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Rapport du 24 fructidor.
Esprit public. Assemblées de sections, — Les rapports de ce jour, en nous apprenant que pendant la journée d'hier le calme a régné tant au dehors que dans l'intérieur des assemblées primaires, nous observent qu'elles professent toujours les mêmes principes. Les dé- Pûlations respectives se sont multipliées, matin et soir de section à section; celle du Nord a reçu des députés de deux communes exté- ''heures. Tous les arrêtés respirent {sic) la garantie', la liberté et l'indépendance. L'opposition est toujours formelle aux décrets des 5 et *3 fructidor.
La loi qui défend toute communication avec les départements et ^^s armées y est surtout regardée comme attentatoire à la souverai- ^^ié du peuple* ; il parait même qu'il y a déjà infraction aux dispositions de ce décret. Plusieurs sections se sont déjà déclarées perma- ^ïites jusqu'à ce que le Corps législatif soit en activité; elfes sont ^^idées à soutenir avec beaucoup d'énergie tout ce qu'elles appel- ^^t les droits des citoyens. On s'y plaint encore très amèrement du ^^Uge et de la protection que les terroristes remis en liberté trouvent ^Hs le sein de la Convention. La section de la Butte-des-Moulins a envoyé hier à celle Le Peletier une députation avec un arrêté ten- ^^ni à inviter toutes les assejiiblées primaires à nommer un citoyen P^ur concourir à la rédaction d'une adresse aux départements et aux
^ < Allusion à VAcée de garantie adopté par la section Le Peletier le 20 fructidor ^^oniteur, réimpression, t. XXV, p. 686) et communiqué par elle aux 47 autres '^^tions, qui, à son exemple, garantirent presque toutes Tinviolabilité des ci- ^yens. M. Zivy (Le iS vendémiaire an IV, p. 29, note 6) a trouvé la preuve que ^ Sections adoptèrent de ces actes de garantie. Il n'est pas sûr que les 8 autres ^ ^ent pas fait de même. Mais les documents ne permettent pas de Taffirmer.
^* Il s'agit de la loi du 21 fructidor an III, qui déclarait attentatoires à la sou- ^^Taineté du peuple les réunions de commissaires des assemblées primaires et ^^urs missions près d'autres communes ou près des corps militaires.
[9 SEPTEMBRE 1705] RÉACTION THERMIDORÏENNE 23i
armées. Le citoyen La Harpe a prononcé à cette occasion un discour qui a été applaudi avec enthousiasme.
Tel est Tesprit des citoyens réunis en assemblées primaires.
Les rapports de la surveillance extérieure nous présentent de données qui annoncent la plus grande variation dans Topinion.
Groupes. — Bouillon rapporte que la cherté de toutes les denrée continue à donner lieu à toutes sortes de propos injurieux contre 1 Convention.
Le Roy-Pavace dit que la section des Amis-de*la-Patrie a adopté I décret de la réélection des Cinq- Cents.
Marceau [annonce] qu'hier soir on faisait courir le bruit que l'o avait planté des potences destinées à ceux qui n^obéiraient pas au lois de la Convention. La Commission est informée que ces potences posées dans la rue du Roule, sont destinées à Teffet d'un nouvea procédé d*illumination.
Le môme inspecteur ajoute que, dans plusieurs groupes, on disa hier que les royalistes s'agitaient beaucoup pour renverser Tédific de la nouvelle Constitution, mais qu'ils n'y parviendraient pas. M. chault et Dufresnoy rapportent avoir entendu les mêmes propos dai les groupes dont ils se sont approchés.
Chailly dit que tous ceux qui, dans les lieux publics, parlent faveur de la Ccmvention sont regardés comme d'infâmes terroriste il rapporte avoir entendu dire, dans des conversations, que le pe pie, en ce moment, devrait bien se décider entre la République eU Monarchie, et que, dans Tun et l'autre cas, il faudrait que la minoKse soumit à la majorité pour fermer la porte aux révolutions.
Legrand dit : « Je me suis approché d'un groupe où Ton blàiKbeaucoup la conduite de la Convention de montrer autant d*opiv treté contre les sections. »
Vannier rapporte que lopinion publique se partage sur les déc r des 5 et 13 fructidor ; il dit avoir vu, dans le cours delajourJi« plusieurs groupes de citoyens compo^s de citoyens de toutes classes dont les uns étaient pour, les autres contre.
Romnoy rapporte qu'à Pontoise il y a eu douze personnes — tuées ; il ignore si cela s'est passé dans l'assemblée primaire ou s dehors; il parait constant, ajoute-t-il, que c'est par opposition d'op nions et que plusieurs militaires ont contribué à cet assassinat. L. Commission, d'après les renseignements qui lui sont parvenus, es informée que le tout se réduit à un simple démêlé entre des mili" taires et des citoyens réunis en noce, survenu à l'occasion de Thymni des Marseillais et du Réveil du peuple; l'opposition a donné lieu ï
231 REACTION THERMIDORIENNE [iO septembre 17951
des coups de part et d'autre, dont quelques personnes ont été blessées ; mais, en total, cette rixe particulière a été si peu conséquente qu'elle n*a pas excité la plus légère sensation dans la ville de Pontoise.
Cafés. — Aucun rapport.
Spectacles. — Aucun fait particulier contre le bon ordre et la tranquillité.
Journaux, — Même animosité que de coutume [dans] les réûexions du n® 675 du Courrier républicain^^ et à Farticle Variétés du Cour~ rier universel.
Commerce. Pain. — Aux portes des boulangers de la section des Gravilliers, il se forme des rassemblements très tumultueux ; les femmes, mécontentes de la portion de pain, qui est toujours la même, se permettent les propos les plus séditieux contre le gouvernement et les autorités constituées
Pasté.
(Arch. nat., F * « III, Seine, 17.)
CDXI
Rapport du 25 fructidor.
-Gsprii public. Assemblées sectionnaires. — Paris a présenté hier ^^•^age de la plus parfaite tranquillité. L'intérieur des assemblées sec- ^^Unaires est également calme ; les citoyens qui s'y réunissent, péné- ^^^ pour la plupart de leurs droits, professent toujours les mêmes *^^*îiicipes de souveraineté. Presque toutes les sections ont rejeté les ^^crets des 5 et 13 fructidor. Plusieurs, comme nous l'avons déjà dit, ^^ sont constituées en permanence. Les opérations s'avancent au t^oint que, dans plusieurs sections, le dépouillement des scrutins pour ^U contre l'acceptation de l'acte constitutionnel a déjà donné à connaître que le vœu était prononcé en sa faveur. Dans quelques-unes on ^a très incessamment procéder à la nomination des électeurs.
Les communications entre les sections par députation ont toujours lieu : on y lit les arrêtés, les uns modérés et d'autres très exaltés. Les communes voisines viennent aussi fraterniser.
1. n s'agit d'un article contre les républicains : A mes bons amis les terroristes!
[10 SEPTEMBRE 1795] HÉACTION THEHMIDORIELXNE
Les deux sections du Nord et de rObservatoire, sur la demande plusieurs citoyens, ont arrêté qu'elles commenceraient l'opération di scrutin.
Suivent ici quelques faits particuliers, dont nous croyons nécei saire de donner connaissance.
Groupes, — Mailiy rapporte que toutes les sections doivent invitées à se transporter à celle des Quinze-Vingts, à TeOet de l'en gager à rapporter son arrêté ' ; et que celle de l'Unité doit encore in viter toutes les autres à nommer des députations, qui porteront 1* tation de Tacte constitutionnel à la Convention et lui feront qu'elles persistent dans leur arrêté concernant le rejet des décret des 5 et 13 fructidor.
Bouillon dit qu'un membre de la section de la place Vendôme a fi part d^une lettre qui lui a été adressée par le président de l'assembl^^ primaire de Glermont-en-Beauvoisis, par laquelle il est dit que S. 4 gouvernement a fait passer, sous le cachet de la Convention, pliM.* sieurs écrits injurieux aux Parisiens et propres à influencer Topinion ; la section de la Place- Vendôme a arrélé que cette lettre serait communiquée aux autres sections.
Didier déclare que la section des Quinze-Vingts a envoyé à celle de Le Pelelier une députation, à la tête de laquelle Torateur a dit qu'elle avait accepté la Constitution sans aucune exception, mais que cette acceptation n'avait été produite que par la malveillance, et qu'elle n'était pas conforme aux principes des honnêtes gens.
Chatou annonce avoir entendu dire, dans les cours de la section de THomme-Armé, qu'il courait un bruit dans le public que l'acceptation annoncée par la Convention de plusieurs communes des départements était supposée, et que ces nouvelles étaient faites exprès.
A l'égard des opinions au dehors des assemblées, d'après les rapports des inspecteurs, elles nous paraissent très partagées et contradictoires.
Groupes. — Desiérois rapporte que, dans le public, on dit que les individus qui composent aujourd'hui les tribunes de la Convention sont tous des Jacobins et montagnards payés par le gouvernement.
Fargues, Dufresnoy et Michault déclarent que les ouvriers réunis en groupes, dans différents quartiers, se prononcent pour la Convention; et attribuent aux royalistes et aux meneurs des sections tous les arrêtés contre les décrets des 5 et 13 fructidor.
1. Le 23 fructidor an III, la section des Quinze- Vingts avait adopté à une grande niajoritts résultat d'un scrutin fermé, les décrets des 5 et 13 fructidor. {Moniteur^ réimpression, t. XXVI, p. C3.;
233 RÉACTION THERMIDORIENNE [10 septembre 1795]
ATcuinîer dit que Tesprit public se forme pour la République ; on pctT^ll sentir la nécessité de la réélection des deux tiers, non pas me un devoir, mais pour les intérêts de la chose publique.
l^a.iné [rapporte que] dans tous les groupes on entend mille hor-
urs contre les députés, auxquels on reproche d*avoir, tant à Paris que dans les départements, fait périr tant d'innocentes victimes ; il dit aussi avoir appris que plusieurs représentants ont été maltraités ue paroles au Palais-Egalité, et qu'il est arrivé au moment où Ton conduisait au corps de garde un militaire pour avoir dit que les clioses iraient toujours mal tant que la Terreur ne serait pas à l'ordre du jour.
Du reste, mêmes plaintes, égal mécontentement et très prononcé sur la cherté révoltante et toujours progressive de toutes choses.
Tous les inspecteurs se réunissent à dire que le passage du Rhin et la victoire qui en a été la suite ont excité la plus grande joie et fait renaître l'espoir d*une paix prochaine.
Cafés. — Aucuns rapports.
Spectacles. -^he bon ordre et la tranquillité n'ont pas été troublés.
Surveillance. — Les patrouilles ont été fréquentes et les cartes ont étt^ visitées avec assez d'exactitude.
^ la barrière ci-devant royale, aux Buttes-Montmartre, il n y avait amj. corps de garde que le factionnaire assis à la porte, qui non seuleirm^nt ne demandait pas les cartes, mais même refusait de se donner 1^ jpeine de les lire lorsqu'on les lui présentait.
beaucoup de portes de maisons, ouvertes cette nuit, ont été refernn «es par la ronde de police . . .
Commerce. Pain. — Le plus grand nombre de boulangers ne eussent de réclamer de la chandelle ou au moins de Thuile pour les éolairer la nuit à leur four. « Autrement, disent-ils, ne pouvant tra- ^'^-iller le matin, nous ne serons pas garants des reproches que le Public nous adressera sur la distribution tardive du pain et sur ce ^^'il sera encore chaud. »...
HOUDEYER.
(Arch. nal., F»« III, Seine, 17.)
[Il SEPTEMBRE 1795] HÉACTÏOX THERMIDORIENNE
Rapport du 26 fructidor.
Esprit public. — Suivant les rapports de ce jour, le calme s'ea maintenu hier à Paris comme les journées précédentes.
Sections. — Les assemblées sectionnaires ont été également pai sibles ; elles sont pour la plupart occupées en ce moment-ci aux opé rations des votes et au dépouillement des scrutins. Leurs travaux n sont interrompus que par les députations qu'elles reçoivent, non seu lement des sections de cette commune, mais encore de celles de départements voisins. Les arrêtés et les discours prononcés par le orateurs respirent toujours les mêmes principes de suprématie. Le uns sont modérés, d'autres expriment, avec autant de chaleur que d passion, Tindignation contre la Convention nationale. Voici les obseï valions les plus intéressantes que nous avons recueillies.
Chatou expose que, dans la section de l'Homme-Armé, un particu lier, portant la parole au nom de celle du Théâtre-Français, a d entre autres choses : « Ne jugeons jamais la Convention d'après li maux que nous avons soufferts, nous la trouverions trop coupable. L'inspecteur observe que l'assemblée tout entière, au milieu des plu vifs applaudissements, a crié bis.
Loignier dit que la section du Nord, après avoir ouvert et fermé discussion sur le rapport de son arrrêté du 24, qui permettait au membres des Comités révolutionnaires de rentrer dans le sein de Vbz semblée, a décidé que ceux-ci en seraient exclus, mais qu'elle admis à voter ceux qui, dans les journées du !•', 2, 3 et 1 prairie n'avaient été entraînés que par erreur et les a renvoyés au Comk civil pour être réarmés.
Bouillon rapporte qu'à la section de la Place-Vendôme, un memb a fait part que le général Servan était arrivé hier de Rayonne Paris, et avait dit k la section du Mail que, dans toutes les commun. qu'il a traversées pendant sa route, l'esprit était absolument le mêa que dans les sections de Paris.
Mailly dit : « Six votes pour un roi à la section de l'Unité, da : laquelle on a arrêté que les quarante-sept autres sections serais invitées d'envoyer des commissaires à la Convention pour vérifier
235 RÉACTION THERMIDORIENNE [11 septembre 1795]
nombre des votes des départements. » Il ajoute que la section des Quinze-Vingts est venue faire part d'un arrêté qui annule celui qui adoptait les décrets des 5 et 13 fructidor; cette nouvelle, dit-il, a excité dans toute l'assemblée des transports d'enthousiasme le plus fortement exprimé. Il observe encore qu'une députation de la commune de Mantes est venue lire une adresse regardée comme la plus sanglante diatribe de la Convention.
Tétel, chargé d'observer la section du Temple, déclare qu'on a passé à l'ordre du jour après la lecture de cette même adresse.
Groupes. — Au dehors, mêmes divergences dans les opinions.
Suivant les rapports de quelques inspecteurs, la classe ouvrière, dans les groupes, parait adopter les principes de la Convention. Vannier» au contraire, observe que les malveillants sont parvenus à persuader au peuple que tous les maux résultant de la cherté des denrées, du discrédit des assignats et de l'agiotage ne proviennent que de la Convention ; il observe qu'en plusieurs endroits il a entendu à ce sujet les plaintes des ouvriers.
Cafés, — Aucun rapport.
Spectacles. — Aucun fait particulier contre le bon ordre et la tranquillité.
Journaux. — Mêmes amertumes qu'à l'ordinaire dans les journaux anli-civiques, notamment au Courrier républicain^ n® 677, article Nouvelles de Paris*.
Surveillance. — Beaucoup de portes ont été trouvées ouvertes, seclion des Lombards, et la ronde de police les a fermées. . .
Commerce. Pain. — Dans toutes les plaintes et murmures qu'on ne cesse d'entendre aux portes des boulangers, sur la modique ration de pain, toujours la même, chacun se récrie qu'au moyen de l'abondante récolte de cette année, on devrait déjà en ressentir l'influence. Il faut encore remarquer que, dans les rassemblements qui deviennent très ''ombreux, aux distributions, les mécontentements éclatent de toutes parts par des discours peu modérés contre les représentants et les au- ^orilés constituées...
Hannocque-Guérin .
(Arch. nat., F* «III, Seine, 17.)
* ** H arrive, le jour mémorable où le peuple français va secouer le Joug do ses opprçggçypg féroces, etc. »
[12 SF.PTEMBHE 1795] RÉACTION THERMIDORIEIVNE
Rapport du 27 fructidor.
Esprit public. — Des rapports de ce jour, il résulte que Paris a éaussi tranquille hier que les jours précédents.
Assemblées primaires, — Les sections conservent le même cal et la même attitude; dans la plupart on s'y occupe de la nominati des électeurs ; elles reçoivent réciproquement des députations av des arrêtés qui toujours annoncent le même progrès de souverainet- Tel est Tesprit de la majeure partie des citoyens réunis en asse blées primaires, d'après les observations particulières.
Extrait des rapports dont suit Tanalysc.
Laine rapporte que quelques têtes échauffées de la section <M Lombards ont reproché à la Convention tous les maux de la France d'autres citoyens, plus calmes, ont répliqué que tous les représ^ tants n'étaient pas fautifs, qu'il y en avait encore de purs.
Section du Jardin-des-Plantes, on y a projeté avec beaucoup <cie chaleur un arrêté tendant k fraterniser avec les départements et \^ armées, nonobstant toute défense et obstacles. Même vœu à la &^«tion du Nord,
Section de l'Unité, on y a déclaré qu'on mettait en liberté tous M^^s terroristes, même ceux qui étaient condamnés, que cinq mille c^ evaient être arrivés, et qu'on avait distribué un million dans le T^ê^ ubourg Antoine. La section de l'Ouest est venue se plaindre de la mauvaise réception faite aux commissaires qu'elle avait envoyés ^u camp par le général qui avait pris leurs noms ; l'Unité a aussi Mût arrêté que les commissaires seraient sous sa protection.
La section de l'Observatoire a reçu les députations de la Fonlaic"*^ de-Grenelle, des Arcis, des Droits-de-l'Homme, du Mont-Blanc, ^" Roule et de l'Arsenal; toutes ont exprimé le même vœu pour l'^^cceptation de l'acte constitutionnel avec le rejet des décrets des 5 et 13 fructidor; et la même aversion pour la Convention et le gouver^^®ment; celle de l'Arsenal a annoncé que les Invalides de sa secti^^^, réunis en assemblée distincte, avaient accepté la Constitution ; m^^-'s, au moyen de ce qu'on ne leur avait pas présenté les décrets des ^ ^^ 13 fructidor, ils s'étaient prononcés, à l'assemblée générale d© **
237 RÉACTION THERMIDORIENNE [12 septembre 1795J
section, pour en faire le rejet. Cette annonce, au dire de l'inspecteur qui rend compte du fait, a donné lieu aux plus vifs applaudissements. .
Groupes. — La surveillance extérieure nous donne toujours des résultats qui présentent des fluctuations dans les opinions.
Dufresnoy rapporte que, s'étant approché des groupes, très nombreux au Jardin-Égalité, il a entendu les propos les plus injurieux contre la Convention ; on y disait, entre autres choses, que les députés ne voulaient pas se retirer par la crainte de rendre compte. Cette objection était combattue par d'autres citoyens, mais en petit nombre, qui répliquaient que la guerre avait occasionné des dépenses en armes dont les représentants ne pouvaient pas être comptables, a D'ailleurs, disaient [-ils] encore, la réélection des Cinq Cents est nécessaire pour faire marcher la Constitution. »
Michault rapporte avoir ouï dans d'autres groupes des opinions à peu près aussi contradictoires.
Vannier, dans la première partie de son rapport de la surveillance
du jour, annonce que l'opinion publique était toujours divisée, comme
^ l'ordinaire; les uns parlaient en faveur des sections, les autres pour
Ici Convention. Dans la seconde partie, il annonce que, vers les dix
bcures du soir, les groupes étaient très nombreux au Jardin-Ëgalité,
ofi Ton tenait les propos les plus scandaleux contre les représentants,
dont on n'exceptait qu'un très petit nombre. Le même inspecteur
ajoute avoir entendu dire que l'acceptation des départements n*avait
été forcée que par l'intrigue, et que Paris parait disposé à lutter
contre cette majorité si elle a lieu.
Nasoyer déclare que, dans plusieurs groupes, et surtout au Palaiségalité, on disait hautement que la Convention avait beau se mettre à la torture pour éblouir le peuple, elle n'en viendrait pas à bout; que toutes les affiches qui annonçaient les adhésions des départements ne contenaient que des faits faux ; il dit avoir remarqué deux particuliers qui, en lisant les affiches, répétaient sans cesse : « Fourberies, mensonges », et que les belles phrases ne les endormiraient pas plus longtemps.
Les officiers de paix, d'accord avec plusieurs inspecteurs, annoncent que les plaintes redoublent sur l'augmentation de toutes choses, et qu'il n* y a pas dix mille personnes à Paris qui puissent y atteindre. Us ajoutent que le peuple est persuadé que l'assignat cause tous ces malheurs, et que partout on entend dire que le retour de l'argent ramènerait les choses à leur état primitif, attendu que jamais le pa* pier ne reprendra crédit.
[12 sEiTFJiBRE 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 23{
Cafés. — Bouillon, Leroy et Didier rapportent, d'après leur surveillance aux principaux cafés du Palais-Égalité, qu'il n'y avait qu« très peu de monde, et qu'on n*y parlait pas des affaires politiques.
Saint-Rémy annonce qu*hier, dans un café près du Louvre, u* officier invalide se plaignait de ce que plusieurs journalistes avaier avancé que, dans rassemblée tenue aux Invalides, on y avait accepi le décret du 5, que le fait était faux, et qu'il se proposait même c faire réclamer tout le corps contre ce mensonge.
Spectacles. — Aucun fait particulier contre le bon ordre et la trar quillité.
Commerce. Pain et Viande. — Les citoyennes de la section de Fontaine-de-Grenelle se plaignent de la manière grossière dont elU sont traitées par les boulangers et bouchers, et des préférences q^ ont toujours lieu aux distributions. . •
Marchés. — Les halles ont été si abondamment pourvues qu malgré Tordre maintenu dans les différents carreaux, on pouvait, placer à peine les dernières fournitures. Tout est encore augmen de prix; les pommes de terre étaient en si grande quantité que carreau qui leur est assigné n'a pu les contenir. Les marchands F< rains s*opiniàtraient toujours à n*arriver que fort tard ; à sept heur la plupart n*ont pas encore déchargé ; les revendeuses s empare toujours des marchandises.
Bourse. — Inscriptions : 30, 28 et 30 p. 0/0 de bénéfice.
Change. — Hambourg, 7,i00 ; Livourne, 3,800 ; fiénes, 3,60i Bille, 2 1/i ; Amsterdam, 1 3/16 ; or fin, 4,300 à 4,600 ; argent, lî got, i,090 à 2,130.
Pastè.
(Arch. nat., F « « III, Seine, 17.)
Journaux.
Cfmrrù'r /ranniU du 21 friu-lnior : « Los murs sont toujours ta|»î>^ trat'liches. Il y on a\ail uuo qui avait rotTronlorio ilo nous dire hier que cM deux uiillo ooninuinos avaient acoo|>lô les doux tiers. O qui nie forait crcquo le j^ouvornomont a j»our. o'ost t|u'il mont. •> — Mrxsatjt'r du soir 27 fructidor : »• In orjïani.>to s'anui>ait. l'un iU^ ces matins, à remonter Toi" : d'une ôjili^o dans laquelle se réunissent les citoyens d'une assemldôe prim - «le Paris: ai>ro> avoir joué l»» H^'cii iln p*'uplr et plusieurs autres airs pat tiijut's. l'article fut invité à jouer lAir d'.< tlcur Ih'rs : l'organiste joua au:?=^ l'air si connu : Altrz-rous-en. sainte* f'ainilh:, etc. Et tous les royalistes» venaient d'accepter, au nombre de deux mille, la Constitution répuhlici»- ' de faire chorus et d*ap[»laudir avec enliiousiasme. •»
239 RÉACTION THER»1ID0RIENNE [i3 sei»tembhe 1795]
CDXIV 27 FRUCTIDOR AN III (13 SEPTEMBRE 1795j.
Rapport du 28 fructidor.
EspHt public, — Malgré l'agitation des esprits, résultant des ciroonstances, Paris est toujours calme; hier les spectacles étaient *^mplis, les guinguettes très fréquentées, et les promenades cou- "^ertes de monde.
Assemblées primaires, — * Les inspecteurs chargés de la surveillance intérieure des assemblées primaires rapportent que, dans la plupart, on s'occupe de la nomination des électeurs, que le même esprit domine la majorité des citoyens qui s*y rassemblent, et que les députations se succèdent toujours avec des arrêtés tendant à maintenir l'exécution de ceux qui ont été pris ces jours derniers. Suivent les observations que nous regardons comme les plus intéressantes.
Desiérois rapporte que les commissaires de la section du Temple, envoyés au camp sous Paris, en rendant compte de leur mission, ont dit qu'ils avaient traversé le camp pour trouver le général, qui d'abord les avait reçus froidement, mais qu'après avoir fait lecture ^e l'adresse, il leur avait fait plus d'accueil, avec promesse qu'elle serait lue aux compagnies.
Mailly annonce que la séance de la section de l'Unité a été termi-
jnée hier par la lecture du Journal du Soir * ; Tarticle où il est dit
<ïu'il y a des royalistes meneurs dans les sections a produit le plus
Mauvais effet et a fait lancer, dit Tinspecteur, des traits calomnieux
Contre la Convention.
Groupes. — Au rapport de plusieurs inspecteurs, on n'entend dans les groupes, comme dans les promenades, que des conversations ^u.r la misère ainsi que des plaintes, murmures et clameurs contre ^^ Convention, relativement à la cherté désespérante de toutes choses ^t à l'inexécution des décrets sur la distribution de l'huile, savon et chandelle.