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Rapport du bureau central du 16 pluviôse.
Esprit public. — L'agitation des esprits n'apporte aucun obstacle à la tranquillité publique.
Agiotage, — Les rapports de la surveillance de ce jour nous annoncent, comme de coutume, que le public est toujours pénétré des sentiments de la plus profonde indignation contre les gens appelés agioteurs ; aussi a-t-on vu avec plaisir l'opération qui s'est faite hier au café de Chartres, dont l'objet était de donner la chasse à ces fripons.
Subsistances. — Nous remarquons encore dans les rapports que la classe indigente, mécontente à l'excès de la cherté excessive des denrées, de ne recevoir habituellement que la même quantité de pain, ainsi que du retard que Ton éprouve journellement à la distribution de la viande, manifeste son mécontentement. Le public, dans l'amertume de sa douleur, taxe les boulangers, les bouchers, les commissaires des sections et agents des subsistances d'infidélité et de préva-
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rication. Le gouvernement même est peu ménagé dans les discours qui se font entendre de toutes parts. Entre autres choses, on dit qu^il vaudrait beaucoup mieux exister sous le despotisme le plus dur que de mourir de faim au milieu de Tabondance. On répand les plus vives inquiétudes sur Je bruit qui court que, très prochainement, il n^ aura plus de pain et de viande dans les sections. Les pauvres rentiers surtout s*alarment beaucoup de cette nouvelle. — On se loue beaucoup des soins et de Tactivité du ministre de la police générale à ramener la salubrité dans Paris. Déjà, dit-on, les rues sont plus propres et l'on respire un air plus pur. — On voit avec peine que le nombre des voleurs ne fait qu'augmenter chaque jour. On dit que les mesures que le gouvernement prend contre eux ne sont pas assez sévères ; que la justice est beaucoup trop douce à leur égard, et qu'il faudrait punir plus rigoureusement les gens qui troublent la société, parce que Timpunité ne fait que les enhardir et sert à propager le crime. Ces réflexions conduisent naturellement à former des plaintes contre la Légion de police, qui, quoique bien payée^ dit-on, ne fait aucune patrouille pendant la nuit. On dit au contraire que ces soldats passent tout leur temps à faire des écots considérables chez les restaurateurs et dans les cafés, et qu'ils affectent dUnsulter à la misère publique. On ne voit pas d'un œil plus favorable les agents du gouvernement chargés des approvisionnements ; on les regarde comme les instruments de la dilapidation de la chose publique. — Un observateur rapporte que les malveillants murmurent hautement contre le gouvernement, qu'ils accusent de vouloir rétablir la Terreur. Un autre agent dit que, dans plusieurs cafés, les habitués critiquaient hier la dénomination de Chouan attribuée à nombre de gens assez inconsidérément; on disait que c'était le vrai moyen de perpétuer les haines et les vengeances entre les citoyens. — La réquisition des chevaux est approuvée par plusieurs citoyens; d'autres la blâment comme une mesure tyrannique, très préjudiciable à l'agriculture. — On s'alarmait hier beaucoup, dans certains cafés, des préparatifs de guerre que fait l'Espagne; on inférait de là que le gouvernement français devrait y faire passer un agent qui joignit au patriotisme les lumières nécessaires pour prévenir une rupture fâcheuse. D'une autre part, au rapport d'un observateur, le bruit se répand que les préliminaires de la paix avec l'Empereur ont été signés à Bruxelles.
Finances. — Un agent rapporte que le bruit court que Ton va diminuer les taxes de l'emprunt forcé, faites, dit-on, sans réflexion et trop précipitamment. Un autre observateur dit que plusieurs colporteurs
annonçaient hier la suppression de l'emprunt, ce qui a induit en Tome il. 41
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erreur beaacoup de citoyens, qui ont cru que r«D|tmiit forcé était BuBpendu, landis qu'il s'agiBsoit de l'emprunt relatif «ix tontines.
Speetaelet. — An IhéAtre des Arts, les airs patriotiques ont été joués; le Ckant du Départ a été très applaudi, excepté des premières loges; du reste la tranquillité a régné pendant le spectacle, dopt la représentation était au bénéfice des pauvres. — Au théâtre Lonvois, on a joué la ManeUlaùe et l'air ',Ça ira, La première n'a pas été applaudie, et le second air fort peu. EnU« le second et le traiisiéme acte de SapAo, on a chanté l'hymne Veillant au èatut de FEmpirt, qui a été applaudi sans aucune application maligne. Nous n'avons pas d'antres détails sur la manière dont le public a accueUli les airs et les couplets patriotiques. — Au théâtre Feydeau, [t'c^Hervateur dit],san3 autre explication, que l'hymne, qu'il ne désigne pas, a été applaudi. A celui de la rue Favart, entre deux pièces on a chanté le Ckant d» Départ, qui a été entendu paisiblement ; quelques applaudissements se sont fait entendre à la fin. — Au Vaudeville, la tranquillité a régné; on a observé que les applications an couplet : Tremàlex, tyraiu, avaient été marquées de plus en plus ; ou y a l^)plaudi à trob reprises; la répétition a été demandée de toutes parts, mais l'acleors'y est refusé. La strophe : Fronçait, guerriert nu^naïuiRei, a été omise. Celte omission a eu également lieu dans les spectacles da boulevard, où quelques légers incidents n'ont causé qu'un trouble très momentané et de peu d'importance.
Surveillance. — ... Le café de Chartree, Palais-Egalité, a été cerné hier ; soiicante-dix personnes ont été menées au corps de garde du poste; leurs papiers ont été examinés; ceux qui n'ont pas été trouvés en règle ont été coaduils au Bureau central. Ils sont interrogés ce matin par les officiers de police de leur arrondissement
HOU&EÏSR.
{Arch. not., AFiv, i4:2,el F " HI, Seine, 18.)
RaPPOHT du bureau de SUHVEIUANCB.
Mœurs et opinions. — Hier|'matin, on a installé la municipalité du sixième arrondissement dans le local de l'abbaye Saint-Martin ; le peuple est très satisfait de voir s'organiser les autorités constituées ; mais, en général, les choix faits des officiera municipaux ont été improuvés. On a été étonné de voir revêtus de la qualité de magistrats du peuple les ex-membres des anciens Comités révolutionnaires; on parait craindre le retour de la Terreur, ell'on se demande avec effroi
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si ces autorités nouvelles auront le droit d'arrestation. — Hier il y a eu aflluenee à rAmbigu-Gomique, parce que le bruit s'était répandu que le Directoire devait venir à ce spectacle. 11 n'est point venu. — L'on disait hier, dans le faubourg Antoine, que les listes qui allaient être dressées des réclamations contre la taxe à l'emprunt forcé deviendraient autant de listes de proscription. Beaucoup de citoyens, ne partageant point cette manière de voir, disaient au contraire que c*était le seul moyen d'établir la justice dans cette répartition. — On répand le bruit que l'armée de Charette est aux environs de Lyon, que les Chouans sont maîtres de la commune de Caen, où ils sont entrés en grand nombre et avec des canons. On ajoute que beaucoup de lettres particulières confirment ce dernier fait, que deux citoyens de Gaen, qui sont à Paris, ayant été instruits de cette invasion des brigands par des lettres de leurs femmes, en ont fait part au ministre de l'intérieur, qui a seulement répondu que ce pays n'était pas tranquille
HOUDEYER.
(Arch. nat., AFiv, 1472.)
Journaux.
Courrier républicain du 17 pluviôse : « Parisy du 46 pluviôse. On a cerné hier plusieurs cafés au Palais-Royal, et entre autres le trop fameux café dit de Chartres, pour y capturer, à ce qu'on assure, certains individus qui, après avoir largement diné des profits de Tagiotage, passent la nuit à crocheter les portes, à dévaliser les boutiques et les magasins, à assassiner ceux qui ne veulent pas les laisser faire. On cite plusieurs vols commis par ces brigands; on parle même de meurtres les plus atroces; mais, comme nous sommes dans le règne des exagérés, il ne faut pas croire tous ces faits sur la simple parole de ceux qui les publient..» — Ami des Lois du 15 pluviôse : « Nous avons parlé, dans le dernier numéro, du théâtre des Arts, des poèmes qui peuvent agrandir notre àme et des pantomimes qu'on y verrait utilement figurer : déjà nous possédons Têlémaque, Le IHrecteury Le Maréchal des logis; bientôt le génie dos Gardcl, des Vcstris aura enrichi ce genre. Il n'est point de spectacle qui puisse faire autant d'impression sur l'homme que celui où tous les sens jouissent à la fois. Chacun connaît l'impression de la musique et son empire sur nos passions; l'hymne de Chénier, exécuté au théâtre des Arts, enflamme les égoïstes les plus indifférents ; Tarislocrate sort républicain de VOffrande à la Libevlé, Ainsi, puisque l'harmonie a sur nous un si grand empire, elle doit être un des moyens du gouvernement pour diriger les hommes. Un étranger peut juger au spectacle de l'esprit et des mœurs d'une nation par le genre de sa musique et de ses danses. (]e genre est-il efféminé? presque toujours le peuple est esclaye ; est-il louchant, expressif et noble? on doit on tirer la conséquence que le peuple est vertueux. HiUons-nous donc de rendre DOS compositions dignes des hautes destinées de la nation française; que nos
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ennemis, jugeant de notre attachement invincible à la liberté par le genre de nos plaisirs, ne puissent en être témoins sans désespérer de leurs efforts, et que l'ouverture de nos opéras fasse sur eux Teffet de la ManeiUaiMe à lemmapes et à Fleurus. » — Courrier républietùn du 18 pluviôse : « Le Gardien de la ConstUuiUm remarque que c'est la Déclaration des droits de 1793 qu*on voit encore inscrite sur les faces de la pyramide élevée sur la place des Vic^ toires, en Thonneur des patriotes morts dans la journée du 10 août. Le journaliste observe que c'est une pierre d'attente pour la constitution démocrate que les panthéonistes se proposent bien d'établir. * »