‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 41 sur 141 · CDXVIII 1*' JOUR COMPLÉMENTAIRE AN III (17 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CDXVIII 1*' JOUR COMPLÉMENTAIRE AN III (17 SEPTEMBRE

Rapport du 2« jour complémentaire.

Esprit public, — Aucun événement marqué, d'après les rapports de ce jour, n'a troublé la tranquillité de Paris pendant la journée d'hier.

Assemblées de sections. — Cependant môme agitation dans les esprits pour les causes qui seront indiquées dans le cours du présent rapport. Môme esprit, énergie et attitude dans les assemblées primaires; dépulations successives de section à section ; lectures d'arrôlés.

Les observations les plus intéressantes que nous avons recueillies de la surveillance intérieure consistent dans les faits suivants.

^^^ RÉACTION THERMIDORIENNE [17 septembre 1795]

^B inspecteur rapporte que le bruit court, dans les sections, que Convention doit annuler le mode avec lequel on a procédé, dans "^^Iques-unes d'elles, à la rejection des deux tiers. Ce bruit, vrai ou ^^x, donne lieu à des inquiétudes et à des mauvais propos contre la (Présentation nationale.

Section de FUnité, un citoyen a prononcé un discours contre la ection des deux tiers; il a dit, entre autres choses, que dans six ^^ maines les meneurs de sections seraient connus par le Corps légis- ■^^►t^if et punis. Cette menace a occasionné un grand tumulte et n'a pas ^^.ît changer Topinion.

II a été lu à la section de TObservatoire un arrêté du Comité de ^Oreté générale portant réarmement de plusieurs citoyens de cette ^^etion; l'assemblée a murmuré beaucoup contre cet arrêté, dont ^lle a suspendu Texécution sous prétexte que les particuliers dont il s'*agit sont convaincus, [les uns] de vols et de dilapidations, les autres O^'avoir tiré des coups de fusil sur leurs frères. Il a été arrêté en cléfinitif que des commissaires seraient nommés pour demander au Comité de sûreté générale les motifs de ce réarmement.

Lia section du Temple a nommé des commissaires pour porter «tux autres sections son vœu sur les décrets des 5 et 13 fructidor ; elle a beaucoup applaudi aux députations qui ont apporté le même ^œu, notamment à celle de la Place-Vendôme, dont l'orateur a été «ntendu avec la plus grande satisfaction.

Groupes. — Dans presque tous les groupes, on se plaint très amèrement d'être réduit, dans la saison la plus favorable, à une modique portion de pain ; on est fatigué à Texcès de Taudace et de Fimpunité des agioteurs, ainsi que de la cherté révoltante de toutes les denrées et marchandises, qu'il est impossible de se procurer.

Si quelques citoyens, bons patriotes, attendent encore avec patience l'organisation du gouvernement et se flattent que le nouveau régime mettra fin à leurs maux, d'autres, et c'est le plus grand i^ombre, excédés et las d'être bernés et leurrés sans cesse par un espoir mensonger, se permettent de dire que dans Fancien régime ^e pain ne manquait pas, même après les plus mauvaises récoltes, Wndis qu'aujourd'hui, au milieu de Fabondance, on manque de tout. Clés sortes de discours sont accompagnés de plaintes et d'injures Contre le gouvernement actuel.

Partie politique. — Un inspecteur déclare avoir appris que, dans î^«s environs de Versailles, on répand avec profusion des papiers oyalistes, qu'ils étaient même affichés sur les arbres des grands hemins et invitaient les fidèles sujets de Louis XVllI^ auxquels

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pardon et protection étaient promis en son nom, de se rallier à 1 bonne cause.

Les opinions continuent toujours à être partagées sur les décre relatifs à la réélection des deux tiers.

Les ennemis de la Convention ne cessent de dire qu'elle veut perpétuer dans ses pouvoirs et se servir d'une autorité usurpée po^ continuer tous les genres d'oppression et de malversation. Ils dis^ aussi que ceux que Ion veut faire passer pour des patriotes purs des républicains amis de Tordre et de la justice ne sont que d. Jacobins et des terroristes couverts de honte et de crimes.

Les doutes élevés sur la sincérité de Tacceptation des département* se propagent plus que jamais.

Les citoyens opposés pensent que la Convention agit avec sagesse de maintenir Texécution de ses décrets ; ils disent que c'est le seul moyen de sauver la chose publique et de faire perdre tout espoir aux partisans de la royauté. A cet égard, les esprits éprouvent une violente commotion ; les partis sont en présence. Les gens paisible! craignent plus qu'ils n'espèrent ; ils redoutent une explosion funeste Tel est l'état présent des choses.

Cafés, — Un inspecteur, qui a surveillé plusieurs cafés, déclan avoir entendu, dans celui de la République, tenir les propos sui vants : a On a bien fait d'accepter la Constitution, parce qu'elle nou! donne le droit de nommer des électeurs à notre gré; si nous parve nons à renouveler la Convention en entier, nous ferons convoquei de nouveau les assemblées primaires, sous prétexte que la libert< des suffrages aura été gênée par la présence des terroristes ; alon la Constitution sera rejetée, et on demandera le rétablissement de h monarchie. »

Spectacles. — Aucun fait particulier contre le bon ordre et la tranquillité.

Commerce. Pain. — Le retard presque général de la distributioc du pain et son défaut de cuisson excitent toujours les mêmes plaintes les boulangers répondant aux reproches qui leur sont faits que, faute de chandelle, ils ne peuvent travailler la nuit

Pasté.

(Arch. nat., F » "•* III, Seine, 17.)

253 RÉACTION THERMIDORIENNE [18 septembre 1795]

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