‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 22 sur 141 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

[19 JUILLET 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 9a

il contient des assertions très dangereuses et des détails hasardés ; Tanolyse que Ton pourrait en faire ne rendrait que très imparfaitement l'opinion du rédacteur ; c'est dans la source même qu'il faut

puiser.

Commerce, Pain, — Quelques distributions deviennent orageuses ; celles de la section du Finistère ont éprouvé des difficultés, attendu que c'était le jour où Ton ne donnait que cinq onces de pain, l'afOche du Comité de sAreté générale n'admettant point la distinction de cinq à six onces données alternativement

Le Roux, Le Roy.

(Arch. nat., F »OII, Seine, 10.)

Journaux.'

Courrier rdpnbUcain du 3 lliormidor : « La fermentation qui tourmentait celle ville, ces jours derniers, paraît un j>cu calmée. Puisse cette tranquillité, si désirable, ne pas <^tre de nouveau compromise par quelque nouvel incident de l'intrigue ou du mécontentement! • On vend maintenant du pain au coin de toutes les rues, chez tous les marchands de comestibles, à Texccplion des boulangers. Cette bizarrerie n'est pas la moins frappante des temps où nous vivons. Comme ce ])ain est même au-dessus de la pro]>ortion de For avec les assignats, cette excessive cherté fait pousser les hauts cris à la classe indigenle. On n'entend partout que des plaintes dans toutes les rues, et ces plaintes jïeuvent avoir des suites plus dangereuses que les débats pour les chansons. » — Courrier républicain du 4 thermidor : « On jouait hier Figaro au théâtre de la rue Feydeau. Toutes les allusions sur le machiavélisme des gouvernements et sur la tyrannie des gouverneurs ont été saisies et couvertes des plus nombreux applaudissements. Il est un endroit de la pièce où Tun des personnages dit : « Les jeunes gens sont bien malheureux. » A peine cette phrase a-t-elle été entendue qu'à trois reprises différentes, les applaudissements, les acclamations ont empêché Tactcur de poursuivre. — Voici quelles sont les fouilles que le gouvernement a prises à sa solde : La Sentinelle ^ par Louvct * ;

1. En elTet,le Courrier républicain du 11 fructidor an III publia rarrêté suivant du (îouiité de sûreté générale, en date du 11 messidor : « Le Comité de sûreté générale, considérant ((u'il est très avantageux a la République de faciUter aux écrivains dont le civisme est connu la publicité de leurs pensées et le fruit de leurs mé(h'lations, arrête : 1" Que, dans les bâtiments qui ont été mis à la disposition de l'Agence des lois, il sera fait ch(ûx d'un emplacement pour rimpression du journal qui paraît sous le nom de la Sentinelle ^ et dont l'auteur est le représentant (hi peuple Louvet ; 2® Il sera procédé incessamment à la confection des ()uvrat;cs intérieurs qui pournmt être nécessaires pour supprimer les communications de cet einplacenient avec les autres parties du bâtiment occupées par J'Agence des lois: il ne sera fait que les ouvrag s les plus indispensables, et la (ioiuiuission des travîuix publics les fera exécuter sous le plus bref délai ; il sera ensuite dressé acte de l'état du local ; 3" L'Agence des lois mettra à la disposition du représentant du peuple Louvet quatre presses assorties de leurs caractères et

RÉACTION THERMIDORIENNE [iO juillet 1795]

^^ Bonhomme Richard^; Galletti^ ; ce dernier est rédigé par Piccini, -membre du Comité révolutionnaire de la section du Bonnet-Rouge, l'un de oeux qui ont été au tribunal criminel pour vol, concussions, tyrannie, en- Cin toutes les atrocités que l'humaine perversité j)eul imaginer. 11 est vrai que les jurés déclarèrent, à l'égard de Piccini, qu'il n'en avait pas tout à fait assez fait pour figurer aux galères avec ses collègues, et qu'il est absous. Voilà quels sont les hommes qui sont ministériellement chargés de la formation de l'esprit public '. — Gazette française du 3 thermidor : « On dit toujours ici que la terreur va être mise à l'ordre du jour; mais nous sommes autorisés à dire, nous, que cet horrible ordre de choses ne

s'établira pas Ce matin, la propriétaire de cette feuille, enceinte de

huit mois, a été éveillée par des commissaires de police, qui, après avoir dressé procès-verbal, au nom de la liberté et de la Déclaration des droits, l'ont conduite à la police et de là dans la prison des Quatre-Nations, où elle est encore en ce moment où nous écrivons. Cette mesure de sûreté un peu acerbe a été provoquée, dit-on, par une lettre de Tours copiée dans cette gazette, où, à l'occasion de M. de Hivarol, on fait, dans un épisode imperceptible, un éloge si ridicule du ci-devant comte d'Arbois, qu'il faut ne pas «ivoir lire pour le prendre pour du sérieux. On ne se serait pas imaginé que ce pelil prince, dont, quelques jours auparavant, on avait tracé si joliment les prouesses chevaleres(|ues à Coblentz, eût encore assez de pouvoir en France pour y faire lâcher dos lettres de cachet. Au reste, quel que soit le sort de la femme respectable dont nous parlons, dans la prison qu'on vient de lui donner pour asile, il serait difficile d'en être instruit; car depuis trois jours des ordres ont été donnés pour qu'on ne vit plus les prisonniers d'Etat sans un ordre exprès du gouvernement. 0 ma patrie ! »

autres accessoires, pour servir à l'impression de son journal. 11 en sera dressé inventaire, et le représentant du peuple Louvet fournira à l'Agence des lois sa soumission de les rétablir dans le même état qu'il les aura reçues, lorsque ce rétahlissement sera ordonné ou qu'il cessera la publication de son journal. — Les représentants du peuple, membres du Comité de sûreté générale ; signé : Gai-

THttR, MOXTMAYOU, KeUVELEOAN, M.-J. ClIÉNlER, ROVÈRE, CaLÈS, YsABëAU. — Au-

dessous est écrit : Renvoyé à la Commission des revenus nationaux pour l'exécution de Tarrêté ci-dessus du Comité de sûreté générale. Arrêté au Comité des finances, section des domaines, le 19 messidor an III; signé: Beaucheton; Rouzet, secrétaire ; Delacroix, Fourmy, Martel. — Pour copie conforme, signé : Houdeyer, secrétaire-général. »

^- Il s'agit du Journal du bonhomme Richard ^ qui avait commencé ù paraître le 1*' messidor an III. Bibl. nat.), Le 2/873, in-8. Cf. Tourneux, t. II, n» 10,993.

î^- Il s'agit du Journal des lois de la République française une et indivisible^ imprimé chez Galletti. (Bibl. nat., Le 2/742, in-4).

3. Le Journal du bonhomme Richard reproduisit cet article en l'attribuant au Courrier français, qui protesta dans son numéro du 7 thermidor, p. 292.

[20 JiiLLKT I79:i] RÉACTION THEHMIDORIENNE 100

cccux

2 THKHMIDOR AN 111 (20 JUILLET 1795).

Rapport du 3 thermidor.

/:sprU public, — Des rapports de ce jour il résulte que la tranquilliU^ au moins apparente, a régné, non seulement dans toutes les serlituis de Paris qui n^ont pris aucune part aux derniers troubles, mais nu^mo dans les quartiers qui, devenus le théâtre des discussions, avaiont Pair do présenter le tableau d'une arène de gladiateurs. Au rosle la jeunosso, éclairée sur ses véritables intérêts et paraissant abjurf»r ses erreurs, a cessé de se livrer à ses fougueux écarts ; elle semble mémo reprendre des sentiments de modération. Nous voudrions bien pareillement annoncer la cessation des autres calamités; mais cVsl avec douleur que nous sommes forcés de répéter qu'il est impossible dVn prévoir le terme, car laugmentation va toujours cnùssant : aussi la consternation est-elle générale, et la misère, dont la mesure est coniblèe, attaque indistinctement toutes les classes de la société, ciuirbées sous le fardeau de ses longues et pénibles souffrances,

'•»vn;»C5. — IVstavifiny. oflicier de paix, Saint-Rémy, Chatou, Fargues cl ("liailly, inspecteurs, rapporlont que les plaintes et murmurt^s du public se foui toujours enlenire. et qu'elles sont provoquées par IVxccssixe cherté et surtout parla vrnle publique du pain, exposé sur toutes les places à un prix exorbitant : ils ajoutent que le gouxcrnemenL qui est en étal de r^Muédier à tant de maux, est \i\enu*nt inculpe par le j»ul^lic de ne pa< <'cn occuper: on va même Jusqu'à dirt^ que la lVn\ cation n-ui^ .« mi> au bord du précipice et qu*on doiilc q-fcLe puisse n^uis en rtMirer.

l)nfn^S'»o\ ieunc et n.jval ann-^ncenl qu'hivr, i»laces ïlcalilé et des Vî,M»^jr»^<. les csiTit^ cîaicut f »rt e.^hAutTi'S à 1' ":.tsion delà vente du l' > c; «liarl-on qui >c f.^ t d'îi.ii.iî:;.:c s.:r i;S places, et qu'elle a iv ■ . r ;^ '. .\ : ;\ ;i u . • r . \ ; »î u . »i ci e .\ \ -^ : > . -.^ j a r ' a f . «r ?e a rm ée , quia t • ..,» : \ '..V ; iî;:;u.. r> * :. ; .c c ::, v..--a ;v vie p-.-îice de la section, \.. ^., . ;î^. ,;'.ï:^r.< !: ; rï^ vi- > s^-. ::< do iv-iice, il paraît que ■. i>^. : ;■,:...: ,^ '.^ rvA<>c .^,. y»c;;; '.•:■ r. -::• î-.-'.îvurs In^n et que les » . \ . .> v.-.iix :.,.:.:.: -, . : .:.; ;f-. -, es , ôi;r5.-:i |«ar la jeu-

101 REACTION THeRMlDORlENNE [20 juillet i795]

Cafés, — Legrand rapporte, d'aprèR-)es entretiens qu'il a entendus dans les cafés, que les citoyens s'occupeilklottiDurs de la misère et s'etîrayent beaucoup sur le sort à venir. — Chatpu.xléclare qu'hier on disait, au café de Foy, que les choses dureraient firitcof e longtemps, tant que nous aurons la Vendée contre nous, mais qù^rf y aurait un grand coup qui décidera de notre sort.

Compère dit que, dans les cafés de Cuisenier et autres, les cit jv^ns prétendaient que les jeunes gens ne s'en tiendraient pas là, qiTik? attendaient un grand nombre de Nantais, pour s'opposer avec eux à certains articles de la Constitution et connaître plus particulièrement les nouveaux terroristes ; le môme Compère ajoute que, dans les cafés de Manoury et du Parnasse, on disait au contraire que les Marseillais étaient furieux contre la jeunesse de Paris. Ces diverses assertions, tant de part que d'autre, nous paraissent apocryphes, d*autant qu'il est impossible que les habitants de ces deux villes, ci-dessus citées, paissent encore être instruits de ces derniers troubles.

Spectacles. — Le calme y a régné ; il ne s'y est passé aucun fait contraire au bon ordre et à la décence.

Journaux, — Le rédacteur de la feuille ayant pour titre Correspondance politique, dans son n* 437, à la date du lundi, 20 juillet 1795 (v. s.), ou 2 thermidor an III, article Paris *, s'est permis des réflexions plus que critiques contre la Convention ; nous avons surtout remarqué cette phrase ainsi conçue : * Sa conduite (parlant de la Convention) est d'autant plus inconcevable, que c'est contre ceux qui lui ont sauvé la vie dans les premiers jours de prairial qu'elle dirige ses terribles mesures. » Dans le reste de cet article, le journaliste, bien loin de croire aux sentiments de justice qui animent la représentation nationale, lui suppose le dessein prémédité de rétablir le système de terreur et lui reproche toutes les mesures qu'elle prend, comme des moyens astucieux et perfides propres à ramener le régime d'oppression et le régne de sang.

[Pain, etc. — Plaintes, pénurie.]

Surveillance, — 11 s'exerce depuis quelque temps un nouveau genre

Je brigandage ; des femmes rôdent à cet effet dans les rues, guettent

^^^ enfants qui s'avancent sur le pas des portes ou des boutiques ;

^^les les attirent à elles par de douces paroles, des cerises et des

i>on[>ons, elles les amènent dans la première allée, et là elles les

"^Pouilient sans les faire crier. Elles les enlèvent aussi par le môme

■ ^ journal manque, pour cette période, à la Bibliothèque nationale.

[21 JiiLLET 1795] RÉACTION..ttfERMIDORIENNK i02

moyen à leurs parents iflatttntffs ou à leurs bonnes insouciantes,

dans les rues et les nroiojîftades

. : *•• • HORNIN, ROUCOAS.

(Arch. nat.%l^:^*nt, Seine, 16.)

Rapport du 4 thermidor.

Esprit public, — Suivant les rapports de ce jour, le calme a régné hier dans Paris; les troubles des jours précédents paraissent comme non avenus. La jeunesse est paisible et silencieuse ; l'affiche posée à la porte de chaque boulanger^ portant que chaque citoyen recevra désormais une demi-livre de pain et deux onces de riz, produit un bon effet. Le public, quoique très mécontent de Texcessive cherté de toutes choses et toujours in«iigné de voir vendre publiquement du pain, surtout celui de munition des soldats, à un prix exorbitant, présage cependant de cette légère augmentation de ration un avenir plus heureux; il applaudit également à la loi sur les patentes, qui, en rendant au commerce un cours toujours libre, mais honnête, fera <lisparaître le brigandage, remontera le crédit des assignats, devenu presque nul, et ramènera incessamment les denrées et les marchandises à leur valeur réelle *.

Telle est, dans ce moment-ci, Topinion la plus générale. Les inspecteurs, en nous annonçant que la masse du peuple, toujours patiente et animée du meilleur esprit, conçoit la tiatteuse espérance de voir bientôt la fin de ses peines, nous préviennent en même temps que Ton ne peut être trop sur ses gardes pour déjouer les machinations sourdes des agioteurs et des factieux de toute espèce; quelques agents de police nous observent encore que jamais le Palais- Égalité n'a été rempli comme hier d'agioteurs qui y fourmillaient de toutes parts.

Mailly rapporte qu'hier Texéculion faite de deux assassins à la place de la Grève Ta été d'une manière si maladroite que les patients ont souffert très longtemps, ce qui a inspiré la plus grande horreur

1. Dans la stViiue «le la (Convention du 2 thermidor an 111, Vernier, au nom du Comité des llnanros, avait présenté un projet de décret portant établissement de patentes, pour toute espèce de commerce. Ce projet fut voté le surlendemain 4 thermidor.

J03 RÉACTION THERMIDORIENNE [24 juillet 17951

<«u publîCy qui en a murmuré beaucoup ; le même Mailly ajoute quUI serait bien nécessaire de faire poser une sentinelle pour empêcher les enfants de monter, comme ils Font fait hier, sur Téchafaud après Texéculion, ce qui est absolument contraire aux bonnes mœurs, aux principes d'humanité et à Thorreur du sang qu'on doit inspirer à la jeunesse.

Baude annonce qu*il a entendu dire qu'à présent on exigeait 500 à 600 livres de bénéfice pour échanger un assignat de dix mille livres. Legrand parle du même fait. On désire beaucoup rétablissement du bureau d'échange.

Compère observe que, relativement au bruit qui a couru que le domestique du représentant Dubois-Grancé vendait et débitait du pain publiquement \ on s'est trompé pour la demeure, qui n'est pas rue Montmartre, mais rue Neuve-des-Petits-Champs, n® 87, et que, information faite dans le quartier et chez les voisins, il en résulte que ce domestique vendait et débitait effectivement et publiquement du pain à 15 et 18 francs, qu'il faisait revenir {sic) de la Beauce, son pays, et qu'il n'a cessé que d'hier, parce qu'il n'en a plus, et qu'il en atleod encore à cet effet.

Cafés. — Mailly déclare qu'il a entendu dire hier au café de la Orolle-Républicaine, Maison-Égalité, qu'un setîer de seigle nouveau avait été vendu 1200 livres, et que ce prix effrayait. Du reste, aucun rapport intéressant ne nous est parvenu sur les entretiens dans les cafés.

Spectacles. — Le bon ordre, le calme y ont régné. Journaux. — Extrait du Courrier républicain^ n® 621, 3 thermidor : *<Les actes arbitraires recommencent; plusieurs mandats d arrêt ont été lancés contre des journalistes; une femme enceinte de huit mois, se trouve enveloppée dans cette proscription. Qu'est devenue la liberté? Qu'est devenue la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen? » C'est sans doute de la citoyenne De Barle dont il s'agit; le rédacteur de la Gazelle française, n** 1296, parle dans le même sens et observe que ce matin 2 thermidor, la propriétaire de cette feuille, enceinte de huit mois, a été éveillée par des commissaires de police qui après avoir dressé procès-verbal au nom de la liùerlé el de la déclaration des Droits, l'ont conduite à la police, et de là, à la prison desQuatre-Nations». Le Messager du soir, dans son n« 1066, 3 thermidor, offre une série de questions très malignes présentées par, « Dabo, cabaretier ». La réponse qu'il lui fait nous a paru, dans les

1 • Voir plus haut, p. 97.

^' Vuir plus haut, p. 99.

circonstances difficiles où nous nous trouvons, une épigramme bien sanglante. Nous avons encore regardé l'article Paris du même numéro comme une très méchante turlupinade contre le représentant Louvet et ses collègues, auxquels le rédacteur attribue le projet de se rendre despotes et de vexer tous les citoyens qui ne se rangeront pas sous leur bannière '.

Bois DE LOURY, GOSSET.

Rapport du 5 tuermidor.

Esprit public, — Les esprits ont paru hier très paisibles; la jeunesse, comprimée, est rentrée dans son devoir; aucune agitation ne s'est manifestée ; bref, Paris a joui du plus grand calme. Sans cette excessive et malheureuse cherté de toutes choses qui, toujours croissant, fait le désespoir général, on pourrait espérer incessamment un avenir plus heureux. Néanmoins la patience du peuple, quoique éprouvée par de très longues privations, paraît se soutenir. Il n'est pas un bon citoyen qui ne soupire sincèrement et avec ardeur après un gouvernement ferme, basé sur des lois répressives du crime et du brigandage et protectrices des personnes et des choses. Telle est la substance des rapports de ce jour, par lesquels les inspecteurs de police nous annoncent que la loi sur les patentes est généralement et de plus en plus approuvée par le public, qui augure de cette précaution la destruction des agioteurs. Legrand rapporte que l'esprit du peuple est bon, mais qu*il est cruellement travaillé d'inquiétude sur les moyens d'exister pendant Thiver prochain.

Groupes. — Marceau rapporte que, presque dans tous fes groupes, on y disait que l'on devrait expressément défendre le commerce caché qui se fait dans les chambres et appartements, lequel est devenu la source de Taugmentalion de toutes les denrées et marchandises. Bouillon dit que le public parait désirer beaucoup que le gouvernement prenne des mesures pour empêcher quantité de personnes

1. La Bibliothèque nationale, quoique son exemplaire du Messager du soir soit assez complet, ne possède pas ce n** lOGG.

4 0r> RÉACTION THERMIDORIENNE [22 juillet 17951

de se promener dans les rues et d'entrer dans les spectacles armées de ssibr-es. L'affiche ayant pour litre le Télégraphe est lue avec attentioYi par les citoyens, qui paraissent très satisfaits des vues utiles de morale et de sagesse qu elle contient.

Cézfés. — Les inspecteurs qui ont surveillé les cafés ne nous rapportent aucun objet d'entretien intéressant ; Compère est le seul qui no VIS annonce que, dans ceux vers le Pont-Neuf et la rue Honoré, plvis^ieurs citoyens disaient que Ion ne manquait pas de nous rapporter quelques avantages sur les Espagnols, mais que Ton nous cachait notre véritable situation dans la Vendée. Spectaclen. — Le bon ordre et le calme y ont régné. ^cumaux. — Le rédacteur de la Correspondance politique, 3 thermidor, article Variétés^ engage une sorte de discussion, accompagnée de réflexions tendant à jeter la plus grande défaveur sur la Convention, qu'il accuse d'avoir confié des pouvoirs à plusieurs de ses menibres Indignes de les remplir. L'article : Nouvelles de Paris, du "** 625 du Courrier républicain^ mérite d'être lu avec attention * ; *® rédacteur parait vouloir insinuer que la Convention adopte ^^jourd'hui des mesures tyranniques qui, dit-il, sont plus furieuses ^^ plus destructives quand elles sont exercées par plusieurs que par

"n seul

Bocouet-Destournelles, Le Roux.

(Arch. nat, F»* III, Seine, 16.)

Journaux.

^Ouvrier républicain du 5 thermidor : « Cette ville est tapissée d'affiches,

^^r^l la louable intention est de rétablir l'union entre les partisans de la

chanson des Marseillais et les amis du Réoeil du peuple. Elles in^nuent

aussi que les soldats de nos armées sont dos Français comme ceux qui n'y

^nt pas employés, et que, conséquemment, il ne doit y avoir entre eux

qu'unité d'action et unité de sentiments contre les ennemis du bonheur

V^iblîc; on voit que ces exhortations pacifiques ne ressemblent point aux rodo-

wionlades de Frond * ; et cependant il y a lieu de croire que tout cela vient

«lu magasin d'esprit public, ce qui prouve que les directeurs de cet esprit ont

rocoinmandé à ceux qui le fabricjucnt de lui donner un ton moins aijçre et

moins insolent. — Ils se tient, dans une maison connue, des conférences où Ton

^occupe des moyens de réunir les patriotes de 81) qui se sont échappés de

irance à Tépoque du 2 septembre et ceux qui y sont restés. Les circonstances

f"<? quelques personnes aperçoivent dans ce retour d'un certain nombre d'émi-

• ^ans cet article (n* du 4 thermidor, p. 172), il est dit en substance qu'un l'P'^ soutire moins d'avoir un tj-ran que d'en avoir plusieurs. "* Voir plus haut, p. 91.

[23 JUILLET 1795] RÉACTION THEMIDORIENNE 106

fjrcs divisent ceux qui fréquentent cette société, qu*on<lit puissante, mais moins sans doute pour Tintérét réel de la chose publique que parce que quelques personnes voient des rivaux qui pourraient devenir redoutables dans cette revue de nouveaux ou plutôt d*anciens patriotes. On s'occupe aussi, dans cette société, des moyens de défendre le gouvernement contre la violence de nombreux partis qui lui font la guerre; et en cela, on a raison; car le pire de tous les maux pour un peuple est de n'être pas gouverné. On y pose aussi en principe qu'un gouvernement, fit-il même une bévue à chacune de ses opérations, ne doit jamais avoir tort, dût-il le prouver même comme le loup le prouvait à Tagneau dans la fable de La Fontaine et d'Esope. Nous avons parlé plus haut d'un bureau d'esprit public ; on nous assure que cette institution singulière existe effectivement ; quelques hommes qui savent lire sont chaînés d'analyser tous les matins les divers journaux; leurs extraits sont portés sur quatre colonnes : les démocratiques, les aristocratiques, les royalistes et les républicains. Cet ouvrage fait, il est mis sous les yeux du gouvernement, qui le marque de son index. Est-ce le doigt de Dieu? est-ce le doigt de Tiiomme? Nous laissons à nos lecteurs la satisfaction de le deviner. » — c< La propriétaire du Bureau général des journaux n'est pas la seule sûr laquelle on ait voulu jeter le grapin de la liberté. On s'est aussi mis en devoir d'appliquer les dispositions de la Déclaration des droits sur la personne du citoyen Crétot, Voici ce qu'il nous en apprend dans sa feuille de ce matin ^ : « Plusieurs manf> dats d'arrêt ont été lancés contre quelques journalistes. La police adminis- » trative de cette ville nous en a notifié un hier, à huit heures du matin, par » un de ses inspecteurs ; il nous a été impossible d'obéir à cet ordre, malgré » notre soumission à la loi et notre respect pour les autorités constituées. De » grands travaux, les persécutions que la tyrannie a exercées contre nous, » notre traduction à l'infAnie tribunal de sang qui a égorgé tant de victimes » ont tellement alTaibli notre santé, que nous sommes obligés depuis quelque » temps de garder la retraite pour recouvrer nos forces. »

Rapport du 6 tuermidor.

Esprit public. — Des rapports de ce jour il résulte que, dans la journée d'hier, il ne s'est passé rien de contraire au bon ordre et à la tranquillité publique, qui, d'après les sages mesures du gouvernement, paraît entièrement rétablie. Les inspecteurs de police, en nous faisant part de ces heureux effets, ne nous dissimulent pas que le

1. Alexandre Grctot rédigeait un journal intitulé : Le PosliUon des années et Bulletin fjcnéral de la France et de l'Europe. La Bibl. nat. (Le 2/783, in-i n'en possède qu'un exemplaire fort incomplet, où manque le numéro en question. Cf. Tourneux, n» 10,887.

107 RÉACTION THERMIDORIENNE [23 juillet 1795]

peuple, quoique satisfait de recevoir à présent une ration de pain un peu plus forte que ci-devant, voit toujours avec la plus grande indignation la vente publique qui s'en fait constamment dans les rues et sur les places à un prix exorbitant ; c*est à cet affreux monopole, regardé comme le plus infâme des trafics, que le public attribue Tavilissement, disons plus, le discrédit presque total des assignats, et par suite le renchérissement extrême et toujours progressif des denrées et marchandises de toute espèce, surtout des bois et charbons, dont l'augmentation révoltante, d'un jour à l'autre, inquiète vivement les citoyens et surtout la classe indigente. Le bruit se répand qu'à la décade prochaine la ration de pain sera encore augmentée. Bouillon rapporte que les créanciers de l'Etat témoignent des inquiétudes relativement à ce qui leur est dû par la nation.

Groupes. — Mailly [dit] que, dans un groupe considérable au Jardin national, on s y plaignait très amèrement des agioteurs, dont le grand nombre, disait-on, se trouve composé d'individus employés par la République ; on désirait à cet égard des mesures répressives. Leroy jeune, Dufresnoy et Chatou déclarent que, dans quelques groupes au Jardin-Égalité, on parlait sourdement de la désertion de nos troupes, qui se réunissaient, disait-on, aux Chouans et aux Vendéens.

Cafés, — Dans le café de Foy, on s'y est entretenu du décret qui accorde pour solde supplémentaire deux sols en valeur métallique aiix soldats de la République * ; plusieurs citoyens en paraissaient très satisfaits ; mais d'autres observaient que les malveillants profileraient de cette mesure pour discréditer de plus en plus les assignats. On allait jusqu'à dire que celte différence était très impolitique. (Extrait des rapports de Leroy jeune, Dufresnoy et Chatou).

Compère rapporte que, dans plusieurs cafés et notamment à celui du Parnasse, plusieurs citoyens se plaignaient très amèrement de la difficulté que l'on éprouvait à changer les assignats de dix mille livres 6l de la cupidité des agioteurs, qui exigent jusqu'à cinq cents livres de bénéfice; nous avons parlé de cet objet dans notre rapport précédent, en observant que le public désirait justement rétablissement de bureaux d'échange.

Mfiches. — Il parait dans ce moment-ci plusieurs affiches; la preïûièrea pour titre : le Cri de la Justice à la Convention nationale fPB,r t^'élot; il crie au terrorisme et à la tyrannie et se plaint de la Comniission de police, qui a décerné contre lui un mandat d'arrêt; il

l. C'est le décret du 5 thermidor an IH.

[2:{ JiiLLET 1795] RÉACTION' THEHMIDORIENNE i08

proteste que, malgré tous les dangers qui le menacent, il dira toujours la vérité. La seconde est d'un détenu à la Conciergerie pendant onze mois à Louvet (du Loiret], représentant du peuple ; il accuse les colons, et principalement Page et-Bruslé, d'avoir organisé Témeute à la faveur de laquelle la boutique de ce représentant a été assiégée. La troisième a pour titre : Dialogue entre un déshérité et son fils ; elle a trait au rapport de la loi du 17 nivôse ; elle est conçue dans un style très ironique et propre à faire présumer qu'on né s'occupe pas du bien de la patrie *.

Spectacles. — Tranquilles et sages

Journaux, — Extrait du Courrier républicain, n* 626, 5 thermidor: le rédacteur avance que dans une maison connue existe une société naissante, où Ton a posé en principe qu*un gouvernement, fit-il même une bévue à chacune de ses opérations, ne doit jamais avoir tort, dùt-il le prouver comme le loup le prouvait à l'agneau dans la fable de La Fontaine et d'Esope *. Ne peut-on pas considérer l'assertion du rédacteur comme tendant à insinuer que le gouvernement actuel est à la fois injuste et tyrannique ?

Commerce. Pain. — La plupart des boulangers des sections de Brutus, du Faubourg-Montmartre et de la Butte-des-Moulins n'ont encore donné que sept onces de pain, ce qui a excité beaucoup de mécontentement, qui retombe sur les commissaires. Dans la section Le Peletier, plusieurs personnes ont manqué de pain

GossET, Bouchas jeune.

(Arch. nal., F«eIII, Seine, ll>.^

Journaux.

Gazette français** du 0 tlicrinidor : « Si ron exccple quehjues placards, où Louvet esl élevé jusqu'aux nues, el (]ui occupent un peu nos oisifs, rien depuis huit jours ne parait offrir ici ^rand intérêt. On se demande toujours où nous en sommes dans la Vendée, el qui que ce soit ne peut nous en donner des nouvelles. Il faut croire que tout y va hien, puisqu'on n'en parle pas. Ce qui pruuve qu'on a j;énéralement une l>onne opinion de ce qui s'y passe, c'est que, depuis hier, le prix des nuitières d'or et d'arjreul a diminué. On assure que le louis d'or n'était plus ce matin qu'à 773 livres. Il est à craindre que le ilécret qu'on vient de rendre, et qui accorde un supplément de solde de deux sols en numéraire aux olTiciers et soldats «le nos armées, ne contribue à faire

\. Lo *» lloréal an lU, la ('.i»nventii»n avait «loori'té « la suspension de toute action intontéo i»u procédure commencée à Toocasion do leffet rétroactif résultant do la loi du 17 nivôse sur les suocession? ». Ce «lécrot fut abrogé par la loi du l\ vendénûairo an IV.

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