Cf. Zivy, p
307 RÉACTION THERMIDORIENNE [6 octobre 1795]
Marchés. — Les halles, disent les inspecteurs, étaient, par le défaut d'approvisionnement, dans une triste position ; on n'y pouvait remarquer, sans être vivement touché, une grande quantité de mères de famille qui s'en retournaient sans provisions, les larmes aux yeux; l'arrivage des denrées, qui parurent aux carreaux, n'eut lieu que très tard. — Voitures d'approvisionnements des 13 et 14 : 371.
HOUDEYER.
(Arch. nat., AF ii, 57.)
Voici deux bulletins de police se rapportant à celte journée du 14 vcndémiaire : « !• Quatre heures du matin. Sections des Marchés, du Contrat-Social, Guillaume-Tell, Bonne-Nouvelle et Bon-Conseil, tranquillité. Aucun boulanger ïi a reçu sa farine. Sur la section Guillaume-Tell, partie des rues sont barrées 3vec de fortes voitures et charrettes. Vers trois heures on a entendu partir trois coups de canon du côté de la Trésorerie nationale et de la place des Victoires. Sections des Arcis, de la Fidélité, de la Fraternité, du Jardin-des- Plantes, du Panthéon et des Thermes, très tranquilles. Les sentinelles des différents postes, très rapprochées, criant de demi-quart d'heure en demi- «Rart d'heure : Sentinelles, prenez garde à vous ! Sur la section du Jardindes-Plantes, on a remarqué un rassemblement assez considérable de femmes, qwî témoignaient leur inquiétude sur le manque de farine. La farine n'est pas encore arrivée sur ces différentes sections. Les prisonniers de la Force, quoiqu'ils soient rentrés dans leurs chambres respectives, après qu'il a été tiré sur eux environ cent coups de fusil, mais dont un seul, prévenu d'assassinat, fut "lessé au bras, ont refusé de rendre la bûche dont chapun s'était saisi au moment de la révolte pour se procurer leur évasion. On prendra, lorsqu'il fera Jpur, les précautions nécessaires pour leur ôter leurs bûches. — Hannocque- ^^^Bi.\. ,) (Arch. nat., AF ii, 57.) — 2o « Section Le Peletier. Ce matin, ils ^^^ fait battre la générale, ce qui a donné une réunion de vingt personnes au P*'^^ sans exagérer; la Commission a déserté ; dans la séance il ne restait que *^ bureau et la sonnette ; le Comité militaire qu'ils avaient établi s'est trouvé ''^duit à une personne ; tous les citoyens honnêtes, amis du gouvernement, se sont retirés chez eux, et n'ont nullement participé à la révolte. Ils ont fait ent-siQixante prisonniers de gendarmes qui venaient à la Convention pour "*3rmçp. ggg prisonniers sont dans la cour de la Bibliothèque, gardés par six ^nin^gg. çgg courageux militaires n'ont pas encore mangé; il est instant de ^s cifi livrer. Les chefs de la révolte ont disparu; les factieux, voyant que les ^"^ïties honnêtes ne participaient pas à leur complot, ont répandu le bruit y^ ^eux régiments de cavalerie s'étaient réunis à eux contre la Convention; ./^■saient que Versailles et Saint-Germain s'étaient réunis à eux, avec trente P*^^^s de canon, afin d'électriser; mais il n'y a que les lâches factieux, qui ne trouvent d'autre ressource que de se cacher. Ils ont fait annoncer trois barriqu^s de vin pour encourager leurs acolytes et ceux qui se rangeraient sous leur bannière; ils ont fait arrêter deux voitures de fusils, qui, je crois, ont été délivrés. Quelques individus honnêtes craignent encore que le gouvernement Ics confonde avec les révoltés, surtout d'après les bruits qu'ils avaient réf d^dus que la Convention avait ordonné le pillage pour deux heures dans la
section et de mellre tout à feu et à sang; ils ont fait défaire les pavés, barricader, et engageaient les femmes à jeter de Teau bouillante, des pierres, leur vaisselle et poterie sur la cavalerie. Tout est plus tranquille maintenant; les mesures sages du gouvernement les rassurent, et publiquement Ton se dit : « Voilà ces messieurs orateurs qui voulaient nous faire égorger, armer nos « mains contre la Convention pour se rétablir à leur (.sic) place! » Telle est la situation de la section et des environs. — Nota. C'était à la commune où ils agitaient d'établir la commission, alors dénommée Comité central. » (Arch. nat., AF ii, 521.)
Rapport du i6 vendémiaire.
Esprit public. ^ Tous les rapports nous annoncent que Paris jouissait hier du calme et de la tranquillité. Mais nous avons remarqué que cette tranquillité est sombre, triste et inquiète. Ce qui a été recueilli des conversations des promeneurs de la rue Honoré et autres adjacentes est favorable au plein rétablissement de Tordre. On se réjouit de voir encore une fois abattus le royalisme et ses partisans. On convient de la sévérité des mesures prises par le gouvernement, mais elles sont jugées utiles pour le bonheur général, qui ne peut ressortir que d'un gouvernement ferme et répressif de malveillants de toute espèce.
Le décret qui ôte aux fortunés la ration de pain et de viande est accueilli avec transport » ; abstraction faite de l'intérêt que le citoyen peu aisé prend à ce décret, il est constant que depuis longtemps les rapports retentissaient de plaintes faites contre les bouchers notamment et les commissaires chargés de faire cette distribution. Le pauvre était le dernier servi, et le plus mal. La confiance dans le Comité de salut public est entière pour Texécution stricte de celte loi.
Les désarmements ordonnés s'opèrent avec tranquillité ; les murmures des citoyens ne portent que sur Textrême audace des agioteurs ;
1. En ctlet, le 14 vendémiaire an IV, la Convention décréta « que tous ceux (les habitants de Paris qui ont des moyens de fortune suOisants pour se pourvoir de pain, de viande et autres denrées de première nécessité, par la voie ordinaire du commerce, ne recevront plus la ration de pain que le gouvernement leur faisait distribuer, et que les rations économisées par cette mesure tourneront au profit et en augmentation des autres citoyens ».
309 RÉACTION THERMIDORIENNE [7 octobre 1795]
hier encore, le Jardin-Egalité était foulé par cette odieuse canaille ; plusieurs ont été arrêtés, tant était grande Tindignation publique, îï'est-il donc pas de moyen pour détruire cette classe, qui seule produit tous les maux qui nous affligent? L*agioteur et Tanarchiste, i*a^ioteur et le royaliste, l'agioteur et le joueur, l'agioteur et le voleur, Tagioteur et Thomme qui n'a même pas de carte de citoyen, tout cela n'est qu'un ; le gouvernement fait rentrer dans le néant le Vagabond, le voleur, le joueur, le royaliste et l'anarchiste; par quelle puissance Tagioteur se détache-t-il de son jumeau pour insulter à ^ autorité et à la douleur publique ?
Un bruit courait que, chez un citoyen de la rue Ghabanais, il avait été trouvé plusieurs barils de poudre ; d'après les informations qui ^nl été prises, la nouvelle se trouve de toute fausseté.
"Speclacles. ^ Ceux des boulevards étaient ouverts hier; ils ^ étaient pas nombreusement garnis; la tranquillité n'a pas été ^^oxiblée.
Surveillance. — ...Hier les troupes républicaines ont découvert, ^^^ï^s le jardin des Filles-Thomas, un cadavre à moitié enterré ; il
P**^»*a!t avoir été tué de deux coups de fusil
Commerce. Pain. — Les farines sont arrivées chez la plupart des
^^^Vilangers le soir ou au commencement de la nuit, et les distribu*
^^^nsse sont faites beaucoup plus tôt que les jours précédents. Les
^-^semblements étaient cependant très tumultueux aux portes des
^-^tilangers ; quelques-uns ont distribué à la fois la part de deux
"^^^Xirs, ce qui a fait beaucoup de plaisir aux citoyens indigents.
Marchés. — Huit voitures seulement de pommes de terre arrivèrent ^Vi carreau ; grand nombre de personnes, qui les attendaient, se sont X^^écipitées avec confusion, et aucune force armée n'était là pour ^^aintenir l'ordre. On disait aux Halles que les citoyens de Paris allaient au-devant des marchands de campagne jusqu'à la Chapelle, ^t leur enlevaient de force toutes leurs denrées. Bourse. — Inscriptions : 14 3/4, 14 1/2.
Change. — Hambourg : 7,600 ; Livourne : 4,315 ; Gênes : 4,250 ; ^âle : 2 3/4; Amsterdam : 1 1/2; or fin : 4.500; lingot d'argent : ^,300.
Hannocque-Guérîn.
^Arch. nat., AF ii, 140.)
[8 ocTOBRX 1795] REACTION THERMIDORIENNE 310
CDXXXIX
Rapport du 17 yendémuire.
Esprit public. — II serait difficile de rendre un compte juste de Topinion publique dans les cafés, dans les lieux publics, dans les promenades, dans les spectacles. On s'abstient de dire hautement sa façon de penser ; chacun, dit un de nos rapports, se parle à Toreille, et si par hasard on élève la voix^ c'est pour blâmer les meneurs, les intrigants, les royalistes et les sections reconnues par leur séditieuse audace. On débite ces maximes, trop oubliées, qu*on ne doit pas passer les bornes ni enfreindre les lois ; ensuite, on se parle tout bas^ ce qui fait croire aisément qu*on ne dit pas tout haut ce qu'on pense tout bas.
Un autre rapport nous annonce que la malveillance écrasée,, n'osant plus aller tête levée, va rampant sourdement et cherche à inspirer l'idée du pillage. Les malveillants félicitent les défenseurs de la patrie de leurs succès, et, au milieu de ces éloges, ils glissent perfidement les mots de [pillage chez tous les meneurs et les marchands qui sont les auteurs de nos misères. D'autres disent que la cherté vient de nous tuer quarante mille hommes, et tous enfin se réunissent pour corrompre l'opinion et empêcher le rétablissement de Tordre.
Au milieu de tous ces efforts impuissants, de toutes les intrigues et les sourdes menées, le désarmement des compagnies de grenadiers et chasseurs s'opère avec tranquillité et sans murmures. Quelques femmes se permettent des propos et narguent les citoyens qui portent leurs armes ; ils n'y font pas attention, poursuivent leur chemin tristement, et déposent leurs fusils, conformément aux ordres proclamés.
Des murmures se sont fait entendre, dit un autre rapport, du c6té du Jardin national et de la Convention. Ce qui y donnait lieu était le refus par la troupe de ligne de laisser passer ceux qui ne montraient que des cartes de sûreté, qui étaient appelées cartes de Chouans par les soldats.
Une opinion qui paraît [s'Jénoncer assez clairement et généralement, c'est rannihilalion des nominations d'électeurs faites dans les assemblées primaires ; il est constant que les meneurs et orateurs virulents
^ *^ -«^ RÉACTION THERMIDORIENNE [8 octobre 1795]
lies premiers nommés ; on s'en rapporte, à cet égard, à la sagesse ^^-^ gouvernement.
Xes groupes composés d'ouvriers ne présentent que le résultat
^ ^^pinions bien prononcées en faveur du gouvernement et des désirs
^^ voir les marchandises diminuées de manière qu'ils y puissent
^ ^t.eindre; ils se plaignent même du prix excessif, et en désirent égale-
^^ ^nt la baisse ; depuis longtemps, en effet, nous voyons que le mar-
*^ and, qui porte sa marchandise à un prix insolent, s'excuse sur les
^çons et les prix des journées ; ce n'est qu'un prétexte qui sert leur
^ Vipidité.
Quelques plaintes se font également entendre sur la mauvaise Qualité du pain et la négligence que Ton apporte dans la distribution ^u savon, huile et chandelle, ordonnée par les décrets de la Cîonvention.
Spectacles. — Les principaux spectacles ont joué ; quelques-uns ont donné {sic) relâche. Us étaient peu garnis, excepté celui de TOpéra, où Ton a redemandé à Laïs le chant de l'hymne marseillaise, mais qui n'a pas été chantée à ce spectacle, attendu que l'arrêté des Comités, qui défend de rien chanter d'étranger au spectacle annoncé, subsiste toujours. La tranquillité n'a pas été troublée, et tous les spectacles étaient fermés à neuf heures et demie.
Surveillance. — Le désarmement des grenadiers et chasseurs s'est
effectué dans toutes les sections avec promptitude et tranquillité
On voit, lorsque le jour est tombé, des personnes des deux sexes assez bien couverts {sic) demander furtivement l'aumône aux passants
Commerce. Pain. — Les distributions furent assez tranquilles, quoiqu'elles se soient faites pour la plupart assez avant sur le soir. Parmi les boulangers de la section des Gravilliers, huit ont donné une livre de pain ; tous ceux de cette section se plaignent que les forts qui leur apportent la farine, ivres pour la plupart, se permettent envers eux les injures les plus grossières et jettent, du haut de leurs voitures, les sacs par terre, au risque de les crever. Aucun autre fait particulier ne se trouve consigné dans les rapports.
Marchés. — Les carreaux des fruits, choux et autres légumes ont été assez abondamment pourvus. Les esprits, disent les inspecteurs, paraissent échauffés, et le pillage eût pu s'ensuivre, si deux ou trois des plus mutins n'eussent été à temps arrêtés pour faire renaître l'ordre.
Hannocque-Guérin.
(Arch. nat., AFii, 140.)
Journaux.
Gazette française du 17 vendémiaire : « Paris, 16 vendémiaire. —Au inili( des rapides événements qui varient sans cesse le tableau de cette immens
capitale, on voit d*un côté la consternation peinte sur les visages, et de Faut l'attitude fière et imposante de la victoire ; tous les regards et toutes k pensées sont tournées vers la Convention nationale ; les uns croient qa*ell poursuivra les coupables avec toute la sévérité des lois; les autres penseï que, trop de sang ayant été répandu, elle imitera la clémence d*Augaste^^ châtiment héroïque, qui remet à la conscience des coupables le soin de h punir. C'est au temps à nous instruire quelle est la mieux fondée de ces dei opinions. »
Rapport du 18 vendémiaire.
Espnt public. — Paris offre le spectacle de la plus parfaite tran^ ^ quillité ; les groupes ont disparu ; les rassemblements d*agiotenrs ^ quoique subsistants encore, sont diminués ; les conversations des ci- ^ sifs des cafés ne présentent aucun système de trouble et de discorde : les promeneurs sont dans les mêmes dispositions. Cette tranquillité, ce calme, sont-ils reffel de lacrainle? Sont-ils Teffet d'une conscience pure et d'un désir sincère du retour de Tordre et de Taffermissemen ^ du gouvernement républicain? C'est là ce que doit scruter Tœi ^ observateur. On ne voit plus de jeunes gens étourdis et mutins, do ci-devant toujours soupirants après leurs chimères, de prêtres prêts à desservir Tautel de la discorde ; les filles publiques même n'ont pas à la bouche ces provocations à la sédition. Certes, la crainte seule comprime ces individus; mais, d'après nos rapports, nous pouvons croire que les gens mûris par làge et l'expérience ne sont pas retenus par ce sentiment, mais guidés par la raison, qui indique que le retour à la monarchie serait le tombeau de la France, ou au moins l'inonderait de son propre sang. Ils soupirent après le plus prompt rétablissement du gouvernement et l'organisation solide de la République. Un de leurs rapports porte que des citoyens, conversant au café de Foy, disaient que l'empereur attendait le résultat des assemblées primaires pour se déterminer à faire la paix avec la France, et que, sans doute, il ne larderait pas à la demander.
A3 RÉACTION THERMIDORIENNE [9 octobre 1795]
Les plaintes ei les murmures contre la cherté des denrées, le dis-
x^dit des assignats sont les mêmes ; l'espoir seul de voir la Conven-
on et le gouvernement qui va s'établir s*occuper de ces objets
ien essentiels, les tempère; on paraît assez généralement con-
aincu, même la classe la moins instruite, que l'abondance ne peut
^venir qu*avec la paix et un gouvernement qui, seul, peut la fixer.
Spectacles. — L*ordre« la décence et la tranquillité n'y ont pas été
troublés. Quelques-uns ont donné relâche, les autres étaient peu
Y^emplis ; à celui du Jardin-Ëgalité, appelé Variétés^ où il y avait peu
<ie inonde, il y avait des applications qui ont été applaudies : il y
était question des défenseurs de la République.
Surveillance. — . . .Beaucoup de personnes se disposent à quitter Paris ; il y a foule dans les Comités civils pour obtention de passeports. Commerce. Pain. — Aux rstssemblements, qui toujours ont lieu aux portes des boulangers, les esprits ne paraissent plus aussi agités, et, si quelques personnes s y entretiennent des affaires du gouvernement, c'est pour manifester le désir qu'elles ont de voir bientôt la nouvelle Constitution en activité ; elles espèrent qu'alors tout diminuera de jour en jour; mais, en attendant, les plaintes sont générales sur Ténormité du prix de toutes choses, et la section de Popincourt est une de
celles où elles éclatent le plus
Pasté.
(Arch. nat, AFu, 140.)
Gazette française du 18 vendémiaire : « Paris, 17 vendémiaire. — Tout le monde s'empresse ici de déposer ses armes. Des troupes de ligne, tant à pied qu'à cheval, environnent les chefs-lieux de sections. On ne parle que d'arrestations; mais, comme on ne désigne bien positivement personne parmi les arrêtés, il parait que ce ne sont jusqu'à présent que des bruits fondés sur des ouï-dire et les exagérations de la peur. » — Courrier français du 18 vendémiaire : « Du 17 vendémiaire. — Conformément à l'ordre du commandant Barras, les chasseurs et grenadiers de Paris déposent leurs armes au Comité de leur section. Sur leur chemin, ils essuient mille railleries de la part des femmes : « Allez, fanfans, disent-elles, à votre tour, à votre tour !» Il y a queue à la porte des Comités civils. — Les rues Saint-Honoré, Saint-Nicaise, Chartres, de l'Echelle, de la Butte-Sain t-Roch, de la Convention sont toujours pleines de curieux, qui vont voir les effets du combat du 13. Les fenêtres sont brisées par l'explosion des canons ; les murs, les portes, les boutiques sont criblés de coups de balles et fracassés par les boulets. On ne sait encore rien de précis sur le nombre des tués ou blessés. Nous donnerons plus de détails, quand nous serons mieux informés. »
[<0 OCTOBRE {795] RÉACTION THERMUORIENNE 314
Rapport du 19 vendémiaire.
Esprit public. — Les réflexions sur les derniers événements^ les plaintes sur les dangers que courent les hommes réunis, et dont les lumières ne sont pas fort étendues en principes de gouvernement, et qui veulent raisonner sur le droit public, dont ils ne tirent que des conséquences fausses, malgré les citations réitérées qu'ils font de nos auteurs publicistes ; les intrigants, qui n'ont qu'un principe, celui du désordre, et qui cachent très adroitement le fil dont ils se servent pour faire mouvoir les masses ignorantes, étaient la base des conversations qui se tenaient hier, soit au Jardin national, soit au Jardin- Égalité, sur les assemblées primaires.
L'opinion est fortement prononcée contre les auteurs et provocateurs de la journée du 13 ; mais elle se montre aussi en faveur de la (invention, dont on réclame l'indulgence, non pas pour les incendiaires et les chauds partisans de la royauté, mais pour cette classe, non seulement ignorante, mais encore celle de ces gens qui n'ont pas le courage de dire leur opinion, et qui, par crainte et au risque de leur vie, ont été entraînés sous les étendards de la rébellion, sans savoir même quel était le but des insensés.
Chaque motion présentée à la Convention dans ces principes retentit au cœur des bons citoyens, et ce sont les seuls qui osent penser et parler librement. Les forcenés sont ou en fuite, ou cachés, et telle est la force de l'opinion, qu'il ne serait pas besoin de forces militaires pour les livrer à la rigueur des lois, s'ils étaient découverts.
On s'aperçoit aussi de la gène et de la contrainte qu'éprouvaient les citoyens à l'appel d'une garde militaire ; elle est cependant jugée généralement nécessaire, et ce qui rassure, c'est la confiance où l'on est que les Comités de gouvernement ont recommandé la plus sévère et la plus exacte discipline.
On redoute encore les citoyens qui ont été désarmés dans les journées de prairial, les membres des anciens Comités révolutionnaires et qui ont été rejetés des assemblées primaires ; on craint que, par une vengeance appuyée sur la calomnie, ils n'abusent les autorités supérieures et même les Comités du gouvernement.
315 RÉACTION THERMIDORIENNE [10 octobre 1795]
On reprend Tespérance et la sérénité, quand on envisage Tépoque du 5 brumaire, comme celle du gouvernement dont l'établissement ippellera le calme, la paix intérieure et extérieure et l'abondance, qui irrite encore les esprits, c'est Tinsolente réapparition des agioteurs ; depuis hier, ils abondent, et leur audace n'est pas réprimée ; 1.1 semble encore que c*est leur coup d'oeil qui rehausse le prix de toutes les denrées. Le louis était baissé, il est augmenté hier et les denrées suivent cette famélique progression.
Une réflexion peut rassurer. Depuis le commencement de la Révolution, ce sont ceux-là mêmes qui ont lutté contre le gouvernement cjui Tont consolidé. La section Le Peletier et ses auxiliaires voulaient la royauté, et ils ont jeté les fondements de l'édifice républicain, ou, du moins, ils ont lancé à l'eau le vaisseau de la République. Les Agioteurs seront sans doute ceux qui mettront à exécution la proposition de Lakanal *, et qui détruiront eux-mêmes le repaire où ils avaient établi leurs infâmes comptoirs.
Spectacles. — Ils ont été tranquilles. A l'Opéra, un étourdi se promenait à queue retroussée dans le foyer; il fut mis à genoux; dans cette posture, on lui fit une queue, et, après un petit sermon civique, on le laissa libre. Ce renard n'est pas de l'espèce connue, car il s'en fut honteux d'avoir une queue. Laïs, qui a reparu, a été applaudi ; Y Hymne et t Offrande à la liberté ont conservé toute leur fraîcheur ; leurs ennemis seuls ont vieilli.
Commerce. Pain. — Les boulangers de la section des Droits-del'Homme n'ont point reçu ,de farine ; quelques-uns d'eux en ont cuit quelque peu qui leur restait ; d'autres, qui n'en avaient point, n'ont fait aucune distribution. On murmurait beaucoup de ce retardement; cependant il n'en est arrivé rien autre chose de fâcheux ; on a écrit à l'Agence pour savoir les motifs qui ont empêché la section de recevoir sa farine. Quelques inspecteurs font mention, dans leurs rapports, des troubles excités aux rassemblements des boulangers, sections des Gardes-Françaises et de la Halle-au-Blé, par quelques femmes mutines et criardes, et qu'ils ont [eu] bien de la peine à mettre à la raison. Les distributions se sont faites partout ailleurs assez tran-
1. A la séance de la Convention nationale du 13 vendémiaire an IV, dans un discours qu'il fit sur les mesures à prendre contre la réaction, Lakanal s'exprima ainsi : c Vous avez abattu Tantre des Jacobins : abattez le repaire des royalistes, ordonnez la démolition du Palais-Royal, et que sur ses décombres s'élève la statue révérée de la République; vous enlèverez ainsi le point de ralliement aux royalistes, aux agioteurs, aux sicaires, aux brigands de tous les partis... » (A/oniieur, réimpression, t. XXVI, p. 157.)
quillement. On a écrit au commissaire de police de ces sections veiller à la tranquillité lors des distributions. Marchés, — Les Halles furent très approvisionnées, mais tout
Jbien loin de diminuer de prix
Pasté.
(Arch. nat., AFii, 140.)
Journaux.
Courrier français du 19 vendémiaire : « Nouvelles de Paris. 18 vend miaire. — Paris ressemble maintenant à une place de guerre, dont le Pi national est la citadelle. Un parc d'artillerie nombreux, des tentes, des mi sins de fourrages ont couvert pour la seconde fois la superficie de ce V9 jardin, et des troupes, placées partout, feraient croire à un étranger que Y attend à chaque instant Tenncmi. Cependant la Convention, se reposant les mesures de ses Comités de gouvernement, a cessé hier sa permanen< Les Commissions militaires sont établies pour juger les auteurs des demi troubles; mais ces tribunaux, dont Texistence se borne à dix jours, n*ont r de redoutable pour le citoyen égaré, que la loi a abandonné à son seul pentir. La garde nationale parisienne a été privée de ces prérogatives qui avaient été accordées, et surtout de garder la représentation nationale -^ garde départementale sera chargée de ce soin, et la légion de police génén de maintenir Tordre, si souvent négligé. Les caisses et les drapeaux ont enlevés aux sections, et leurs étals-majors réformés. Il ne reste plus à pi suivre que les agioteurs cl les voleurs publics, dont cette vaste cité fourm m 1. le, et procurer à la classe malheureuse de ses habitants les moyens de sut» ^ îstances plus faciles pour y voir régner tout à fait la paix et cette heures ^J se tranquillité qui en est la suite. » — « Le gouvernement a fait mettre les
scellés sur plusieurs presses de journalistes. Le Courrier républicain es «- ^^ ce nombre. » — « Le génie de la liberté, enchaîné quelque temps pan 1^ factieux, a repris enfin son vol rapide; les arls et les sciences, qui marcl^^^ï' toujours à l'ombre de ses ailes, se sont débarrassés des liens dont Tignort» d^^ ou Tenvie avaient cherché h les enlacer; réunis par ceux de la fralerr^ >^*'t tous les artistes se tendent aujourd'hui la main ; et, uniquement occupés cJ^ 1^ gloire de la nation qui les encourage, ils ne songent plus qu'à célébrer ^*^^ victoires, ou à tracer l'image des hommes chers à leurs concitoyens. Des c5*-**^" celles de ce feu divin avaient déjà paru dans quelques-uns des ouvrages^ c-"^" posés au salon du Louvre l'an 11; mais, noyés au milieu d'un fatras de jy^^^ duclions ineptes, de barbouillages soi-disant patriotiques des montagne:» ^^ toutes les formes et de toutes les couleurs, le vrai connaisseur avait à i>*? *^ ^^ pu les distinguer. L'exposition de celte année offre à l'œil de l'ami des arl^^' -> '^ l'àme du républicain plus de sujets dignes de leur attention. Guillaume '^ ^ repoussant dans les tlots les Ivrans de sa patrie ; Caton d'Utique mourant ^^ la liberté de Rome; Marins philosophant sur les ruines de Carlhage; Cu^^refusanl les présents des Sanmiles; Popilius dictant des lois aux ambassad *^ — ^^ , du roi de Macédoine; la fin héroïque du jeune Desilles : tous ces sujets* veillent de grandes idées et disposent la jeunesse française à imiter 3 bons modèles. La sculpture olTre, sous des traits enchanteurs, les vertus êï
17 RÉACTION THERMIDORIENNE [\i octobre 4795]
races; rarchitecture présente des projets dignes d'une grande nation, dont Tcîs monuments doivent encore survivre à son existence politique. H serait <^ ependant à souhaiter que Ton trouvât dans cette nombreuse collection moins <ie disparates, de portraits peu signifîants, de miniatures sans intérêt, mais X'on. peut dans ce moment pardonner quelque chose à de jeunes artistes, jaloux de jouir des premiers fruits de la liberté, qui s'empresseront sans doute de profiter des observations du public, et de la critique des gens de ^oût *. » — Gazette politique du 19 vendémiaire : « Paris, 18 vendémiaire. — Cette cité est parfaitement tranquille. Des individus, intéressés peut-être, répandent que le gouvernement multiplie le nombre des arrestations; mais on cite peu de personnes arrêtées. Les Conseils militaires doivent entrer aujourd'hui en activité. L'un siégera dans le chef-lieu de la section Le Peletier, l'autre dans celui du Théâtre-Français, et le troisième dans la section de la Butte-des-Moulins, les trois principaux foyers où s'est organisé le mouvement des 12 et 13 de ce mois. » — « Le gouvernement a fait mettre les scellés sur plusieurs presses de journalistes; le Courrier républicain et la Gcaette française* sont de ce nombre. » — « Les troupes arrivent chaque jour; mais on les fait cantonner hors Paris. Celles du camp de Marly bivouaquent dans les Tuileries. Elles font le service dans plusieurs postes occupés ci-devant par les gardes nationales, notamment aux barrières et à la Convention. »
CDXLII
19 VENDÉMIAIRE AN IV (11 OCTOBRE 1795). Pas de rapport relatif à la journée du 19 vendémiaire.
Journaux.
Courrier français: « Nouvelles de Paris, 20 vendémiaire. — Hier, à /'Opéra, Laïs a reparu sur la scène, au milieu des applaudissements universels. On demandait qu'il chantât la Marseillaise y. mais on s'est encore Ressouvenu de l'arrêté qui défend toutes chansons étrangères à la pièce. Quelques moments après, Chéron a lu un nouvel arrêté du Comité de sûreté générale, qui rapporte le premier, en ce qui concerne seulement la Marseil- ^'<iise et le Chant du Départ. Aussitôt l'un et l'autre ont été chantés et «accueillis par les plus bruyants applaudissements. Laïs a rempli le rôle do "ïhésée dans Œdipe. Quoique après un an d'inaction, ses talents n'ont rien ^erdu de leur supériorité. Ils ont été vivement applaudis par ceux mêmes qui ^toe partagèrent pas ses principes politiques. Il faut espérer que le public ne
1. On trouvera dans le Censeur des Journaux du 21 vendémiaire an IV un ^i^ompte rendu du salon à peu près semblable.
2. La Gazette française prend, le 19 vendémiaire fn« 1377), le titre de Gazette ^politique et le garde jusqu'au 17 brumaire (n° 1403), sans doute à cause do l'apposition des scellés.
[i2 OCTOBRE 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 3^%
sera plus privé de jouir du plaisir d*entendre ce fameux artiste, qui, par état même, est destiné à jouer tous les rôles. Quand il me plait, j'applaudi. quand il m'ennuie, je le siffle, et ça doit finir par là..» — Journal (Thommes libres du 20 vendémiaire : « Voici des preuves convaincantes d projets des royaux sectionnaires de Paris. On a trouvé des fleurs de brodées sur les poignets et sur le devant des chemises des rebelles qui ( été tués; de petits guidons blancs étaient dans le canon de leurs fusils; devaient les déployer au moment qu'ils auraient jugé favorable, et plnsieiL avaient des nœuds de ruban blancs à leurs sabres et épécs. Dans le nomb de leurs morts, on a reconnu des gens grossièrement vêtus, ayant du linge très fin, avec les fleurs de lis brodées dont on vient de parler. Le carte de sûreté, pour se reconnaître entre eux, était un assignat de cii livres, plié en deux, dont Tanglc supérieur étant relevé vis-à-vis son coi pondant, présentait la légende ordinaire des assignats : Unités indwisiJbil^ de la République, liberté, égalité, fraternité ou la mortf de manière qu'' commençant à lire à droite et en tournant toujours, on trouvait: lÀben égalité j unité, indivisibilité, fraternité, ou la mort de la République, Oi trouvé, dans les papiers de la section Le Peletier, le modèle d'une circula^ aux départements, timbrée l)e par le 7'oi et la loi. Cette circulaire devait é adressée à Tefl'et de demander sur-le-champ des secours en hommes et ^^ n subsistances, au nom du roi, que sans doute on aurait proclamé. On a trous. -^^é aussi, dans quelques sections, les listes dressées de ceux qui avaient eu Tsk^^v^dace de parler en faveur des décrets de la Convention nationale. >» — « tt. m ^2t les républicains se sont portés en foule au théâtre des Arts, rue de la Loi. ^Z>n avait annoncé que le citoyen Lais reparaîtrait dans Œdipe à CoUme; m.'K y remplit effectivement le rôle de Thésée avec ce talent qu'on lui eonntlfc <t dont rintrigue des royalistes nous avait privés depuis si longtemps. Âprè^ h pièce, le citoyen Chéron vient annoncer que le Comité de sûreté générale a^"^«t rap|»orté sou arrêté sur les airs à chanter dans les spectacles, seulement jr^o'wr l'hymne des Marseillais et le Chant du Départ, Les républicains rcçux"C?iit cette annonce avec applaudissements et aux cris répétés de Vive la RfF;^^^blique! V Offrande à la Liberté et les hymnes sacrés : Veillons au sahr£ €ie V Empire, Allons enfants do la Patrie, excitèrent dans tous les cœurs» ce noble et vif enthousiasme, que les royalistes ont vainement essayé de détru îi"**' Le spectacle fut terminé par le ballet de la Chercheuse d'esprit, Pendan t la représentation, nous étions placés dans une loge auprès d'une vestales du Palais-Royal, à qui chaque élan patrioti(iuo donnait une vapeur. Elle disait à sa voisine : « Imaginez-vous, ma bonne amie, que depuis ce matin plus *^^ « quatre cents terroristes ont été rendre visite à ce Monsieur Laïs, et, comriic « bien vous pensez, ils étaient tous en queue. » Cela devait vous réjouir , ^tio> chrre, lui répondit sa voisine. »
Pas do rapport pour la journée du 20 vendémiaire et rien de notable d les journaux.
319 RÉACTION THERMIDORIENNE [13 octobre 1795]
Rapport DU 22 vendémuire.
esprit public. — La surveillance d'hier ne donne rien de neuf relativement à l'esprit public. Les conversations sont presque nulles ; les conseils militaires et leur conduite donnent lieu à différentes réflexions : les uns blâment la lecture des jugements et l'indulgence des juges pour les prévenus ; ils craignent que le parti royaliste n'en abuse ; d'autres approuvent cette conduite, espèrent même sur une amnistie ; quelques-uns observent que les révoltés en prairial étaient moins coupables que ceux du 13 vendémiaire, puisque les premiers ^^ demandaient que du pain, et que ceux-ci voulaient attaquer et ^ï^éanlir la représentation nationale ; et cependant, ajoute-t-on, ceux ^® prairial ont éprouvé une bien plus grande sévérité et promptitude ^^ns leur jugement que ceux du 13 vendémiaire, sur le sort desquels *^ Convention parait se laisser apitoyer.
Dans les groupes du Palais-Égalité et de la porte Martin, on
débitait que d'Artois, k la tête de Tarmée de Condé et de Gharette,
^^ perdait pas courage ; qu'ils approchaient de Paris à grands pas
*^ec des forces suffisantes; que son intention était de couper les
livres à Paris et de dissoudre la Convention nationale. Le parti
''oya.liste débite ces nouvelles et les discoureurs terroristes ajoutent
'^^» si les conseils militaires rendaient des jugements plus prompts
^^ plus sévères, on n'aurait plus à craindre les royalistes. Dans
'*^^lques groupes, on s'entretenait des élections, parmi lesquelles on
^^ît- des nobles et des prêtres, qu'il fallait expulser par la voie de
^I^\iration, surtout à Paris. Tel est le résultat politique que la sur-
^^1. lance a obtenu avec beaucoup de peine dans les rassemblements,
^-i lleurs beaucoup moins nombreux ; les opinions ne s'y sont
^^ïiifestées qu'à voix basse.
1 1. en est d'autres dont la manifestation est bien plus ardente : ce "^ •^ t celles contre les agioteurs ; cette classe, criminelle sous tant de ^ T^ ports, se multiplie chaque jour, et chaque jour il en résulte le ' *^ c/iérissement des marchandises. Au Jardin-Égahté surtout, l'agio- ^^ y lève le masque avec plus d'impudeur que jamais ; on y vend iote au milieu du Jardin jusqu'à des bardes. On murmure de voir
une promenade publique destinée à ce genre de commerce, Ton s'étonne qu'il ne soit pas pris des mesures de vigueur cont^ cette réunion scandaleuse d'hommes cupides et déhontés, qu*i accuse seuls de Texcessive cherté de toutes les marchandises.
Les fermiers aussi sont publiquement accusés de ne vouloir pL ^^js.s vendre du grain pour des assignats ; on disait hier que le bois et 2e charbon étaient renchéris sur les ports. Le louis s'est vendu hS^r 1,400 livres, et tout augmente à proportion. Un inspecteur rappo^KrC^ avoir entendu lire une lettre venant de Rennes, suivant laquelle )^ louis y vaut 2,200 livres, et Técu de 6 livres 500 livres. Enfin, ^^^ traite de brigandage la manière dont se fait aujourd'hui le commer^^^^L On attend avec impatience Tinstallation de tous les nouveaux voirs, dans Tespoir qu^alors tant de circonstances malheureis cesseront. Cette époque paraît être le seul terme de la patience ift^^vec laquelle la classe nombreuse des citoyens peu fortunés supports les peines qu'ils endurent depuis si longtemps.
Spectacles. — La tranquilh'té la plus parfaite y a régné
(Arch. nat. AEn, 140.)
Journaux.
Courrier français : « Nouvelles de Paris, 21 vendémiaire. — Celle place (car c'en ost une dans toutes les rt»gles) jouit toujours de la tranquîllilt?' — Les Tuileries sont le (juartier général. Des tentes remplissent toujours ce ja.Tdin, et l'on n'y entre qu'avec des cartes particulières. » — On dit que, sur cent dix-sept commis employés au Comité de législation, il n\ en a que cent quinze (jui aient pris part h l'insurreelion du 13 vendémiaire. Qu'on s'ét-^nne maintenant, dit à ce sujet Fauteur des Annales de la République, si 1^ émigrés trouvaient tant de facilité à rentrer! »
Rapport du 23 vendémuire.
Esprit public, — Les groupes et rassemblements sont très ^^ .^ nombreux. Le désarmement général s'effectue avec tranquillité, '^'^ non sans murmures de la part des citoyens qui ont des fusils à. appartenant ; c'est, dit-on, attaquer le droit de propriété, et la
RÉACTION THERMIDORIENNE [14 octobre 1795]
^^reillance ajoute que bientôt on demandera les habits, et que chacun
1 ^s portera de peur d'être puni comme receleur; delà des propos
i njùrieux contre la Convention ; quelques-uns approuvent la mesure
<ians la totalité, comme étant le seul préservatif contre la guerre
oivile. Les provocateurs et les principaux auteurs de la journée du 13
:Mie se regardent pas comme battus; que leur faut-il donc? Hier on
disait, au Jardin-Ëgalité, que le triomphe de la journée du 13 ne serait
pas de longue durée, et que bientôt ils ne lèveraient plus si audacieu-
sement la crête. Le royalisme, dans son agonie, fonde encore quelques
espérances sur une descente des Anglais et des émigrés du côté de
T^oirmoutier et sur les tentatives de Charette.
Au total, le résultat de la surveillance est que Topinion est bonne, et qu*on espère beaucoup du changement prochain qui va s'opérer dans le gouvernement.
Les plaintes sont toujours exaspérées contre la continuation de Tagiotage et la cherté des subsistances ; on s'attendait, depuis la récolte, à une augmentation dans la distribution du pain, et on murmure de ce que cette augmentation n'a pas lieu.
Spectacles. — Les spectacles ont été tranquilles; tous les passages qui peuvent faire allusion à l'anéantissement de la terreur et au règne de la justice et de l'humanité, ainsi qu'à l'établissement et affermissement d^un gouvernement sage, sont vivement applaudis.
Surveillance. — ... Le service de la garde nationale se fait mal ; la ronde de police , dans sa tournée , n'a rencontré qu'une seule patrouille. Les citoyens refusent le service. Au poste de la section des Gardes-Françaises, qui doit être fort de vingt-quatre hommes,
il n'y en avait que douze Deux jeunes gens ont été arrêtés
hier au Palais-Égalité et conduits au Comité de sûreté générale
Commerce, Pain. — Les distributions sont toujours assez tranquilles ;
*i n'est qu'une voix sur la modicité de la ration de pain, que l'on
^ ^livre depuis longtemps. On désirerait qu'elle fût enfin d'une livre
^^ moins
Pasté.
(Arch. nat., AF n, 140.)
Journaux.
Courrier français du 23 vendémiaire : « Opinion du citoyen Suc, profes-'
-^^^ur de médecine et de botanique, sur le supplice de la guillotine, —
^<^ Puisqu'au dix-huilième siècle, dit Sue, on n'est pas assez pénétré de la dignité
"^-«^ de rhomme pour sentir qu'on n'a nul droit de lui ôter une vie qu'on ne lui a
' < pas donnée ; que c'est le Créateur et la nature qui seuls peuvent s'emparer de
^^ cette force agissante, il faudrait au moins inventer le supplice donnant la
TOXB II. 21
[15 ocTOHRK 179n| HÊACTION THKHMIDOHIENNE =:^ ;^.
« mort la plus douce. Loin donr (|Troii ait rt'iiipli w but par l'invenlion d<r^ j^ K< guilloliiKN ce supplice est auconiraire uu des plus aiïrcux, et par sa violes^M «i*^« « et par sa durée. » Après avoir élaldi les principes sur les(]Ue1s Sue s'app ^^ 5^^ pour prouver c[ue l'on souffre encore, quoiipie la lôtc soit séparée du oorps^ ^ j| cile en preuve une anecdote» sur Charlotte Corday, (|uc voici : « Longtcm])s, diC-. ^ | « après sa séparation du corps, la tète de Charlotte Corday exprimait sur s^^z^^i « visiige le signe non éepiivoque de l'indignation. Qu'on se rappelle ce moim %> ^^^ « où le bourreau tenait d'une main cette tète suspendue : son visage alors <> 1 .^^ 1 1 «pAle; mais il n'eut pas plutôt reçu le soufflet que Thomme sanguinaires 1, ^| i< appliqua, que ses deux joues rougirent insensiblement; tous les speetato ff furent frappés de ce changement de couleur et demandèrent aussitôt, pai « bruyants murmures, vengeance de cette lâche et atroce barbarie. On ne f « pas que cette rougeur était l'effet du soufflet, car on a beau frapper de cc> n^ « manière les joues du cadavre immédiatement après la mort, elles ne se 00 loir rent jamais; d'ailleurs le soufflet ne fut donné que sur unejouc,etcepeikd.^Tit «< celle du côté opposé s'est également colorée. Donc, après la dccollatioa ^ ^1 y « a dans le ccneau un reste de jugement et dans les nerfs un reste de &«^ 'Kx^î- « bilité. w
CDXLVI
Pas de rapport relatif à cette journée du 23 vendémiaire.
Journaux.
Courvirr fnmrais «lu it) vendémiaire : < Xonvcllcs dr Paris. 23 -%■«"•«ilémiaire : u Sur les deux heures et demie, le Palais-Égalité h été ceriic-* ^/ l'on y a arrêté plusieurs agioteurs. Sahulin sortait avant-hier des Tuilt* ri **S peu après le moment où la (iOnvention s'était formée en Comité général so<TcW. Il semblait vouloir gagner la rue Honoré. Des citoyens, qui ont cru qu'il <•!>*-'''■ chait à fuir, l'ont arrêté et pressé de retourner dans l'Assemblée. Ils ' ^"^ reconduit jusqu'à la [lorte de la salle, où il est entré. » — Censeur (1rs Jo^^^'wui.v du 2*i vendémiaire : « Le prix du louis s'éleva hier à la Bourse jiis«l''^ l<i30 livres; mais, à deux heures, le bruit (|ue la Convention venait ^^ '^ former en t'^omité central sir) cassa bras et jambes aux manipulateurs *^^^ et d'assignats. L'ne stupeur générale s'empara de leur esprit, de leur figiir*^ 1^^ paralysa juscpi'à leur cupidité. On \\r lit plus d'att'aires. Mais ce n'est q*-"*^^ faible topi(jue sur une plaie large, |)rofonde et sanieuse. Les speclatcu r's^ ^'^ ce jeu ne [leuvent se dissimuler que c'est par lui (jue nous périssons, l^ glelerre, n'eu doutons pas, fait enlever tous nos louis avec nos assignat;? '^*''^^* on faux. C'est elle qui avilit notre papier. C'est elle qui jioursuit, avec ^^^^ persévérante audace, le |»rojet de nous affamer. C'est par nos fînances cf *-"•'' .. nous battra, (pi'ellc se vengera, (pi'elle anéantira la République. C'est d<^^ ^^ . qu'il faut que la Convention porte toute son attention. 11 faut que, d'une? **^ . .
hardie, elle déplace son bilan, et déclare avec fermeté que le papier-mo -^*ï»
323 RÉACTION THERMIDORIENNE [16 octobre i795]
sera remboursé en cédules nationales à telle époque. Ce coup décisif attaquera le mal dans sa racine, ruinera quelques individus, rompra toutes les mesures de l'Angleterre, et sauvera la France. »
Rapport du 25 vendémiaire.
Esprit public. — Le résultat du Comité général formé par la Convention occupe les esprits ; on regarde la proposition d*annuler les nominations des électeurs et celles par eux faites comme attentatoire à la Constitution et aux droits du peuple, et on observe que, si elle était accueillie, Tacceptation de Ja Constitution serait également nulle. Dans quelques groupes on manifestait une opinion contraire à ce principe ; quelle que soit son évidence, plusieurs citoyens disaient que la République était perdue, si on laissait le choix du nou« veau Corps législatif à des électeurs tous royalistes ou prêtres fanatiques, et qui ne feraient leur choix que sur ceux qui pensent oomme eux.
Dans les groupes du Jardin national, on approuvait le décret d'ar- X'estation contre les représentants Rovère et Saladin * ; on y ajoutait qu'il y avait bien d*autres coupables dans le sein de Ja Convention ; que, pour sauver la République, il fallait prendre des mesures telles qu'aucun coupable n'échappât; qu'il n'y avait pas un moment à perdre.
Le bruit se répandait hier que les deux représentants décrétés d'arrestation étaient partis. « C'est ainsi, disait-on, qu'ils partiront les uns après les autres, et nous laisseront dans l'embarras. » On annonçait aussi que le gouvernement anglais avait donné des ordres pour laisser passer librement, après une simple visite, les vaisseaux neutres chargés pour la France de telles marchandises que ce soit, que les nouvelles avaient été apportées par des vaisseaux arrivés au Havre avec un chargement de blé et de farine.
Enfin, on disait que Thuriot et Cambon se promenaient tranquillement dans les rues de Paris, et que les représentants détenus au château de Ham et aux Quatre-Nations étaient en liberté, mais qu'il y avait quarante députés nouvellement arrêtés. Au milieu de ces