Ils seront plus aisés à cerner. (Note de l'original
^^ RÉACTION THERMIDORIENNE p octobre 1795]
i« Jardin national. Des craintes se répandent sur les intentions présumées tfan grand nombre; plusieurs ont fixé Tattcntion particulière de bons obser- ^îiteurs, qui ont cru apercevoir en eux des émissaires des meneurs des séchons, venus pour remarquer les citoyens réarmés.^D'autres pensent qu'on doit craindre de leur part Teffet de quelque disposition machiavélique, capable de porter le désordre parmi nous ; on va jusqu'à répandre qu'ils peuvent être armés de poignards contre ce qu'ils nomment des terroristes. Nous vous transmettons sur-le-champ ce rapport, afin que vous examiniez s'il ne conviendrait pas, comme les obsen^atcurs le demandent, de faire évacuer le Jar- <bi national par tous ceux qui n'y sont pas avoués {sic), et de n'y admettre ensuite qa'avec les précautions que votre sagesse prévoyante vous suggérera, ^s représentants du peuple, membres du Comité de sûreté générale : Bou- ^^•v, Gauthier. »
CDXXXVI
Rapport du 14 vendémiaire.
esprit public. — Le voile épais que la malveillance, le royalisme et ^*iarchie avaient mis sur les yeux de toutes les classes des citoyens *^^ enfin déchiré. La catastrophe d'hier, en excitant des plaintes et •^'** regrets, a excité aussi les murmures de l'indignation contre les
®^<itions révoltées, notamment celles de Le Peletier, Brutus, Butte- *^s-Moulins et Théâtre-Français. On plaint la Convention d'avoir été ^4^1igée d'employer tant de rigueur; on s'indigne contre les sections ^^^n avoir provoqué la mesure.
Cependant, ce matin encore et toute la nuit, la presque totalité des ^^^ctions était assemblée, les citoyens sous les armes; on battait des •'appels; dans quelques-unes, des sentinelles placées dans les environs ^Qlieu de l'assemblée criaient : Qui vive? sur les citoyens qui ren- ^'ï'aient; quelques-unes ce matin ont arrêté des hussards isolés et les ^^^t désarmés et conduits à leur assemblée.
Les esprits consternés et abattus redoutent encore cette journée.
^^elques sections sont encore échauffées. En général, les sections
^m pas pour elles la masse des citoyens, et les gens sages et sensés
. ^^^aient des vœux pour que la Convention l'emportât sur les sections
*^^Urgées.
On s'attend à voir les sections de Paris désarmées, les postes occu- ^ par les troupes de ligne, les meneurs des sections révoltées arré- ^» l'agiotage confondu, et les agioteurs mis en déroute. On compte
enfin sur les mesures les plus rigoureuses et môme sur la punition des affameurs du peuple.
Il résulte de cette masse d^opinions que la majorité des habitants de Paris n'est pas pour les sections de Le Peletier et de la Butte-des- Moulins, car c'est du sein de ces deux arrondissements que sortent tous les agioteurs qui, au Palais-Égalité, font le trafic le plus infâme, au détriment de la fortune publique et des fortunes privées.
D'après les conversations, il est difficile de savoir ce qui a donné lieu au premier coup de canon; il est plus difficile encore de savoir au juste combien ont été blessés : ce qui parait le plus constant et le plus général, c'est l'opiniâtre résistance et toute la fois inconsidérée de la section Le Peletier. Un rapport d'un officier de paix nous annonce que le bruit se répand que la section Le Peletier s'est rendue. On ajoute que Tétat-major de la section Le Peletier est arrêté, et que l'on recherche les intrigants et les meneurs de cette section, qui seuls ont soufQé le feu de la guerre civile et ont précipité dans Terreur et le malheur les autres sections.
Que les assemblées de sections soient fermées, que les citoyens rentrent chez eux, que la Convention use du pouvoir qui lui est confié, apporte cette sévérité calme qui efi*raie le méchant et rassure l'homme bien intentionné, et tout rentrera dans l'ordre, qui seul peut faire oublier la rigoureuse ' dans laquelle elle s'est trouvée
Commerce, Pain. — La plupart des sections, surtout celles éloignées, n'ayant reçu leur farine que très tard, les distributions n'ont pu avoir lieu que vers le soir. Quoique les rassemblements aux portes des boulangers aient été assez considérables, à cause de l'inquiétude commune à bien des esprits au sujet des subsistances, ils étaient assez calmes. Ce dont on se plaignait le plus était la mauvaise qualité du pain. Une seule contravention se trouve consignée dans un des rapports, où il est dit que, chez le citoyen Thomas, boulanger, section de la Place-Vendôme, restèrent quelques personnes k servir. On a écrit au Comité pour connaître la suite de cette contravention.
Marchés, — Les halles furent encore très faiblement approvisionnées, notamment en racines. Les marchands de campagne avaient, disait-on, vendu leurs marchandises dans les faubourgs, et beaucoup d'entre eux n'étaient pas venus du tout. Les pommes de terre, dont il n'y avait que dix voitures, se sont, comme les autres denrées, enlevées avec le plus grand calme.
Hannocque-Guérin.
(Arch. nat., AFii, 140.) 1. Un mot illisible.
^^* RÉACTION THERMIDORIENNE |5 octobre 1795]
Vici, en outre, sur les péripéties de la journée du 13 vendémiaire, quelques Wletins de police (Arch. nat., AF ii, 52) : 1» « Nuit du 12 au 13 vendémiaire, à 'ïiinuit et demi. On rapporte que la section Le Pelelier s'est mise en défense; ^He a reçu des forces des autres sections : Luxembourg, Théâtre-Français et 'e Mail, Elle a dirigé des avant-postes dans les rues adjacentes à son point central et renvoyé tous gens inutiles à leurs principes (sic), et se tient sur la rfé/ensive au cas qu'elle soit arrêtée (sic), » — 2° « 2 heures du matin. Se sont ^ ^'instant présentés les citoyens soussignés, lesquels ont fait les déclarations suivantes, savoir : qu'étant de poste à la rue Honoré, au coin de la petite rue ^e la Conventiou, le citoyen RalTet, commandant de la place de Paris, -ayant ^^é interpellé par Tun d'eux sur ce qui se passait à la section Le Peletier, a '"^ pondu qu'il était content qu'on eût fraternisé. Sur l'observation qui lui fut '^^ite qu'on disait que cette section venait d'élre désarmée, il a dit que cela *^ ^tait pas. qu'il en était sûr, puisqu'il en venait, qu'il faudrait que les autres ^^ciions fussent bien lâches pour ne pas la soutenir. L'un des déclarants, ré- ^''^Ué de cette réponse, lui dit de se retirer, qu'il allait tirer sur lui, s'il conli- ^iiail; alors RafTet dit : « Je ne suis donc pas avec les nôtres! » Les déclarants ^^bsenent qu'ils ne peuvent assurer affirmativement si l'individu qu'ils dénoncent est Raffet, mais qu'on leur a dit que c'était lui ; ils ajoutent que cet individu leur a paru pris de vin, mais toujours que cet homme leur parait suspect, parce que dans l'ivresse la vérité échappe. Et ont signé les déclarants *. » — 3* A 3 heures du matin, je me suis transporté rue de la Loi ; j'ai trouvé une sentinelle, qui m'a empêché de passer pour aller du côté du Perron. J'ai trouvé une sentinelle vers l'Opéra, qui m'a empêché de passer. Je suis revenu à la rue de Grammont : j'ai trouvé les mêmes difficultés. J'ai entendu battre la générale du côté de la place Victoire. Heudan. — Tous les postes sont occupés par les sections. » — 4® « 4 heures du matin. La générale bat en ce moment dans la section des Lombards et des Arcis. Pont-Neuf : on médite le projet de faire battre la générale dans toutes les sections aussitôt qu'il sera jour. On a fait circuler à cet effet des députations secrètes, depuis environ deux heures; enfin, on se propose d'offrir l'eau-de-vie aux soldats de ligne dès que le jour sera venu. Pour les commissaires administrateurs : Grkment, chef du bureau de surveillance*. » — 5® « On a battu la générale ce matin à 5 heures dans la section des Marchés. Aussitôt, les gens de campagne se sont retirés avec les subsistances qu'il apportaient. Il y a peu de temps qu'ils n'étaient dans cette
1. « Boudin n'a pas exigé que les dénonciateurs signassent. Il pense qu'il est bien important de faire donner le bataillon qui borde la terrasse du côté des Tuileries. Sevestre. • [Sote de Voriginal.)
2. Les deux bulletins suivants, intitulés l'un : AS^ dépêche^ l'autre : Aâ* dépêche^ ne portent pas d'indication d'heure, mais doivent se rapporter aussi à la nuit du 12 au 13 vendémiaire : !• ■ On crie aux armes dans la section de la Fidélité; on frappe aux portes : on force les citoyens à sortir de chez eux pour se rendre au corps de garde. L'on frappe pareillement aux portes de la section des Arcis. Les maisons d'arrêt sont bien gardées et jouissent du plus grand calme. La section de Le Peletier est toujours agitée. Les sections de la Fidélité, des I)roils-(le-rilomme et de THomme-Armé jouissent de la tranquilité désirée. Pour les commissaires : Degaille, premier commis de la surveillance. » — 2® « Les divers rapports s'accordent sur ce point, que la générale, au point du jour, va <*tre battue dans toutes les sections. Decallle, premier commis de la surveillance. » (Arch nat., AF ii, 52.)
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asseinbiôc qu*unc dizaine de factieux, parmi lesquels il yen avait trois qui ont toujours correspondu avec la section Le Peletier. » — 6^ « 6 heures du matin. On nous rapporte qu'en ce moment on bat la générale dans la section de la Buttc-des-Moulins; les tambours marchent, accompagnés d*une force armée d'environ deux cents hommes. 11 ne parait pas qu*on se rende encore à cette provocation. » — 7<^ « G h. 1/2 du matin. On bat toujours la générale, section Le Peletier. Une section, composée d'environ quatre cents hommes, y marche avec son drapeau. Sur la place Victoire il y a un rassemblement de grenadiers et de chasseurs. On a dit à celui qui a donné ces renseignements que, sous une heure, ils seraient quarante mille. On bat la générale aussi pour la deuxième fois, section Poissonnière. On y parait cependant tranquille. » 8<> <( 7 heures. Dans la rue du Bac, on a voulu battre la générale ; la fo armée s'y est opposée, et les tambours se sont soumis à la défense. Toutpa rait tranquille dans ce quartier-là. Le commandant de garde du chef-lieu d la Fontaine-Grenellc dit qu'on vient de lui enlever deux sacs de cartouches ({u'on lui a fait des menaces. On a nommé Félix commandant de la section ; on a repris à battre la générale. » — 9<* w 7 heures. Tout est très tran quille sur la section de la IlalIe-au-Blé, ainsi que [sur] celle des March sinon que la générale a battu sur ces deux sections ; les citoyens se sont ren— dus au poste central, mais ne bougent ])as, et je ne leur crois aucun mauvai dessein. La section de Le Peletier est toujours sous les armes et persiste toa jours à être rebelle à la loi ; le Palais-Égalité est cerné jmr la section de 1^ Butte-des-Moulins. Quoique la générale a battu toute la nuit, dans ce momen ci elle bat partout. Tous les honnêtes gens sont pour la Convention et so: fort en colère contre tous les rebelles ; il court un bruit que les royalist afin de pouvoir séduire les esprits faibles, ont montré des louis à pi sieurs personnes ; il est question que ces louis sont à reffîgie de Monsieur marqués Louis XVII; je ne pus avoir la satisfaction de suivre les personn qui annonçaient cette nouvelle, attendu que j'ai été repoussé, la baïonnet au corps, par les j:frcnadicrs de la section Le Peletier, rue Vivienne, au coi de colle de Colbort. » — 10<* « La section des Marchés a destitué son comma dant de force armée ; elle envoie h chaque instant des commissaires pour co respondre avec la section Le Peletier. » — 11° « 9 heures. Un citoyen de la se tion de l'Unité dit que le bruit court que le projet [existe] d'arrêter les femm et les enfants des dépulés pour les mettre en avant de la force armée qui ma chera contre la Convention, que cette opération est déjà exécutée de ce cô de Paris, mais ce dernier bruit est sans fondement, du moins nous n'en avo eu aucune nouvelle. » — 12° « 10 heures du matin. Deux membres du Com civil de la section des Lombards déclarent qu'ils n'ont pu empêcher de bat la générale ce matin. Environ deux cents hommes rassemblées à la secti-^ Bulte-dos-Moulins, cjui fait proclamer qu'elle regardera comme terroristes t ceux qui ne prendront pas les armes. » — 13° « Un citoyen qui signe Mo gny, républicain, vient affirmer que la section de l'Indivisibilité s'avance masse aux cris de Vive la ConcentionI Vive ta République ! Le rapport s^ vanl le conteste en ces termes : « 10 heures du matin. La version qu'on vi de nous donner sur la section de l'Indivisibilité est fausse; nous crevons dev vous en informer sur le champ. Un citoyen de la section du Luxemboui^ nonce qu'en ce moment on fait dans celte section une proclamation, port^ que tous les citoyens qui ne se rendront pas sur-le-champ en armes, à leurs
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tionsjseronl déclarés traîtres à la patrie, désarmés et arrêtés. >» — 14® u Un citoyen habitant de Passy vient de me dire à l'instant que quelques sections insurgées s'étaient transportées en cette commune pour y demander protection contre la Convention nationale et notamment leurs canons, ce qui leur a été fonnellement refusé. La municipalité de ce lieu est dans ce moment assem- '>lée; leur (sic) intention est pure ; mais, n'étant pas en force suffisante, ces canons pourraient leur être enlevés par les sections rebelles ; c'est leur crainte, '•e même citoyen m'a dit que trois des électeurs de cette commune étaient dans les plus mauvais principes. En ce moment, partie des sections rebelles <^neni : Vive la Convention ! mais c'est sans doute un piège dans lequel il ^^ faut pas donner. — Ribout. » — 15® « Le faubourg Antoine est assez tran- Q^Ule ; la proclamation s y est faite avec calme. L'on y a battu la générale. "^tks le même instant, l'on y voit tous les bons citoyens joindre leurs sections "^ns l'intention de veiller à la Convention. L'on dit dans Paris que [Le] Pele- ^'^f est bien monté en cavalerie, qu'ils ont été prendre les chevaux de toutes '^^ administrations, que cette nuit on leur a arrêté leurs tambours, mais qu'ils *^ les étaient fait rendre avec autorité; que tous ceux que la Convention îivait '^if armer n'étaient que tous scélérats et brigands et des gens qui, pour ne J^^s payer leurs impositions, avaient été se mettre sous la protection de la Con- ^^Ution, mais qu'ils n'avaient pas la troupe pour eux. — D'Heaubenson. » «— * ^'^ Rapport de Ruelle, garçon de bureau du Comité des dépêches et correst^^ndances de la Convention, qui déclare que, chargé de transporter à la poste *^ Bulletin pour les départements et les armées, une force armée des sections ^^s Tuileries et Le Peletier l'a forcé de rebrousser chemin et de rentrer au **^ais-National avec sa voilure portant les ballots du Bulletin. (Nous nous ^Ornons à signaler ce rapport, dont on trouvera le texte dans AF ii, 52.) — ^"7o « La halle n'est jamais fortement approvisionnée le lundi, mais elle l'est aujourd'hui beaucoup moins que de coutume; on n'a pas vu arriver plus de •^rois charretées et quelques sachées de pommes de terre ; il y a beaucoup <l'*acheteurs; il est à craindre que la vente no soit très orageuse. — Haxnocque-
OuÉRIX. »
Journaux.
Gazette française du 14 vendémiaire: « Paris, 13 vendémiaire. — L'ap- X^areil des combats nous environne; chaque rue est hérissée de troupes de ^igne ou de gardes nationales. Un noyau considérable de ces dernières entoure la section Le Pelletier, qui a été sommée hier soir de se dissoudre. Les Iroupes qui accompagnaient le représentant chargé de la sommation se sont retirées. On assure même que plusieurs soldats ont fraternisé avec les citoyens. La générale bat dans plusieurs sections. Chacun court, chacun s'empresse. Les versions qu'on fait de ce qui se passe sont si divergentes entre elles, qu'il faut attendre encore pour avoir des renseignements certains. Nous savons seulement que c'est le général Miranda qui était à la tête du corps de troupes qui a fait avant-hier le siège du Théâtre-Français. On dit que Raiïet et Menou ont été destitués par les Comités de gouvernement. — P.-S. Au moment où nous mettons le journal sous presse, le canon se fait entendre du côté des Tuileries. » — Journal du bonhomme Richard du 17 vendémiaire : « Le
combat du 13 a duré depuis sept heures jusqu'à dix. La plus grande preuvi que ce n'était qu'une poignée d'hommes qui avaient amené ce nouveau désastrC) c'est que le lendemain on n'entendait nulle part parler de vengeance. Si la majorité des citoyens de cette ville y eût pris part, quelle force aurait pu résister à ce torrent? On battit la générale le 14, dans la section du Théâtre- Français, mais les chefs étaient cachés. On proclama qu'il fallait dépaver les rues et jeter tout ce qu'on pourrait par les fenêtres. On haussait les épaules, et pas un pavé ne fut déplacé. Ce sont ces meneurs qu'il aurait fallu y jeter la veille. Toutes les rues adjacentes de la Convention portent l'empreinte du malheureux combat. Des vitres et des glaces cassées; des boutiques criblées par la mitraille; rcscalier de Saint-Roch, où s'étaient retranchés les fuyards» est abimé par les biscaïens. 11 y a trente-deux blessés parmi les volontaires. On les a pansés dans une grande salle de la Convention à l'ombre de (rois mille drapeaux ennemis. 11 est impossible de donner le nombre des morts. Cinq canonniers ont été tués. Un seul, resté à sa pièce, a tiré encore deux coups de canon. 0 déplorable événement! N'y eût-il qu'une victime, c'est encore une calamité. On faisait enlever les morts à mesure qu'ils tombaient. On dit qu'on a trouvé un drapeau blanc dans la salle des séances de la sec* tion Le Peletier, et une correspondance avec les ennemis de la patrie. Des témoins oculaires disent avoir vu des cartes de forme octogone, qu'on devait distribuer, sur lesquelles était inscrit le nom de Louis XVIÏL C'était donc un roi qu'on voulait. Nous en af)prendrons bien d'autres. » — « Le rédacteur de la Gazette de l'Europe, Langlois, autrement dit le Messager du soir, s'est brûlé la cervelle. Il avait présidé sa section. » — Censeur des journaux du 15 vendémiaire : « Une balle frappe un grenadier de la Convention; il tombe auprès d'un représentant, qui, en le relevant, lui dit : « Ce ne sera rien, cama- « rade. — C'est la mort, représentant, mais je m'en f. . ., nous avons enfanté *< aujourd'hui la République. » Ce trait appartient à l'histoire, et donne à la fois la mesure de l'événement et celle des agents. Cette journée, célèbre parmi toutes celles de la Révolution, en sera probablement la dernière. Si l'humanité ne peut s'empêcher de verser des pleurs sur ses victimes, la politique doit se féliciter éternellement de son succès. Tout malheureux que soit un pareil événement, les royalistes qui l'ont rendu nécessaire seuls en seront respon — sables aux yeux de la postérité. La honte en est à eux, la gloire est à la Con —
vention, (jui s'est montrée forte pendant le combat et grande après la victoire
Il faut (|ue la France entière sache par quel Irait d'insigne trahison les rebelle ont commencé leur altaque. En arrivant sur le petit Carrousel, une colonn annonce le désir de fraterniser avec les troupes républicaines; ils tendaien — les bras, ils profanaient les noms de frères et de républicains; déjà on 1 écoulait avec attendrissement; déjà l'un d'eux embrassait le capitaine de-^ canonniers, tandis que les autres essayent de s'emparer d'une pièce de canon aussitôt une décharge de nious(iuctcrie part de leurs rangs et abat sept d gons. Ceux-ci, n'ayant plus de ménagements à garder avec des traîtres, ni coniposition à entendre avec des rebelles, les attaquent sur tous les point In l'eu roulant de mousqueterie répondait à celui des rebelles; ceux-ci tiraie à coup sûr; ils ajustaient des fenêtres; le canon balayait les rues; un se coup en renversa deux cent cinquante sur les marches de Saint-Roch; coup a retenti jusqu'à Londres. Tandis que ceci se passait en-deçà de la rï:: vière et autour de la Convention, une autre colonne, composée des sectio
RÉACTION THERMIDORIENNE [6 octobre 1795]
rhéâtre-Français, Fontaine-de-Grenelle et de TUnité, débouchait sur le Voltaire, ayant une centaine de femmes à sa tête ; le canon du Louvre et c obusiers en ont fait raison. Cependant Le Peletier tenait toujours au is-Royal, et la Butte-des-Moulins à Saint-Roch: On fait le siège de Saint- 1 et du Palais • Royal ; une heure après tout était tué, pris ou disparu. On lit pas le nombre des morts; il a dû être considérable, car Faction a été ide. Mais, si quelque chose peut adoucir nos regrets, c*est que la plupart scélérats étaient des émigrés et des Chouans, mais bien littéralement des uans, venus exprès de tous les coins de l'Europe pour renverser la Repuue. Jamais en effet la République ne courut de plus grands risques. Jamais ii la Convention ne s'est montrée plus grande et plus digne de remplir sa tlnée. Elle a vaincu dans ce dernier combat tous les rois de l'Europe. Elle aîlrisé l'esprit public. L'esprit public se compose aujourd'hui de gens qui, ^Irisés par ce grand événement, se rattachent sincèrement à la République ic gens qui, pressés par la peur, crient de toute la force de leurs pouns : Vive la République ! * »
Rapport du 15 vendémiaire.
sprit public, — Les rapports qui nous sont parvenus ne présenque trois objets : tristesse et consternation de ce qui s'est passé ^ ; murmures contre les hommes qui, sous le masque du palrioe, ne cherchent que le rétablissement de la royauté, et, pour ir leurs projets, ont égaré leurs concitoyens et les ont menés à la i^herie; espérance en la Convention, dont la fermeté était au- >us de tous les propos et de toutes les calomnies qu'on se permet et ► n se permettra, [et qui] profitera des circonstances actuelles pour ^ rentrer dans le néant tous les agioteurs et les afTameurs du pie, et rétablira sur les ruines des brigandages de toutes espèces redit et la fortune publique et la valeur réelle des assignats. • uelques sections se sont réunies, mais seulement pour la lecture eurs procès-verbaux et prendre un parti sur la démission donnée quelques-uns des électeurs déjà nommés. Les autres s'occupaient -erminer les choix de leurs électeurs, et enfin celles qui avaient niné leurs opérations ne tenaient plus de séance.
^^n trouvera un récit, très clair et très détaillé, de cette journée du 13 ven- 'ÙTC dans le livre de M. Henry Zivy : Le IS vendémiaire an IV, Paris, Alcan, in-8. (Bibliothèque de la Faculté des lettres de l'Université de Paris.) Tome II. 20
[6 OCTOBRE 17951 RÉACTION THERMmORIENNE 306 ,
Les marchands et les égoïstes blâment la Convention; les ouvriers^ et en général les bons citoyens vomissent les injures les plus pronon*.^ cées contre les intrigants et surtout la cupidité du marchand; Tagio^^ teur tremble et n'ose se montrer. Que la Convention agisse, et Palais-Égalité n'offrira plus le spectacle hideux d*infàmes qui, ap\ avoir vu (Tun œil sec le sang répandu et qui n*est pas celui des auteit^ j de la révolte, mais des imbéciles égarés, agioteraient encore sur l^^s cadavres. Le peuple, en général, et tous les bons citoyens de Paris f ^( le nombre en est grand) ne soupirent qu'après Textirpation totale c"^€ l'agiotage, seule cause de la misère publique, et, quelles que puisse être les mesures de la Convention, elle est sûre du concours de ta les citoyens.
La proclamation de la Convention nationale ' a été entendue accueillie avec calme et satisfaction ; il n'y avait ni tiédeur ni e thousiasme.
Les rues étaient couvertes de promeneurs et de beaucoup femmes qui examinaient les dégâts occasionnés parle canon; tout passait tranquillement, et, dans les conversations, il était généra ment question de la section Le Peletier, à laquelle on attribuait de malheurs et que Ton regardait comme le foyer du royalisme, l'agiotage et de l'anarchie.
Dans la section du Théâtre-Français, il y a eu une espèce de mo vement convulsif, mais qui n'est pas dangereux : ce n'est qu'un léger des flots après l'orage.
Surveillance. — ... Trois particuliers, prévenus d'être instigateurs du mouvement du 13, ont été transférés de la prison de la Force ds^ns la maison d'arrêt de la Commission
Commerce. Pain, — La farine n'est généralement arrivée que très tard dans les sections, et les distributions se sont faites dans le jaur; cependant les boulangers de la section des Marchés, n'ayant vec^ leur farine que vers cinq heures du soir, n'ont dû faire leur distribution que le lendemain matin, et, sur la section du Théâtre-Français i il n'en est point du tout arrivé. Les boulangers de la section du F^W' bourg-Montmartre, avant de recevoir leur farine, en ont cuit quelq^^^ peu, qu'ils avaient d'avance, et il fut, par ce moyen, distribué ^^ quarteron de pain par quelques-uns d'eux. Enfin, de même, suï' la section des Droits-de-riïomme, où les boulangers délivraient u*^® demi-livre de pain provenant de la farine qu'ils avaient pareillem^ ''^^ épargnée. Les marchands de pain ont profité du retard de l'arriv des farines pour le vendre jusqu'à 30 francs la livre.