CCCXXXVII
Rapport du 11 messidor.
Esprit public. — Les inspecteurs de police, dans leurs rapports de ce jour, nous certifienl, comme de coutume, la continuité du calme ; ils nous disent aussi que Tesprit public est bon, que Topinion générale parait se prononcer pour Tadoption du nouveau plan proposé, dont on se promet les plus heureux effets ; mais en même temps ils ne nous laissent pas ignorer que le mécontentement universel, à Toceasion de l'excessive cherté, est à son comble, que de toutes parts on n'entend que plaintes, murmures, mauvais propos, le tout cependant sans chaleur, sinon de la part de certain nombre d'individus toujours partisans du désordre; d'où ils infèrent que les discours tenus par les bons citoyens sont plutôt rexpre.ssion du besoin forcé que Tannonce de dispositions dangereuses. On a encore remarqué que la dureté et l'avidité des gens de campagne commençaient à déplaire infînimentaux habitants de Paris
Ghatou annonce que les malveillants font courir le bruit que le nombre de gens qui se jettent à la rivière est si considérable, qu'aux ftlets de Saint-Cloud à peine y peut-on suffire pour les en retirer.
Bance, officier de paix, déclare que, s'étant lié de conversation avec deux.Américains, qui lui ont paru dans les meilleures dispositions pour la France, ceux-ci lui ont dit que les Anglais comptaient beaucoup sur des mouvements dans l'intérieur.
Dans un de nos rapports précédents, nous avons dit que le public se plaignait très amèrement de ce que Ton vendait du pain à 16 francs la livre ; à cette observation générale nous ajouterons aujourd'hui un fait particulier, cité par Compère. Un homme, dit-il, se plaignant de n'avoir pas mangé pendant vingt-quatre heures, s'empara d'un pain exposé en vente, sur la place du Palais-Égalité, et le mangea en présence de beaucoup de femmes qui l'applaudirent. En vain la marchande voulut-elle défendre sa marchandise ou la faire payer : elle en fut empêchée par plusieurs individus. Compère ajoute que lui-même, en sa qualité d'inspecteur, voulant faire parler la loi qui maintient le respect dû aux propriétaires, il a été insulté et forcé de se retirer dans un café voisin, où il a entendu les citoyens qui s'en-
[29 JUIN 1795] RÉACTION THERMIDOIUENNE 44
tretenaient de ce fait dire qu*il était fort dur de voir du pain ayant faim, et de ne pouvoir en manger, que ce Commerce scandaleux et trop libre semblait, en insultant à la misère publique, provoquer les troubles et le désordre.
Spectacles, — Le bon ordre y règne et la tranquillité publique n*a point été troublée.
Commerce. Pain. — Suivant les rapports de onze inspecteurs, le public se plaint de ce que, dans quelques sections, on a peu d*égard à la population dans la répartition des farines; Ton cite celle du Finistère, où les citoyens ont reçu cinq et six onces de pain habituellement, tandis que surcellesdu Jardin-des-PlantesetdeTObservatoire, la ration ordinaire y a été de six onces de pain plusieurs jours.
Yontschritz déclare que, des boulangers ayant donné une demilivre de pain par bouche, il en était résulté de violents murmures. '—Nota. A cet égard, on observe qu'il en a été écrit nombre de fois à TAgence des subsistances.
Bichet expose qu*un particulier, rue Guillaume, chez le traiteur, a vendu de la très belle farine à raison de 45 livres le boisseau, en argent, et que, s*étant présenté chez lui pour en acheter avec des assignats, il a dit qu*il en avait assez.
Viande. — Elle s*est délivrée avec ordre et sans bruit, mais on
ne reçoit plus, dit-on, que des morceaux défectueux.
Marchés. — Loctave et Bercé rapportent que les halles ont été bien approvisionnées, surtout celle à la viande, mais les racines manquent toujours. Loncles observe que les légumes verts et secs s'enlèvent très rapidement, et que les boutiques des grainetiers étaient très dégarnies
HORNIN, AlLETZ.
(Arch. nat., F » « \\\, Seine, 16.)