‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 62 sur 141 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

CDLVII

Rapport du 5 brumaire.

Esprit public. — La session de la Convention terminée, Fabolitioi^ de la peine de mort à Tépoque de la paix générale, Tabolition cls tous les actes d'accusation pour événements relatifs à la Révolutio^^ à Texception de ceux qui ont pris part à la révolte du 13 vendémiiir"^» la taxe des marchandises et des salaires, celle de guerre» le timb nouveau pour les assignats, tels sont les sujets des conversations d cafés et de quelques groupes.

Le pouvoir constituant, cédant sa place à une autorité constitué^^' écarte toute idée arbitraire et d'usurpation de pouvoirs; on V(> -^^ le régne des lois, et de cette époque si prochaine naît Tidée dV ^ sort plus heureux et d*une vie moins orageuse et moins agitée.

La peine de mort abolie et celle des fers pendant la longue et doiu -^ loureuse durée de vingt-cinq années qui lui est substituée fait espère que les crimes seront plus rares. Le criminel condamné portait ei effet à la mort cette stoïcilé apparente qui rassurait le spectateur mais le spectacle d'une longue et révoltante douleur laissera dan^ Vàme de celui qui voudrait commettre un crime cette triste impressio qui ramène au bien. Depuis longtemps l'humanité et la raiso en réclament l'abolition : c'était à la paix qu'elle était réservée.

L'abolition de tous les actes d'aeusalion relatifs à la Révolutio excite une reconnaissance générale ; on la considère comme un pardo accordé à l'erreur, comme un moyen sûr de rapprocher les esprits, e Ton semble désirer une amnistie générale, excepté pour les chefs d révolte et de sédition. L'objet du maximum proposé sur les mar chandises est applaudi par les gens sages ; il est bl&mé par la masi ignorante.

La taxe de guerre * n'excite que des murmures du marchand dont la cupidité est la seule règle ; cette mesure est jugée excellent pour diminuer la niasse des assignats et ne frappe que sur le proprié= taire, fermier et marchand, et ce sont là les mieux garnis en assignats^^ tout en les discréditant.

1. Le 4 brumaire an IV, la Convention avait décidé qu'il serait payé une laar^ extraonlinairc de guerre de vingt livres en assignats, par chaque vingt sous de conU'ibution foncière.

339 RÉACTION THERMIDORIENNE [26 octobre i795]

Le timbre nouveau est regardé comme une sentinelle qui arrêtera au passage tous les faux assignats, et il y en a un grand nombre qui circulent et président à la hausse des denrées. Les taxes de guerre et de timbre peuvent donc faire rentrer un grand nombre d'assignats, faire disparaître l'énorme quantité de faux, et ces meiares sont les seules qui mettront les denrées à un prix raisonnable, Hen plus sûrement que tous les maximum qui feraient disparaître es denrées. On désire que le timbre soit mis en vigueur, et que la lépslature s'occupe sérieusement de faire disparaître cette énorme et *uinease masse d'assignats.

Cependant Tor et l'argent sont montés à un prix exorbitant, et le >aavre murmure, et il craint Thiver qui se fait sentir ; ce qui Tirrite Qcore, c'est la basse cupidité, c'est l'insolence du paysan et du marband de farine et de légumes ; tout son espoir est dans le nouveau ■S^me constitutionnel, les législateurs et le pouvoir exécutif qu'ils ^ïit nommer.

'Spectacles. — Tout y a été tranquille. Un particulier seulement a - conduit du théâtre de la République au corps de garde, pour <^ir applaudi, avec beaucoup d'imprudence, à la morale de Nar- ^^e, personnage de la tragédie de Britannicus, que l'on donnait à théâtre. Son affectation a excite les murmures du public, et les aciers de police l'ont fait sortir.

'Surveillance. — ...Le 3, vers deux heures de l'après-midi, un ^lolon d'environ vingt hommes de la Légion de police, stationné au ^Trefour du bas de la rue du Théâtre-Français, a fait mettre pied à ' ^re à un détachement de chasseurs à cheval ; un de ces chasseurs

été maltraité et a reçu un coup de crosse de fusil ; sept se sont ^happés au grand galop du côté de la rue Mazarine ; deux sont ^stés entre les mains de la troupe de police. Cet événement a fait ire que l'on voulait diviser les troupes entre elles, afin de mettre e trouble dans Paris et arriver par ce moyen au massacre et LU pillage par lequel le gouvernement voulait terminer sa carrière.

Un hussard a été arrêté cette nuit rue Jean-Saint-Denis pour avoir •rendu son cheval ; il a été consigné au corps de garde de la section les Gardes-Françaises

Bourse. — Inscriptions : 10,10 1/2 p. cent de bénéfice; Hambourg: 14,900; Gênes : 6,200; Madrid : 1,000; Bâle : 1/4; Amsterdam : 1 1/16; or fin : 7,500 à 7,700 ; argent : 3,700 à 3,800.

Hannocque-Guérin.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

Journaux.

Courrier français du 7 brumaire : « Paris, le 6 brumaire. — Avant-hier, i cinq heures du soir, le commissaire de police de la section des Marchés accompagné de deux inspecteurs, a fait une descente dans un café où étaien réunis beaucoup d'agioteurs. Le commissaire a été pris au collet, a été mal traité et a eu sa chemise déchirée. Les inspecteurs de police ont eu quelque coups de bâton. » — Censeur des journaux du 4 brumaire : « On nous re proche de ne plus parler des journaux, nous qui sommes chargés d*en fair< la Censure, Ce reproche ne paraîtra juste qu*à ceux qui ne feront nulle attention aux circonstances ou qui pensent qu'on ne doit nul respect au malheur Nous avons poursuivi les journaux royalistes tant qu'ils ont pu se défendre Notre tâche aujourd'hui se borne à les empocher de se relever. Un cou{ d'œil sur leurs successeurs suffira pour en j)rendrc une idée et nous dispensera d'une plus ample justification. Nous disions, il y a six semaines, que les journalistes de Paris pouvaient se partager en trois classes, ou plutôt en trois armées bien distinctes, bien séparées par leur uniforme et leurs opinions. L'une, sous les ordres des rois, se battait pour les assemblées primaires et ne cessait de harceler la Convention, pour anéantir la République avec elle. L'autre, sous les drapeaux de la République, défendait les principes, les lois et les mœurs, et attaquait sans ménagement les rois et les esclaves. La troisième, neutre et d'observation^ profitait, ainsi que la Suède et le Danemark, de tous les avantages de sa position, et vivait des sottises des deux autres. Aujourd'hui ce n'est plus cela, la scène a changé. Ces trois armées n'en font plus qu'une. Tous les journalistes, réunis par la peur ou par le besoin sous les bannières de la Convention, chantent ses louanges, célèbrent ses intentions et sont à genoux ou prosternés jusque devant ses excréments. Les plus ampoulés contre les représentants du peuple sont encore ampoulés, mais c'est contre les rois. Les plus chauds partisans des assemblées primaires en sont devenus les plus ardents ennemis. Ce n'est plus contre la République, c'est contre Monsieur^ M. d'Artois, Pitt et Cobourg que sont dirigés les sarcasmes, aiguisées les épigrammes, prodiguées les savantes polémiques. Nous ne parlerons point des Patriotes de 89, du Journal des lois, de VAmi des lois, du Courrier de Paris, du Batave, de la Gazette de France et du Moniteur : c'est le même esprit, la même rédaction. Nous ne ferions que nous répéter. Mais la Gazette politique, le Courrier français, le Journal français, le Bulletin général, le Bulletin national, VAmi de la Constitution de 95, V Eclair, le Journal de Pains, et la Quotidienne, nous leur devons deux mots d'observation, tant pour rétablir les faits que pour remplir notre tâche. La Gazette politique, ci-devant Gazette française, continue d'être une des mieux nourries et des plus tôt servies en nouvelles étrangères. Les nouvelles de Paris sont, ou puisées dans le Censeur, ou insignifiantes, ou rebattues, ce qui, dans tous les cas, n'engage à rien, et conserve les abonnements. Le Courrier français et le Journal français (celui-ci s'appelait, il y a deux ou trois siècles, le Courrier républicain) se répètent à merveille; style et nouvelles, tout est semblable, tout est du lendemain. On dirait deux copistes assis au bureau de M. l'abbé P. . . ' et charjj'és par leur maître de ne faire autre chose

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