‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 21 sur 141 · POUR LE MOIS DE 3IESSID0R AN III · texte numérisé non relu

POUR LE MOIS DE 3IESSID0R AN III

Pour Tensemble du mois de messidor an III, il existe un «Compte mensaire rendu par le département de Paris au Comité de législation, conformément à ^lettre du 21 messidor dernier. » [Arch. nat., F'« III, Seine, 17.) Ce compte Tendu est divisé en trois chapitres, un par décade, et chaque chapitre est subdivisé en paragraphes. Par exemple, le chapitre relatif à la première décade est ainsi subdivisé : i^ Emigrés; 2<* Certificat de résidence; 3o Passeports; 4*» Culte; 5® Certificats de civisme ; 6® Police ; 7« Districts ruraux; 8® Réorganisation de la garde nationale ; 9^ État civil. Voici des extraits relatifs au culte : I«* décade : « Conformément à la lettre du Comité de sûreté générale, du 6 messidor, le Département a écrit aux Comités cinis des sections de la Cité et de la Bu tte-d es-Moulins pour empocher que Ton enlève des édifices de Notre-Dame et Saint-Roch les marbres et autres objets qui en dépendent. Il a écrit dans le même sens aux autres sections qui ont de pareils édifices dans leur arrondissement. Le Département a écrit aux deux districts ruraux et à la Comm on administrative de Paris relativement à Touverture des églises. Il leur a rappelé la surveillance qu'ils doivent exercer, conformément aux lois des 3 ventôse et 11 prairial, sur les citoyens assemblés pour Texcrcice de leur culte. Il leur a demandé compte des formalités qui avaient eu lieu pour la remise de ces édifices et les mesures qui avaient été prises pour l'entière exécution des lois des 3 ventôse, 11 et 30 prairial. 11 a chargé ces autorités de veiller à ce que les ministres des cultes eussent à remplir exactement les conditions prescrites par Tarticle 5 de la loi du 11 prairial. Panni les édifices désignés par la loi du 30 prairial, plusieurs sont acluelleinont ouverts, mais il en est d'autres qui ne le sont point encore. Le Département a écrit à ce sujet à la Commission des administrations civiles, police et tribunaux. 11 a écrit pareillement au Comité de salut public, pour le prier de donner ses ordres pour Touverture des édifices encore remplis de denrées et marchandises dépendantes des Commissions. Le Département surveillera avec le plus grand soin la conduite des ministres du culte et celle des individus <iui suivent des cultes différents, il aura le plus grand soin de prévenir les troubles des divisions qui pourraient naître et que la malveillance chercherait a entretenir. Le 3 de ce mois, féglisc Saint-Ger\ais. désignée par le décret du 30 prairial, a été ouverte. Le culte catliolique y a été célébré matin et soir par le représentant Royer, évéquc de l'Ain Les deux discours qu'il a prononcés étaient dans les meilleurs principes et respiraient cette philosophie douce et persuasive, capable de consoler des maux j)assés et de ramener les *^8prils à des idées d'ordre et de tranquillité, seule base du bonheur des tlais. » — 2' décade : « Les édifices remis à l'usage des citoyens, conformcraeniaux lois des 11 et 30 prairial, sont la plupart ouverts, et le culte s'y t'xerce ; ceux qui sont connus sous le nom de Notre-Dame et de Saint-Sulpire "^ le sont point encore. Le Département a écrit plusieurs fois aux autorités, ^^* doivent en connaître, pour Touverture de ces édifices et pour qu'ils soient débarrassés de toutes les denrées (|u'ils renferment. » — 3o décade : « Sur les quinze églises désignées pour le libre exercice du culte par la loi du

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30 prairial, onze sont remises aux citoyens, quatre restent encore à ouvrir; ce sont celles de Notre-Dame, Saint-Sulpice, Saint-Nicolas et Saint-Laurent, qui sont encore occupées par des denrées. Le Département veille à ce que la paix, la concorde et la décence régnent dans les édifices destinés au culte. Il a chargé la Commission de police administrative et les deux districts mraux de lui rendre un compte exact de Texécution de la loi du 11 prairial, et il ne doute point qu'ils ne concourent de tous leurs moyens à maintenir la tranquillité dans les assemblées religieuses. »

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le' THERMIDOR AN III (19 JUILLET 1795).

Rapport du 2 Thermidor.

Esprit public. — Suivant le rapport de ce jour, nous voyons que les mesures de prudence et de fermeté employées par les Comités de gouvernement ont forcé les jeunes gens à rentrer dans les bornes du respect et obéissance à la loi, et qu'il en est résulté le double avantage d'étouffer dans son principe le germe d'un ferment très dangereux et de dissiper les inquiétudes des bons citoyens. Il serait à souhaiter que la Convention pût également faire disparaître les causes du malheur dont la société est travaillée depuis si longtemps, et qu*en rétablissant l'équilibre entre le papier et les marchandises, celles-ci puissent diminuer du prix exorbitant auquel elles sont portées; c*est absolument le vœu général. Du reste, Paris a présenté hier le tableau du calme le plus parfait.

Groupes, — Duval rapporte avoir entendu, sur les huit heures du soir, à Textérieur du Palais-Kgalité, des citoyens rassemblés dans un groupe s*exprimer ainsi qu'il suit : « La Convention jouit de son reste; elle ne connaît, quand elle a peur, que de mettre une force armée sur pied ; les jeunes gens ne feront rien aujourd'hui, mais ce qui est différé n'est pas perdu. »

Chailiy dit qu\m citoyen, dans un groupe, disait : « Nous avons encore plus d'un mois à souffrir m. « Comment à souffrir? » lui répondit-on. « Si nous souffrons, cVst que nous le voulons bien, puisque à chaque pas nous rencontrons des marchands de pain. » o L'abondance, disait un autre, ne règne que pour ceux qui ont les assignats. »

Legrand dit qu'hier, vers les dix heures du soir, il a rencontrée la porte Denis un groupe, où chacun annonçait ses besoins avec douleur, disant que, la cherté augmentant tous les jours, il ne serait pas

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étoxxuant que sous peu il y eût une révolution que le désespoir ferait naî t^ re, parce que Ton ne peut plus y tenir.

CHompère rapporte que, dans les groupes, place des Victoires et près la Trésorerie nationale, des citoyens, en parlant de la vente publique du pain, disaient que rien n'était plus vrai, que c'était le gouvernement qui avait accaparé les grains et faisait vendre aujourd'hui le pa.ixi très cher; on assurait même, continue Tinspecteur, que Ton en vexi.dait, n* iO, rue Montmartre, à 20 francs la livre, parce qu'il était bl^.iic, etque c'était le domestique du représentant Dubois-Crancé qui le ^rendait et en recevait le prix.

A.U surplus, tous les inspecteurs s'accordent à dire que le public assez généralement attribue les derniers troubles aux étrangers, aux pa.i-tisans de la royauté, et à tous les malveillants, de quelque section qu'ails puissent être, qui n'y sont pas indifférents [sic].

Cafés. — Les entretiens y roulaient sur les mesures prises par le gouvernement, auxquelles les bons citoyens applaudissaient autant pour le bien général que pour le bien particulier.

Spectacles. — L'ordre y a été maintenu, et le calme y a régné. Journaux. — Depuis quelque temps, la licence des journalistes est poussée très loin ; elle semble même au point de provoquer la surveillance des Comités de gouvernement; les uns, en passant en revue toutes les atrocités commises sous le régime décemviral, accusent la Convention entière, sinon d'une intelligence criminelle, au moins ^'une négligence très coupable, dont elle n'a, disent-ils, senti les conséquences qu'au moment où elle pouvait elle-même en être victime. D'autres, en discutant l'acte constitutionnel en tout ou en partie, cherchent à insinuer que les meneurs de la Convention veulent perpétuer leurs pouvoirs. Ceux-ci annoncent que quelques députés en roission, notamment à Bruxelles, ont déclaré que le cours des assi- ^ats était fixé au quarantième de leur valeur nominale. Ceux-là, «nfin, voudraient faire croire que la désertion se met dans nos armées, et, en représentant les défenseurs de la patrie exposés à toutes ïes misères, publient qu'ils ne sont pas vêtus, et qu'ils sont mal nourris ; ils n'oublient pas encore, en exagérant les pertes que nous pouvons faire, de relever les succès de nos ennemis, de démontrer <iue leurs forces augmentent, et que leurs préparatifs deviennent de plus en plus formidables. N** 623, Courrier républicain du lundi 20 juillet 1793 (vieux style), 2 thermidor an III de la République : le long article : Nouvelles de Paris, de ce numéro mérite d'être lu ' ;

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