IL\PPORT DU 13 MESSIDOR
Esprit public. — Il résulte des rapports de ce jour que la tranquillité a régné hier dans Paris; mais cette tranquillité pourra-t-elle résister longtemps encore contre la misère générale, dont les inspecteurs de police nous entretiennent sans cesse ? Il est bien temps, diton de toutes parts avec l'expression du mécontentement le plus marqué, de chasser impitoyablement tous ces fripons d'agioteurs, regardés aujourd'hui comme des voleurs publics et comme les recé-
i. Nous avons vérifié ces deux citations; elles sont exactes iBibl. nat. Le 2/'^7 in-8 ; et Le 2/082, in-4:.
2. En tous cas sou nom ne se trouve pas dans Wilmanach de Versailles pour 1789. ^
47 RÉACTION THERMIDORIENNE [30 jun 1795]
leurs de tous les vols qui se multiplient tous les jours ; il est bien temps de mettre un frein à ravidité infAme des laboureurs, dont les fortunes, aussi rapides que scandaleuses, leur permettent de dépouiller les propriétaires ; il est bien temps de permettre à ceux-ci de vivre de leurs biens, de soulager le rentier, de remonter le crédit des assignats, et d'arrêter enfin les progrès effrayants de la cherté, qui, passant toutes bornes, excite les propos, les plaintes et les murmures. En effet, on a encore remarqué que le peuple indigent est excédé, ne peut voir sans indignation des comestibles exposés et vendus publiquement, notamment du pain à 16 francs la livre, sans pouvoir s'en nourrir. A cette occasion, Duval rapporte que Ton débite dans les queues et rassemblements que l'on croit les ouvriers tranquilles parce qu'on les a désarmés, mais qu'ils sauront bien employer les mêmes moyens que dans les commencements de la Révolution pour se procurer du pain, qu'ils ne disent mot pour le moment, mais que Ton verra que la République n*est pas au bout de ses maux.
Saint-Rémy déclare que, dans l'endroit où il a diné, qu'il ne spécifie pas, il y a vu des officiers et des chasseurs, et que, par leur conversation, il a remarqué que l'opinion des troupes de ligne est toujours la même. Il ajoute que celles-ci n'aiment point le gouvernement républicain ; il en juge par l'aigreur avec laquelle ceux qu'il a entendus blâment tout ce qui s'est fait généralement depuis la Révolution et par la manière dont ils plaignent la famille des Capots. La Commission s'occupe des moyens de s'assurer par qui se sont tenus les propos rapportés par Saint-Rémy.
A notre égard, n'ayant pu voir encore assez clairement l'opinion publique sur le décret qui autorise l'échange des membres de cette famille, nous nous réservons d'en parler quand nous serons mieux instruits.
Cafés. — On parait dans ces lieux avoir abandonné la discussion des objets politiques, pour ne s'occuper que de la difficulté que Ton éprouve à se procurer les objets nécessaires à la subsistance.
Spectacles, — Tranquilles et calmes. Saint-Rémy rapporte qu'au théâtre des Variétés, boulevard du Temple, on y a donné hier la représentation d'une pièce ayant pour titre la Forêt de Bondy. Il s'y trouve un passage où l'on met sous les yeux du public l'état actuel des choses, dans lequel la France est comparée à un bâtiment ruiné, et, quoique l'on convienne qu'il y a de bons architectes pour le relever, on leur donne néanmoins le conseil de ne pas manger les moellons. Saint-Rémy ajoute que ce traita été singulièrement applaudi.
Commerce. Pain. — Une des réclamations les plus générales a pour
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objet rhcure de la distribution, qui n*est pas uniforme chez tous les boulangers; le retard apporté par quelques-uns, dont le public soufifre beaucoup, les fait taxer d'une négligence d'autant plus grande qu'elle n'est pas générale. Sur la section des Arcis, on se plaint de ne recevoir que cinq onces, tandis que dans les autres on a été à six onces et plus. Dans celle Le Pelelier, nombre de citoyens se sont plaints de n'avoir pas reçu de riz depuis deux jours, sans qu'il y ait eu pour cela une augmentation de pain.. .
Fauconnier, Champenois.
(Arch. nat., F»«IH, Seine, 10.)
c:ccxL
Esprit public. — Le plus grand nombre des inspecteurs nous annoncent que la position de Paris pendant la journée d'bier a été la mémo que tous les jours précédents à noire égard. Nous nous contenterons d'ajouter aujourd'hui au tableau que nous avons présenté dans notre dernier rapport les observations que nous avons recueillies dans ceux des agents de police de ce jour, des^quels résultent les faits et dires qui suivent.
Dufresnoy jeune déclare que le nombre des marchands d'argent était très considérable hier au Jardin Égalité, et qu'on y a vu des soldats qui vendaient leur pain 12 et 15 livres la livre, ce qui a fait beaucoup de murmures.
Tétel dit que le bruit se répandait hier que quantité d'ouvriers de Paris se proposaient d'aller travailler aux moissons, et qu'ils exigeraient leur salaire en grains; il ajoute que l'on conçoit beaucoup d'inquiétude de ce projet.
(juichard et La Rivière rapportent qu'ils ont entendu des murmures au sujet des Chambres haute et basse, et qu'à cet égard on disait qu'il ne fallait pas laisser sortir de Paris les autorités supérieures, qui devaient rester dans cette commune, chef-lieu de la République française.. .
Simon, officier de paix, expose que l'honnête citoyen est obligé de vendre ses effets pour la subsistance de sa famille , parce que ses
49 fiÉAGtiON tHÉRMlbORlENNE [2 juillet 179S]
dépenses journalières excèdent de beaucoup ses facuUés, que c*est uniquement dans Tintérieur de ses foyers qu'il gémit sur son malheureux sort, ne voulant pas manifester au dehors sa doulear, dans la crainte d'exciter de nouveaux malheurs; il ajoute que les gens de cette classe, vrais patriotes, se résignent entièrement à la justice du gouvernement, dont ils attendent le$^ secours les plus prompts ; il a remarqué aussi qu'il n'y a que les gros propriétaires et les ouvriers employés, qui puissent aisément se procurer lés besoins de la vie ; les gens de confiance des premiers, dit-il, se présentent dans les marchés les mains pleines d assignats; les seconds dépensent fréquemment, pour leur diner, vingt à vingt-cinq livres; enfin, continue-t-il, ces deui^ classes, avec les voleurs et les agioteurs et les filles publiques, sont les seules qui puissent atteindre au prix excessif des denrées. Il termine en annonçant que les gens de la campagne témoignent hautement leur mépris pour les assignats qu'ils appellent avec dérision f argent de Paris.
Au reste, malgré le mécontentement presque général, résultant de la difficulté de se procurer le nécessaire, les esprits sont calmes et toujours bien prononcés sur la forme du nouveau gouvernement, dont on a^end'avec impatience l'établissement.
Cafés. — Aucun rapport ne nous est parvenu sur les entretiens des habitués dans les cafés.
Spectacles. — Tranquilles et sages.
Journaux — L'auteur du journal le Messager du soir^ à la dale du iimcRsidor, se permet très ouvertement des diatribes sanglantes contre les députés Louvet et Chénier, qu'il n'hésite pas de comparer aux tyrans Robespierre, Barère et Saint-Just. . . . .
Bois DE LouRY, Barbarin.
(Arch. nat., F » « III, Seine, 10.)
Rapport du 15 messidor.
Esprit public. — Les rapports de ce jour ne présentent rien d'extraordinaire. Les inspecteurs de police, en nous annonçant que Paris a joui, pendant la journée d'hier, de la même tranquillité que les Jours précédents, s'appesantissent sans relâche sur le mécontentement
TOIli U. 4
[2 JUILLET i795] RÉACTION THERMIDORIENNE SO
qui règne généralement de toutes parts, disent-ils. On ne remarque que désolation ; on n*entend que gémissements et des plaintes occasionnées par le renchérissement effrayant de toutes choses, qui devient tel qu'on ne peut plus vivre sans se défaire habituellement de tous ses meubles, effets et bardes pièce à pièce ; les petits propriétaires, les rentiers et les indigents de la classe ouvrière, non occupés, semblent être livrés à la voracité des laboureurs et à la cupidité des agioteurs; il n*y a plus que ceux ci, dit-on, et les intrigants, par le moyen d'une fortune aussi rapide que scandaleuse, auxquels il soit permis de se procurer le vestiaire et les aliments; tout le reste dépense en un mois ce qui lui suffisait ci-devant pour une année.
On a vu avec un grand plaisir Tarrestalion qui a été faite hier de quelques marchands d^argent au Palais-Ëgalité.
Laine et Loignier rapportent que le public s*entretenait hier de l'échec maritime que nous venons déprouver, et que plusieurs citoyens disaient que nos marins avaient été remplacés par des faiseurs de phrases et des Jacobins, et que, si Ton n'y mettait ordre très promptement, les Anglais auraient constamment l'avantage.
Sainl-Rémy annonce que Ton voit plusieurs affiches nouvelles, et que deux, entre autres, avaient fixé son attention : la première, extraite du Postillon des Armées par Gretot, où Tauteur, après avoir donné des éloges de la nouvelle Constitution, désapprouve formellement la nomination des cinq membres du pouvoir exécutif et des ministres parle pouvoir législatif; la seconde, du même auteur, intitulée : Conseil à Louvel, député et journaliste, par laquelle il l'accuse d'avoir favorisé les opinions des terroristes et de prêcher aujourd'hui la maxime contraire.
Cafés. — Compère rapporte que, dans les petits cafés où les agioteurs se rassemblent, ils ont l'impudence d'exiger jusqu'à trois et quatre cents livres de bénéOce pour changer des assignats de 10,000 livres; il ajoute que, dans les grands cafés qu'il a parcourus, on s'y occupait de ce monopole affreux, et que l'on y disait qu'il était exercé par les négociants et même par les receveurs de la loterie nouvelle, qui refusaient de recevoir les assignats de 10,000 livres, à moins que Ton ne prenne des billets pour les deux tiers dt* cette somme. Mailly annonce que, dans plusieurs cafés, on faisait courir le bruit qu'il va y avoir une réquisition très considérable en hommes pour la Vendée.
Spectacles, — Rien contre l'ordre et la tranquillité.
Cultes, — Langlois, commissaire de police, a annoncé à la Commission que, pendant la visite qu'il a faite à Saint-Philippe-du-
SI RÉACTION THERMroORIENNE [2 juillet 1795]
Roule, où 8*e8t tenue, le 9 messidor, à cinq heures du soir, une assemblée de catholiques pour aviser entre eux aux moyens d'exercer leur culte, tout s'y est passé avec ordre, et qu'il a remarqué les disposK tions de le maintenir.
Salubrité. — La Commission, qui, par un arrêté de police du 8 prairial, avait ordonné que tous les chiens qui seraient trouvés errants dans les rues de Paris, après dix heures du soir, seraient tués (ce qui a été exécuté par un préposé à cet effet), vient d^apprendre que, depuis le 9 messidor, le Comité de sûreté générale avait fait suspendre cette mesure.
[Pain, mande. — Quelques plaintes.]
Bourse. — Les inspecteurs ont observé quMl y avait, au dehors, un peu plus de monde que de coutume, sous prétexte d'avoir affaire aux agents de change. Les inscriptions se sont faites de 28 à 29 pour iOO de bénéfice. Le change sur Hambourg, 6,400; l'or fin, 300 ; l'argent en lingot, 1,400.
On a vu aux Halles et au Jardin-Ëgalité une quantité considérable d^agioteurs, qui demandaient fréquemment aux personnes s'ils n'avaient point d'argent à vendre
BoCQUET-DeSTOURNELLES, Lfi RoY.
(Arch. nat., F ' « III, Seine, 16.)
Journaux^
Courrier français du 15 messidor : « Le Comité de sûreté générale, comme chargé de la haute police de Paris, employait un certain nombre d'agents à la surveillance de cette capitale, et qui croisaient souvent les opérations des offîciers ordinaires de police et celles des tribunaux. Ce Comité vient de les congédier. » — Gazette française du 15 messidor : «< Quelques papiers publics ont dit que la fille de Louis XVI n'était plus au Temple ; c'est une erreur, elle est toujours dans ce ténébreux asile. Nous nous sommes trompés nousmêmes, lorsque nous avons dit que M"* de Chanterel, qui vient d'être placée auprès d'elle, avait été précédemment attachée à Marie-Antoinette d'Autriche. On parle d'ailleurs très avantageusement de cette dame. Parmi plusieurs personnes qui se sont présentées pour être admises à ce service, on a principalement remarqué l'épouse de M. Hue, celui qui avait été enfermé avec Louis XVI dans la tour du Temple, et dont l'attachement pour son maître a été si solennellement reconnu par Louis XVI lui-même dans le testament qu'il a laissé en mourant. » — Gazette française du 16 messidor : « La force armée à pied et à cheval s'est encore portée hier soir au Palais-Royal ; elle a arrêté quelques agioteurs. Cette opération fait diminuer le prix des louis, qui le soir ne valaient plus, dit-on, que 700 livres. Il est bien étonnant que le gouvernement ne prenne pas des mesures légales pour exterminer cette engeance, et qu'il soit sans cesse forcé de violer ses propres lois pour la mettre à la raison. »
: [3 juittlT 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 5?
Rapport du 16 messidor.
Esprit public, — Les rapports de ce jour continuent à nous oflfrir le môme aperçu de Tétat de Paris, où le calme règne assez constamment; mais, attendu la cherté progressive à chaque instant de toutes choses, la situation de ses habitants est toujours vraiment déplorable ; chacun, dans sa triste position, a le plus grand besoin de soulagement; on le réclame, de toutes parts, de la bienfaisance de la Convention. Dans le fait, il n'y a plus que la classe marchande, le gros propriétaire et cette nombreuse vermine d'agioteurs, qui, dit-on, puissent vivre aujourd'hui ; dans les autres classes de la société, les moyens et les facultés s'épuisent chaque jour; toutes proportion et mesure sont perdues. Il est bien temps, ajoutent les inspecteurs, de remédier à un fléau aussi généralement destructeur, dont profitent si hardiment l'intrigant et l'homme de campagne, que leur cupidité et les malheureuses circonstances rendent, en quelque sorte, les bourreaux de leurs concitoyens.
Les officiers de paix rapportent que, dans ce moment-ci, il se commet un nouveau brigandage ; des personnes de la campagne, disent-ils, vont dans Paris chez les particuliers ; ils leur demandent s'ils ont de la chandelle et du savon à vendre ; alors il s'en fait un échange pour du pain. La Commission s'occupe de faire vérifier ce fait pour en acquérir la certitude.
Leroy jeune déclare qu'hier, au Perron, on disait que la nation était trompée, vu que l'on donnait aux soldats plus de pain qu'il ne leur en fallait, afin de les mettre à portée de le vendre à leur profit.
Fargues assure avoir vu plusieurs personnes fort en colère contre un volontaire qui avait voulu vendre 36 livres un pain de munition auquel il manquait six onces.
Du val expose que, passant rue Victor, il a entendu, dans un rassemblement, des propos dont il n'a pu recueillir que quelques fragments; il y était question, dit-il, d'un complot; on méditait cette fois-ci de mettre les hommes en avant, qui seraient soutenus par les femmes, et, quoique les motifs, conlinue-t-il, n'étaient pas bien clairement expliqués, il ajoute cependant que l'intention lui a paru
53 REACTION THERMIDORIENNE [3 juillet 1795]
être de se porler dans les places publiques sur les marchés de pain ; ces premiers propos étaient suivis de ceux-ci : « On nous prendra pour des brigands qui voulons le pillage; nous répondrons : non; mais, la faim chassant le loup hors du bois, la nécessité seule sera cause de Tinsurrection, si elle a lieu. »
De tout ce qui est dit ci-dessus, il résulte que le public parait ne s'occuper que de ses besoins, et que la politique est reléguée dans les cafés ; c'est ce que nous allons connaître.
Cafés. — Compère rapporte que, dans les cafés, vers le Pont-Neuf, celui de la Régence et autres, rue Honoré, on répand des bruits peutêtre faux, mais au moins très alarmants ; les uns disent que plusieurs départements sont bien décidés à ne pas accepter la Constitution, qui renferme quelques articles absolument contraires aux principes de la liberté et de Tégalité; d'autres, que Ton cache la triste position de nos armées et les pertes que nous venons de faire ; que la guerre se rallume de plus fort, et que les puissances étrangères sont bien éloignées d'écouter à aucunes propositions de paix ; d'autres enfin se font un jeu cruel de répandre l'alarme sur l'objet des denrées, dont le prix, disent-ils, doit être porté au double d'ici à un mois.
Journaux, — La Commission dénonce aux Comités de gouvernement l'article Paris du journal la Correspondance politique, n® 422, 16 messidor', dont la teneur suit : << Desault n'est pas le seul à qui la maladie du fils de Louis XVI a coûté la vie; le citoyen Doublet, médecin, son co-visiteur, et le citoyen Chopart, qui lui a succédé en qualité de chirurgien auprès du petit prince, l'ont suivi tous deux en moins de quatre jours. » - -
Spectacles, -^ Le bon ordre y a régné assez généralement.
Commerce. Pain. — Au rapport dé plusieurs officiers de paix,
les rassemblements qui portent le caractère le plus alarnbant sont ceux qui se forment autour des vendeurs de pain; les indigents et les ouvriers qui s'y rencontrent sont aigris par la vue des pains au prix desquels ils ne peuvent atteindre; d'autres personnes, sans être excitées par ces motifs, mais iqdignées de cet affreux monopole, accablent ces marchands d'injures, vont même jusqu'à les menacer, ce qui donne l'occasion de beaucoup de disputes. De plus, on refuse de vendre ce pain au détail, parce que le poids qui y manque retomberait à la charge des vendeurs.
Viande. — ^ Il y a toujours beaucoup de monde à la porte des bouchers, et des rixes très vives s'élèvent entre les porteurs des cartes
'•^1. La Bibl. nat. ne possède pas ce.jourDal pour cette date;
[4 JUILLET 1795] RÉACTION THERMmORIENNE H
du jour et ceux de la veille qui ont le même droit à la distribution. A la porte du citoyen La vergé, section du Théâtre-Français, un enfant fut, par suite de ces démêlés, blessé à la tête d'un coup d'assiette. — Nota. Il a été écrit aux Comités civils et de bienfaisance pour savoir s*il a été dressé procès-verbal et remédié au désordre.
Drouin rapporte que, chez tous les bouchers de son arrondissement, il se présente plusieurs fois de suite des citoyens amis des commissaires distributeurs, qui emportent toute la belle viande, ce qui fait murmurer beaucoup. — NolaAl a été écrit sur ce fait aux Comités civil et de bienfaisance de la section des Tuileries.
Marchés, — Loctave rapporte que les hfldles étaient bien approvisionnées. . .
Bois. — La vente continue avec beaucoup d'activité ; on a beau retenir, surtout les charretiers trouvent toujours moyen de passer quand ils veulent; pour réprimer cet abus, le public désirerait qa*il soit établi un ordre de numéros. — Nota, La Commission a donné ordre de surveiller les charretiers. Desbourdelles rapporte qu*il y a des débardeurs qui gagnent jusqu'à cent francs par jour. Au port de la Grève, on a délivré du charbon ; le propriétaire du bateau s*en est réservé 300 voies, ce qui a fait beaucoup murmurer le public ; la distribution a toujours été tumultueuse.
Bourse. — Les inscriptions se sont faites de 29 à 30 p. 0/0 de bénéfice. Le change sur Hambourg, à 5500 ; le lingot d'argent, 1350. Au Palais-Égalité, de fréquentes patrouilles ont dissipé les groupes
d'agioteurs
Bëurueb, Alletz.
(Arch. nat., F * « UI, Seine, 16.)
CCCXLIII
Rapport du 17 messidor.
Esprit public. — Des rapports de ce jour, il résulte que les observations générales contenues dans notre feuille précédente doivent, pour le moment présent, être regardées comme parfaitement semblables, c'est-à-dire que la pénurie du pain est toujours la même, qu'il y a continuité de renchérissement et de plaintes, rapidité égale dans le
55 RÉACTION THERMIDORIENNE [4 juillet 1795]
brigandage des agioteurs» lesquels, dispersés d*un côté, se rassemblent de Tautre, cupidité soutenue de la part des gens de campagne ; en sorte que, pour ne pas retomber dans des redites perpétuelles, nous nous contenterons aujourd'hui de présenter l'analyse de quelques rapports dont les faits et dires ont plus particulièrement retenu notre attention. Que ces rapports contiennent vérité ou non, que les particularités y énoncées soient vagues ou déterminées, il n*en est pas moins de notre devoir d^en transmettre la connaissance à Teffet d'éclairer les Comités de gouvernement et de les prévenir sur les suites et dangers qui peuvent en résulter.
Ghatou rapporte, au sujet de l'agiotage, que le public lève les épaules et dit tout haut qu'il n'y aura pas de confiance, et que nous vivrons en nous écrasant les uns les autres ; les intrigants seuls profileront de notre misère, et il ne peut y avoir qu'un bon gouvernement et des lois sages qui puissent réprimer Panarchie et mettre un frein à la mauvaise foi.
Imbert et Droglot déclarent qu'ayant entendu des hommes et des femmes se plaindre dans les rues du prix excessif des denrées, ils se disaient : « Il n'y a que la méchanceté du marchand qui cause nos maux» ; et ajoutaient : « Si cela dure, il faudra bien croire que la Convention est d'accord avec eux».
Hubert annonce que les plaintes sur la cherté des denrées se font entendre de toutes parts avec chaleur, que c'est un volcan qui tôt ou tard fera explosion, que les citoyens se disaient : « Quoique nous soyons sans armes, nous viendrons bien à bout de ceux qui en ont^ pour nous faire mourir de faim » ; que Ton disait hautement au Palais- Égalité, aux Tuileries et sur les quais : « Les Anglais sont en France; notre flotte est prise et perdue aux trois quarts ; la Vendée plus forte que jamais. Tant mieux, ajoutait-on, autant mourir que de vivre comme nous faisons, » Le même inspecteur dit encore que, dans la rue Denis, des citoyens disaient que la Convention devait partir nuitamment pour aller à Versailles, que tout est préparé pour cela ; il observe qu'il croit entrevoir la préparation d'un mouvement contrerévolutionnaire ; il termine en déclarant avoir entendu dire que les détenus disaient dans leurs prisons : t Nous sommes dedans, mais il en est dehors qui nous servent ; on le verra sous peu. »
Loignier dit que l'on déclare que les gens venant de la campagne annoncent que, malgré le décret de la Convention, l'on vend et achète blés sur pied.
Saint-Rémy donne à connaître que ce qui contribue le plus à la cherté, c'est la nécessité où se trouve chacun de faire le commerce
[5 JUILLET il9^] RÉACTION THERMIDORIENNE S6
de l*agiolage,'qui, quoique blâmé, devient Tunique moyen qu*on peut employer aujourd'hui pour ne pas mourir de faim.
Chaiily dit que le public parait appréhender le délai qu'entraînera la discussion de l'acte constitutionnel.
Tous les inspecteurs se réunissent à dire que beaucoup de citoyens ont paru très contents des heureuses nouvelles de Lyon et des victoires remportées par ies troupes républicaines.
Cafés. — Compère rapporte que, dans les cafés, on s*y occupait de la Constitution, et qu'on improuvait les articles qui motivent les qua-: lités requises pour être citoyen et pour être élu représentant du peuple.
Spectacles, — Rien autre contre la tranquillité, sinon qu'à certains théâtres, le public se plaint de ce que Ton commence trop tard.
^Commerce. Bourse. — Rien de Dotable.]