Tome II
reprendrait ses travaux, se livrerait uniquement à ses occupations journalières, et ne se mêlerait plus de régir TEtat, dont le timon, conduit par une main ferme et habile, ne serait plus exposé au choc violent que doit nécessairement produire le despotisme des groupes, comme l'a très judicieusement observé un représentant. Dès lors, toutes choses en iraient beaucoup mieux ; elles marcheraient sans obstacles ; chaque chose serait à sa place, et le vaisseau de la République, après avoir été battu par les plus violentes tempêtes, arriverait heureusement au port. Cest le vœu, c^est le désir le plus ardent de tous les amis de Tordre et des bons citoyens.
Les principales observations des inspecteurs ont pour objet de nous informer du mécontentement très prononcé du public sur le compte des agioteurs.
Il se tient encore un fort mauvais propos, lequel, en se propageant, peut devenir très funeste dans ses conséquences auprès du peuple ; des malveillants, sans doute, cherchent à persuader aux gens bien simples et faciles à égarer que beaucoup de laboureurs ont déjà vendu leur recelte sur pied. (Extrait du rapport de Baron.)
Cafés. — Compère rapporte que, dans les cafés de Paris qu'il a surveillés, on y trouvait mauvais que les soumissions faites en exécution de la loi du 10 prairial fussent rejetées. Il ajoute que, dans ceux du Palais-Égalité, on y parlait de la fille de Louis Capet ; les uns disaient : « Elle périt de langueur ; on lui a donné un poison lent ; il serait de la loyauté de la nation française de la renvoyer chez ses parents. »
Saint-Rémy déclare qu'au café de Valois il n y a vu aucun de ceux qui aiment si tendrement les Chouans ; qu*on s'y était entretenu du jugement que la Commission militaire est sur le point de rendre pour ou contre les huit députés, et qu'on était fort impatient de voir la conclusion de cette affaire.
Spectacles. — Toujours très calmes et animés du meilleur esprit.
Commerce, Pain. ^ Il parait, suivant plusieurs rapports, que c'est moins la modique portion de pain que les citoyens reçoivent chaque jour que Tinégalité dans la distribution qui indispose le public. On accuse les commissaires de favoriser les boulangers pour des distributions particulières, et Ton va même jusqu'à leur en faire publiquement le reproche, ce qui a manqué d'exciter du trouble, dans la rue des Fossés-Bernard. — Nota. La Commission ne cesse de faire surveiller
DoiLLOT, Le Roux.
(Arch. nat., F * « III, Seine, 16.)
19 RÉACTION THERMIDORIENNE [17 juin 1795]
Journaux.
Courrier républicain du 29 prairial : « Du 28 prairial. ...Le prix du louis avait encore considérablement baissé ce matin ; on nous assure qu'on en n*a pas acheté au delà de 450 livres. Les hideux agioteurs ne pouvant deviner quelle est la puissance invisible qui les tue ainsi sans miséricorde, on remarque sur leur Ggure un air étonné, stupéfait. Ils ne savent plus où ils en sont, et ce qu'il y a de plus désolant pour eux, c'est que tout le monde rit de leur stupide contenance. Encore quelques variations aussi extraordinaires dans cet abominable commerce, et la plus grande partie de ces gredins se ruinera, s'égorgera de ses propres mains, et peut-être enfin serons-nous délivrés de ces vampires qui nous dévorent vivants, puisqu'ils s'empoisonneront eux-mêmes de leur propre venin. »
29 PRAIRIAL AN III (17 JUIN i795).
Rapport du 30 prairial.
Esprit public. — La tranquillité n'a point été troublée à Paris pendant la journée d'hier par aucun événement; c'est ce que nous voyons par les rapports du jour, qui nous apprennent en même temps que Ton entend toujours des plaintes, les unes provoquées réellement par le sentiment du besoin, les autres dictées par des intentions perfides.
S'il est vrai de penser que les causes auxquelles sont dus nos malheurs présents ont été préparées par les anarchistes, qui voulaient, pour ainsi dire, organiser la famine, ce n'est pas le cas de regarder en arrière; aussi tous les excellents citoyens, qui connaissent parfaitement la source de tous les maux, n'hésitent pas un seul instant à rendre justice à la Convention. Ils savent parfaitement qu'elle en gémit la première, et qu elle met tout en œuvre pour faire triompher les principes et réprimer les abus. C'est d'après ces vues que les vrais patriotes attendent avec résignation des temps plus heureux, et qu'ils engagent leurs frères au calme et à la patience. Mais les méchants, constamment opposés aux mesures de justice, veillent sans cesse pour nous tourmenter. Et de quels instruments ces pervers se servent-ils? Des femmes mégères, de ces furies à face humaine, dont ils excitent sourdement la colère et la rage. En effet, on vient de remarquer que plusieurs d'entre elles cherchaient encore à provoquer les
hommes. La Commission les fait surveiller, et, comme elle se fait un devoir d'instruire les Comités de gouvernement, et de leur transmettre sans délai tout ce qui peut intéresser Tordre public, elle s*empresse de leur donner connaissance des faits qui suivent.
Hubert rapporte qu'il sait, à n'en pouvoir douter, que les terroristes qui se réfugient au faubourg Antoine veulent encore lever la tête et former des rassemblements, et que les femmes sollicitent leurs amis de s'unir à elles.
Dufresnoy déclare avoir entendu dire à plusieurs particuliers qu'ils n'étaient pas étonnés de la perte qu'éprouvaient les assignats, attendu que, pendant le cours du mois prochain, la France devait avoir un chef, et que l'on déclarerait la banqueroute.
Laine annonce que le bruit court que la Convention veut aller tenir ses séances à Versailles, qu'on travaille pour cela au château ; il ajoute que cette nouvelle échauffe beaucoup les esprits, et qu'on en parlait hier avec inquiétude.
Cafés, — Il ne nous est parvenu aucun rapport intéressant sur les cafés; les inspecteurs qui en parlent déclarent qu'on y blâmait Timprécaution [sic) d'avoir laissé des armes aux députés qui se sont tués.
Spectacles, — Ordre pareil, tranquillité égale, et aussi bon esprit que tous les jours précédents
Boys de Loury, Le Roy.
(Arch. nat., F > •= III, Seine, 16.)
Journaux*.
Annales patriotiques du 30 prairial : « Du 29 prairial. Commission militaire, A midi et demi, la Commission a condamné à la peine de mort Romme, Duquesnoy, Du Roy, Bourbotte, Soubrany et Goujon, attendu qu'ils sont convaincus de s'être montrés les auteurs, fauteurs et complices des affreux événements qui ont eu lieu le !«' prairial ; d'avoir conspiré contre la République, provoqué la dissolution de la représentation nationale, l'assassinat de ses membres, etc., etc. A l'égard de Pcyssard, attendu qu'il n'a pas employé le môme caractère de rébellion, mais qu'il est convaincu, môme de son propre aveu, d'avoir proposé le renouvellement des autorités constituées,
1. A ce moment, la plupart des journaux, à cause de Taugmcntation du prix de toutes choses, se voient forcés d'augmenter le prix de leur abonnement. Ainsi le journal le Batave qui, en nivôse an III, coûtait 45 livres par an, 24 livres pour six mois, 13 livres 10 sous pour trois mois, franc de port, coûte maintenant 95 livres par an, 50 livres pour six mois et 25 livres pour trois mois. Le Messager du soir porte son abonnement à 60 livres pour six mois et 30 livres pour trois mois.
21 RÉACTION TIIERMIDOHIENNE [17 juin 1795]
réorganisées depuis le 9 thermidor, etc., la Commission Ta condamné à la déportation. Quant à Forestier, comme rien ne i)rouve qu'il ail pris une part active aux événements du !«' prairial et jours suivants, qu'il est cependant prévenu de faits antérieurs au 12 germinal et îiu l«r prairial, la Commission a ordonné qu'il sera conduit dans la maison d'arrêt et demeurera sous la surveillance du Comité de sûreté générale, pour prendre à son égard le parti qu'il croira convenable. Après le prononcé du jugement. Goujon a dit : « Voici mon portrait, je vous prie de le faire remettre à ma femme. » Duquesnoy : « Je vous charge de cette lettre : elle contient mes adieux à mes amis et à ma femme. Je désire que mon sang soit le dernier sang innocent qui coule ; paisse-t-il consolider la République! Vive la République! » Bourbotte : « Les ennemis de la liberté ont seul demandé mon sang. Mon dernier vœu, mon dernier soupir sera pour ma patrie. » Les condamnés ont remis sur le bureau leurs portefeuilles, une lettre, une carte de député, etc., etc. Aussitôt que les condamnés à mort ont été reconduits dans la prison, un officier de gendarmerie a apporté un couteau avec lequel on a dit que Bourbotte s'était suicidé. On a ensuite annoncé qu'il y en avait cinq qui s'étaient enfoncé des couteaux dans le sein ; on a encore apporté un couteau et une paire de ciseaux. Le président a donné lecture de l'ordre que la Commission avait donné, par écrit, au commandant de fouiller, hier soir et ce matin, les accusés, de leur ôter leurs couteaux, ciseaux et autres instruments tranchants, de fouiller même dans leurs lits. On croit que les couteaux et ciseaux étaient dans la doublure de leurs habits. Le commandant du poste a été à l'instant arrêté. Le Comitç de sûreté générale a été instruit de cet événement. Du Roy, Bourbotte et Soubrany ont été mis sur la charrette à une heure. Du Rov disait dans la cour : « Voilà les » assassins qui jouissent de leur ouvrage. Que je suis malheureux de m'étre >» manqué!... Ces mains-là étaient-elles faites pour être liées par un bour- » reau ! . . . Jouissez, messieurs les aristocrates. . . » Il s'est répandu en injures envers plusieurs personnes qui étaient dans la cour. Soubrany disait : « Laissez-moi mourir. » Ces trois derniers ont subi leur jugement sur la place de la Révolution. » — Gazette française du \*^ messidor : « De Paris ^ le 30 prairial. Le supplice des six brigands jugés hier n'a jiroduit ici aucune sensîition. Un instant après leur mort, le peuple, qui ne peut ignorer les maux qu'ils nous préparaient, s'ils eussent réussi dans leurs projets, les a accablés d'imprécations. Le soir môme, il n'y pensait plus, et aujourd'hui ils sont entièrement oubliés. » — Courrier français du i" messidor: « On a été étonné ici du courage et de l'énergie que les six brigands condamnés hier ont montrés dans leurs derniers moments; car on sait que les grands scélérats sont ordinairement des lâches. Romme, Goujon et Duquesnoy ont expiré sous les coups de couteau dont ils se sont frappés. Soubrany seul s'est manqué. Il parait que Bourbotte et Du Roy ont voulu laisser à l'exécuteur le soin de trancher le fil de leur vie; car on ne dit pas qu'ils aient fait aucune tentative pour s'arracher la vie. Les trois vivants ont été conduits à la place de la RcTolntion, aux acclamations d'un peuple immense, qui bénissait le ciel de ce que ces monstres avaient échoué dans la journée du 1*^ prairial. Leur supplice a été le sujet d'une joie universelle. — Tandis que l'on jugeait hier ces six scélérats, des émissaires jacobins se répandaient dans les places publiques et dans les carrefours, où ils répandaient le bruit de la démonétisation de la plupart des assignats. Ce bruit-là, qu'on répandait sans doute dans l'intention
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(le soustraire les brigands au glaive de la loi, eût pu prendre quelque consistance dans Tesprit des âmes faibles, si des citoyens ne se fussent empressés de les détromper sur ce point. On assure que les factieux ont fait répandre le mémo bruit dans les départements ^ »