On tiv^utYra c^t .\rt;ole i ia pi^ «uix^LCte
147 RÉACTION THERMIDORIENNE [8 août 1795]
tout fait sentir dans le prix des denrées coloniales; plusieurs personnes Tattribuent aux nouvelles heureuses que nous avons reçues de Saint- Domingue. — Il y a foule à la porte de la Trésorerie pour rechange des billets de dix mille livres. Ce matin, elle était si considérable, que la police avait cru devoir établir un piquet de cavalerie. » — Courrier républicain du 2i thermidor : « L'un des rédacteurs de la Gazette universelle y sur les presses duquel on a apposé les scellés, est toujours dans les fers. Rien n*égale le courage qu'il a déployé, lorsque les sbires de la police sont venus lui signiGer sa lettre de cachet. « Quel est lé rédacteur, lui ont-ils dit insolemment ? — C'est moi. — Et l'imprimeur î — C'est moi. — Et le prote? — C'est encore moi. Enfin c'est moi qui est (sic) tout ici. » Cet écrivain estimable a passé onze mois dans les cachots du Luxembourg et de la Conciergerie sous Robespierre. 11 convenait qu'il fût la première victime saisie par les continuateurs de Robespierre. Au reste, ce qui est bien flatteur pour lui, c'est la manière honorable dont la section de Guillaume-Tell, qui est la sienne, a pris sa défense. Les numéros, lus en séance publique, ont été couverts d'applaudissements; deux commissaires ont été nommés pour solliciter auprès du Comité de sûreté générale sa mise en liberté. MM. Boudin et Sevestre, signataires du mandat d'arrêt, auront peut-être plus de respect pour des envoyés du peuple que pour la liberté de la presse. » — Courrier républicain du 22 thermidor : « Les scellés sur les presses des journalistes ont été levés. Il faut espérer que de pareils attentats aux droits de l'homme ne se renouvelleront plus. » — Sentinelle du 28 thermidor : « Le Comité révolutionnaire de la section du Contrat-Social a été jugé le 21 au soir, après onze jours entiers de débat. Voici le jugement intervenu : Balesticr est condamné ^ six ans de fers et à six heures d'exposition sur la place de Grève. Guiraud, ^ six ans de gène, à quatre heures d'exposition, et renvoyé en outre au jury <!6uiral, pour décider s'il y a lieu à accusation, comme ayant provoqué la dissolution de la représentation nationale, et ayant donné l'ordre de battre la générale le 31 mai, et de sonner le tocsin *. Paly, Laporte, Ballardelle et Patte sont condamnés à deux ans de gène et à quatre heures d*exposition. Le trihuQal a prononcé contre Robert la dégradation civique, et l'a condamné à être attaché au carcan pendant deux heures. Les coaccusés étaient : Chéry, David, Moreau, Privé, Mairas, Pujamicle, Payen-Deslauriers, Mignard, Gascard, Petit, Dinot et Grainville ; ils ont été convaincus de divers délits ; mais ie tribunal n'y a point vu d'intention criminelle, ils ont été acquittés et seront mis en liberté dans les vingt-quatre heures. »
1. Observez que ce Guiraud fut toujours aux Jacobins et à sa section le plus affreux calomniateur, le plus mortel ennemi de Guadet, son compatriote. (Note de la Sentinelle.)
CCCLXXIX
Rapport du 23 thermidor.
Esprit public. — Paris est toujours dans la plus parfaite tranquillité. A voir, pendant la journée d'hier, Taffluence du monde qui couvrait toutes les promenades, à Taspect de la sécurité apparente de tous les habitants de cette grande cité, on ne pourrait jamais se figurer que les conjonctures présentes soient aussi pénibles. Cependant la misère est toujours la même ; l'espérance seule adoucit Tamertume. Le peuple soupire sans cesse après la paix et un gouvernement juste ; le retour de Tabondance et la facilité de subsister occupent toutes ses pensées. Dans ce moment-ci, Topinion générale se prononce fortement contre les malfaiteurs qui, dans tous les genres et sous toutes les formes, ont causé les plus grands maux. Le public ne veut plus désormais être dupe ou victime de tous ces charlatans qui, sous le masque du patriotisme, ont trompé sa crédulité ; il met tout son espoir dans le bon esprit de la Convention, dont il attend son salut. Telles sont nos remarques, d'après les rapports du jour, dont suit l'analyse de ceux qui contiennent des faits particuliers à l'appui.
Bouillon dit que le public applaudit généralement à Tépuration que fait la Convention, et qu'il désire très fort qu'il n'y reste que des gens très purs et surtout désintéressés; il ajoute que la cherté des subsistances excite toujours les mêmes plaintes.
Groupes. — Marceau déclare que dans les groupes, on disait : a II y aura donc toujours des fripons dans la Convention ! On devrait bien ajoutait-on, l'épurer de manière qu'il n'y reste que des hommes probes. » Chatou, Fargues, Leroy jeune, Dufresnoy et Vannier rapportent à peu près les mêmes faits. Ancelle expose qu'il lui a été dit que, dans plusieurs sections, on avait réincarcéré les individus mis en liberté.
Duval, après avoir rendu compte de l'opinion des citoyens répandus dans plusieurs groupes de la cour du Palais-Égalité, qui approuvaient l'épuration, ajoute que Ton y tenait encore les propos suivants : « Si, après cette épuration terminée, tout ne va pas mieux , il n'y aura qu'un moyen à employer, c'est de couper l'arbre jusqu'à la racine, et même de Tarraclier pour le brûler. Nous parlons librement ; vienne
RÉACTION THERMIDORIENNE [9 août 1795]
Qo^s écouter qui voudra ! Nous nous f s des espions, mais nous
^■^^ns la. vérité. »
tîous ne devons omettre que plusieurs inspecteurs rapportent que '^ public paraissait hier très froid sur la fête de ce jour*. Compère ^^^tamment déclare avoir entendu dire à des femmes à la Halle qu'il ^Oudrait mieux s'occuper de faire baisser les denrées que de donner ^ ^s fêles inutiles et dispendieuses.
Cafés. — L'épuration faisait la base de la conversation des citoyens ^^i regardaient comme très urgentes et en même temps très efficaces, ^^s mesures prises à cet égard par la Convention*. Quelques parti- ^^uliers prétendaient que, si elle se faisait avec impartialité, il ne res- ^^rait que peu de membres dignes de la confiance du peuple ; on y t^arlait aussi de la paix, et on paraissait croire qu'elle devait être ^oinoncée aujourd'hui comme conclue avec toutes les puissances, excepté l'Angleterre.
Spectacles. — Ont tous été très paisibles; néanmoins, au théâtre ^es Arts, à la fin du second acte, il fut élevé du bruit au parterre ; plusieurs voix ont crié : A la porte le Chouan! A la porte le terrO' 9*iste I Tous les spectateurs ont répété : bis I Mais, le troisième acte «yant commencé presque aussitôt, le calme s'est rétabli tout à fait. Culte. — Les inspecteurs qui nous ont rendu compte des cérémonies du culte, exercé dans plusieurs églises de Paris, rapportent que tout s'y est passé avec décence, et n'avoir remarqué rien de contraire aux principes du gouvernement.
Journaux. — L'article entier Paris^ du Journal de Perlet, n? 1045,
présente des réflexions amères sur les mesures que le gouvernement
vient d'employer envers quelques journalistes. C'est à la source même
quil faut recourir pour avoir une idée exacte de la manière avec
laquelle le rédacteur critique cette opération *
Le Roux, Rouchas jeune.
(Arch. nat., F > « III, Seine, 16.)
Journaux.
Courrier français du 23 thermidor: « La Convention nationale fête demain ^'^'^iversaire du 10 août. Celte époque rappelle un événement qui ne s'effa-
. • ï^l s*agit de la fête qui devait avoir lieu pour Tanniversaire de la journée du
,^ ^ 22 thermidor an III, la Convention avait décrété d'arrestation sept de ses
-j'^^^res : Bo, Dupin, Piorry, Chaudron-Roussau, Laplanche, Massieu, Fouché. ^^* * ^^ous ne reproduisons pas cet article, qui est fort long et offre peu de faits
cera jamais de la mémoire des hommes. C'est en ce joar que la République,
créée sur des cadavres, naquit au milieu d'un torrent de stng » (Suit
une diatribe contre les républicains).
Rapport du 24 thermidor.
Esprit public. — Au moyen de ce qu'il est principalement question, dans les rapports de ce jour, des objets relatifs à la féie d'hier et des propos auxquels elle a donné lieu, nous allons passer de suite à Tanalyse des faits qui y sont consignés.
Groupes. — Bouillon rapporte qu'hier, dans la nnatinée, on parlait, dans les endroits publics, de la fête avec beaucoup d*indifférence, et que Ton témoignait que ce n*était guère Tinstant de se livrer à la joie, lorsque la misère se faisait sentir partout; cependant, ajoute-til, vers les six heures du soir, une foule immense s'est rendue au Jardin national; la tranquillité a régné pendant le concert; le public a applaudi à la simplicité et à Téconomie, et Ton a paru content de ce que Thymne des Marseiiiais et le Réveil du peuple n'ont été ni joués ni chantés.
Marceau dit que la fête a produit des effets peu joyeux; il dit encore que le public, quoique satisfait de Tépuration de quelques membres de la Convention, parait craindre encore que le Sénat ne renferme toi^ours dans son sein des mandataires infidèles.
Saint-Rémy expose qu'il serait bien à souhaiter que la troupe à cheval ne f lU pas aussi impudente : il cite, A cet égard, le fait suivant : arrivé hier A trois heures auprès de Sainl-Germain-FAuxerrois, un chasseur, en ciMiranl, a renversé des femmes ; il s'est même permis de traiter de muscadins les personnes qui ont blâmé son élourvlerie.
Leroy jeune ^rapporte qu'] au concert, lor^u'on a joué l'air Ça riM. |>hi<iours voix >o sont fait entendre et ont dit : « Cela ira mieux encx^re. quand on nous donnera la livre de pain. » A quoi il fut répondu par beaucoup de personnes : « C'est une grande vérité. » Ce même inspecteur expose qu'hier, vers les quatre heures, auprès du Palais-E^lité, l'insolence d'un marchand de pain avait indigné le peuple, que Ton .t eu de la peine k contenir.
ISl RÉACTION THEHMIDOHIENNE [10 août 1795]
Dufresnoy dit qu*un représentant en costume a été insulté assez grièvement, dans la rue Saint-Honoré, par le peuple qui lui disait, entre autres choses : Donne-nous du pain plutôt que de la musique et des concerts. L'inspecteur eyoute que ceux de qui il tient ce fait, dont il n'a pas été témoin, lui ont paru dans les mêmes principes que ceux qui se sont permis des écarts dont nous rendrons compte.
Ghailly dit que le peuple, en s'assemblant pour la fête, disait : « Cela serait plus gracieux, si Ton avait du pain, ou si Ton savait quand on en aura. »
Duval déclare que les citoyens de la classe infortunée tenaient, cSans les groupes dont il s'est approché, les propos suivants : « Les x*eprésentanls se réjouissent aujourd'hui; la Révolution n'est avantageuse que pour eux; car, pour nous, nous n'avons pas de pain, et, siux approches de l'hiver, pas de moyen de nous procurer du bois et ^u charbon. »
Mailly dit que l'on a été peu satisfait que le président, dans son
<iiscours à la Convention, ait laissé entrevoir qu'il y avait encore des
liommes douteux dans le Sénat *. « Les citoyens, disait-on, sont bien
invités à la paix et à la concorde; mais, au lieu de nous donner
l'exemple, les représentants sont toujours divisés. »
Fargues dit que l'opinion est toujours fortement prononcée contre les représentants qui ont dilapidé la fortune publique.
Loignier dit que nombre d'individus, sur la place du Palais-Ëgalité, en voyant vendre du pain à 15 francs la livre, disaient qu'ils aimeraient mieux être sous le régime de Robespierre, qu'alors la Convention avait soin des malheureux; mais aujourd'hui, pendant qu'on les fait mourir de faim et à petit feu, les représentants boivent, mangent et s'enrichissent aux dépens du peuple. En général, tous les inspecteurs se réunissent à dire que la tranquillité a régné hier partout, et spécialement au lieu de la fête, quoiqu'il s'y soit fait beaucoup de Vols. Nous ne passerons pas sous silence les observations de quelques agents de police, que la diminution dans le prix des marchandises se fait sentir à peine au détail; plusieurs même disent qu'elles augmentent encore, ce qui fait murmurer.
Cafés. — Aucun rapport sur les entretiens dans les cafés.
Spectacles. — Aucun fait contre le bon ordre et la tranquillité.
Commerce. Pain. — D'après un grand nombre de rapports, il parait
1. Il s^agit du discours que Daunou, président de la Conventioo, prononça dans la séance du 23 thermidor, pour célébrer l'anniversaire de la journée du 10 août. {Moniteur^ réimpression, t. XXV, p. 465, 466.) Mais on n'y rencontre rien de semblable à ce qui lui est prête dans le Rapport.
iO 40«;7 179$ RÉACTION THERMIDORICOSE i»
qutt'î^r le public a témoigné beaucoup de mécontentemeDl de ne recevoir une Hrre de pain, comme il s y attendait; les l>oulanger8 e même le^ commif^f^aires ont eu beaucoup à souffrir; dans quelque endroits* néanmoins les distributions s*f «ont terminées avec Iran
quillité
Surveillance. — ... Buisson rapporte que le citoyen Pierre Fa chel, demeurant ftection de Montreuil, est mort hier dlnanition, ainsi qu'il ent c^in«taté par le rapport de Tofflcier de santé; le commissair de p^ilice a dressé procès- verbal. . . .
BoCQUET-DeSTOURXELLES, ALLETZ.
Urch. nat., F' «III, Seine, 16.'
Journaux.
Courrier françai» du 24 thermidor : « Les agioteurs se battent ; cela es iKin Higfie. On raconte que, ces jours-ci, deux d'entre eux, au grand amuse m«nt de la galerie, se sont pris aux cheveux, poché les yeux, roulés dans 1 pouHftière, au sujet de la diminution du prix de la chandelle et du sucre, don l'un avait fait, sur le conseil de Tautre, une assez bonne provision. — L haiMHi; de quelques marchandises, et surtout des denrées coloniales, se soutien toujours. Les heureuses nouvelles de nos Iles, la richesse de la récolte, Tespoi prempie assuré d'une paix prochaine et générale, toutes ces circonstances, nou Tespérons du moins, doivent fmir par améliorer noire situation, depuis long temps HJ pénible. Opendant le prix des comestibles, et on en sent bien 1 raiHon, ne suit que de très loin encore la progression décroissante. Le pai de seigle nouveau se vend fort cher. L'Opéra, au lieu de diminuer ses places vient de les augmenter énormément ; comme cela est de première iwcei xitt^ pour bien des personnes, on y va, malgré le prix, tout comme aupa ravant. »• — Journal du Bouhommo. Richard du 24 thermidor : « Paris, d i.7 thermidor ou U) août. Jour fameux dans l'histoire. Un temps superbt comme le jour où le trùne fut démoli par le canon des vainqueurs de la Baî tille ; une Samaritaine qui, depuis hier soir, carillonne Ça ira, la Marseii laisr, le Ht^vnil du peuple ; une Assemblée majestueuse, qui s'est déba; rassée de ceux qui la déshonoraient, la veille de ce célèbre anniversaire, et qi va jurer aux pieds de la Liberté débarbouillée une haine éternelle à la royaui et i\ la tyrannie; des appariMices d'une paix qui remplira de joie tous les cœui épanouis déji\ par l'espérance ; une récolte immense, qui fait sauter d'aise h moissonneurs dont nos champs sont couverts; du blé qui vient par charretéi dans la grande ville : les raisins qui mûrissenl à souhait ; la portion de pai qui va doulder : l'agiotage qui va se noyer ; le sucre qui diminue ; h*s denré< t|ui vont baisser; nos amis à moustaches qui triomphent; toutes les cadenett de\euues de jolies queues; une Constitution, un pouvoir exécutif qui vo marcher ; les \ainqueurs de Quiberon qui boivent le rhum des émigrés, q se divertissent avec les guinées de Pitl ; la terreur et le royali>me à tous 1( diables; les coquins épouvantés; les perturbateurs déroulés; l'esprit pubi remonté ; le fanatisme réduit à des simagrées ; les lunettes à bon marché
153 RÉACTION THERMIDORIENNE [H août 1795]
quel tableau, quand quelques ombres, encore trop noires, en seront retranchées ! — L'esprit des sections prend aujourd'hui la meilleure direction et fait espérer enfin que la lâcheté cachée, que les passions haineuses ne les guideront pas dans leur marche; car celle de TÂrsenal doit elle-même remettre à Taccusateur toutes ses accusations. — Hier, en passant dans la rue Antoine, je fus tout étonné de voir un petit abbé, d'un certain âge, ayant le manteau court ondoyant, le rabat, les cheveux ronds et Thabit noir. Enfîn, il ne lui manquait qu'une calotte luisante pour être tout à fait en petit abbé de cour, un petit chérubin. Tout le monde montrait au doigt ce nouveau et ridicule personnage, désobéissant à la loi qui défend de porter le costume ecclésiastique autre part que dans l'église. Je crus d'abord que c'était un acteur de quelque spectacle voisin qui, venant de jouer le rôle du Tartufe, avait trouvé commode de s'en retourner chez lui en habit de théâtre ; mais point du tout : c'était un vrai prêtre. J aurais alors été très fâché pour l'honneur de la religion, dont il est ministre, qu'on l'insultât. Les voies de fait sont bonnes pour quiconque aime le désordre et l'anarchie. Mais si cependant quelques polissons, car il y en avait qui le suivaient, s'étaient avisés de crier : Haro sur monsieur Vabbé! de couvrir de boue son manteau, de déchirer son rabat, il se serait donc attiré ces injures ; et les bigots auraient jeté les hauts cris, en disant : « Voyez comme on tolère la liberté des cultes ! » Comme si le culte tenait à deux chiffons de gaze ou de soie, portés par un faquin qui foule aux pieds l'opinion, et ne se soumet point aux lois, quand il devrait lui-même donner l'exemple à leur entière soumission ! Ces impertinents contempteurs de l'ordre social sont pourtant les premiers à se plaindre de l'anarchie. Et n'est-ce pas être anarchiste que de désobéir aux lois? Mais parlez de lois à des effrontés qui bravent lout, citez-leur l'Evangile même où Jésus dit à ses disciples : Rendez à César c€ qui appartient à César ^ c'est-à-dire : Obéissez aux lois; ils vous riront iu nez et n'en iront pas moins leur train. Aujourd'hui, ils endossent le petit manteau, le rabat bien empesé ; demain ils prendront la soutane et la culotte ; ensuite ils se promèneront dans les rues avec l'étole et le surplis, et fmiront par faire la chapelle dans toutes les rues, les processions dans toutes les villes, et chasseront bientôt tous ceux qui ne seront point de leurs sectes ; car vous savez qu'hors de VÉglise, point de salut, .. Pourquoi la police ne ramasse-t-elle pas ces beaux masques ? »
CCGLXXXI
U THERMIDOR AN III (il AOUT 1795).
Rapport du 25 thermidor.
. ^ '^'•'^ public. — La tranquillité publique, pendant la journée
^^^,aété la même que les jours précédents; mais les esprits, aigris
» aspérité des circonstances, s'abandonnent toujours aux plus
^ inquiétudes. Ce n'es! plus qu'à très ggrands frais qu'on peut se
procurer sa subsistance. En effet, la ration de pain étant toujour modique et la diminution dans le prix des marchandises n'ayant abso lument rien de réel, ces calamités prolongées fatiguent à Texcès le! trois quarts des membres de la société ; le plus grand nombre a déjj vendu ses meubles et effets, et, dans Timpuissance où ils se trouveol de lutter davantage contre les malheurs, dont il n*y a plus de raison de prévoir le terme, les uns se livrent aux plaintes, au désespoir, ou meurent à la peine ; d'autres, et le nombre en croit à vue d'oeil, ne peuvent se soutenir que par Tagio. De cet horrible brigandage il résulte un cours de tromperie et de mauvaise foi qui n'a plus de bornes; il produit, à chaque instant, le surhaussement des denrées el discrédite le papier de manière effrayante. Telles sont les remarquée auxquelles donnent lieu les rapports de ce jour.
Groupes. — Loignier dit que partout on crie sur la cherté et qu( partout [on crie] hautement contre la Convention. Chailly, que les plaintes se réitèrent tous les jours, et que l'on tourne en ridicule l'é* puration actuelle de la Convention.
Mailly rapporte que toutes les conversations portent avec elles ui caractère de doléance qui fait vraiment pitié^ et que Ton entend des plaintes très amères contre les députés qu^on accuse d'autoriser les agioteurs et de l'être eux-mêmes.
Duvai dit qu'une femme, dans un groupe, après avoir fait le tableai le plus hideux de ses misères, a sjuuté, d'un ton ferme et persuasif les paroles suivantes : » Citoyens, il est plus que temps de parler i vos législateurs; pour pou que vous tardiez» il sera trop tard; repré sentez-leur, <i parmi eux il se trouve quelques-uns qui aiment l'ha manité, qu'ils abandonnent leurs intérêts particuliers pour s'occupe
des niNtres » Le même inspecteur observe que, si la Conventio
pouvait être à portée d'entendre toutes les conversations dans Tinté rieur des maisons^ elle y reconnaîtrait le même esprit et la même opinion.
Leroy jeune. Dufresnoy, Ohatou el l^aucoup d'autres inspecteurs nous peignent aussi la misère et le désespoir du peuple.
Enfin. Compère dit que, sur les places publiques et du côté des halles et marches, on murmure de ce que l'aucmentation de ration n'a pas eu Heu chez les Innil Angers, tandis qu'il y en a une aussi crande quantité dans toutes les rues de Paris, qui se vend toujours à 15 el 16 francs b livre; il ajoute que la cherté des dennèes, étant toujours la mênv^. jette Talarme el le désespoir dans les pauvre^
^^n1:llc^.
(V"«, — i»n r.'> ^arUil pd> axanta^^eusiment de la motion faite pai
155 RÉACTION THERMIDORIENNE [il août 1795]
un membre de la Convention nationale, tendant à faire supprimer les assemblées de sections * ; on y disait que c*est la faction du représentant Dubois-Grancé, qui, pour se venger, cherche à persuader que les sections de Paris veulent s'arroger un droit de domination; on y ajoutait que cette allégation n'était qu'un prétexte imaginé par la faction jacobite. Il ne faut pas, disait-on encore, que les sections s'endorment, car rien de plus évident que cette faction, qui s'agite dans tous les sens, tend encore à se relever et à nous réduire au plus honteux esclavage.
Spectacles. — Paisibles. Bouillon dit cependant qu'aux Variétés- Amusantes il y a eu quelques altercations assez vives entre des citoyens qui s'étaient emparés d'une loge louée et les locataires de ladite loge. Il ajoute qu'avec l'assistance du commissaire civil de la ' section, il est parvenu à apaiser la querelle et à faire jouir de la loge les personnes qui l'avaient louée.
Commerce. Pain. — Si quelques délits se commettent présentement aux distributions, ils ne proviennent que du fait des boulangers ; le public s'y montre très paisible ; tout son désir est de recevoir une livre de pain; il espère que cette augmentation fera baisser le prix
des denrées, dont il souffre de plus en plus
Surveillance.''' ••• Boissel dit que le nommé Humbert Huriot, septembriseur, reconnu par la quittance qu'il a donnée d'une somme de 25 livres par lui reçue pour avoir travaillé au massacre des prêtres à Saint-Firmin, a été arrêté hier sur la section du Jardin-des-PIantes ;
il est au Plessis
Boys de LourYi Fauconnier.
(Arch. nat., P< « UI, Seine, 16.)
Journaux.
^zette française du 25 thermidor : « Paris offre toujours Taspect de la PJU5 parfaite immobilité. Le pain se soutient toujours à 16 francs la livre ; la ûislribniion journalière n'est toujours que d'une demi-livre par personne. Des "p^dins de sang de bœuf continuent à infecter les rues. Les fruits et les ^^mes, quoique en abondance, sont d'une cherté désespérante. Quelque S^nde que soit la misère du peuple de Paris, en général, le soir il n'y parait P*8; les spectacles sont pleins comme à l'ordinaire ; les Champs-Elysées et ^^* boulevards sont fréquentés par une foule immense d'agréables des deux
^^^s, qui, par l'élégance de leur parure et le jeu riant de leur physionomie,
*• Cette motion avait été faite par Villers dans la séance du 24 thermidor. La ^ûvention la repoussa le lendemain 25, sur le rapport de ses Comités. (Moniteur, ^«aprcssion, t. XXV, p. 471, 'Ji.)
inspirent presque autant de bonne humeur que le tableau du jour a inspiré de tristesse. Au reste, questions politiques, acte constitutionnel, jury dit constitutionnaire, bruit de paix, bruit de guerre, Tinsouciance sur ces sortes d'objets parait être universelle. Toujours même foule à la Trésorerie pour réchange des billets de dix mille livres. Hier, dès neuf heures du soir, les citoyens, rangés en queue, attendaient leur tour à la porte du bureau, qui cependant ne devait s'ouvrir que ce malin à l'heure ordinaire. » — Gazette française du 26 thermidor : « Il n'est plus question aujourd'hui de la Jfarseillnise, du Réveil du peuple, de cadenettes retroussées, de collets noirs, de cravates vertes. On nous laisse la liberté de chanter, de nous coiffer et de nous habiller à notre gré. Il n'y a plus que les journaux qui sont encore sous la férule de certains personnages. » — Messager du soir du 21 thermidor: « Paris, 26 thermidor : On a donné avant-hier, au théâtre de la rue Feydeau, la reprise du Philinte de Molière; la vertu franche et courageuse d'Alceste a excité les plus vifs applaudissements. On a surtout accueilli avec enthousiasme ces deux vers où Alceste dit que, dans un siècle,
Où rien n enrichit tant que le crime et le vice, La pauvreté, souvent, est un heureux indice.
Les rares talents qu'a déployés Mademoiselle Lange, qui déjà n'a plus de modèle pour les rôles de sensibilité, ont ajouté un nouvel intérêt à cette excellente pièce; Mole surtout a paru se surpasser encore lui-même; on eût seulement désiré que Saint-Phal ou Fleury se fussent chargés du rôle de Philinte, qui, s'il n'est pas entièrement semblable au Philinte de Molière, n'a que trop de modèles aujourd'hui dans la société. Pourquoi faut-il, en payant à la pièce et aux acteurs un juste tribut d'éloges, qu'on ne puisse se rappeler le nom de son auteur (Fabre d'Eglantine) sans frémir d'horreur et d'indignation ? » — Journal du Bonhomme Richard du 26 thermidor : « Non, ce n'est pas en vain que je vante mes lunettes. Que ne m'onl-elles pas fait voir depuis quelques jours ? J'ai vu des prêtres intolérants, et rebelles aux lois, refuser à un de leurs collègues do dire la messe dans un des temples que la nation indulgente leur accorde à tous, et cela, parce qu'il avait obéi aux lois de l'Etat et à celle de la nature ; cela au pied d'un pilier où était affichée cette loi du 11 prairial : « Lorsque les citoyens de la même commune ou section de » commune exerceront des cultes différents ou prétendus tels, et qu'ils réclame* » ront concurremment l'usage du même local, il leur sera commun.» — J'ai vu les pieux et point du tout ambitieux conciliabules de quelques évêques constitutionnels, autour du tombeau miraculeux du janséniste Paris, et leurs décisions pontificales contre leurs anti-célibataires collègues. *- J'ai vu le pain moisi que des malveillants ont jeté par leurs fenêtres, en plein jour, pour exciter les murmures d'un j^euple cjui en mange. — J'ai vu le libertinage le plus effréné s'établir au déclin du jour dans la place de la Révolution, et nos courtisanes exercer très joliment l'art de la Chouannerie. — J'ai >ti, dans les Champs-Elysées, de charmants réduits d'agioteurs et leurs dépenses énormes. — J'ai vu dans le Palais-Royal (ce nom lui convient plus que jamais), j'y ai vu les tripots de jeux, les ventes de montres et de bijoux, les petits marchands de mousselines chassés par ordre de gros vendeurs des arcades ; j'ai vu la marchande de fruits ambulante forcée de quitter la place pour que les marchands de comestibles puissent sans concurrence vendre leurs melons
i57 RÉACTION THERMIDORIENNE [12 août 1795]
60 livres et leurs abricots 30 sols. — J'ai vu, près les portes Martin et Denis, des scélérats agioteurs se glisser au sein des groupes qui se forment les soirs autour des crieurs de journaux, pérorer après les annonces contre les opérations de la Convention et aigrir les esprits par la peinture des maux du peuple. Je les ai vus se glisser aux portes des boulangers pour y gémir sur le retard que le gouvernement apporte à la livraison de la livre de pain, et fixer telle ou telle époque qu'ils savent bien ne pas être sûre, afin que le peuple, déçu de Fespérance qu'ils lui avaient donnée, soit plus mécontent encore. — J'ai vu, dans la crainte des visites, des ballots de marchandises disparaître des boutiques et se réfugier dans les maisons de divers amis, qui pourront bien payer quelque matin leur complaisance. — J'ai vu un ample magasin de verreries. — J'ai vu des porteurs d'eau casser inhumainement la cruche d'une pauvre femme qui, ne pouvant pas en payer la voie 20 sols, venait en cherrher elle-même. — J'ai vu des charbonniers, aussi insensés que les nobles, et de mauvaise foi comme eux, recourir à leurs anciens privilèges et barbouiller de noir un individu qui, trouvant le charbon assez cher et ne voulant pas en auf^menter la valeur par le prix du port, prétendait se servir lui-même et le f^orier. — J'ai vu des tireurs de bois flotté demander 200 livres pour leurs
jou rnées, des garçons de chantier exiger 20 livres par toise pour le mesurer. — J'ai vu ce que bien des catholiques ne voient pas, la statue de Jean- Jacqoes placée par une section au milieu du banc de l'œuvre d'une église, voilée par respect pour les saints mystères que cet hérétique a quelquefois combattus, sous les pans de deux tapisseries dont une représente Mercure m^i va conduire Hébé au banquet des divinités païennes, et dont l'autre offre ^^ départ de Diane pour la chasse ; le portrait de Philippe, roi de Macédoine, très reconnaissable à Tinscription latine qui le désigne, tenir lieu 'd'un *^bleau pieux que l'on a enlevé d'une des principales chapelles. — J'ai vu. . . En voilà assez pour aujourd'hui ...»