‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 18 sur 141 · GOSSET, DURET · texte numérisé non relu

GOSSET, DURET

(Arch. nat., F •« III, Seine, 16.)

Rapport du 18 messidor.

Esprit public. — D'après les rapports de ce jour, on n'aurait sans doute qu'à s'applaudir de la tranquillité qui a régné hier dans Paris, ainsi que du bon esprit qui anime la plus saine partie de ses habitants, si un sentiment vraiment pénible, ne venant à se mêler à ces idées satisfaisantes, n'en diminuait les avantages, et n'en affaiblissait en quelque sorte les douceurs ; c'est faire assez entendre que la cherté excessive de toutes choses devient telle et s'accroît d'une manière si rapide qu'il n'est plus possible d'approcher de rien : comestibles, vêtements et autres marchandises à l'usage de la vie habituelle, tout est d'un prix fort et hors de toute proportion. Il en résulte un mécontentement qui se prononce plus que jamais. Les indigents sont aux abois; les propriétaires de fortune médiocre, les rentiers et tous ceux qui ne jouissent que d'un traitement lîxe, font à chaque instant des sacrifices qui. bientôt, ne seront plus en leur pouvoir.

L'épuisement devient général et, ce qui est plus fâcheux encore, c'est que l'on ne semble plus entrevoir le terme de tant de maux. Cha-

57 RÉACTION THERMIDOKIENNE [^ juii>let 1795]

cun se dit : « Il n*y aura donc plus de ressources que dans le commerce infâme des agioteurs. » Celle pensée répugne aux honnêtes gens.

A Tappui de ces réflexions, nous allons ciler quelques faits puisés dans les rapports du jour.

Hubert rapporte que, sur les places, dans les rues et les cabarets, le refrain général des entretiens est : a II est temps que la cherté Hnisse, sans quoi il y aura une révolution très dangereuse » ; que d'autres disent : « Au bout, le bout; autant périr tout de suite que de mourir de faim » ; que Ton ajoute : « Si lés riches mangeaient comme nous, il y a longtemps que la Convention n*existerait plus, et que le peuple aurait déjà été porté à Tinsurrection. » Le peuple disait : « On va comme on le mène. Paul-il souffrir? il souffre. Faut-il se battre? il se bat. Mais, voyant aujourd'hui qu'il a été Irompé dans tout ce qu'on lui a fait faire, il ne se lèvera désormais que quand il y sera Torcé et pour raison qu'il connaîtra bien, o Le même inspecteur a remarqué, dans les groupes dont il s'est approché, une méfiance qui parait annoncer quelques mouvements sourds.

Duval déclare avoir entendu une foule de propos contre les gouvernants des sections, que l'on voudrait voir au diable avec leur cinq ou six onces de pain ; il dit encore que le peuple aspire après la nouvelle Constitution, pour voir si les pains de quatre livres rouleront quand elle sera établie, que c'est alors qu'on criera : Vive la Convention ! que d'autres répliquaient : « Quand nous serons à moitié morts, on nous donnera du pain » ; que d'autres enfin débitaient qu'il fallait bien croire que la Convention était d'intelligence avec les vendeurs de pain, parce qu'autrement elle aurait déjà arrêté cet affreux monopole.

Les offîciers de paix et plusieurs inspecteurs rapportent que le public, en applaudissant à la destruction du général des Chouans, s'occupait hier, avec une sorte d'inquiétude, de la descente vraie ou fausse des émigrés sur les côtes de l'Ouest.

Cafés. — Aucuns rapports sur les entretiens dans les cafés*-

Spectacles, — Aucuns faits contre la tranquillité.

[Commerce. Pain, viande, marchés, bois, Bourse. — Rien de bien nolable.j

GOSSET, HORNIN.

(Arch. nat., F * ^ m, Seine, 16.)

Kspril public» — Des rapports de ce jour il résulte que nous n'avon» rien à augmenter (sic) ni diminuer aux observations générales contenues dans notre dernière feuille. Au surplus, si la tranquillité, pendant la journée d^hier, s'est soutenue et a été, à quelques nuances pr(>s, la même que les jours précédents, le mécontentement sur le renchérissement des denrées est toujours constant. Les inspecteurs déclart^nt qu*ils ont sans cesse les oreilles frappées des plaintes des malheureux qui disent que le fruit de leurs travaux ne peut suffire à alimenter leur famille, qu*il» ont entendu d'autres annoncer qu'étant obligés de vendre leurs effets, pour se procurer du pain et le nécessaire, il leur sera impossible de payer Timpôt.

Meurgat^ officier de paix, annonce à cet égard que plusieurs individus disent à haute voix que, n'ayant pas de quoi se nourrir, ils ne payeront pas d'impositions mobilières ou que ce ne sera que par le bon Innit.

Hatat pense qu'il on>it devoir mettre sous les yeux de Tadministration un fait dont il a été témoin : il rapporte que. passant à deux heures, ci>mme on détachait un homme du tabouret, qui avait très bonne mine« cet homme a été entoura par le monde. qui« après avoir mis des as^ï^ignats dans ses piK'hes en assez grande quantité, et rempli sa lalmtièn^ de tat^u*. le plaignait beaucoup sur son sort et déclaluail oontrt^ le gv>uvemement et la justice d*aToir condamné ce malheurvux aux fers pv^ur cinq ans« panre qu'il avait demandé du pain, tamiîs qu on ne pimissait pas tant d'autivs soêlèrals qui sont dans Paris. IVutat termine en disunt que cet hv^mme a êlênKODnu pour avvMr ete du f^uts^ur^: Manteau.

IM îter. Mailîy et autn?s inspevteurs rjip(vrtent qu'hier, sur les dix Sieures viu nvAîin. \îssi-vis Ia r-e Mv.5?nne, un homme -.î* campagne. \Y^u A\^fv'' r.r.e v hArrvîîe r!:rmi>'.;e de i^iin. a etê f-,^v">e par la mullitade iïf' ,f \:foirf 5t^ >o'< la hvr^^ et qu ;i I-: en a eîe pris sibs payer 40 à >.^ l:*rv^ jvar x:«^ cnt^s qui .^l aus^îUH pr^ !i f.ute.

Lv.f?L*:fr i.: ^u^,fr \:rrs le< :.v Sfu^rt? d,. s^/ir. rev>faaat de soo 5f«^:câ^^Jlf « :! y ar^:: ^i^ jTa:>i ra$s<a:it!«HDefit oe atooKie aa cou de Im

S9 RÉACTION THERMIDORIENNE [6 juillet 1795J

rue Denis et celle dite Neuve Égalité; que, s'étant approché pour voir ce que c'était, il a aperçu au coin d'une borne un homme qui venait de mourir de besoin, à ce que disait le public, qui ajoutait : « Voilà où Ton nous réduira touS; les uns après les autres^ si les choses continuent. »

Groupes. — Hailly expose qu'hier, à neuf heures et demie du soir, il y avait un groupe très considérable sur le Pont-au-Change ; on n'y parlait ni du gouvernement, ni d'aucun autre événement politique, mais seulement de la cherté, qui affecte aujourd'hui très vivement la classe la plus nombreuse.

Cafés. — Cornet, Leroy jeune et autres annoncent que, dans les cafés qu'ils ont fréquentés, on s'y entretenait de Joseph Le Bon, et que l'on y disait : « Il est bien étonnant que Ton prenne tant de précaution pour juger un assassin reconnu ; les femmes redemandent leurs maris, les enfants leurs pères, et la postérité frémira en apprenant les crimes de ce buveur de sang. »

Mailly déclare que le café de Valois lui parait toujours être le rendez-vous des royalistes, et il ajoute que, quoique la conversation y soit mystérieuse, ii y a cependant entendu dire que les émigrés et les Anglais étaient débarqués en Bretagne, avaient joint les Chouans, et que la paix avec la Prusse n'était qu'un simulacre.

Spectacles, — Le bon ordre et la tranquillité y ont régné ; un billet jeté sur le théâtre des Arts par un garçon qui n^a pas voulu le lire a beaucoup amusé le public.

Commerce. Pain. — Au rapport de Moyron, le public témoigne hautement se lasser de la petite quantité de pain qu'il reçoit journellement; il tient à cette occasion les propos les plus avilissants contre les autorités constituées, et même, pour aggraver le mécontentement, des malveillants font courir le bruit, aux portes des boulangers, que le Comité de salut public fait délivrer la quantité de farine sufGsante afin que chacun ait sa demi-hvre; la portion la plus ordinaire est de six onces ; cependant chez Gilbert, section des QrfiviU liers, on reçoit constamment depuis plusieurs jours une demi-iiyre. Les citoyens des sections voisines murmurent beaucoup de cette préférence.— Nota. II a été écrit au commissaire de police de la section des Gravilliers pour s'assurer du fait.

Dans les sections de Guillaume-Tell, Halle-au-Blé et Gardes-Françaises, il y a beaucoup de fermentation, lors de la distribution aux portes des boulangers ; la garde a été requise pour maintenir l'ordre. Le nommé Brimend, boulanger, rue l'Ëvéque, a été traduit au tribunal de police pour avoir vendu un pain de trois quarterons pour une

(fl Ji IM.KT I70(î] HÉACTION THERMIDORIENNE 6a

livn*. — Nota. La (^>mini88ion doit demander des informations au ('oininiHHain; d<3 police de la section de la Butte-des-Moulins.

Sur dcM plaintes (|ue des femmes, au passage de la rue Yivienne, vendaient du pain iG et 17 francs, ne fournissant pas le poids, la ^ardt* (*Ht venue U^h prendre avec leur pain, au grand contentement de louH ceux (|ui étaient présents. Trois femmes mal vêtues ont refusé de payer À un traileur de la rue Vivienne deux livres de pain qu'elles ont nuingo, sims prétexte que le prix exigé excédait leurs facultés ; elluK ont été lumduiles au corps-de-garde avec le traiteur par la force armée. — Nota. La Commission a écrit au commandant temporaire que la garde ne doit pas faire la police elle-même, mais seulement traduire les délinquants devant les autorités constituées.

l'ifiMrftf. — (irand nonibre de personnes, sur les sections du Nord, de Hondy el de Le Pelelier, n'ont pas été servies. Sur la section de Lo IVlotier, beaucoup de citoyens se plaignent de ce qu'on leur pèse des mAohoin*s do bœuf el autres morceaux très défectueux. -^Nola, (V rapport est envoyé à IWgence des subsistances.

.VarcAtff, — Siml toujours bien approvisionnés ; néanmoins tout rtnu^h<^ril ; la botte d'oignon, qui se vendait 2 livres 10 sols, est pré- MMitement à I livres ; presque toutes les denrées sont augmentées d'un tiers, La viande a été asseï abondante ; elle a un peu diminué de prix ; la plus belK\ à 8 francs la livre : le pt^rc frais, là livres.

Itym. — Toujours une grande presse d'acheteurs, ce qui est cause qne le In^is s^^ delivrx* avant les Irenle jours. Les marchands d'après une loUr^ soi-dtsint' du Comité de salut public, qui les autorise à >ewdiv le K>is en pn^jvrtKm des frais, annoncent devoir Taugmenter, le 1^, de 10 U\rt^^ |>ar v<vMe. On n est admi> au chantier des Champs- Ki\^>^s qu'avev' un nuwerv* (x^rtanl le timbrv de la section. Au porl au eharKMi, U îVuve a ete iiranie : les citoyens qui veulent porter leur chjirKvt euv-«ut^:«os eprvvjvent U i las grandie di'îîc-Iie pour se tjiîr^ s*;^r\;r par les f jirvN^'s de iv'ue-

it/^**;w. '— ' U s\ es; ïieivvie S^^,A^»^^;^ - aÎA-nes. Un: en effets

»'^s^aî a^ JVrr/ci .s a^\ Ha',1^^ :.s :.^r,: .v-ur.r 1-- m.:: qj?* !es ^rvvs aNs^ct^Ais ;'<'-^,*r\'ïi: .r,,*^r>sjk:r::;:rr:, a^z ■; I-^ ^vTjLiicer >xi:r>? des

^ RÉACTION THERMIDORIENNE [6 juillet 179^]

change sur Hambourg, 5,200 livres ; sur Bâle, 3 2/3 ; Amsterdam, 3 1/4 ; l'or fin, 2,000 livres ; de Paris en bijoux, 1,600 livres à 1,650; de Genève, 1,400 livres à 1,500; rârgent en lingot, 1,000 ; fabriqué, 900 à 950.

Surveillance. — Hier 18, dans l'après-midi, d'après les rapports réitérés faits contre deux maisons de jeux, situées quai de la Mégisserie, tenues par les citoyens Lelon et Devertus, comme étant le repaire de filous et de gens suspects, ces deux endroits ont été cernés; cent quarante personnes environ ont été amenées à la Commission, sur lesquelles quarante-deux ont été retenues, jusqu'à plus ampFes renseignements sur leur conduite ; les autres ont été renvoyées.

Bouchât dit que Thomme trouvé mort hier rue DeniS; dont il parle au rapport de Tesprit public, se nomme Jacques Gonnet, âgé de quarante-neuf ans. Il était logé rue Aumaire, n* 118. Le commissaire de police de la section de Bonne-Noiivelle a dressé procèsverbal

DOILLOT, BeURLIER.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 16.)

Journaux.

Courrier français du 19 messidor : « Depuis quelques jours il pleut beaucoup ici ; et Ton craint que ces pluies froides ne nuisent beaucoup à la moisson. Cette inclémence de la saison n*empèche pas les denrées d'arriver. Elles sont très abondantes, mais fort chères. On trouve souvent dans les rues des hommes qui portent des brancards chargés de beurre, et qui paraissent vouloir rompre sous leur fardeau ; mais ce beurre-là se vend 18 francs la livre. 11 est ainsi des autres marchandises. Pout-tHre que, si la Convention nationale, au lieu de nous donner une Déclaration des droits qui, dans une hypothèse possible, ne peut jamais nous être utile, se fût occupée d'un bon plan de finances, cet ordre de choses ne subsisterait déjà plus. » — Liî Journal de Perlet du 19 messidor se plaint des dénonciations et menaces dont les journalistes sonlTobjet. Il relève les insinuations perfides d'un rédacteur anonyme du Journal de Paris, qui « prétend qu'il est impossible aux propriétaires de journaux de couvrir leurs frais avec leur recette, et fait entendre que, pour se soutenir, ils sont forcés de recevoir de l'argent dé mains étrangères ». Le Journal de Perlet n'a pas besoin de subventions inavouables : il compte 21,000 abonnés.

19 MESSIDOR AN m (7 JUILLET 1795).

Rapport du 20 messidor.

Esprit public. — Notre tâche n'aurait rien de pénible, si nous n^avions à annoncer que des choses satisfaisantes ; mais, comme la vérité est due tout entière, nous n'hésiterons pas à présenter le tableau tel qu*il est, et à dire, quoique le calme ait régné hier dans Paris, que Tavilissement des assignats résultant du brigandage des agioteurs, cette vermine indestructible, ainsi que le prix exorbitant des denrées, provoquent sans relâche les plaintes et les murmures que Ton entend de toutes parts. Ces sombres vérités se trouvent consignées dans tous les rapports de ce jour, et spécialement dans ceux dont suit l'analyse. Valet, dans son rapport du 17, que Ton vient de nous remettre, annonce que, la veille, il y avait une grande quantité de citoyens rassemblés au perron du Palais-Égalité, qui, voyant du pain et ne pouvant en acheter, à cause de sa cherté, disaient : « Il est bien fâcheux de voir du pain partout, d'avoir faim et de ne pouvoir en manger ; si tout le monde pensait comme nous, nous l'aurions à bon marché. » L'un disait : « Je suis père de trois enfants » ; l'autre : a J*ai une famille à soutenir ; j'ai vendu ma montre et mes boucles. » Ces propos, ajoute Tinspecteur, étaient approuvés par beaucoup de monde, qui, à Taspect d'une patrouille, s'est dissipé aussitôt.

Ancelle dit que, se trouvant hier chez un marchand de vin, il a entendu dire à un particulier qu'un laboureur avait reloué à la Saint- Jean dernier, suivant l'usage de la campagne, son maître charretier et son berger, qui lui ont demandé l'un et l'autre, au lieu de 300 livres, une somme de quinze mille livres, en lui disant : « Avec trois sacs de blé, vous pourriez nous payer. » Ce même particulier, ajoute Ancelle, a dit avoir fait part de cette particularité à un des membres des Gomités de gouvernement.

Didier rapporte avoir entendu dire, dans un petit groupe, que les agioteurs ne voulaient pas vendre d'argent présentement, parce qu'ils comptaient sur une forte augmentation a la fin du mois, attendu que la gouvernement, à celte époque, allait se trouver obligé d'en acheter pour p>7^ ^ 9ÛÊmB/tiÊU» des troupes.

63 REACTION THERMIDORIENNE [7 juillet 4795]

Cafés. — Baude déclare que, dans un café où il était hier, on disait que les Anglais n'étaient pas débarqués sur nos côtes, mais bien quelques émigrés que cette nation perfide y a jetés pour s'en débarrasser. Compère rapporte que, dans le café de la Régence et autres, Fentretien roulait sur Joseph Le Bon, que Ton regarde généralement comme un grand coupable, et que Ton y disait tantôt : « Il se défend malhonnêtement et sans moyens » ; tantôt : a 11 semble se livrer au désespoir et avouer tous ses crimes ».

Spectacles. — Aucuns faits contre le bon ordre et la tranquillité.

[Commerce. Pain. Viande. — Rien de notable.]

Marchés. — En général, les répartitions se font avec beaucoup de précipitation, et à quelque prix que ce soit; les approvisionneurs paraissent se soucier fort peu des assignats ; on ne cesse d'annoncer que le carreau de la Halle n'est jamais pourvu abondamment de racines ; cela fait présumer ou que la culture en est négligée, ou qu'on les réserve pour les vendre bien cher pendant l'hiver. Les pommes de terre nouvelles ont été vendues 50 et 52 livres le boisseau ; on craint qu'elles n'aient été arrachées trop tôt, et qu'elle ne soient nuisibles. L'excessive cherté des denrées provient, dit-on, de ce qu'elles sont déjà vendues et revendues à plusieurs personnes, avant d'arriver dans les marchés.

Bois. — Tous les jours, il en sort considérablement des chantiers, les charretiers profitent de l'empressement du public pour exiger des prix énormes Le bois flotté se vend depuis 225 livres jusqu'à 240 la voie ; le bois neuf, à l'île Louviers est à cinq prix difl'érents, depuis 280 livres jusqu'à 330 livres.

A la Place-aux- Veaux il y a eu foule pour la distribution du charbon ; des altercations assez vives se sont élevées entre les citoyens et les charbonniers ; les premiers voulaient aller chercher eux-mêmes le charbon au bateau. Le commissaire de police el la force armée ont été appelés pour maintenir l'ordre. Les charbonniers veulent que le citoyen qui emporte son charbon lui-même aille prendre son tour à la queue.

Bourse et agiotage* — Les agioteurs, malgré la force armée, continuent leur commerce au Jardin-Égalité ; le perron et la Halle en sont couverts.... «

Le Roux, Alletz.

(Arcb. nat., F « « III, Seine, 16.)

[8 jriLLET 1795] RÉACTION THEUMIDORIENNE 6*i

Journaux.

Gazette française du 20 messidor : « Le pain à 16 francs, le beurre à 18 francs la livre, le bois à 300 francs la corde, le charbon à 100 francs la voie, le drap, la toile, la mousseline à des prix exorbitants Faune, tel est rétat de notre commerce et de nos comestibles. Au milieu de tout cela, les gens sont assez gais, les promenades fort remplies ; on se bat à la porte des spectacles pour avoir des billets, et nos carrefours sont garnis de musiciens qui régalent le passant d'une farandole ou du Réveil du peuple. Le Parisien est toujours le même : léger, volage, inconstant, portant Tinsouciance au premier degré ; il ne s'inquiète de rien, et les événements les plus importants qui se passent autour de lui ne suffisent pour le> tirer de sa léthai^e. »

CiXXLVII

Rapport du 21 messidor.

Esprit public. — D'après les rapports de ce jour, le caloie a régné dans cette grande cité pendant la journée d*hier, ainsi que les jours précédents ; mais la cy^ntinuité de plaintes et de murmures va toujours croisçiant et a pour base le surhaussement du prix de toutes choses, dont le public est excédé. Cette véritable calamKé est attribuée à Tagiotage, qui ne perd jamais sa proie de vue; on a remarqué, comme chose fort extraordinaire, que, le numéraire a}'ant baissé, les marchandises avaient augmenté de prix au même instant. Les agioteurs sont généralement regardés comme les ennemis les plus dangereux de la République ; ce sont eux qui d'heure en heure avilissent les assignats : ce sont eux qui désorganisent la société ; ce sont eux qui jettent le découragement et la consternation dans Vàme des patriotes en leur faisant souffrir des maux incalculables ; ce sont eux enlin qui semblent provoquer les clameurs et les discours incendiaires de la multitude. N'est-ce pas à eux encore, de concert avec les malveillants de toute espèce, que Ton peut attribuer les bruits répandus hier dans le faubourg Antoine. qu*on devait aujourd'hui délivrer quatorze onces de pain et deux onces de riz par bouches? — .Vofrt. La Commission, qui a été instruite sur-le-dramp de ce bruit, en a rendu compte de suite aux Comités do gimvernemeDt.

Au surplus, tous nos rapports fourmillent de ce< propos fâcheux, alarmants mémo; nuis ni«us contenterons de donner l'analyse de tn^is d'entre eux.

65 RÉACTION THERMIDORIENNE [8 juillet 1795]

Bouillon dit que la plupart des individus témoignent leur mécontentement sur ce que la Convention ne fait rien pour faire baisser le prix des marchandises. Cet inspecteur ajoute que ces propos ressemblent assez à ceux que Ton tenait avant le i*' prairial, parmi lesquels on a remarqué celui-ci : « Peu m'importe le gouvernement, pourvu que j*aie de quoi subsister.» Il termine en déclarant que le peuple en général ne parle que de ses souffrances, dont il parait accablé.

Loignier expose qu'il circule un bruit sourd dans le public, dont l'objet est de donner à penser que la roue du gouvernement ne marche pas, qu'elle est entravée par tous, que les lois ne sont pas exécutées, et que le peuple meurt à petit feu parles manœuvres et la cupidité des fermiers et des marchands.

Duval annonce que l'on dit hautement mot à mot ce qui suit y « Les trois législatures sont venues successivement nous pressurer, lune après l'autre ; la quatrième viendra, il faut l'espérer, chercher le reste et profiter de la riche moisson qui se présente. »

Cafés. — Chatou, Compère çt autres rapportent que, dans les cafés, les entretiens ont pour objet la difficulté extrême que les citoyens de toutes les classes éprouvent à cause de la cherté progressive de toutes choses, résultante de la presque nullité de l'assignat, dont la livre ne vaut pas aujourd'hui deux liards; c'est-à-dire <îue le papier subit les 39 quarantièmes de perte.

Spectacles. — Rien contre le bon ordre et la tranquillité, sinon au théâtre du Lycée des arts, où des jeunes gens qui faisaient du bruit ont été invités de se tenir tranquilles, ce qu'ils ont fait.

Commerce. Pain, — Sur les sections Le Peletier et la Place-Vendôme, Repeuple, impatient de pénurie des subsistances, tient les propos les plus incendiaires contre le gouvernement; il désire une insurrection prochaine, où les représentants et les marchands puissent trouver 'eur tombeau. — Nota. La Commission fait surveiller.

Le Comité civil de la section Le Peletier avait fait afficher aux portes des boulangers qu'il devait revenir six onces de pain par bouche. Les citoyens Morel, Helé et Chassegros, n'en ayant délivré que cinq onces, ont observé qu'avec le déchet occasionné par les petites portions à répartir et plus de 820 personnes à servir, n'ayant d'ailleurs de la farine que pour 815, ils ne pouvaient fournir que cette quantité ; chez les citoyens Droulin et Valmet, même section, il en a été délivré six onces. Beaucoup de personnes n'ont pas reçu leur contingent. «i^ iVo/a. La Commission a écrit au Comité civil.

Section de Brutus, quelques boulangers n'ayant pu suffire à toutes leurs pratiques, notamment le citoyen Viardin, rue des Jeûneurs, ToMB IL 5

le mécontentement s'est porté au point que le boulanger et les commissaires ont été insultés. — Nota, La Commission a pareillement écrit au Comité de la section de Brutus.

A la porte Jacques, au coin de la boutique d'un marchand de draps, on y a vendu de la farine de pois et de sarrazin ; plusieurs acheteurs Font reportée au marchand, en lui disant qu'il n'était pas possible d'en faire usage. — Nota. La Commission a fait surveiller et a fait avertir le commissaire de police de veiller à la salubrité.

Viande. — Plusieurs bouchers de la section des Plantes, qui ont reçu, le âO, cinquante livres de viande en supplément, désireraient en recevoir autant pendant quelques jours pour se mettre au courant. Dans les sections du Nord et de Bondy, mêmes réclamations que ces jours derniers ; les bouchers se plaignent de recevoir moins de viande que ci-devant; le public en souffre.

Gilbert rapporte qu*il a été rendu plainte, dans la section du Faubourg-Denis, par un officier de santé, au sujet de la viande de cheval qui se vend dans cette section. — Nota. La Commission a écrit au commissaire de police de vérifier ce fait.

Marchés. — Il y a eu, le 19 et 20 courant, 632 voitures d'approvisionnement ; la sachée de pois a été jusqu'à 200 livres, et la douzaine de fromages 500 livres.

^015. — Il s*en est vendu au seul port Bernard ; dans tous les autres chantiers^ on s*est occupé toute la journée d'empiler du bois Ootté...

Beuruer, Bouchas.

\rch. nat., F * < ÏIÏ. Seine, 16.^

Journaux.

Courrier français da 21 messidor : « Le t<Mnps esl toujours nébuleux, el le froid <t>ntinue. Vous dirtei que nous sommes au mois de noTembre. L'atmosphère physique n*esK pas plus lumineuse que l'atmosphère politique. Toutes les deux semblent se réunir pour nous tourmenter et nous présager quelque douloureux avenir, v — « On se nomme déjà à Foreille ceux que l'on dit devoir composer le Directoire du pouvoir exécutif. Ce sont MM. Cambacérès, Boissy d'Ang las, Louvet. Doulcet et Lanjuinais : mais ce choix-là n'est fondé que sur une conjecture très hasardée, puis^ju il doit être fait par la Convention. ^ — inizettc fnmçiùsc du 21 messidor : ^ Les matière d'or el d'argent, qui étaient demeurées quelques jours en stagnation, ont au^enté hier. Le louis d'or se \eadait. dit-on, 7î>0 livres. Le prix des marchandises augmente plus rapide::ioiïL Ico jKiire de souliers ordinaire se jvùe 100 francs. Ce qu'il y a de pîas douloureux, c'est que ce surhaussement dans les prix de UKit«s les denrée se fait s|^ialement sentir dans la main d'oHiTTC des habi-

67 RÉACTION THERMIDORIENNE [9 juillet 1795]

lants de la campagne, et celte marche-là est très naturelle. On nous écrit de la Beauce que les moissonneurs demandent 50 francs par jour; et un domestique ae veut pas servir un fermier à moins de 4,000 francs ppur trois mois. On paie ici un tonneau vide 50 livres, et au moment des vendanges on ne pourra peutêtre pas s'en procurer pour 50 écus. »

CCCXLVIII

Rapport du 22 messidor •

Esprit public. — Suivant les rapports de ce jour, dans la journée d'hier, la tranquillité des habitants de Paris n'a reçu d* autre atteinte que celle qui résulte journellement et depuis trop longtemps de la cherté effrayante de toutes choses, qui n'a plus de bornes, et dont on ne peut plus prévoir les suites, si la sollicitude paternelle de la représentation nationale n'y oppose incessamment une digue très puissante. Â cet égard, les inspecteurs ne cessent de nous répéter que la misère générale, occasionnée par Tagiotage, excite des plaintes, des murmures continuels et des propos inquiétants.

Groupes. — Angoille rapporte que de toutes parts on se plaint de voir tout augmenter chaque jour, et que Ton se désespère de ne pouvoir plus y atteindre. Landu, que beaucoup d'hommes et femmes (lisent que, quand on renouvellera les cartes au l*' du mois prochain, si la portion de pain n'augmente pas, il faudra que Tabcès crève. Bouillon, que le mécontentement était le même que les jours précé* dents sur la cherté ; il ajoute que la nouvelle de la descente sur les côtes de l'Ouest faisait la base des conversations du public, qui en parait fort alarmé. Leroy jeune, que, dans la place du Palais-Égalité, Voyant beaucoup de monde amassé, il s*en est approché pour en Savoir le sujet; on lui a dit qu'un maçon venait de prendre du pain à Un marchand, dont il avait mangé partie et emporté le reste sans payer; il ajoute que cet acte avait été assez généralement approuvé par les assistants.

Mailly dit qu'on faisait hier courir le bruit que la garnison de

Bruxelles avait refusé des assignats et demandé de l'argent ; qu'il a

Vu hier, rue Vivienne, une gravure au bas de laquelle sont les mots :

Patriotisme français^ représentant un seigneur qui fait présent d'une

épée à un gentilhomme, au nom de Louis XYI, dont le portrait fait

partie de la gravure ; qu'il lui a paru que cette gravure faisait impression sur certaines personnes.

Duval dit que, s*étant approché de certains groupes pour être à portée de pénétrer les motifs du mécontentement, il a entendu dire que les marchands de pain, non contents de vendre le pain au poids de lor, ont encore Faudace d'insulter à la misère publique.

Cafii, — Fargues rapporte avoir entendu dire, dans les cafés qu'il a sorveilléSy que les agioteurs, profitant de la nouvelle de la descente sur les eûtes de TOuest, ont fait remonter l'argent à 300 livres de plus par marc. Michault, que les conversations ne roulaient que sur la misère présente, attribuée par les uns à la faiblesse du gouvernement, par d'autres à la mauvaise administration des Comités. Baude, qu^au café de Foy, les citoyens qui étaient rassemblés disaient que beaucoup de personnes pensaient que les troubles qui afiOigeaient la France ne finiraient que quand il y aurait un roi, à quoi il a été répondu par un citoyen qu*il n*y en aurait pas, et que la Constitution, dont s'occupe la Convention, renfermerait tous les moyens propres à rétablir Tordre, faire respecter les propriétés et assurer le bonheur commun. Compère, que, dans quatre à cinq cafés, on ne s'y entretenait que de la mise en liberté de plusieurs terroristes ; il ajoute que cette mesure était généralement improuvée.

Spectacles. — Ont été tranquilles, à la réserve du Théâtre-Dramatique, où les jeunes gens ont élevé une scène très vive contre l'auteur de la pièce connue sous le nom de Concert de la rue Feydeau, La Commission a jugé le fait assez grave pour en. faire sur-le-champ la matière d*une lettre officielle aux Comités militaire et de sûreté générale.

Hier, on a joué, au théâtre des Variétés-Amusantes, la pièce ayant pour titre Commerce du Jardin-Égalité ; dans un passage, il est dit «que c^est un métier de voleur, qu'il fallait prendre patience, que cela allait prendre une autre forme ». L'artiste a dit qu'il y avait longtemps qu'on nous endort avec cette patience, ce qui a fait dire à plusieurs personnes que cela était bien vrai ; à quoi on a beaucoup applaudi. Le directeur est mandé par la Ci>mmî$sion, avec la brochure, pour s'assurer si l'expression : On nous endort avec cette patience, se trouve réellement dans la pièce, ou si elle a été substituée par l'artiste avec intention.

Ministres du culte, — La Commission fait surveiller le citoyen Vavolle, prêtre, pour des propos très contraires au bon ordre qu'il a dits ou tenus au sujet de la descente des émigrés sur les eûtes de l'Ouest. (Extrait du rapport de PerroUet, oflicier de paix.)

69 RÉACTION THERMIDORIENNE [10 juillet 479S]

[Commerce, etc. Hieii dé notable. — Bourse, Le^ agioteurs se sont em* parés, aux Halles, de la place où se tenaient les fripiers.]

Bois de Loury, Gk)ssBT.

(Arcb. nat., F « « IH, Seine, 16.)

Journaux.

Gazette française du 22. messidor : « Le temps est toujours froid; on dit même qu'il a gelé aux environs de Paris. Une pareille intempérie de saison ne peut être que funeste, dans un moment où l'on se dispose à faire lai moisson et où la vigne est en fleur. » — « Proclamation du Comité de sûreté générale du 24 messidor an IIL — Le Comité de sûreté générale est instruit que les ennemis de la République veulent encore agiter cette grande commune ; les partisans de Tanarchie et du pillage renouvellent leurs discours séditieux ; ces hommes coupables cherchent à semer Tesprit de révolte. Des étrangers circulent dans plusieurs quartiers de Piris ; ils ont distribué des assignats à quelques citoyens que leur situation présente et le malheur des circonstances peuvent rendre faciles à égarer. Des femmes ont voulu persuader aux hommes de se porter aux prisons dans les intentions les plus criminelles. Le Comité de sûreté générale avertit les bons citoyens de se méfier des pièges qu'on ne cesse de* leur tendre; il les invite à signaler courageusement les factieux. Il déclare en même temps que, fort de son devoir, fort du courage et des principes de la Convention nationale, il a pris des mesures vigoureuses pour maintenir la sûreté des personnes et des propriétés, pour comprimer les anarchistes de toute espèce. Il déclare qu'il est temps que la loi règne seule, et que tous ceux qui veulent la violer seront sévèrement punis. Signé : Genevois, pré^irfen/; M.-J. Chénier; J.-S. Rovère; Bailly; Mariette; Lomont, Pierret; Sevestre; Bergoeing ; Bailleul; P. Guyomar; P.-M. Delaunay; Keryelegan. »

Rapport du 23 messidor.

Esprit public. — Les agioteurs se livrent toujours avec la même Rapidité à leurs spéculations sur le numéraire, matières d'or et d'argent, marchandises et denrées de toutes espèces ; le papier perd tous les jours son crédit; le prix exorbitant de toutes choses va croissant ^'heure en heure ; tous les citoyens sont excédés; les uns se contentent de gémir; d'autres se répandent en plaintes les plus amères, se permettent même des murmures et des propos alarmants ; le mé contentement paraît général; en un mot la misère est à son comble. Telle est la substance des rapports de ce jour, dans lesquels les ins-

[<0 JUILLET 179bl RÉACTION THERMIDORIENNE 70

pecteurs nous disent que la tranquillité a régné d'ailleurs hier dans Paris. Nous allons donner Tanalyse de ceux dont quelques faits particuliers ont fixé notre attention.

Groupes. — Lefèvre rapporte que les murmures de Pindigent s'accroissent tous les jours ; ils ne peuvent plus, disent-ils, atteindre à aucune denrée ; ils en accusent le peu d'énergie des autorités constituées.

Dallemagne déclare avoir entendu dire à plusieurs citoyens que la Bourse favorisait Fagiotage, et que le vrai moyen de rétablir les assignats au pair, ce serait de rétablir la caisse d'escompte. Richet et Godefroy, que les gens du faubourg Antoine disaient que Fennemi était disposé à venir à Paris, qu'ils désiraient leur {sic) arrivée, parce que, ne pouvant plus tenir à la cherté, il leur était bien égal d'être Anglais ou Français. Bouillon dit que la confiance dems les assignats se perd de plus en plus, et que le public craint que dans quelque temps ils n'aient plus aucune valeur. Mailly, que beaucoup de personnes sensées pensent qu'il est urgent de changer les baux des fermiers, et que quantité de personnes se plaignent du court délai fixé par la Convention pour le payement des contributions^ que l'on désire une prolongation. Saunin dit avoir entendu dire par plusieurs hommes et femmes de la classe indigente et peu éclairée que l'on débite dans le public que, si les Anglais viennent à Paris, l'on se mettra avec eux, parce que l'on est trop las de souffrir, et qu'il est temps que cela finisse.

Cafés. — Dufresnoy et Leroy jeune rapportent que, dans le café de Foy, on disait que, si la Convention prenait la même marche de lenteur contre tous les assassins de la patrie que celle employée contre Joseph Le Bon, on trouverait encore des terroristes dans dix ans. — Compère annonce que, dans les cafés qu'il a surveillés, les entreliens roulaient sur la moisson, dont celle des seigles est déjà commencée, qu'on y disait que les fermiers n*a\iiient ni ouvriers ni journaliers, et que les citoyens, sur les reproches qu'on faisait aux laboureurs de vendre leurs grains et denrées à des prix exorbitants, pensaient que cela était très injuste, qu'il ne leur était pas même possible de vendre à un prix modéré, attendu qu'on ne prenait aucun moyen de les soulager en leur refusant constamment, malgré leurs réclamations réitérées, d'accorder des congés limités à leurs enfants qui sont aux armées depuis trois ou quatre ans.

Spectacles. — Nous ne voyons pas, dans les rapports du jour, que le bruit qui a eu lieu avant-hier au Théâtre Dramatique ait eu aucune suite. Une légère rixe, élevée hier au théâtre des Arts entre

71 RÉACTION THERMIDORIENNE [40 juillet 1795]

quelques citoyens, a été apaisée sur-le-champ. Aux Yariétés-Amugantes le spectacle a été interrompu un moment par une querelle entre un particulier, porteur d'un billet donné, et le contrôleur ; le commissaire de police s'est présenté, et le calme a été rétabli. Beaucoup de filous dans les corridors ; les couloirs sont surveillés

Le Roux, Barbarin.

(Arch. nat., F*«III, Seine, 16.)

Journaux.

(JazeUe française du 23 messidor : « Le Palais-Royal est toujours le repaire de Tagiotage et de la filouterie, et plus on y pourchasse les escrocs, plus cette engeance s'y produit en grand nombre. Ceux qui, aujourd'hui, sur les deux heures de Taprès-midi, ont traversé ce jardin public, pouvaient à peine échapper à ceux qui leur offraient à vendre ou à acheter des montres, des bijoux, de Tor ou des assignats. Le gouvernement vient de découvrir un nou- \eau genre de friponnerie. Pour acheter des assignats, il faut de Tor. Des gens qui sans doute n'en avaient pas viennent d'établir une manufacture de faux louis. La Commission administrative de la police, qui en avait été prévenue, vient d'en instruire ses concitoyens par un placard affiché dans tout Paris, et elle ajoute qu'elle est à la recherche de ces faux monnayeurs. » — Baiave du 26 messidor : u Avis de la Commission administrative de la police de Paris. — Les bons citoyens ne peuvent trop se prémunir contre les fripons et les voleurs qui se rassemblent dans les endroits cachés de l'œil où la surveillance les poursuit, comme le Palais-Égalité, la place du Louvre et le carreau de la Halle. Parmi les faits dont la Commission donnera connaissance, il en est un qui mérite attention. Un nommé Mallevaut, ex-bénédictin, pensionne, marié, prêt à divorcer, logé sous le faux nom de Bigan, et faisant le commerce au Palais-Égalité et place du Louvre, apprend qu'un citoyen a pour 300,000 livres d'assignats de 10,000 francs, qu'il cherchait à échanger contre des assignats de plus petite valeur. Il conduit chez ce citoyen un oncle qu'il Qommc Martel, qu'il dit être chef de bureau à la trésorerie nationale, et que cet oncle est prêt à lui faire échange de ces 500,000 francs. Ce citoyen reconnaissant fait amplement déjeuner ces êtres bienfaisants. Lorsqu'il n'y eut plus rien à manger, l'oncle dit être obligé de quitter la compagnie pour aller 4 son bureau. Le neveu et le citoyen aux assignats vont à la Trésorerie. On monte dans un bureau. Le neveu fait asseoir son compagnon dans ce bureau |)0ur aller trouver son oncle Martel, auquel il porte les assignats. Il sort au l>oul d'un instant, donne au citoyen un papier, sur lequel était écrit son nom, «l lui dit : M Gardez cela, on va vous appeler. » Il rentre vers son oncle; mais on oublie de faire entrer le propriétaire qui, voyant la fermeture des bureaux, entre chez l'oncle. Mais quelle est sa surprise 1 il ne voit ni l'un ni l'autre et apprend que le chef de ce bureau ne s'appelle pas même Martel; enfin, que deux fripons lui ont escroqué 500,000 livres. La police a suivi les traces de ce négociant et de son oncle. Us sont arrêtés ; ils seront traduits aux tribunaux, elles 500,000 livres ont été rendues au propriétaire. Les membres de ta Cornmii<j(on. Signé : Barbarin, (>06set. »

[il roiLLBT 1705] RÉACTION THERMIDOBIENNB 7S

Rapport du 24 messidor.

Esprit public. — La position de Paris n*offre rien de rassurant ; le découragement et la consternation s*emparent progressivement du plus grand nombre des habitants de cette grande cité ; tous les fléaux réunis, qui depuis si longtemps affligent Thumanité, pèsent plus que jamais sur tous les citoyens ; la patience est poussée à bout ; les ressources sont épuisées ; bref, à la réserve des nouveaux enrichis, des intrigants et vils agioteurs qui, par leur cupidité et un luxe pareillement scandaleux, ont encore Tair d'insulter à la misère publique, bientôt il ne sera plus permis au reste des membres de la société de subsister.

Tel est le résultat des rapports de ce jour, dont nous allons extraire les particularités essentielles. Les officiers de paix rapportent que la classe indigente fait courir le bruit qu'après la moisson on n'aura pas plus de pain qu'à présent ; on va même jusqu'à dire qu'il faudrait mettre une réquisition sur les grains pour faire de suite la part de chaque citoyen.

Debès dit que, chez les marchands de vin où il est entré, il y a vu beaucoup de monde qui trouvait très mauvais que le gouvernement n'arréiàt pas les progrès de l'augmentation du prix de toutes les denrées de première nécessité; il ajoute que le peuple murmure beaucoup jusque sur les ports.

Groupes. — Dufresnoy dit qu'avant-hier soir, et très tard, il y avait un groupe au bout du pont Notre-Dame, qu'a>*ant écouté ce qui s'y di>ait, il a entendu qu'on parlait des subsistances, et que les citoyens marquaient beaucoup d^humeur contre les marchands de pain.Duval. que sur les places publiques et dans les marchés, on entend des propos trôs injurieux contre la Convention, de la part des femmes surtout, qui cherchent encore a provoquer les hommes. La nouvelle Constitution, ajoute cet inspecteur, est conspuée et avilie généralement par quantité d'individus qui disent hautement que les représentants du peuple i^e pensent qu'à eux et qu'ils vvublient ahs^*lument la grande fftmiUe. Ma;lly. q;:e les marchands de pain ambulants donnent toujours lieu a de vives altercations, in\>^rtiveâ el ii^ur^ contre k gou-

73 RÉACTION THERMmORIENNE [14 juillet 1795]

vernement. Didier déclare avoir entendu dire à un rentier^ qui était avec ses confrères rassemblés le long des murs de TOrangerie, qu*ii avait été pour toucher chez son payeur, où on lui avait dit que la planche des assignats de 500 livres, série n^ 233, venait d'être volée à l'administration des assignats, et qu'on lui avait recommandé d'avertir ses camarades de ne pas recevoir.

Cafés et reslauratei^rs, — Fargues rapporte que, dans les cafés qu'il a parcourus, on y paraissait très satisfait de la lettre adressée à la Convention par le général Hoche*. Saint-Rémy dit que, dans la rue de Grenelle, où il a dîné, un citoyen, qui s'est annoncé pour capitaine de vaisseau, disait que notre marine n'était pas en bon' état, et qu'un autre citoyen, soi-disant créole, semblait partager l'opinion du capitaine de vaisseau. Saint-Rémy ajoute que l'arrivée de ses collègues a fait cesser la conversation, et qu'il regarde ces opinions comme très semblables à celles qu'il entend journellement dans les cafés' de Chartres et de Valois. Duval expose que, dans les cafés où il a passé, ily a remarqué des étrangers et autres citoyens causer sur les événements politiques avec beaucoup de circonspection et une réserve assez mystérieuse pour ne pas être suivis dans leurs entretiens.

Spectacles. — Aucuns faits contre le bon ordre ; Mailly rapporte qu'au théâtre des Arts, le passage de la tragédie de Phèdre où il est ditquil est des princes malheureux qui ont été punis injustement a été applaudi trois fois de suite et a produit un effet étonnant; il ajoute que la tranquillité publique n'en a pas souffert.

[Commerce, pain, viande, etc. — - Beaucoup de plaintes.]

HORNIN, ROUCUAS.

(Arch. nat., F*« III, Seine, 16.)

Journaux.

Gazette française du 24 messidor : « Il est un phénomène que des gens considèrent comme inexplicable, et que d'autres interprètent assez naturellement: cesique, tandis que, nos billets de loterie gagnent sur la placé, que notre change avec rétranger prend faveur, et que le prix des matières d*or et d'argent diminue, celui de toutes les marchandises augmente avec une rapidité ^•^îment alarmante. La toile surtout est parvenue à un tel degré que le peuple *Pra bientôt forcé de se passer de chemises; une aune de toile, qui se vendait, *' y a huit jours, 60 livres, vaut aujourd'hui 130 livres. »

^' Il s*agit sans doute de la lettre, en date du 16 messidor, où Iloche annonçait, lïon pas à la Convention, mais au Comité de salut public, un triple succès remporté sur les rebelles par Tarmée des côtes de Brest. Cf. Moniteur, réimpression. iXXV, p. 220.

[12 JUILLET 1795] RÉACTION THERBnDORIENNE 74

Rapport du 25 messidor.

Esprit public. — Rapidité soutenue dans le commerce des agioteurs, avilissement sensible, discrédit progressif des assignats, même pénurie, cherté du pain, augmentation révoltante du prix exorbitant de toutes choses, qui ne peut plus recevoir d'accroissement que pour faire passer les citoyens de Tétat de découragement, dont ils sont tous frappés, à celui du désespoir; telles sont, d'après les rapports du jour, les causes qui agitent tous les esprits, font gémir et pleurer Thomme honnête, dans Tintérieur de ses foyers, sur son sort et celui de sa famille, et qui, provoquant enfin les murmures et les clameurs de la multitude, lui feront perdre tout sentiment de respect, de subordination et méconnaître la loi et les principes.

Groupes. — Bouillon rapporte que le mécontentement est toujours le même sur la cherté, que la classe indigente perd courage et a peu de confiance dans Tespoir d'un avenir plus heureux, d'autant qu'on leur fait entendre que la portion de pain ne sera pas augmentée avant quatre mois. Mailly déclare qu'il voit depuis quelque temps un grand relâchement ; les décadis, dit-il, ne sont plus observés, le titre de citoyen est tourné en ridicule, et Ton porte peu de respect à la Convention nationale. Fargues dit que le bruit court que les grenadiers et chasseurs des sections vont être obligés de partir, ce qui engage beaucoup de citoyens à donner leur démission. Laine et Loignier, que le public se plaint très amèrement de la cupidité des marchands et des fermiers, et que, dans sa fureur, il n'écoutera que son désespoir pour se porter à des extrémités fâcheuses. Duval annonce qu'il a été témoin du fait suivant : une femme, pressée par le besoin, a arraché un morceau de pain sur la table d'un marchand de pain, à la porte du Palais-Egalité, s'est sauvée en le dévorant ; Duval ajoute que cette action a été applaudie vivement par toutes les femmes qui étaient là, et très improuvée par les spectateurs honnêtes.

Cafés. — Le même Duval dit que, dans les cafés qu'il a parcourus, les conversations y roulaient généralement sur les subsistances et les moyens de se procurer du pain, que l'on s'y entretenait aussi du décret concernant le renvoi des étrangers, et que Ton y ajoutait :

75 RÉACTION THERMIDORIENNE [J3 juillet 17951

« La Convention n'a pas encore atteint le but et n'est pas au bout de ses maux. » Compère dit que le décret concernant l'échange et le remboursement des assignats à face ' n*a pas fait grande sensation sur l'esprit du peuple, et qu'il a iété, dans les cafés qu'il a fréquentés, tourné en ridicule et regardé comme nul, parce que, d'une part, il est trop tardif, et que, de l'autre, les négligences et lenteurs que feront éprouver les receveurs des districts rendront toutes mesures illusoires.

Spectacles. — Aucuns faits contre le bon ordre et la tranquillité publique ; les jeunes gens qui s'étaient proposé de faire du bruit dans les petits spectacles n'ont point reparu

Bocquet-Destourneues, Le Roux.

iArch. nat., F » « III, Seine, 16.)

Gazette française du 25 messidor ; « Le froid, qui avait cessé pendant vingt-quatre heures, a repris aujourd'hui. Celte sécheresse fait baisser les eaux de la Seine, qui nous sont cependant d*autant plus nécessaires, que le twis et le charbon sont très rares et très chers, et qu*il ne parait pas que la provision de l'hiver soit arrivée. »

CGCLII

Rapport du 26 messidor.

Eiprit public. — Loin d'avoir à supprimer aux observations préliminaires contenues dans nos deux feuilles précédentes, d*après les apports de ce jour, nous y ajouterons que le peuple, fatigué àTexcès de ses longues souffrances, parait s'aigrir de plus en plus par l'aspérité des circonstances.

Bouillon rapporte que l'opinion publique ne varie point, quant ^w mécontentement sur la cherté des subsistances, que le peuple

1- Il s'agit du décret du 23 messidor an III autorisant pendant un mois encore, les paiements à fair<e à la nation, l'emploi des assignats « portant des empreintes extérieures de la royauté ». Passé ce délai de faveur, ces assignats ocraient annulés. Les personnes qui n'auraient pas occasion de les employer d'ici « un mois les porteraient au receveur de leur district, qui prendrait des mesures I^ur les faire rembourser.

s*étonne de plus eii plus du silence de la Gonvention, d'où il résulte des propos peu respectueux envers le gouvernement, sur .lequel on rejette le peu de bonne foi qui existe dans le commerce. Mailly, que les murmures du public 8*aggravent de plus en plus en raison du nombre des marchands de pain, auxquels on reproche encore Tinexactitude du poids, ce qui augmente le mécontentement. Vannier, que les plaintes du peuple deviennent de jour en jour plus vives sur le renchérissement de toutes choses, notamment du pain. Loignier, que les marchandises de toute espèce sont renchéries d'un quart depuis trois ou quatre jours; il ajoute que cela fait murmurer considérablement le peuple, surtout dans les faubourgs. Dufresnoy dit qu'il y a beaucoup d*agitation dans les esprits au sujet des subsistances. Didier, que plusieurs particuliers assemblés au Jardin national disaient que le malheur était à son comble, qu'il était impossible de vivre plus longtemps, et que^ malgré Tabondance des denrées, les trois quarLs du monde ne pouvaient y atteindre à cause du prix excessif. Duval, que la chaleur des têtes parait se monter fortement contre les marchands de pain et autres qui vendent dans les marchés les denrées de première nécessité.

Groupes. — BauHe rapporte qu'hier après-midi, plusieurs ouvriers, rassemblés dans un groupe sur le Pont-au-Change, racontaient chacun leurs peines; Tun disait : « Je n'ai pas mangé de la journée »; Tautre: « Je ne suis pas rentré chez moi, parce que je ne sais que donner à ma femme et à mes enfants qui meurent de faim. » Tous s^accordaient à dire que, puisque la Gonvention ne pensait pas aux pauvres, il leur devenait égal que les Anglais ou les Ghouans vinssent à Paris, qu'ils ne les rendraient pas plus malheureux. Le même inspecteur observe encore que partout on murmure contre les paysans, qui refusent les assignats et ne veulent vendre qu'en argent ou pour des effets qu'ils reçoivent, jusqu^aux gros meubles.

Cafés. — Saint-Rémy et autres disent que les entretiens n'y ont roulé que sur des affaires particulières, et non sur les événements politiques.

Spectacles. — Tranquillité ; néanmoins, au théâtre de la rue FeyHeau, quelques malveillants, ayant voulu s opposer à la première représentation de la reprise du Ciub des bonnes genSy vivemenl rappeléîi à Tordre, ont été forcés de se taire ; le calme s'est rétabli et a continué pendant toute la durée du spectacle.

Culte. — Dimanche dernier (vieux style), tant le matin que le soir, tout s'est passé dans les églises avec ordre et décence; il ne s*y est débité aucune maxime contraire aux principes du gouvernement.

77 RÉACTION THERMIDORIENNE [14 juillet 1795

Journaux. — La Commission dénonce aux Comités de gouverne-* ment rarticle Paris du journal intitulé lu Correspondance politique^ n* 40, du 25 messidor ^ Le premier alinéa contient des principes naturels et fondamentaux de Tordre social ; mais, dans le deuxième, le rédacteur nous parait tout au moins digne de blàme, en ce qu'il fait retomber Toubli; l'infraction même de ces principes sur les législateurs, qu'il traite de gens ineptes et corrompus, qui ont mis tous les vices et tous les abus d'autorité à Tordre du jour, pour consacrer le vol, le brigandage et la banqueroute. Nous donnon3 pareillement connaissance de la feuille du 25 courant, n^ 878, du ^a/ave, article : Pays-Bas^ Bruxelle9\ le 19 messidor, dont le dernier alinéa est conçu ainsi qu'il suit : a On dirait que les députés 61] mission ici, en ordonnant que le port des lettres et journaux se payerait en numéraire, ont voulu arrêter la circulation du papier Aunçais dans nos contrées ; du moins, depuis lors les livres et ga- ^ttes n'entrent plus dans la Belgique^. »

[Commerce, etc. — Les plaintes augmentent.

Le Roux, Le Roy.

(Arch. nat., F^«III, Seine/ 16.)

Rapport du 27 messidor.

Esprit public. — L'anxiété presque générale des esprits, la très ^^ande difficulté qu'on éprouve à vivre, agitent beaucoup dans ce oment-ci Topinion publique ; la vue des subsistances, dont le prix >[orbitant est toujours progressif, n'a plus ni mesure ni proportion, evient un sujet habituel de mécontentement, qui se manifeste de ^^utes parts. Tel est l'aperçu des rapports de ce jour, dont nous allons, par extraits, transmettre la connaissance des faits y contenus Xes plus marquants.

Duval rapporte, d'après les conversations qu'il a entendues entre ^ens de la classe peu fortunée, qu'il parait qu'il ne se prononcent pas ouveKement pour un roi, mais ils ne semblent pas non plus s'y

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