Cette citation est exacte. (Bibl. nat.. Le 2/779, in
opposer ; Tappàt d'ayoir du pain et dé devenir pUis heureux le leur ferait accepter et les ferait renoncer au serment ((u*on leur a fait prononcer. « Car, ajoutaient-ils (continue L'inspecteur), nous avons prêté de bon cœur le serment d*étre fidèles à la République, mais Ton ne nous avait pas dit, en nous le faisant prêter, qu'on nous laisserait mourir de faim et manquer de tout au milieu de Tabondance. n Fargues déclare qu'il ne peut assez exprimer le mécontentement du public de voir vendre le pain aussi cher, et que les murmures sont très violents à ce sujet. Loignier dit que Paris jouit d'une tranquillité assez apparente, mais que Ton se plaint toujours de la cherté des denrées de première nécessité, de voir exposé en vente du pain de section, ce qui occasionne des propos et anime le peuple, qui s'en prend aux boulangers et commissaires^ et aussi au gouvernement, qui souffre tous ces abus. Vannier a entendu des citoyens qui disaient que la baisse de Targent ne serait pas de longue durée, que le change dMci à peu remonterait beaucoup plus haut, que la preuve en était évidente par le prix des denrées, qui augmente tous les jours. Laine, que Ton ne voit plus de galté, que tout le monde se plaint, et que les citoyens sont très inquiets.
Groupes. — Bouillon rapporte qu'à dix heures du soir, il y avait encore beaucoup de groupes au Jardin-Ëgalité, au milieu desquels des personnes déclamaient contre l'hymne des Marseillais, ce qui ayant été contesté par d'autres qui prétendaient qu'elle devait avoir la préférence sur le Réveil du peuple^ il est résulté de cette diversité d'opinions quelques querelles occasionnées par la chaleur avec laquelle se sont exprimés les partisans du Réveil du peuple.
Cafés, — Le môme Bouillon expose encore que le décret qui ordonne que l'hymne des Marseillais sera chanté tous les jours à la garde montante ^ faisait le sujet de l'entretien des habitués des cafés
1. Le 26 messidor an II, sur la motion de Jean de Bry, le décret suivant fut rendu : « La Convention nationale, voulant, au retour de la première époque de la liberté française, entretenir Téncrgie des vrais républicains en proclamant solennellement les principes sacrés qui ont renversé les bastilles (sic) le 14 juillet et la royauté le 10 août, décrète ce qui suit : 1* L'hymne patriotique intitulé VHymne des Marseillais^ composé par le citoyen Rouget de Lisle, et le Choeur de la Li^ berté^ paroles de Voltaire, musique de Gosscc, exécuté aujourd'hui dans la salle de ses séances, seront insérés en entier au Bulletin, — 2* Les airs et chants civiques qui ont contribué au succès de la Révolution seront exécutés par les corps de musique des gardes nationales et des troupes de ligne. Le Comité militaire est chargé de les faire exécuter chaque jour à la garde montante du Palais national. » — Nous donnons ce décret d'après le Bulletin de la Convention^ n* du 26 messidor, qui reproduit en elTet la Marseillaise et les vers de Voltaire : Peuple^ éveille-toi, romps tes fers, etc. — Cf. Moniteur, t. XXV, p. 239, où on trouvera le discoiu's de Jean de Bry.
79 RÉACTION THERMIDORIENNE [i4 juillet 1795
de Chartres et de Valois, dont le plus grand nombre blâmait celte mesure, et prétendait que le décret devait être rapporté, parce que cechamt rappelle les massacres des premiers jours de septembre 1792 et favorise les terroristes. Laine déclare qu'il a entendu dire dans les cafés qu'il a parcourus que la bonne foi était perdue, que Ton ne cherchait, plus qu*à se tromper, et que le seul remède à Tagiotage était le rétablissement des maîtrises dans les grandes villes surtout, et que dès lors on ne verrait plus des perruquiers [vendre des haricots, et ainsi du reste. Desiérois et Didier annoncent que deux jeunes gens, s'étoknt mis à la croisée au-dessus du café du Caveau, y ont chanté l*b>rnne des Marseillais; il leur a été observé, par plusieurs indivic]us qui étaient dans le jardin, que le Réveil du peuple valait mieux; cela a occasionné quelques petits débats, à la suite desquels les deux jeunes gens se sont de nouveau présentés à la fenêtre et Ont bu à la santé du public, avec un ton d'ironie, comme pour
insulter à la misère publique ; les inspecteurs ajoutent qu'aussitôt que 1^^ Jeunes gens sont descendus, on les a conduits au Comité de sû- ^t^ générale.
Spectacles. — La tranquillité a régné dans tous les spectacles, à ** réserve du théâtre des Arts, où la majorité des spectateurs, **^îinée, dit-on, par des jeunes gens, s'est prononcée contre le chant "^ Thymne des Marseillais, interrompu dès le second couplet, tandis î^« ceux du Réveil du peuple ont été chantés à deux reprises diffé- ^^^tes et très applaudis ; mais, à la seconde fois, lorsqu'il a été l Gestion du couplet des représentants, le train s'est élevé, et, sur
^^^ demandes réitérées de la suite du ballet, il n*a pu être chanté
Journaux. — La Commission croit devoir dénoncer aux Comités ^-^gouvernement les deux colonnes de la première page du journal ^it le Messager du 5oir, n« 1058, à la date du 25 messidor (13 juillet, ^ s.). Les notes qui accompagnent la nomenclature d'un grand ^mbre de représentants nous ont paru contenir une satire infiniment angereuse; nous les regardons même comme un libelle injurieux, ï^ropre à influencer, disons plus, à corrompre l'opinion publique sur
Xe compte des législateurs
Suivant le rapport des officiers de paix de service à la Convention
aujourd'hui 27, l'air des Marseillais a encore occasionné du tumulte
lors de la garde montante, et le général ne l'a apaisé qu'en promettant
que la garde défilerait avec les airs du Réveil du peuple et Veillons
au salut de l'Empire, et alors le rassemblement formé s'est dissipé.
RoucHAS jeune, Doillot.
(Arch. nat, F * « RI, Seine, 16.)
Journaux.
Courrier français du 27 messidor : « On a célébré, dit-on, ici la fête du 14 juillet. On assure que cette solennité aurait été fort brillante, sans le froid qui se fait actuellement sentir, et qu'il n*y manquait que des spectateurs. » — Gazette française du 28 messidor : « On a encore donné [avant-] hier la chasse aux agioteurs ; on en a arrêté une cinquantaine, sans aveu, la plupart sans domicile connu, et ils ont été conduits dans des maisons d'arrêt. Depuis deux on trois jours, le prix du louis a diminué; mais ce qui parait extraordinaire, c'est que, tandis que Tor baisse, le prix des écus augmente. On attribue ce phénomène à la crainte qu*ont les agioteurs et ceux qui ont recours à leur ministère, d'être trompés par de faux louis, dont on dit que le nombre est très considérable. — Tandis que nous discutons la question de savoir si Ton chantera la Marseillaise ou le Réi^eil du peuple^ le prix des marchandises va toujours en augmentant. En deux jours de temps, celui de la chandelle a augmenté de 10 francs la livre, et Ton assure qu'elle vaut aujourd'hui 42 livres. Nous savons par expérience qu'un baril d'huile de 200 livres, qui la semaine dernière se vendait 2,000 livres, vaut aujourd'hui 3,400 livres. — On commence à manger ici du pain de seigle nouveau ; on en vend dans les rues à 11 et 12 francs la livre. Quand, au commencement de la récolte, on paie le pain un tel prix, l'avenir n'offre pas une perspective bien consolante. — On dit que les pn^tres constitutionnels et les prêtres insermentés ont eu ici une querelle assez vive. 11 était, dit-on, question de loger les deux cultes à Saint-Sulpice, et l'on sait qu'en matière de doctrine, les hommes ne sont pas toujours fort flexibles. Les prêtres insermentés de Rennes se comportent cependant d'une manière plus honorable ; ils viennent tous de prêter serment d'obser\-er religieusement les lois de l'Etat en tout ce qui ne contrarie pas les principes de leur religion et les mouvements de leur conscience. Le peuple ne pense pas plus à la constitution qu'on va nous donner que l'Ezour-Vidan de Zoroastre. Si vous rencontrez quelqu'un dans les rues, il vous demande quand ça finira^ jure contre la faim qui le dévore, et dévoue à l'exécration les agioteurs qui portent toutes les marchandises à un prix excessif, et va, tout en murmurant, faire des petites affaires comme à l'ordinaire. Il serait difficile de peindre la patience, la franchise et la loyauté de ce peuple qui, depuis cinq ans, a été l'instrument aveugle de tant de forfaits. » — Courrier r(^publicain du 28 messidor : « ' Avant-J hier au soir, environ huit heures, il s'est manifesté au Palais-Egalité un mouvement qui pourrait avoir des suites dangereuses, si le gouvernement ne prend pas des mesures sages pour les prévenir. Quelques personnes, fortes du décret qui venait d'être rendu sur la motion de Jean de Bry, chantaient l'air des Marseillais, tandis que, d'un autre côté du Jardin quelques jeunes gens chantaient le Réveil du peuple. Peu s'en fallût que les chanteurs n'en vinssent aux mains. La garde a arrêté quelques-uns de ces jeunes gens et les a conduits au Comité de sûreté générale qui, sans doute, les aura renvoyés. A l'Opéra, on a voulu aussi faire chanter la Marseillaise ; mais les jeunes gens ont réclamé à grands cris, ot on a demandé le Béveil du peuph\ qui a été effectivement chanté. En sortant du spectacle, les jeunes gens ont déclaré qu'ils feraient de nouveau chanter le Réveil du peuple à tous les théiîlres. Nous ne faisons aucune réflexion sur tous ces mouvements;
81 RÉACTION THERMIDORIENNE [15 juillet 179ÔJ
il n'y a personne qui ne sente tout ce que nous pourrions dire à cet égard. Si on veut mettre le trouble dans cette ville, faire battre les citoyens les uns les autres, rien ne peut être plus efficace pour arriver à ce but que de nnettre en opposition les deux chansons dont nous venons de parler. Pour empêcher le désordre prêt à s^organiser, des ordres ont été donnés aux compagnies des grenadiers et des chasseurs de prendre les armes. Ce matin, de très bonne heure, celles de la section de la Butte-des-Moulins étaient à la Convention nationale. On a craint aussi qu'on ne se portât aux prisons, et notamment à celle de la Force, qui était ce matin gardée par des détachements considérables. »
27 MESSIDOR AN lïl (15 JUILLET 1795).
Esprit public. — Les esprits sont très agités; les tètes fermentent; l'agio continue ses ravages ; le discrédit des assignats, méprisés par les uns, regrettés par les autres, va toujours croissant ; la pénurie du pain, la cherté révoltante de toutes choses pèsent plus que jamais sur Paris et la France entière : telle est la substance des rapports de ce jour, dans lesquels nous avons encore remarqué que Ton peut craindre, comme surcroît de malheurs, le feu des passions que peuvent allumer encore les opinions opposées.
Mailly rapporte que les murmures du public sont toujours bien ûïïimés sur l'extrême cherté des denrées, contre les marchands de pain et contre l'insouciance du gouvernement.
Leroy jeune dit avoir remarqué le plus grand mécontentement tlans le peuple au sujet des subsislances.
(groupes. — Baude dit que les ouvriers ne cessent de murmurer et ^e se plaindre de la Convention, sur les subsistances, qui faisaient le s»jet des entretiens d'un groupe à la porte Martin; il ajoute que le l^ruit se répand que les soldats de la République passent avec les Chouans, et que Ton assure que ces derniers payent à nos soldats ^ livres par chaque cartouche.
IJuval dit qu'on se propose de donner une volée de coups de bâton ^^^ marchands de pain, que c'est par eux que l'on doit commencer ;
'1 ajoute que c'est la classe ouvrière qui se charge d'en faire les
frais.
Saint-Rémy dit que les jeunes gens formaient hier soir des groupes