Ces points supensifs sont textuels
277 RÉACTION THERMIDORIENNE [26 septembre 1795]
Surveillance. — Hier, entre huit et neuf heures du soir, un détachement de dragons a été arrêté au poste du Pont-Neuf, n'ayant pas le mot d'ordre; il a été retenu jusqu'à la reconnaissance, qui â eu lieu... Commerce. Pain, — Les rapports annoncent que des malveillants ont cherché à proQter du relard de la livraison des farines chez quelques boulangers pour agiter le peuple, en répandant que plusieurs sections avaient manqué de pain; celles qui ont le plus souffert du relard de l'apport des farines sont les sections des Thermes et des Droits-de-l'Homme. La première ne les a reçues qu'à neuf heures, et 1 autre à onze. Sur cette dernière, il y a eu rumeur, parce qu'on n y a délivré qu'une demi-livre de pain.
Chez deux boulangers de la section de l'Arsenal, quarante personnes environ ont manqué de pain. La Commission a écrit au Comité civil pour connaître la cause de ce déficit.
Marchés. — Les approvisionnements ont été assez considérables, et les répartitions se sont faites dans l'ordre accoutumé ; on ne peut guère parvenir à empêcher totalement les regrattlers de se procurer ^^s marchandises avant sept heures; les gens de compagne les secondent de tout leur pouvoir dans les ruses qu'ils mettent en œuvre; ^Is en profitent pour augmenter le prix des denrées. , Les inspecteurs observent encore que la majeure partie des limonadiers, dans les environs des Halles, ouvrent dès deux heures du '^^lin, et que c'est dans ces lieux, comme dans les cabarets, que se ^^^ncluent la plupart des marchés entre les regrattiers et les marchands ^^ains. La Commission a écrit au commissaire de police de mettre ^'^ vigueur les anciens règlements, qui ne permettent pas aux domi- ^'*iés de Paris de rester, passé onze heures de nuit, chez les limona- ^^^s et dans les cabarets.
Bourse, — Inscriptions : 18, 17 1/2, 17 p. 100 de bénéfice. Change. — Hambourg; 6,700 à 6,800; Livourne : 3,750; Gènes : ^»^00; Bâle : 2 3/4; Amsterdam 1 3/4; or fin : 4,540; lingot d'ar- ^^ïït:2150.
HOUDEYER.
(Arch. nat., AF ii, 140.)
Journaux.
Y^ ^^Gzelte française du 5 vendémiaire : « Paris, 26 septembre. De nom-
^'^Xiscs patrouilles parcourent les rues. Une sombre inquiétude est peinte sur
/^tçs les physionomies. Il y a eu hier soir, au Palais-Hoyal, une rixe dont
, ^que parti raconte à sa manière les diverses circonstances. Plusieurs sec-
^^^ lis ont passé la nuit dans une surveillance active. Aujourd'hui les troupes
de ligne sont entrées en grand nombre. Il y a aussi sur pied plus de garde nationale qu'à Tordinaire. La section de Bonne-Nouvelle a arrôté que les ter roristes d» son arrondissement seraient sur-le-champ réincarcérés. » — Cou fier républicain du 6 vendémiaire : « Paris y 5 vendémiaire. On a fait^ assez avant dans la nuit, la proclamation de la Convention nationale au peapl< de Paris. Quand le bénévole proclamateur en a été à la menace que la Goi vention fait de s'en aller à Chàlons, un cri sourd s'est fait entendre : Qv^i partent ! quHls partent ! Dans plusieurs quartiers, des risées universelles o: été la seule réponse. Que M. Chénier ne crie pas ici que nous voulons V sincr : c'est un fait que nous racontons; des sifflets d'ailleurs ne sont pas d poignards. »
CDxxvni
5 VENDÉMIAIRE AN lY (27 SEPTEMBRE 1795).
Pas de rapport relatif à cette journée.
Journaux.
Courrier français du 6 vendémiaire : « Nouvelles de Paris. 5 miaire. — L'arrivée subite de plusieurs bataillons de troupes de lign^ * répandu l'alarme. Les sections se sont tenues en permanence toute la amïit. Plusieurs d'entre elles ont arrôté que quatre vieillards, choisis dans leur sc^ii^t iraient offrir à nos frères d'armes le rameau d'olivier. Ces vieillards ont dûL se rendre au camp ce matin. Puissent les liens de la fraternité se resserrer erm tre les membres d'une même famille ! » — Messager du soir du 5 vcndémiai r"<5 : « Paris y le 5 vendémiaire, — Les boulevards, les Champs-Elysées, la pla.ii^^ des Sablons, le Champ-de-Mars sont remplis de troupes de ligne, mais oa^ *^^ parait pas s'en effrayer; les assemblées sont plus nombreuses que jamais, l^^ membres de la Convention, qui ont fait hier la proclamation qui menace 1^^^^'^^ de la retraite de la Convention, ont dû, s'ils sont de bonne foi, annoneo*" * leurs collègues que les meneurs des sections de Paris se composent à f>^^^ près de toute la population de cette immense cité, sauf huit à neuf cents f>^' triotes de 1789, qui jour et nuit parcourent les groupes ou tiennent club d»^^* les tribunes de leurs nouveaux amis. Nous nous garderons bien de répéter *■ ^* blasphèmes que les royalistes, qui viennent de se constituer en république, ^ sont permis contre les i)roclaniants, mais nous nous bornerons à dire qu'il ^^^^y a guère de Parisiens et surtout de Parisiennes qui ne méritassent d'être dép^^^* tés, [si] la loi de Chénier sur les avilisseurs avait son plein effet *. Peut-être *^
1. Il s'agit de la loi du 12 floréal an III, .votée en effet sur la motion de Mar"^*^ Joseph Chénier, et qui, entre autres mesures répressives, ordonnait des poursui '^tes contre « les individus qui, par leurs écrits ou leurs discours séditieux, aurc^— ^"^^ provoqué à l'avilissement de la représentation nationale ou au retour de ^* royauté ». Ces individus seraient « bannis à perpétuité du territoire de la Ré^^"" bUquc ». Dans la séance de la Convention du 3 vendémiaire, Chénier récla^^'-^* TappUcation de cette loi. [Moniteur, réimpression, t. XXVI, p. 54, 53.)
â*?? RÉACTION THERMIDORIENNE [28 septembre 1795]
défaut de subsistances avail-il un peu exaspéré les esprits, qui ne s'en prcnaieut nullement aux prétendus royalistes des sections. Mais comme cette misère est presque générale, on doute qu'à Châlons même, la Convention fût à Tabri des murmures et des criailleries de ces malheureux. » — Messager du soir du 8 vendémiaire : <• Paris, 6 vendémiaire, — Au rédacteur. Citoyen, hier à lieuf heures du soir, un groupe de généraux, d'épauletiers à panache, à chapeaux brodés, et de quelques individus portant Thabit militaire et le chapeau <îiré, au nombre d'environ trente, accompagnés d'une quarantaine de terro- Tfistes, sont entrés au Jardin-Égalité, bras dessus bras dessous, ivres d'eau-de-vie et regorgeant les copieux dîners des gouvernants. Ils hurlaient la Marseillaise et surtout son refrain : Qu'un sang impur, etc., criant : A bas les royalistes! ^es jeunes gens, sans armes, et peu nombreux, bientôt accoururent à ces chants horribles, dont le souvenir est si agréable aux terroristes. Bientôt ils entonnent le Réveil du peuple. Leurs antagonistes crient à tue-téte : A bas ^s royalistes! On leur répond que ces royalistes ont accepté la Constitution ^ 'unanimité, qu'on ne veut pas plus de dictateur royal que de dictateurs ^ilU aires. Ils répondent par les cris de : Yive la Convention ! On fait retenir les cris de : Yive la République! Les sabres des généraux brillent, frappent ces jeanes gens désarmés. Les chaises servent d'armes défensives. Elles volent aux jambes des terroristes. Les patrouilles arrivent; elles en arrêtent quelques-uns; les autres fuient. Dites-moi, je vous prie, citoyen rédacteur, ?uel est donc ce génie malfaisant qui sème parmi nous la désunion et secoue *^* torches de la guerre civile. Pourriez-vous me dire quand fîniront ces ïïorrçurs et ces provocations journalières? — Par un de vos abonnés, témoin ^^^^^ taire. — P. 5. On assure que Le Hardy était encore à la tête des assassins, »
CDXXIX
as de rapport relatif à cette journée.
Journaux.
izette française du 7 vendémiaire : « Paris est assez calme. Les groupes
^^ * peu nombreux et discutent avec assez de sang-froid. Les sections pa-
*^^ent vouloir ne tenir aucun compte du décret qui leur défend de délibérer
^ ^'autres objets que ceux relatifs aux élections'. Plusieurs ont protesté
^^t"« cette défense ; elles la regardaient comme attentatoire aux droits du
\^^Ple. Il a été question, dans plusieurs autres, de réclamer le rapport du
^^et d'accusation rendu contre les commissaires envoyés par les assemblées
^^^ïtxaires de Dreux '. » — « Il est entré ici de nouvelles troupes. Cette arri-
^ - Décret du 5 vendémiaire.
^. Le 5 vendémiaire, sur le rapport de Marée, la Convention avait ordonné
véc n'inspire aucun efîroi. Les intentions des soldats ne paraissent pas hostiles. Il y a une espèce de camp aux Champs-Elysées. Il n'est pas de bruits qui ne circulent parmi les oisifs. On assurait hier qu'il était question de faire relever tous les postes de la garde nationale par des troupes de ligne et de la désarmer. Que penser de gens qui regardent comme possible le désarmement volontaire de cent mille hommes!
CDXXX
Pas de rapport relatif à celte journée.
Journaux.
Gazette française du 8 vendémiaire : « Paris, 7 vendémiaire. — Une faite tranquillité n'^gne toujours dans nos murs. Les sections délibèrent, spectacles sont pleins, les groupes dissertent, les politiques calculent, agioteurs spéculent, les pauvres pleurent, les prudents se taisent, cl les Go; tés de gouvernement préparent, dit-on, dans le silence, les mesures les ï^ importantes. Voilà notre position pour aujourd'hui; demain, dans une he pcut-élre, elle peut changer. » — Messager du soir du 7 vcndémiai *< Hymne des patriotes de 89 :
Allons, vainqueurs du deux septembre, Echappés au courroux des lois, Des freluquets parfumés d ambre Triomphons encore une fois!
Armi»ns-n(»us, voilà nos victimes !
II faut un généreux effort.
Si nous voulons donner la mort A tous les témoins de nos crimes.
Des poignards, mes îimis ! Dressons des échafauds ; Couvrons, couvn)ns le sol français de morts et de bourreaux.
Plus de remords, plus de faiblesse, L'humanité nous a perdus; Désormais, que la crainte cesse, Puis<|ue nos droits nous sont rendus !
Que l'éclat de notre ven^'oance Effraie à jamais l'univers I Couvrons par «le joyeux C(»ncerls Les cris plaintifs de rinnocence.
Des poignards, mes amis, etc.
Surveillons ce Sénat perfide.
Qui brise nos fers aujourd'hui.
C'est lui dont l'astuce homicide A nos tyrans servait d'appui :
Qu'il songe qu'il est notre ouvrage Et s'il s'arme encore contre nous, Que Féraud, tombé sous nos co'a^ Lui rappelle notre courage !
Des poignards, mes amis, etc.
Tarrestation de deux députés envoyés par la commune de Dreux pour frater** avec les sections de Paris et leur proposer de s'occuper elles-mêmes du raTÂ*" lemcnt «le la ville en traitant directement avec eux. — Cf. Zivy, Le treize v^ miaire, p. 37.
Lser
281 RÉACTION THERMIDORIENNE [30 septembre 1795J
CDXXXI
8 VENDÉMIAIRE AN IV (30 SEPTEMBRE 1795). Pas de rapport relatif à cette journée.
Journaux.
Gazette française du 9 vendémiaire : « De Paris, 30 septembre. — L'affluence des troupes de ligne parait moins considérable depuis hier. Les assemblées primaires de Paris manifestent toujours la même obstination contre les deux tiers. Quelques présidents, effrayés par la loi terrible rendue contre eux, ayant donné leur démission, ont été remplacés par d'autres citoyens moins timides. La Convention veut que les assemblées primaires obéissent à la Constitution, qui leur défend de délibérer sur tout objet autre que sur celui de leur convocation. Les assemblées primaires répliquent qu'il est nécessaire, avant tout, que la Convention donne l'exemple, et qu'elle se renferme provisoirement dans le titre et les fonctions modestes d'assemblée administrative jusqu'à l'avènement de la prochaine législature. Au milieu de ces disputes, les esprits s'aigrissent, les injures s'en mêlent, et les choses en restent toujours dans un état d'incertitude et d'inertie funeste à la chose publique. » — Journal des hommes libres du 9 vendémiaire : « Des journalistes, dont il n'est pas bien difficile de connaître les intentions, donnent journellement le bulletin du Temple, et ne cessent de s'apitoyer sur le sort de l'infortunée fille de Capet. «< L'aimable princesse, disent-ils, pourrait bien ne pas quitter la France, ni « même Paris. Dans l'état actuel des choses, ajoutent-ils, ceci nous paraît une «< énigme. Sans doute le temps nous en donnera le mot. Nous désirons bien « vivement qu'il soit, autant qu'il est possible, favorable à Vaugusie captive u et au bien public. » Le mot de votre énigme, messieurs, n'est pas difficile à deviner, et, sans être sorcier, nous allons vous le dire : vous conservez toujours l'espérance de faire de votre adorable princesse une reine de France, dont vous serez ensuite les plats et méprisables valets. Insensés! Pouvez-vous penser que des millions de Français, qui, la plupart, ont acquis leur liberté au prix de leur sang, souffrent jamais le rétablissement infâme de la royauté ? Ah ! si vos opinions, que n'ont pu changer six années d'expérience, vous attachent à la fille du dernier de nos rois ; si vous désirez de la voir monter sur le trône de son père, réfléchissez au sort que les républicains réservent aux royalistes assez audacieux pour tenter l'exécution de leurs projets, et tremblez! Vous affectez sans cesse de nous donner le bulletin du Temple : eh bien! les journalistes patriotes doivent offrir aux républicains le bulletin des hôpitaux de la République. Plus de cinquante mille guerriers, couverts dlionorables blessures, privés, les uns de leurs bras, les autres de leurs jambes, y donnent journellement le spectacle attendrissant du courage le plus héroïque. Ceux-ci soupirent après leur guérison pour rejoindre leurs camarades et faire payer cher aux esclaves des rois les souffrances qu'ils ont endurées; ceux-là, dans l'impuissance de signaler de nouveau leur courage
[30 SEPTEMBRE 1795] RÉACTION THEKMIDORIENNE 282 ^
dans les combats, promettent cependant de mourir pour la liberté qu'ils ont ^ si bravement défendue, et tous jurent d'exterminer les ennemis extérieurs et ^ ^ intérieurs de la République. Ecrivains royalistes, vous savez si les serments des soldats français sont des paroles en Tair. Renoncez donc à vos frivoles espérances, et couvrez- vous du manteau de nullité. Vous lui devrez votre exis — ., tence et votre repos. » — Messager du soir du 9 vendémiaire : « Paris, l&t^}^ 8 vendémiaire. — Les épauletiers, les anciens compagnons d'armes de Maillard, les désarmés de prairial, les députés et leurs espions, qui faisaient, c( jours derniers, peur aux femmes et aux enfants, dans le Jardin-Égalité, ont é^ si fortement frappés des raisons touchantes que leur ont opposées certaii muscadins, dont la main n'est pas aussi légère que la tête, qu'ils ont cru dent de ne pas s'exposer hier soir à être de nouveau complètement battus; revanche, ils attendent vaillamment au détour des rues ceux qui ne veuU nt pas crier : Vivent les deux tiers! et, quand ils se voient dix contre un, ils i mt le courage de se jeter sur leurs victimes et de leur couper les cheveux com^^Hne les Chouans et les Vendéens les coupent aux braves républicains qui ont le malheur de tomber entre leurs mains. Les factieux, voyant que, malgré dîners du gouvernement, le secours des septembriseurs et des démissi( naircs révolutionnaires, leurs cris de : Vivent les deux tiers! leur nombre leur ivresse ne peut les mettre à l'abri des mauvais traitements que leur B.\r leur insolente audace ont pris le parti de solliciter un arrêté signé : Deln- Laporte et Goupilleau, par lequel il est enjoint à la force armée d'arrêter individu qui se permettrait, dans le Jardin-Égalité, des propos tendai avilir la représentation nationale, des insultes ou railleries contre les taires et les chefs et meneurs des rassemblements. Les prétendus motifs arrêté aussi étrange sont que des factieux ont fait entendre dans ce jardin cris de : A bas la Convention! A bas les baïonnettes! A bas les répti^^Êmàbli' cains! et de Vive le roi! que de bons citoyens ont été maltraités pour a^i^voir crié : Vive la Convention! et qu'enfin les propriétaires ont été contraints, par
la terreur qu'inspirent ces royalistes, de fermer leurs boutiques. On ne sait
trop ce qui doit étonner de plus dans un pareil arrêté, ou de l'impudence^^ des assertions, ou de la perfidie de leurs combinaisons. — Les sections de ■E?aris déploient plus d'énergie que jamais ; le président de la section du Luz^sembourg avait, la veille du décret rendu contre les présidents et sécrétai, ires, obtenu, à cause de son grand âge et de la faiblesse de sa santé, sa démis=^ /on; aussitôt après la lecture du décrel, il est remonté au bureau et n'a pas voulu laisser à d'autres la gloire de braver les bastilles et les échafauds des trr^ns. Dans d'autres sections, chaque citoyen a voulu signer de sa main les arr<>tcs et les délibéralions. Dans plusieurs, chacun a voulu acquérir des droits à. la persécution en remplissant successivement les fonctions de président et ^e sccrélairc. Ainsi les diviseurs ne réussiront jïas à nous donner la giiOTTC civile, parce que nous serons toujours unis. »
RÉACTION THERMroORIENNE [1« octobre 1795]
Rapport du 10 vendémiaire.
Esprit public. Sections. — On lit dans quelques assemblées pri- '^aires les réflexions de Tronson du Coudray, nommé électeur du département de Seine-et-Oise, sur les décrets des 5 et 13, comme ^ittentatoires à la souveraineté du peuple ^ Beaucoup de sections persistent à se tenir en assemblée permanente ; celle de Tlndivisibilité [vient] de suivre les errements des assemblées primaires, après avoir été jusqu'à ce jour étrangère aux opérations des quarante-sept autres sections.
Hier, les sections de Grenelle et de l'Arsenal ont porté dans les assemblées primaires les arrêtés par elle pris, concernant leur permanence, la garantie des membres de leur bureau; à Tégard de la Convention nationale^ elle est regardée, par ces arrêtés, comme un corps purement administratif, qui n*a pas le droit de faire des lois ; àla vérité, on lui promet dans les arrêtés delà prendre sous la sauvegarde des assemblées primaires, si elle sait respecter leurs droits.
£a général, il parait que la majorité des assemblées primaires tient à la permanence ; il faut savoir si c'est le vœu de la majorité de chaque assemblée primaire ; c'est ce qui sera décidé et doit Tètre Sous vingt-quatre heures.
Surveillance. — Le peuple perd patience ; les pommes de terre se sont vendues aujourd'hui 56 livres le boisseau ; un rapport porte mot ^ mot qu'il y a à craindre qu'il ne se porte à quelques excès, surtout «ux magasins, qui sont menacés fortement. Les motions^ ajoute le même rapport, sont très animées contre les sections, les marchands, les accapareurs.
Partie politise. Groupes. — La liberté de la presse, celle des opinions, est la sauvegarde des empires ; il faut alors en convenir, la licence des opinions et de la presse en sont la ruine, lorsque la loi se tait devant les distillateurs du poison. Un pamphlet intitulé: Massacre horrible commis par les terroristes sur les jeunes gens au Palais-Ega-^ lité, circule avec abondance. Tant d'autres circulent avec lui, que le
1. Réflexions d'un électeur du département de Seine-et-Oise sur les principes qui doivent guider les corps électoraux dans les circonstances actuelles, Paris, 2 vendémiaire, in-8*. Bibl. nat., Lb 41/2043.
[l" OCTOBRE 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 284
lecteur oublie le soir ce qu*il a lu dans la journée; et d'un autre côté, ce qu'on a suffit à peine à la subsistance ; les acheteurs sont rares; ainsi le remède se trouve à côté du mal.
On s'occupe peu dans les groupes des sections et des assemblées ^ primaires ; la cherté des vivres à l'approche de Thiver fait le sujets de l'entretien de beaucoup de rassemblements. Déjà même, danse quelques-uns, on rejette sur l'effervescence des assemblées le renché— « rissement des denrées. Cependant, et surtout dans les faubourgs oilm le malheureux est obligé de vendre ses effets pour subsister, le pillage est à craindre, si le gouvernement n'y met ordre.
L'agiotage insolent excite l'indignation ; l'inexécution des loLS rendues pour le réprimer fait perdre à la Convention beaucoup d^ confiance.
A l'égard des jeunes gens, il n'en est plus question; ce n'est pluzD qu'une poignée de petits mutins, qui fuient devant la férule maître. Le Jardin-Ëgalité a été tranquille ; les grilles ont & fermées de bonne heure, et, avec cette contenance d'ordre et surlo d'une force armée respectable, il ne restera plus dans ce lieu dét( table que des maisons de jeux, des agioteurs et des prostituées.
La réunion de la Belgique, sujet de beaucoup d'entretiens, a I'j sentiment général ', et ce décret de réunion a fait oublier ceux 5 et 13, dont on s'est peu entretenu, et qui ont dans les groupes p"! de partisans que d^antagonistes.
Spectacles. — Rien ne s'est passé de contraire au bon ordre et à tranquillité. Quelques applications ont excité des applaudissemen dans la pièce des Chasseurs et la Laitière^ [un personnage] dit q' va se pendre, puisqu'il doit bientôt mourir de faim.
Surveillance, — . . . Le nommé Quentin Dubois, connu pour esc et intrigant, lieutenant des grenadiers de la section de Fontaii Grenelle, est celui qui, dans la séance du 7 de l'assemblée primaire?^ cette section, a porté un coup de couteau ou d'autre instrument tichant au citoyen Le Doux. Le nommé Le Cointre, ci-devant doo^ «^ tique de l'ambassadeur d'Espagne, s'est aussi vanté d'avoir dans même séance excédé de coups un prétendu terroriste
Pain, — Par les rapports des inspecteurs de ce jour, il ne para— ^ pas que les distributions aient été troublées, et les rassemblements^ qui existent toujours aux portes des boulangers furent très paisibles
1. C'est en effet le 9 vendémiaire an IV que la Convention décréta la réunioa de la Belgique et du pays de Liège à la France, et leur division en neuf départements.
285 RÉACTIOiN THERMIDORIENNE [!«' octobre 1795]
Bourse, — Inscriptions : 15 3/4, 16, 15 3/4 p. O/q. Change. — Hambourg : 7,200 ; Livourne : 4,100 ; Gênes : 2,900 ; or Qn : 4,700; lingot d'argent : 2,150.
Hannocoue-Guérin.
(Arch. nat., AF n, 140.)
Journaux.
Courrier français du 10 vendémiaire : « Nouvelles de Paris", 9 vendémiaire. — Paris est un immense tableau dont le fond est toujours le môme ; les figures principales sont l'insouciance, la légèreté, Tégoïsme et la niaiserie : ce sont-là les personnages immuables, les personnages de résistance. Depuis Pharamond jusqu'à Louvet, ces personnages ont conservé la prééminence dans la grande draperie ; ils ont même une grâce qui leur donne, après tant de siècles, le piquant de la nouveauté. Au delà du tableau sont les petites marionnettes qui ont joué ou jouent un rôle dans ce qu'on appelle la scène du monde. C'est là qu'on se bat pour les Anglais ou pour la Pucelle, pour la Ligue ou pour Henri, pour la bulle Unigenitus ou pour Jansénius, pour les Jacobins ou pour les Feuillants, pour Robespierre ou pour Louvet, pour les deux-tiers ou pour les anti-deux-tiers. Les petites figures de chaque parti en appellent tour à tour aux personnages du fond, à l'insouciance et à l'égoïsme, bonnes personnes et d'humeur très pacifique, qui sourient à chaque parti, et promettent à tous soumission et obéissance. Pourrait-on se fâcher contre d'aussi bonnes gens? Il est vrai qu'elles paient quelquefois les pots cassés; il y avait même sous Robespierre une faction qu'on désignait sous le nom dlndifférenlistes, de nihilistes; c'était bien mal à Robespierre, vraiment. Au Heu de les faire guillotiner, ainsi qu'il l'a fait contre toutes les règles de l'honnêteté, voilà ce qu'il aurait dû faire. Comme son grand but était d'avoir de l'argent et d'établir un empire nouveau, il devait les transplanter dans une lie bien riante, y fonder à perpétuité un petit Coblentz, une petite glacière chez Garchi cl un petit Tarare à TOpéra. Les bonnes gens ne se seraient pas même aperçus de la transmigration ; leurs biens nous seraient restés, et leur produit, après avoir payé la dépense de la fondation, eût encore été pour nous un honnête revenu. Tarare, Garchi et Coblentz sont ici à l'ordre du jour. Qui n'a pas vu Tarare n'a rien vu ; qui n'a pas pris une glace chez Garchi est un sot ; qui ne va pas à Coblentz est un terroriste. Le jugement et la sagesse président toujours, comme à l'ordinaire, à la toilette de nos femmes ; la taille de leur robe remonte toujours avec beaucoup de grâce jusqu'à la nuque ; plus ou presque plus de rubans vert ; les Chouans ont disparu avec les jours brillants de Tété. Les chenilles sont devenues chrysalides ; bientôt elles ressusciteront papillons, pour aller se brûler à la chandelle de l'Opéra, à moins que Louvet et Chénier n'en fassent l'ornement de leur cabinet d'histoire naturelle (aux Quatrc-Nations oU à la Conciergerie). »
[2 OCTOBRE 1795] RÉACTION THERMTOORIENNE 286
CDXXXIII
Rapport du il vendémiaire.
te e
Esprit public. Sections, — Enfin, la section Le Peletîer a levé masque, et, par un arrêté dicté par la sédition et Tanarchie, que royalisme colporte dans les autres assemblées primaires^ elle les e gage à envoyer leurs électeurs au Théâtre-Français*. Quel peut le motif de ce rassemblement d'électeurs, encore sans qualité jusqu" Tépoque de leur convocation légale et la vérification de leurs pou- — voirs? Quelques sections ont ajourné cet arrêté pour le discuter mûre— — ment; d'autres étaient assemblées dans la matinée et semblaient s disposer à se rendre dans la salle du ci-devant Théâtre-Français.
La permanence est devenue le système favori de la majorité d assemblées primaires.
Voilà le moment d'en imposer par une contenance ferme et des mesures hardies, surtout à la veille des assemblées électorales, qui seraient trop fortes de l'impunité des bureaux des assemblées primaires.
Celte réflexion n'est pas {sic] • la conséquence et le résultat tout à la fois des opinions recueillies dans les groupes composés de citoyens sensés et paisibles, qui s'effrayeraient des mesures des sections de Paris, si leur espoir n'était tout autre dans le courage et la fermeté des Comités de gouvernement.
Surveillance extérieure. — Cette partie de la police ne peut offrir que le spectacle déchirant de vieillards, de pauvres rentiers et de malheureux réduits à la nécessité de vendre leurs effets pour se procurer de quoi subsister; d'un autre côté, la dureté et l'avarice du détaillant, des revendeuses qui mettent à leurs denrées le prix que le pauvre ne peut atteindre.
Partie politique. Groupes. — Le désir et la nécessité d'avoir un gouvernement bien solidement et promptement établi, qui ne puisse être en butte aux secousses de la malveillance ou de l'étourderie sans une prompte et salutaire répression, amènent naturellement les con-
1. Cf. Zivy, Le treize vendémiaire^ p. 45. 1. Il faut sans doute lire que.
z287 RÉACTION THERMIDORIENNE [2 octobre 1795]
^'ersations sur le décret qui fixe au 5 brumaire Touverlure des séances 4lu Corps législatif ^
Cette époque semble devoir être celle du retour de la paix et de l'abondance, de la répression de Tinfâme agiotage, du nettoyement de ces latrines infectées, appelées le jardin du Palais-Egalité; on s'en entretenait avec joie, on se prononçait même fortement contre les opérations des sections et leurs mesures mutines et irréfléchies. Mais Tanarchie, qui sans cesse rôde et cherche à dévorer tout ce qui respire Tordre et le bien public, disait que la section des Quinze- Vingts avait reçu 1,500,000 livres pour émettre son vœu en faveur des décrets des 5 et 13 fructidor*; que le gouvernement faisait distribuer de largent, du vin et de Teau-de-vie aux troupes qui sont à Paris.
Il résulte de tous les rapports que les opinions sont bien prononcées contre les agioteurs, qu'il n'existe de plaintes que contre la mollesse des autorités et des tribunaux à exécuter les lois répressives de Tagiotage, et ce qui retient Tindignation qu'excitent tous ces vampires qui ne quittent pas le Jardin-Égalité, c'est l'espoir de voir un pouvoir exécutif assez fort et assez ferme pour exécuter les lois qui feront respirer au moins le pauvre, oppressé depuis longtemps.
11 n'y eut aucun trouble au Palais-Égalité, ni dans le courant de la journée ni le soir.
Spectacles. — Les spectacles ont été généralement remplis; tout y a été calme, et rien ne s'est passé de contraire à la décence et au bon ordre.
Surveillance. — ... Cette nuit, dans la section Le Peletier, on frappait aux portes des citoyens en les invitant à se rendre au poste central.
Une marchande de journaux incendiaij*es a été arrêtée sur la section du Jardin-des-Plantes, menée chez le commissaire de police qui l'a fait conduire au Comité de sûreté générale.
Hier, sur le trottoir, vis-à-vis le Chàteau-d'Eau, place du Palais- Égalité, le citoyen Waque, artiste musicien du théâtre du Vaudeville, a été accosté par deux dragons, qui l'ont forcé, par leurs menaces, à défaire la natte qui faisait partie de sa coiffure; ils lui ont dit qu'ils avaient des ordres pour cela.
1. Par décret du l*»" vendémiaire an IV, la Convention avait fixé au 15 brumaire la réunion du Corps législatif. Le 10 vendémiaire, elle revint sur ce décret, et fixa définitivement au 5 brumaire Touvcrture des séances du Corps législatif.
2. Seule des quarante-huit sections de Paris, celle des Quinze- Vingts (faubourg Saint- Antoine) avait approuvé les décrets de fructidor à la majorité de 433 voix contre 139. Voir dans Zivy, p. 24, 25, un tableau des votes des sections de Paris.
Cinq militaires ont été arrêtés cette nuit par une patrouille de la section des Gardes-Françaises; ils ont été conduits à la maison du Bouloi
Commerce. — Aux rapports de bien des inspecteurs, le pain distribué chez les boulangers était d'une très mauvaise qualité, et l'on en témoignait assez de mécontentement; mais aux rassemblements considérables qui, tous les jours, ont lieu tant aux portes des boulangers que des bouchers, ce qui ne cesse d'exciter les plaintes les plus amères, c'est le renchérissement excessif de toutes choses. On entend dire à la plupart des malheureuses femmes qui s'y trouvent qu'elles en sont réduites à vendre leurs effets, et l'approche de l'hiver ne leur fait envisager que le sort le plus funeste.
Jacques dit que le président du Comité de la section du Nord se plaint beaucoup du retard de l'arrivage des marchés au Comité de la section, étant obligé de l'attendre depuis quatre jours jusqu'à deux et trois heures du matin.
Marchés. — Les halles furent calmes et tranquilles; les mêmes plaintes qu'aux distributions des comestibles s'y font entendre de tous côtés, mais elles ne sont suivies d'aucunes violences.
Le nombre des voitures d'approvisionnements arrivées les 9 et
10 vendémiaire se monte à 860.
Pasté.
(Arch. nat., AFii, 52.)
Journaux.
Courrier français du 11 vendémiaire : « Nouvelles de Paris^ iO vendémiaire, — La surface de Paris est uniforme et paisible. Les passions s'agitent; les esprits s'aigrissent; mais c'est le serpent caché sous les fleurs. Par une bizarrerie singulière, le décadi d'aujourd'hui a été plus fêté que tous les autres. Plusieurs boutiques étaient fermées. Est-ce ferveur républicaine? Est-ce frayeur? » — Gazelle française du 11 vendémiaire. « De PariSy 2 octobre. — Nous sommes toujours fort tranquilles. Les spectacles, les promenades, les jardins publics, les cafés, les salles de restaurateurs, tout est plein, et partout on est gai comme à l'ordinaire. De nombreux corps de troupes, tant à pied qu'à cheval, arrivent journellement ici ; mais, comme ces corps-là sont composés de nos compatriotes, de nos frères, de nos amis, le citoyen est fort tranquiHe sur leur compte. Cependant on a observé aujourd'hui un fait qui n'est pas du tout indifl'érent dans les circonstances où nous sommes. Le jour de la dernière décade, toutes les boutiques étaient ouvertes; elles étaient presque tontes fermées aujourd'hui. Serait-ce la peur qui aurait opéré celte étonnante niélaniorphose? Cette frayeur serait cependant d'autant plus mal fondée (jue le gouvernement ne j)araît pas avoir fait une loi positive sur la manière de chômer le dernier jour de la décade. Ce n'est, suivant nous, qu'un simple conseil, que pourra suivre qui voudra. »
RÉACTION THERMIDORIENNE [3 octobre 17951
CDXXXIV
Rapport du 12 vendémuire.
esprit public. Sections. — Le foyer de rînsurrection est au sein de
*^ section Le Peletier ; c'est de là que sonne et se fait entendre le
tocsin de ranarchie. Heureusement le génie de la liberté veille, et les
^^is funestes du royalisme n'ont pas été entendus de la majorité des
sections. Les électeurs déjà nommés par les assemblées ont été,
d'après l'adhésion donnée à l'arrêté de la section Le Peletier, se
J'éuxiir au Théâtre-Français; la majorité n'y était pas. Dans ce ras-
sein l)lement illégal d'individus, il a été arrêté que le corps électoral
(c'e^t ainsi qu'ils se qualifient) aurait une garde de douze mille
hoQcxines, et, qu'en cas d'attaque, on repousserait la force par la
forci^
L-^t. section du Temple a passé à l'ordre du jour sur les arrêtés de cell^ de Le Peletier, motivé sur ce qu'ils sont contraires à la loi.
^^à. section de la Réunion a rejeté à l'unanimité l'arrêté de la section ^^ ï^eletier.
L.€i section des Gravilliers a tenu la même conduite, hier soir; elle a ^^^^té qu'il n'y avait pas lieu à délibérer sur les arrêtés qu'on lui a présentés ; elle s'occupe de la continuation de la nomination de ses électeurs et se propose de terminer ses assemblées.
I-a section de l'Homme-Armé a adhéré ; ses électeurs sont réunis ^^ Théâtre-Français ; il faut observer que quelques électeurs se sont apposés à cette mesure et ont développé des principes sages, qui n'ont ^^s été écoutés.
^^s sections des Plantes, des Gardes-Françaises, ont fermé leurs ^^ernblées et n'ont pas partagé les sottises politiques de la section ^^ I^eletier.
^n général, il résulte, [tant] des rapports que des bruits publics, ^^^ la majorité des sections n'était pas dans la personne de ses ^^teurs réunis au Théâtre-Français, et que cette minorité de sec- ^^s n'avait pas encore pu réunir la majorité de ses électeurs *.
^^s meneurs de la section du Panthéon ont fait hier, tout à la fois, ÎTeuve de folie et de lâcheté; la section de Brutus a fait part à cette
^* Cette phrase est textuelle.