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Rapport dl* 8 messidor.
Esprit public. — Suivant les rapports de ce jour, la situation de Paris pendant la journée d'hier a été la même que les jours précédents, c'est-à-dire toujours calme, mais toujours mêmes murmures occasionnes par le brigandage des agioteurs et la cherté constante de toutes les denrées. Les inspecteurs ont remarqué que les plaintes les plus amères avaient pour objet la libre exposition du pain sur les places et dans les boutiques, que l'on vend de 15 à ^ livres la livre ; ils nous disent encore que Ton est très mécontent de ce que du pain très beau, venant de la campagne et apporté sur les voilures publiques, arrive gâté cependant. Si Ton ne veut pas s'appesantir sur ces tristes considérations, que feront incessamment évanouir le retirement progressif des assignats, la récolte prochaine et aussi le nouveau mode de gouvernement, nous voyons, à n'en pouvoir douter, que Tesprit public continue à être excellent, et qu il se prononce de plus en plus pour raffermissement de la République.
Bouillon rapporte que, dans les différents endroits qu'il a parcourus» le projet de la nouvelle Constitution y faisait la base des conversations des citoyens, qui paraissaient désirer qu'elle soit
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promptement mise en activité, comme devant faire le bonheur de tous et ramener la paix. Il ajoute que le bruit se répand que la Convention nationale va prononcer une amnistie en faveur de toutes les personnes détenues ou désarmées depuis le premier jour de prairial.
Au moyen de Tarrété du Comité de sûreté générale, concernant la liberté des costumes, affiché dans toutes les rues de Paris ce jourd*hui ', que le peuple lit avec attention et dont il saura apprécier les sages dispositions, nous nous croyons dispensés de rendre compte des observations vagues, incohérentes même, faites par les agents de police sur cet objet.
Cafés. — Fargues rapporte que, dans les cafés qu'il a parcourus et surveillés, on y parlait de la manière la plus satisfaisante sur la nouvelle Constitution, qui nous promet, disait-on, un avenir très heureux ; il ajoute que néanmoins on n'y paraissait pas fort content des assemblées primaires, qui pouvaient bien, en favorisant les intrigues des royalistes et des Jacobins, ressusciter le régime affreux dont nous venons de sortir.
Journaux, — Si les agitateurs, de telle faction qu*ils puissent être, sont capables d'égarer Topinion publique par leurs discours, les journaux n'ont guère moins d'influence. Cela posé, nous dénonçons aux Comités de gouvernement, la feuille intitulée Gazette française^ n» 1270 (du jeudi 25 juin 1795, vieux style), septidi 7 messidor,
article Angleterre L'analyse que nous en pourrions faire serait
incomplète; il faut lire l'article entier; les dires et les faits qu'il contient nous ont paru pouvoir entraîner des suites funestes par rimpression vraiment fâcheuse que la lecture laisse à l'esprit de tout homme qui médite '.
Spectacles, — Parfaitement tranquilles
Bourse. — Les matières d'or et d'argent sont encore remontées. L'or a été à 3.200 livres l'once ; le marc d'argent, à 1,350 livres. Les inscriptions n'étaient plus qu'à 14 pour cent de bénéfice
RoucuAS jeune, Hornin.
(Arch. nat., F » « Hï, Seine, 16.)
i. Voir plus loin, p. 38.
3. Cet article consiste uniquement dans un compte rendu de la séance du Parlement du 27 mai 1795 et du discours où Pitt exposa ses raisons de ne pas traiter avec la République française.
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Journaux.
Gazi*tlc française du 0 messidor : « Proclamation du Comité de suret»* générale du 8 messidor an III de ta République française une et indivisibir. — Le Comité de sûreté générale, averti que plusieurs citoyens ont été insultés dans un jardin public, parce qu'ils portaient des collets et des cravates vertes; considérant que ce genre de costume n'est défendu par aucun décret de la Convention nationale, par aucun arrêté des Comités de gouvernement; que la nécessittî où la police s* est trouvée de faire arrêter quelques hommes ainsi velus lient aux individus et non pîis au costume ; invite les bons citoyens à étouiïer ce nouveau genre de discorde que l'on voudrait semer entre eux, et à maintenir de tout leur pouvoir la tranquillité, si nécessaire dans un moment où la (Convention nationale s'occupe sans relàclie de donner au peuple français une Constitution sage, «jui doit faire cesser à jamais l'anarchie, fermer les plaies sanglantes de la patrie, faire respecter les personnes et les propriétés, et assurer sur des bases durables le gouvernement républicain. Les représentants du peuple, membres du Comité de sûreté générale, signé : BEar.oEixr;, président; Pkmartin; Rovère ; Pierre (jIuvomar; Cales; Courtois; Gauthier ; Lomont; Pierrkt. Pour copie conforme, certifié par le représentant du i)euple, membre du Comité : Sevkstre. »> — Messager du soir du 9 messidor : «< Une foule de jeunes gens, qui préfèrent aux vaines jouissances de la parure et do la mode, l'amour de l'ordre et de la tranquillité générale, avaient fait le sacrifice de leurs cravates vertes, sous lesquelles des terroristes, jadis couverts de haillons sales et dégoûtants, s'étaient flattés en vain de cacher leur jacobinisme; l'arrestation de ces derniers, quoique sous le costume que la folie du jour a fait adopter aux jeunes patriotes que les Chaumette et les Duliem proscrivaient jadis sous le nom de muscadins, avait fait croire que c'était contre la mode et non contre les individus que le gouvernement voulait sévir. Déjà un grand nombre de Jésuites de Lyon et plusieurs septembriseurs de Paris, se prétendant Tavant-garde d'un parti (pii n'existe pas, osaient assurer «ju'il^ avaient à leur <lévotion la jeunesse de Paris, parce qu'ils étaient à peu près habillés comme elle. D'autres brigands, sous prétexte de propos tenus par quelquesuns de ces égorgeurs (jui n'étiûent pas avec nous lors du siège des Jacobins, ni aux époques mémorables du 12 germinal, ni des premiers jours de prairial, se permettaient d'insulter, d'arrêter même plusieurs de nos braves camarades qui, dans les moments du danger, se rallient constamment à nos l»halanges pour protéger la Convention contre les anarchistes et les buveurs de sang, mais qui ne lui font l'outrage d'assassiner en son nom. Ces scènes avaient donné lieu à des rixes violentes, dont messieurs les arrètcurs n'avaient pas eu tous les lionneurs. Le Comité de sûn^lé générale vient de publier une proclamation dans laquelle il repousse juscpi'à l'idée qu'on lui attribuait d'avoir voulu faire la guerre aux costumes; ainsi les petites guerres que les coupe-jarrets prétendaient livrer à leurs vainqueurs, n'auront plus de prétextes. » — Le Journal de Paris du 8 messidor rend compte des troisième et ((ualrième })arties de l'Appel à l'impartiale postérité jmr la citoyenne Roland. (Ce journal avait déjà rendu compte de la première et de la deuxième partie de ces Mémoires dans ses numéros du 10 et i'2 prairial an lïl.)
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Rapport du 9 messidor.
Esprit public. — Les inspecteurs de police, dans leurs rapports de ce jour, nous présentent la position de Paris toujours calme et tranquille. Ils nous parlent aujourd'hui très peu de Tesprit public sur les affaires politiques ; toutes leurs observations ont pour objet de nous entretenir de la ruine publique, relativement à la cherté des denrées et marchandises, tellement haute, tellement progressive qu'elle paraît ne plus avoir de bornes, ce qui fait dire à beaucoup de citoyens : a II faudra donc pour vivre être voleur ou agioteur. » Les agents de police ont encore remarqué que le public continue à se plaindre très amèrement de la libre exposition du pain, que Ton vend publiquement, et avec une espèce de dureté, dans les cours du Palais- Egalité et autres lieux, à iC francs la livre. De là ce propos banal : « Il n'y a plus que les riches qui pourront subsister. » De là encore des discours très violents contre les gens de campagne, taxés de la plus horrible cupidité et accusés d'être des sangsues publiques, ainsi que ces fripons agioteurs de profession qui viennent tout récemment d'imaginer une ruse digne de brigands de leur sorte. Cette coquinerie d'une espèce absolument neuve consiste, de la part de ces maîtres jurés et tilou«, à faire courir le bruit, dans le moment favorable où les sots viennent leur apporter montres et bijoux, qu'on cerne le jardin ; alors c'est de courir et de se sauver à toutes jambes, les mains pleines, et les niais de regarder et de voir emporter leurs effets.
Cafés. — Compère rapporte que, dans les cafés qu'il a surveillés, les citoyens s'y entretenaient de l'objet important de la récolte et des précautions à prendre pour fournir des ouvriers et des bras, d'où ils inféraient la nécessité d'accorder des congés limités à plusieurs volontaires de la campagne, sauf à les faire rejoindre, si les circonstances l'exigeaient par la suite.
Spectacles. — Tranquillité et calme. Au théâtre de la Montansier, on y a donné la première représentation de la Nouvelle condition de Jocrisse^ pièce en deux actes ; un passage de cette pièce a donné lieu à des applaudissements d'une part, à des huées de Tautre. Il s'agit d'un payement fait en papier, qui est jeté avec dédain par celui
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auquel on le présente, en y ajoutant les paroles qui suivent : Parbleu^ il me donne du papier pour de l'argent.
Commerce, Pain, — Trente inspecteurs rapportent que, la farine n*étant arrivée hier au plus tût qu'à sept heures du malin chez les boulangers, ce retard a causé celui des distributions, prolongé les rassemblements et excité quelques murmures. On a remarqué que presque tous les pâtissiers de la section de la Butte-des-Moulios et [de celle] du Palais- Égalité continuent à faire de la pâtisserie
Bourse, — On a remarqué que plusieurs personnes qui sont présumées faire le commerce des espèces avaient des certificats d'entrée ; on les surveille toujours. Beaucoup de monde sur la place; on y a vu plus de femmes qu'à l'ordinaire ; la farine et l'avoine étaient un des principaux objets du cours. Les inscriptions se sont faites en dernier lieu à 15 0/0; l'on croit qu'elles baisseront encore
GossET, Allbtz.
(Arch. nat., F * « III, Seine, !6.)
Rapport du 10 messidor.
Esprit public, — D'après les rapports de ce jour, nous ne pouvons que présenter le même tableau de Paris, dont la situation est toujours calme. Néanmoins, celte tranquillité ne cesse d'être accompagnée de gémissements et de plaintes assez vives, provoquées par les calamités toujours croissantes dont la société est affligée depuis trop longtemps. S*il n'est pas fastidieux, car le dégoût ne doit pas empêcher de dire constamment la vérité, au moins est-il très pénible et fort douloureux de retracer aussi fréquemment l'image de tous ces fléaux. Nous voudrions bien nous y soustraire ; nous serions encore plus satisfaits d'indiquer le remède. Malheureusement, nous ne connaissons que celui du temps, d'accord avec l'énergie et la sagesse de nos représentants; on ne tardera pas à être assuré que leurs mesures économiques auront sauvé la France du plus grand des dangers et qu'elles auront puissamment réparé les dilapidations du règne des anarchistes.
Cafés et spectacles, — Aucuns faits contre le bon ordre et la tranquillité publique.
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Commeixe. Pain. — Les rassemblements ont été plus nombreux à la porte des boulangers. Il règne une certaine méfiance lors des distributions, qui se sont faites néanmoins avec ordre. La ration de pain a été de six onces par bouche et de meilleure qualité. Chez le citoyen Yalmet, boulanger, rue Chabannais, quelques querelles commençaient à s'élever entre les citoyennes qui voulaient ne pas attendre leur tour. On a réclamé Tordre par numéros, et le calme s'est rétabli sur-le-champ. Le pain se vend publiquement depuis 10 jusqu'à 16 francs la livre.
Viande. — Les distributions se sont faites péniblement. Quelques bouchers de la section des Gravilliers ne peuvent suffire à leurs pratiques, spécialement le citoyen Guéret, rue Nazareth, forcé, à. défaut de viande, de renvoyer une trentaine de personnes. Cet objet est communiqué à TAgence des subsistances.
Marchés. — Quoique complètement approvisionnés, les denrées s y vendent toujours à un très haut prix.
Bois^ charbons et ports. — Il s'est vendu beaucoup de bois à Tîle Louviers. La majeure partie était destinée aux différentes administrations
Quelques marchands vendent le bois flotté 210 livres ; ce haut prix excite beaucoup de murmures. On a continué la distribution de charbon k la vieille Place-aux-Veaux ; il se vend jusqu'à 8 livres le boisseau chez les regrattiers. Vis-à-vis le Jardin-des- Plantes, on décharge un bateau de farine. Deux bateaux d'avoine et un de foin de très médiocre qualité sont arrivés au port au blé. Le sel se vend 35 sols la livre.. . .
Fauconnier, Beuruer.
(Arch. nat., F > « III, Seine, 16.)
Journaux.
Messager du soir du 10 messidor : « Les approches de la moisson proeurent à cette commune une plus grande abondance de pain. Les fermiers, qui, par une cupiditf^ sordide, avaient enfoui leurs grains dans Tespoir d'en tirer plus d'argent dans rarrière saison, apportent des charretées de pain au Jardin- Égalité; il se vend 16 francs la livre, et on voit des bijoutiers qui n'ont pas bonle d'entreprendre cette branche de commerce. Hier, un jeune enfant déroba une demi-livre [de pain] qu'il dévora sur-le-champ ; il ne lui a été rien fait, ayant payé le marchand. — La Forêt noire est toujours en permanence dans ce jardin ; si quelque malheureux, forcé par la rigueur des circonstances de se défaire d'un bijou, a l'imprudence de s'adresser à ces brigands, ils l'entourent, et, au moment où il expose à leurs yeux ce que la nécessité le contraint de vendre, des voix s'écrient A la garde! et, pressé par
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les flots do collo troupe de filous, il voit disparaître elles bijoux et celui qui le marchandait. Trop heureux encore, si, à Taide de cette terreur panique, on ne lui dérobe, ainsi qu'à ses voisins, d'autres effets précieux ! — Le particulier qui était par\'enu par ses fausses dénonciations à donner aux Jacobins la courte joie de l'arrestation de l'auteur du Béveil du peuple vient de reconnaître publiquement comme calomnieuses les déclarations qu'il avait faites (l'après des sugjçestions perfides contre le citoyen Sourijçuère. Si nos terroristes persécutés n'ont pîis le plaisir qu'on leur avait promis de festoyer à leur j(ré ce thermidorien, au moins ils pourront l'apercevoir de loin, car nous apprenons qu'il est commandé de {çarde pour les prisons. Le citoyen Cassagnard, persécuté pour le même prétexte, a obtenu la même satisfaction. » — Gazette frntiraise du 11 messidor : *< La Commission de police administrative de Paris aux cilovens directeurs et rédacteurs <le la (lazette frnuvtme. Do Paris, le 9 messidor an 111. — Nous espérons, citoyens, que vous voudrez bien faire trouver place dans votre ji^azette à Tavis suivant, qui mérite par son objet de fixer l'attention publique. Vous ajouterez ce sc^nice à ceux ((ue vous rendez journellement à vos concitoyens en l(»s éclairant sur les différents <lanjjerî!» auxquels leur bonne foi est exposée. — Avis. Nous croyons le public suffisamment averti des pièjçes dont se servent les voleurs ])our attirer hors de chez eux, au moyen de lettres et avis supposés, les citoyens Irojj confiants, ot profiter de leur absence pour voler plus à leur aise dans leurs domiciles ol enlever avec sécurité ce qui leur convient, l'ne autre ruse, qui cependant a été déjà [lubliée, se pratique encore aujourd'hui. Deux voleurs conviennent d'une personne à dépouiller ; le [iremier se fait ouvrir la porte de l'appartement et entre, muni d'une lettre d'une personne dijçne de confiance relative à quehpie affaire importante. O premier est toujours reçu avec certains éjjards qm; l'on ren<l à celui de la part <le qui l'on vient. !/objet de l'affaire convient ou ne convient pas; cela est différent; mais il est introduit; on entre en explication, cela lui suffit. Dans le cours de l'explication, l'autre voleur frappe ou sonne. On va lui ouvrir, et c'est le moment dont le premier profile pour enlever quelque objet précieux. On entame un nouvel entretien avec le second, qui en ménage la durée de manière à laisser au premier toutes les facultés dont il a besoin pour prendre avec mystère tout ce qu'il a pu examiner à loisir. Celui-ci se retire; on termine avec le premier, qui alors prend congé sans insister davantage. C'est «piehjuefois longtemps après son départ que l'on s'aperçoit qu'on est volé, et les soupçons ne tombent pas toujours sur les auteurs du vol. D'après cet avis, nous invitons toutes les |»ersonnes quelcon(|ues, tant celles (pii sont livrées à des professions publiques, <jue celles (jui mènent une vie retirée, de se tenir sur leurs gardes contre cette tournure, qui n'a que trop réussi. — Les membres de la Commission, s'ujnê : DrcuArF- Foru, Droi'et. » — Courrier /'murais du 10 messidor : « On devait croire qu<* l'espoir d'une Constitution nouvelle porterait la consolation dans les cœurs et ferait diminuer le prix des denrées. Quelle qu'en soit la cause, le prix des marchandises et particulièrement celui des comestibles a augmenté de j^rès d'un ti(Ts. Cette circonstance devrait faire hâter les débats auxquels le nouveau })lan de Constitution va donner lieu, et surtout déterminer le gouvernement à mettre une très prompte économie dans ses finances. »
43 RÉACTION THERMIDOUIENNE [28 juin 1795]