‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 60 sur 141 · C^est le décret du â4 vendémiaire an IV · texte numérisé non relu

C^est le décret du â4 vendémiaire an IV

(16 OCTOBRE l79o] RÉACTION THERMIDORIENNE 324

différents objets de conversations politiques, les bons citoyens espèrent toujours sur le retour de la tranquillité, lorsque les nouveaux pouvoirs seront en activité. Les malveillants, au contraire, espèrent sur les assemblées électorales et sur la troupe de ligne pour empêcher le triomphe de la République. On va jusqu'à dire que les troupes changent d'opinion et commencent à se repentir d'avoir fait feu sur les Parisiens. A Tappui de cette assertion, on cite avec complaisance les reproches d'un oncle à son neveu, qui est dans les troupes de ligne, sur ce qu'il était venu à Paris pour égorger ses parents.

Les inquiétudes, la désolation et les plaintes amères augmentent en raison du renchérissement progressif de toutes choses et de Taudace toujours croissante des agioteurs ; on compare l'ancien régime avec celui-ci, et le désespoir de rie pouvoir atteindre aux choses de première nécessité produit des regrets ouvertement manifestés sur le temps où au moins on pouvait exister. On parlait hier, au café de Foy, d'un plan de finances pour remettre les assignats au pair du numéraire ; quelque moyen qu'il soit employé à cet effet, s'il est efficace, on le préfère d'avance à l'état actuel des choses et au discrédit où sont les assignats.

Dans le quartier des Halles, beaucoup de marchands venant des campagnes disaient que, le 14 de ce mois^ un grand nombre de personnes étaient sorties de Paris .et s'étaient répandues dans les campagnes, notamment dans la ci-devant Picardie et en Brie, où ils engageaient les marchands à ne point apporter leurs marchandises à Paris, disant qu'elles y seraient pillées, que tout y était à feu et à sang ; qu'on y promenait un drapeau rouge où il y avait écrit : Plus de République I Vive Louis XVIII I

Spectacles. — Il ne s'y est rien passé de remarquable, si ce n'est les applaudissements à tout ce qui a rapport à la paix, à un gouvernement stable et au maintien des lois. La tranquillité la plus parfaite y a régné.

Surveillance. — . • . Les militaires de troupes de ligne vendent leur pain, leurs bardes et leurs souliers. Ils vendent 35 livres leur pain

de 3 livres

Commerce. Pain. — Les distributions furent assez tranquilles. Les boulangers se plaignent de ne pas recevoir assez de chandelle ; d'autres observent que le bois qui leur est donné est trop mauvais et les a fait craindre plus d'une fois de mettre le feu

Pasté.

(Ard. nat., AFii, 140.)

325 REACTION THERMIDORIENNE [17 octobre 17951

CDXLVIII

Rapport du 26 vendémiaire.

Esprit public. — Les rapports de Ja surveillance d'hier ne présentent que des résultats très vagues sur Tesprit public ; quant aux affaires politiques, mêmes murmures contre Tesprit royaliste, dont on accuse rassemblée électorale, même crainte sur les résultats des choix qu'ils feront. Les sectionnaires traitent de factieux les représentants Tallien et Legendre. Dans certains groupes, Saladin est ac- <^Usé d*étre traître à la République. Enfin, on parle d*une visite domi- <^iliaire, et celte annonce répand des inquiétudes. Les conversations ^^ tiennent à voix basse; il est difflcile de les saisir; mais on n aperl^oit pas moins de l'agitation dans les esprits, quoique intérieurement ^<:»ut paraisse calme et tranquille, sous le rapport politique. Il n*en est I^«is de même quant à Tagiotage et à la cherté des marchandises; le premier inspire l'indignation la plus profonde, surtout lorsqu'on oit des soldats vendre au Jardin-Égalité une pièce de 30 sols iOO ~ vres. Un inspecteur rapporte ce fait comme en ayant élé témoin, n annonce que le louis va monter à 3,000 livres. Le désespoir est le résultat de la misère où tant de citoyens sont longés, au milieu de Tabondance qui les environnait. Hier, rue •^Saint-Martin, il y a eu des mouvements chez plusieurs boulangers; n voulait battre les commissaires à la distribution, parce qu'ils ne disaient donner que trois quarts de pain. Dans quelques sections, on istribue les subsistances ; dans beaucoup d'autres, il n'en est pas Question, ce qui est un nouveau motif de plaintes et de murmures.

Les familles qui ont vendu leurs effets pour vivre cet été ne voient j)as sans frémir l'approche de l'hiver. L'avilissement presque total des assignats n'excite pas moins d'inquiétudes. Hier, au faubourg Antoine, on disait qu'il était décrété que l'assignat de 100 livres ne valait plus que 5, ce qui a occasionné quelques difficultés chez plusieurs marchands. C'est à qui convertirait ses assignats en marchandises ou en meubles. Dans cet état de crise, on accuse la Convention de s'endormir sur le sort du peuple et d'employer à des discussions personnelles le temps qu'il faudrait consacrer à trouver les moyens de faire cesser l'agiotage, de faire baisser le prix des marchandises.

Spectacles. *- La tranquillité y a régné hier. On a remarqué seulement différentes allusions faites par le public. Aux Italiens, des applaudissements universels et réitérés ont suivi un passage de la pièce de Bathilde et Éloy, dans lequel on dit que ce n*est pas aux soldats qu'il faut en vouloir, parce qu'ils font ce qu'on leur commande, mais que ce sont les chefs qu'il faut punir. Au théâtre de la République, on a également applaudi à plusieurs reprises un passage des 5omnam6u/es, où Toncle, amateur de son jardin, veut faire abattre la montagne pour ne faire du tout qu'une plaine. La Marseillaise a été demandée et jouée dans quelques théâtres.

Sw^eillance. — Un détachement de troupes de ligne a amené hier à Paris une pièce de canon de 12, qui était dans la commune de

Choisy

Pasté.

(Arch. nat., AF ii, 140.)

CDXLIX

Pas de rapport relatif à cette journée du 26 vendémiaire, et rien de notable dans les journaux.

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