait entendre; cependanl, aux premiers vers du doriiier cniipli t, les applaudis-^eiiuMils sont deviînus si bruyants que la vi>i.\ do l'aftiMir en a été totalement couverte. L'observateur rapporte qut» ivs apjilaudissements élaient plutôt l'efl'el de l'ironit» que celui du plai>ir. — Au théâtre des Arts, le refrain de l'hymne de Y Offrande à la Librrl'i a été applaudi comme de eoulume, avec répétition. Dans l'hyume d»> Marseillais, le passade des eonjplices de H()uillé a été eoiivert d'apphmdis-j'ments «lus à l'énergie de l'artiste. I/ohservatenr eharué di' la >urv''illanee de ce théâtre rapporte que l'on a rt'mar^inê a la >lri»ph<' : Lîht'rtr. c/ieric, qu»* lou< les citoyens, par leurs applauili^-.*nienl>, lémiMLîtiaii'iit le plus izrand d('*sir de lohlenir, ri t|ue «•-.■> méiiP'- applaudissements imprimai»Mil i-neore l'hoixeur éterncll«- «l* la t\iMnni«' dr Hobe-jiierre. — Au théâtre d»* la Héi>uMique. il -e-'
735 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [3 février 1796]
manifesté un léger mouvement, occasionné par la différence d'opinion. Quelques voix du parquet ont crié : A bas les Chouans! Mais le calme s'est rétabli presque aussitôt. A tous les spectacles cités ci-dessus, ainsi qu'aux autres dont il n'est pas fait mention, la tranquillité
n'a pas été troublée
Marchés. — L'approvisionnement était presque nul; il n'y avait qu'une très petite quantité de pommes de terre, et elles se sont vendues de 160 à, 200 livres le boisseau
HOUDEYER.
(Arch. nat., AF iv, 1472, et F * « m^ Seine, 18.)
Rapport du bureau de surveillance.
Mœurs et opinions, — Il y a eu beaucoup de murmures hier l'aprèsmidi à la place Maubert et dans la plupart des marchés, occasionnés par la cherté de toutes les denrées; il n'y a eu cependant aucun attroupement. — Les citoyens paraissent très mécontents de la Légion de police, et disent que la plupart volent et agiotent, que, lorsqu'ils sont de service, ils ne font aucune patrouille et n'arrêtent point les paquets que l'on porte la nuit. — Les chefs d'ateliers qui, à l'époque de la légère diminution qui a eu lieu dernièrement sur les denrées, avaient diminué le salaire des ouvriers, se refusent maintenant à une juste augmentation, nécessitée par le renchérissement de toutes choses, ce qui porte au désespoir cette classe intéressante. — On perd courage; l'insouciance et l'indifférence s'emparent de tous les esprits; on semble attendre le premier parti qui se déclarera pour s'y jeter sans examen. Ce sentiment est déterminé par l'impossibilité où tout ce qui n'est ni agioteur, ni voleur, ni marchand, est d'exister. — On fait courir le bruit qu'on va rembourser tous les assignats en donnant un louis par 5,000 livres. — On remarque une interruption et une stagnation générale dans les travaux de toutes espèces; il parait probable que la malveillance se concerte pour augmenter le mécontentement et opérer quelque mouvement fatal à la tranquillité publique.
Commerce. — Le tumulte a été ce matin assez considérable à la Halle, place des pommes de terre, où il n'est arrivé qu'une voiture, qui a été distribuée à raison de 125 livres le boisseau; les femmes de Montreuil et de Bagnolet ont occasionné du désordre en voulant vendre celles qu'elles apportaient 200 livres le boisseau. Le peuple les a contraintes à les donner au même prix que les marchands
forains. Quelques-unes de ces femmes ont eu leurs marchandises pillées sans qu'il ait été possible d'empêcher ce désordre. . .
HOUDEYER.
(Arch. nat., AFiv, 1472.)
Journaux.
Gazette française du 15 pluviôse : « Paris, H pluviôse. Les membres des douze nouvelles municipalités de Paris ont été installés aujourd'hui. On assure que ceux qui les composent jouissent généralement d'une bonne réputation. » — Rédacteur du 18 pluviôse : « Les douze municipalités du canton de Paris ont été installées; leur action, secondant celle de la police générale, va concourir au maintien de Tordre dans cette grande commune, qui a toujours été le foyer des conspirations de toute espèce, et qui est aujourd'hui le point de réunion de tous les genres de l'agiotage, employés soit par nos ennemis étrangers, soit par une fouie de spéculateurs et de compagnies financières, pour avilir sans cesse notre signe monétaire et Relever le prix des denrées. On a lieu d'attendre du patriotisme des citoyens choisis par le Directoire, pour ces fonctions, qu'ils les remplirontavec toute l'activité et Téncrgie qu'elles exigent. Voici la liste des douze municipalités >»