Paris, Mignerct, s. d., in-8. Bihl. nat., Lb iJ/lUSi
que. la récolte de vin soit aussi abondante qu'on Tcspérait ; aussi le paic-t-on aujourd'hui six francs la bouteille dans les plus mauvaises auberges ; et Dieu sait quelle sorte de vin on y donne au manœuvre qui est obligé de recourir à ces sortes de marchands ! Le prix des denrées est aussi exorbitant, et il augmente tous les jours. Celui des matières d'or se soutient dans un balancement continuel, suivant les manœu>Tes des agioteurs ; car, malgré la loi sur les patentes, celte engeance-là est aussi nombreuse qu'autrefois. On publiait ce matin qu'en considération de la solennité, nous aurions aujourd'hui une livre de pain, et déjà les plaisants disaient que Robespierre, qui n'a jamais fait que du mal pendant sa vie, s'avisait de faire du bien après sa mort; mais nous sommes restés à notre demi-livre ; on n'en manque pas d'ailleurs pour de l'argent. Tous nos carrefours, toutes nos places publiques en sont remplis. U»s boulangers sont les seuls citoyens qui n'en aient pas. On en trouve à trois prix : à 12, à 1,"» et à 18 livres. Tout porte à inviter le gouvernement à prendre sur cela des mesures efficaces, pour faire cesser cette sorte d'agiotage, qui, pendant le cours de l'hiver, pourrait avoir des suites dangereuses. »» '•^Courrier répuldicain du 14 thermidor : « Le 9 thermidor a été célébré ici par plusieurs sociétés, dans lesquelles on s'est engagé de célébrer la même fête. Les toasts ont été portés à la liberté, à l'humanité et à la gloire des thermidoriens. Une de ces fêtes a eu lieu chez Tallien. Voici les toasts (|ui ont été portés dans cette assemblée. Lanjuinais a proposé le premier : il a été porté au milieu des acclamations. 1° Au 9 tiiermidor, aux représentants amis de la liberté, qui, dans ce jour mémorable, ont abattu le tyran et depuis ont abaissé la tyrannie. Puissent l'attachement de leurs collègues et l'amour des Français être la récompense de leur patriotisme et de leur dévouement I Tallien a porté le second, qui a été adopté avec les mêmes applaudissements. 2® Aux députés mis hors la loi sous la tyrannie de l'ancien gouvernement, aux soixante-treize, aux autres victimes de la Terreur et à tous ccuix qui, dans ces temps désastreux, sont restés fidèles aux lois de l'amour et de l'amitié. — « J'ajoute, dit Louvet : et à leur union intime avec les hommes du 9 thermidor. » Voici les autres toasts qui ont été portés : 3o Les années de la République ! Puissent-elles trouver dans la paix glorieuse qu'elles préparent la récompense de leur dévouement ! Tous les convives ont répété : « Oui, la paix, la paix! »> 4^ Les m»1nes des Français morts en combattant contre la royauté. ")° Les amis de l'égalité et de la liberté, «juelques pays qu'ils habitent. 0® Les puissances amies de la République française. 7<> La (constitution de la République ; puissent la sagesse et la rétlexion de ses représentants corriger les défauts «jui pourraient s'y être glissés, avant de la soumettre à l'acceptation ! 8^ Le général Kosciuszko, et tous ceux qui, comme lui, sont dans les fors pour la liberté. \v* La clémence : puisse le peuple français victorieux donner l'exemple de cette vertu! 10*^ La concorde entre tous les représentants, amis de la justice et de l'humanité. Il* Le vainqueur (le (Juiberon. On a aussi porté un toast aux utiles amendements qui peuvent être faits au projet de (4onstitulion. >» - - Courrier français du 10 thermidor : « La (convention a célébré paisiblement la fête du 9 thermidor, (i'est sans doute par mesure de précaution, que le gouvernement avait fait cantonner beaucoup d(» gardes nationales autour du lieu où elle lient ses séances ; car tout a été fort tranquille pendant toute la journée. Les bons citoyens sont trop intéressés à prendre part à la joie que la destruction de la
ilO RÉACTION THERMIDORIENNE [28 juillet 1795J
tyrannie a occasionnée dans toute la France pour qu'ils eussent permis que les
séditieux, s'il en est encore dans Paris, parvinssent à exciter parmi nous de
^agitation et du trouble. » — La Sentinelle du 3 thermidor avait donné le
texte de Thymne composé par Marie-Joseph Chénier pour l'anniversaire du
d thermidor.
CCCLXVII
Rapport du 41 thermidor.
Esprit public. — Du rapport de ce jour il résulte que, pendant la journée d'hier, le calme a été le même que les jours précédents, et ^ue 1 opinion publique parait se prononcer toujours en faveur de la Aépublique, avec le désir d'un gouvernement juste et stable.
Les inspecteurs nous annoncent que, d'après les avantages signalés, dus aux armées victorieuses des défenseurs de la patrie, le peuple est disposé à concevoir les plus douces espérances ; ils ajoutent encore qu'il ne manquerait rien à la satisfaction des citoyens, s*iis pouvaient entrevoir le terme de leurs longues et pénibles souffrances, dont la durée cause toujours les plus vives inquiétudes et excite beaucoup de mécontentement.
Groupes. — Dufresnoy rapporte que les marchands qui vendent le pain publiquement sont insultés à chaque instant par quantité de personnes, qui les traitent de scélérats et déclament contre le gouvernement de souffrir de pareils abus, et dit encore que de tous côtés On n*entend que plaintes et propos inconsidérés.
Télel dit que les murmures et inquiétudes sur la cherté des denrées subsistent toujours, et que, dans les entretiens, les citoyens diraient entre eux : a II n'est pas bien étonnant que tout augmente ^après le décret relatif à la progression des frais de transport. »
Legrand dit que, passant hier rue Denis, près la place des Innocents, il a vu un grand rassemblement autour du corps de garde; cjue, s'étant approché pour en connaître le sujet, il a appris que Cî'était un homme de campagne que l'on venait de prendre, parce c:iu*il vendait du pain moisi à 42 francs la livre ; il ajoute que Tindi- ^ation des femmes était à son comble.
Desiérois [dit] que, dans les groupes du Jardin-Egalité, les conversations y étaient fort chaudes sur le commerce, la cherté que l'on éprouve et la vente publique du pain.
Bouillon [dit] que Tesprit public se prononce, comme depuis longtemps, sur la vente du pain et Texcessive cherté des denrées et marchandises, c'est-à-dire que, de toutes parts, on n'entend que plaintes et murmures. Loignier, que Ton murmure de plus en plus contre les agioteurs, et que sans cesse on se plaint de l'excessive cherté des denrées, dont le prix augmente tous les jours. Chatou, que les marchands de pain excitent la haine plus que jamais, qu'il a vu le moment où un de ces marchands avait couru le risque d'être pillé sur le Pont-au-Ghange ; il ajoute que, si ce commerce continue, il est à craindre qu'il n'en résulte des événements fâcheux. Marceau, qu'hier, vers les six heures du soir, il a vu, à la Porte -Saint-Martin, une voiture qui pouvait contenir environ une voie et demie de bois neuf, dont le prix, d'après le dire du conducteur, a été porté à 725 livres. Il observe que cela a excité vivement le mécontentement des citoyens présents, qui l'ont traité de voleur et de fripon ; il ajoute avoir entendu dire à plusieurs : « Sans doute, si tu n'étais pas soutenu, tu ne ferais pas un pareil commerce ; mais il faut espérer, ajoutait-on, que tout se découvrira. » Il dit encore que le public, indigné, se plaignait très fort du gouvernement.
Cafés. — Dans celui de Foy, plusieurs citoyens assuraient que la paix était signée avec l'empereur; les inspecteurs qui rapportent ce fait disent que cette nouvelle, vraie ou fausse, paraissait causer la plus grande joie aux citoyens présents, qui ne respirent que la paix. Compère déclare que, dans les café rue Honoré, de la Régence et de l'Union, on s'y entretenait de la victoire remportée sur les émigrés, dont on contestait même la vraisemblance, parce que, disaiton, il est impossible que deux mille hommes de nos troupes, très fatigués, aient pu tailler en pièces ou faire prisonniers dix mille émigrés retranchés sur un rocher escarpé et décidés à vaincre ou mourir.
Spectacles, — Le bon ordre y a régné; on y a joui de la plus grande tranquillité, mais dans [les] collidors (sic) mal éclairés et à l'entrée, rue Feydeau, où il y avait la plus grande affluence, il y a eu beaucoup de vols de montres et de portefeuilles.
Commerce, Pain, — Sans égard aux affiches qui sont à la porte des boulangers, la plupart d'entre eux font toujours payer le pain et le riz au-dessus de la taxe ; on murmure, mais on n'ose refuser; on ne peut même appuyer ses justes réclamations, parce que les commissaires distributeurs témoignent l'insouciance la plus absolue sur les intérêts du peuple, en négligeant de faire exécuter les arrêtés en sa faveur. A ces particularités, le public y joint le mécontentement
i21 RÉACTION THERMIDORIENNE [29 juillet «795]
de se voir frustrer de l'espérance qu'il avait conçue de recevoir incessaniment une livre de pain.
Dubout; ayant aperçu sur la boutique du nommé Leroux, limonadier, rue Dominique, au Gros-Caillou, trois pains de munition, dont deux à lui, et un à la nommée Bourbotte, demeurant dans la même maison, les a conduits tous deux devant le commissaire de police; ils ont déclaré les avoir achetés à des soldats, au quai d'Orsay. La Commission fait surveiller ces vendeurs.
Marchés. — Le nombre des voilures d'approvisionnement arrivées aux halles, le 9 et le 10 courants, se monte à 4016. Les pommes de terre y étaient en très petite quantité, se sont enlevées avec beaucoup de précipitation, au prix de 25 à 35 livres le boisseau ; le beurre, 16 et 17 francs la livre; les œufs, 750 livres le mille; les fromages de Brie ont été enlevés avec rapidité, même avec confusion
Bouchas jeune, Hormn.
(Arch. nat., F * • III, Seine, 16.)
Journaux.
Courrier français du il thermidor: « On dit qu'il se forme une société appelée Société du 9 thermidor. Le but de cette association, bien différente de celle des Jacobins, est de maintenir les bons principes, et surtout d'opposer une digue à la violence de ceux qui voudraient faire revivre le règne de la Terreur. On y a porté hier de nombreux toasts à la liberté de la presse et à la prospérité de la Bépublique. » — Même article dans le Messager du soir du 12 thermidor.
CCCLXVIII
Rapport du 12 thermidor.
Esprit public. — Suivant les rapports de ce jour, le calme s'est soutenu hier, à Paris, comme les jours derniers ; tous les inspecteurs s'accordent à dire que la nouvelle du traité de paix avec l'Espagne a répandu la plus grande joie dans tous les cœurs.
Nous ne répèlerons point les récits de tous les fléaux dont nos rapports, depuis longtemps, contiennent Ténumération et retracent les détails affligeants ; nous nous bornerons à observer qu'il nous paraît urgent d'appliquer à tant de maux un remède efficace et prompt.
Il est cependant des faits consignés dans quelques rapports de ce jour que nous ne pouvons passer sous silence.
Groupes. — Duval rapporte qu*on se plaint dans le public de ne pouvoir plus vivre ni se vôtir, vu le prix excessif de toutes les denrées et marchandises et du peu de ressource que Ton trouve dans la Convention nationale, qui voit tout, souffre tout, n'arrête rien ; H termine en déclarant que ces propos sont particulièrement tenus par la classe bourgeoise, secondée par celle peu fortunée, et qu'ils ne sont excités que par leurs besoins journaliers.
Ghailly annonce avoir été témoin d'une conversation entre plusieurs citoyens rassemblés, qui disaient : a C'est une fort bonne chose que la paix avec l'Espagne ; mais, ajoutait-on, si nous avions du pain, si Ton s occupait de ramener la paix et la tranquillité dans l'intérieur, si le prix des subsistances pouvait diminuer de manière à y atteindre, cela serait bien meilleur encore. » Le même inspecteur ajoute que le décret sur la première réquisition fait beaucoup de mécontentement*.
Leroy jeune et Dufresnoy disent que la cherté agite toujours les esprits, que Taugmentation progressive, depuis quelques, jours sur le bois, le charbon et la chandelle, inquiète beaucoup les citoyens, qui disent unanimement : « Comment pourrons-nous faire cet hiver, si nous sommes privés de tous ces objets, tellement nécessaires qu'il est impossible de s'en passer, à peine de périr de froid et de misère? »
Michault, qui parle dans le même sens, expose que tous ceux qui ne peuvent vivre que de leur place ou métier sont très eCFrayés et disent : i< II n y a que les gens de commerce et les agioteurs qui peuvent maintenant se procurer lexistence ; les artisans et petits rentiers seront réduits au désespoir. »
Cafés. — Tous les inspecteurs qui ont surveillé les cafés rapportent que la nouvelle de la paix avec TEspagne était la base de la conversation de tous les bons citoyens, qui applaudissaient vivement à cette heureuse négociation, due aux succès de nos armées.
Spectacles. — Tous ont été très tranquilles, à la réserve de celui de TAmbigu-Gomique, boulevard du Temple, où la première représentation* de la pantomime des Chouans ou V Héroïne française, quoique tn*s applaudie par le public, a été troublée par un jeune homme qui, par dos gestes et la parodie des airs qu'il chantait, paraissait improuver le sujet de la pièce. Didier, qui rapporte le fait, dit qu'ayant invité ce jeune homme avec douceur et fraternité à se tenir
1. Il sajrit sjins doute du décret du 10 thermidor an III, qui accordait une amnistie aux soldats ayant quitté leurs corps pour rentrer dans llntérieur, et leur ordonnait de rejoindre ilans le délai de dix jours.
*23 RÉACTION THERMIDORIENNE [30 juillet 1795]
tranquille, il haussa la voix au contraire avec un ton d'ironie, qu'il ne voulut pas écouter davantage le commissaire civil de la section, qui ^uî fit lui-même des représentations, et que, sur son invitation de sortir, il s'y refusa ; pour raison de quoi, la force armée, requise, le conduisit chez le commissaire de police de la section, où il a dit s'appeler Roger, ancien artiste du même théâtre. Didier ajoute que, ce jeune homme s'étant mal comporté chez Tofficier public, [celui-ci] prit le parti de le faire conduire au violon avec une escorte de quatre hommes, mais qu'un instant après, le caporal est venu annoncer que des jeunes gens en foule l'avaient fait évader.
Les officiers de paix, dans leurs rapports particuliers, déclarent
que la défaite des émigrés donne lieu à des conjectures ; on trouve,
disent-ils, une espèce de louche dans la manière dont on a rendu
conapte de cette affaire ; il parait surprenant qu'ils aient pris tout leur
équipage; on n'y a pas fait mention de caissons et de chevaux, de
^orte^ ajoutait-on, que pour ne laisser aucun doute, on attend un
détail plus circonstancié de cette affaire
HoRNiN, RoucHAS jcunc.
lArch. nat., F*«nï, Seine, 16.)
Journaux.
^^oxtrrier françavt du 13 thermidor : « LeI agioteurs ont été déconcertés ^'C''- Aussi voit-on ce matin l'inquiétude et l'effroi peints sur leur physionoiTki^. A.ussitêt qu*ils ont appris le traité conclu avec l'Espagne, chacun tl<'ti>c s'est empressé à faire dos affaires d'une manière analogue à la nouvolio qu'ils venaient de recevoir. En peu de minutes, les matières d*or et (i argent ont baissé d'un huitième. Cependant quelques heures après, leur prix^ a remonté un peu; et il paraît qu'aujourd'hui le prix du soir s'est sout'^nii . On assure que le louis valait encore ce matin de 720 à 730 livres. »
Rapport du 13 thermidor.
^ ^prit public. — Nous voyons, par les rapports de ce jour, que les
*^Hants de cette grande cité ont paru tranquilles pendant la journée
'^'^r. Les inspecteurs nous annoncent que la Convention recueille
* Oule part les marques de sincère dévouement de tous les bons
citoyens, à Toccasion du traité de paix conclu avec TEspagne ; cette nouvelle, reçue avec une satisfaction générale, est regardée par le public comme un acheminement à la paix générale, objet des vœux les plus ardents des bons Français. On ne désire pas moins le rétablissement de la tranquillité intérieure, Textinction totale de toutes les h aines et vengeances, et enfm le mode d'un gouvernement tutélaire et conser\'ateur^ à lombre duquel chacun puisse vivre sans trouble. C'est alors, dit-on, que renaîtra la confiance, seul remède aux peines affreuses que Ton éprouve depuis si longtemps et aux inquiétudes dont le peuple est sans cesse dévoré. Les causes nous en sont souvent retracées par les agents de police ; à cet égard, ils nous apprennent aujourd'hui que le public a manifesté une vive sensation d'inlérèt, lorsqu'il a appris que la Convention avait chargé ses quatre Comités réunis de lui faire un rapport sur rétablissement d*un prix uniforme de toutes les denrées, basé sur Téchelle de proportion et concilié avec la liberté du commerce*.
Groupes, — Ce dernier objet, celui de la paix, auquel se sont mêlées quelques expressions de douleur invoquées par le sentiment du besoin et de la misère, faisait la matière des conversations dans les groupes : quelques citoyens craignent toujours les suites funestes de l'état où nous sommes, mais le plus grand nombre espère.
Cafés. — Aucun rapport digne d'attention ne nous est parvenu concernant les entretiens ordinaires des habitués des cafés sur les objets politiques.
Spectacles. — Le bon ordre et la tranquillité y ont régné; Dufresnoy observe qu'au théâtre de l'Ambigu-Comique, boulevard du Temple, où l'on a donné une grande représentation des Chouans ou les Héroïnes ffxmçaises^ pantomime, plusieurs personnes, qui étaient au parterre et aux premières loges, se sont retirées, en disant avec mépris que jamais elles ne reviendraient voir une pièce pantomime jacobiste ; mais, continue Tinspeoteur, celte retraite n'a occasionné aucun désordre. Au passage de la dernière scène, où les Chouans sont mis en déroute, leur chef fait prisonnier, que Ton reconnaît être au moins jacobin, celui-ci se jette à genoux pour demander grâce ; la musique a joué le Heveil du peuple : c'est alors, ajoute Dufresnoy, que les applaudissements ont été universels, et que quelques personnes dos premières et de ramphithoàtre ont crié : « Point de pràce aux jacobins î ils sont tous buveurs de sanar. ^»
Journaux, — Leolun^ faite avec attention de tous les journaux qui