‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 64 sur 141 · Voir la loi du 4 thermidor an III · texte numérisé non relu

Voir la loi du 4 thermidor an III

à présent, parce que ce qu'il gagne ne suffit pas pour sa nourriture.

D'après ces observations et ces réflexions, les esprits s'échauffent^ les imaginations s'assombrissent, et les cris se font entendre contre la Convention, « qui a terminé ses travaux sans s'occuper du bonheur du peuple, sans réprimer Tagiotage qui augmente encore de hardiesse, sans prendre les moyens de faire baisser les denrées, d'avoir du bois, du charbon^ du suif et les objets de première nécessité ».

Le peuple oublie que le riche est privé de sa ration de pain et de viande, et que, par ce moyen, la sienne s'est augmentée ; il oublie, ou il ne pense pas, que ces impôts qui ne tombent que sur le riche sont le seul moyen de faire diminuer les denrées, par le retîrement d'une grande quantité d'assignats, et qu'alors, cette masse étant diminuée, les denrées doivent diminuer également, et que le marchand ne pourra plus à volonté faire hausser sa marchandise ; mais il vérifie le proverbe : t Ventre affamé n'a point d'oreilles. » Dans son humeur, il veut un maximum, des visites domiciliaires, le remboursement des assignats au pair avec l'argent, et que les planches soient brisées ; c'est un malade tourmenté par une fièvre ardente, et qui, dans ses accès, ne tient aucun compte au médecin des efforts qu'il fait pour le tirer d'affaire.

On s'entretient aussi d'un moyen qui pourrait améliorer les affaires : celui de livrer à une revision sévère les fortunes nouvelles prodigieuses qui se sont faites, et de taxer ces enrichis nouveaux en proportion des moyens qu'ils auront employés pour accumuler en si peu de temps tant d'assignats, même de louis. On finit, après avoir bien conversé sur cette matière, par s'en rapporter à la prudence du Corps législatif, et à la sévérité du pouvoir exécutif à naître.

Spectacles. — Tout s'y est passé avec ordre, décence et tranquillité

Surveillance, — . . .Cette nuit, vers les onze heures, un particulier, vêtu d'une redingote bleue, abattait à coups de hache les planches qui entourent l'arbre de la liberté au Parvis Notre-Dame. Une citoyenne, qui était à sa fenêtre, s'étant récriée, ce particulier lui fit signe de la main de se taire; mais, ayant entendu du monde, il s'est sauvé; le commissaire de police de la section de la Cité a dressé procès-verbal

Marchés, — Le bon ordre et la tranquillité continuent d'y régner ; mais on voit avec douleur que toutes les denrées, au lieu de diminuer, comme on s'y était attendu, ne font qu'augmenter encore. Il y avait

343 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [28 octobre 1795]

pea de pommes de terre. Les inspecteurs s'élèvent dans leurs

rapporte contre l'abus des lettres de voiture, dont les regraltiers

peuvent si aisément se munir ; ils lui attribuent l'augmentation subite

des pommes de terre et des autres denrées. Quelques contraventions

ont été commises, et leurs auteurs conduits devant le commissaire de

police

Change. — Hambourg : 16,500, 16,800, 1,700; Livourne : 8,400;

Wie : 11/8; Amsterdam : 5/8.

Bonne. — Inscriptions : 10 1/2.

Pasté.

(Arch. nat., AFn, 140, et AFiv, 1472 >.)

Journaux.

Gazette politique (ci-devant /rawçawe) du 6 brumaire : « Paris, 5 brumaire. — Des brigands, qui ne respirent que le sang et le carnage, publient depuis quelques jours qu'il y aurait aujourd'hui, à Paris, une scène aussi douloureuse q^e celle du 13. Leur prophétie ne s'est pas accomplie, et la journée d'aujourd'hui a été très paisible. Il n'y a que des dévastateurs qui eussent osé troubler ^^ tranquillité publique dans un moment où un nouvel ordre de choses va s'ou- ^*''*^t et qui semble promettre aux Français une carrière beaucoup moins dou- *oureuse que celle qu'ils ont parcourue depuis six ans. » — Censeur des •^^Urtiaiix du 6 brumaire : « On nous demandait hier si les cordonniers ^ ^t^îent chargés de faire la police des rues de Paris. Cette question nous P^riit moins ridicule, lorsque celui qui la faisait m'eut montré ses souliers ^^fs déchirés par un test de bouteille, et m'eut ajouté qu'on en trouvait *^^**tjout, et qu'il était étonnant qu'il n'arrivât pas plus d'accidents. »

CDLIX

Rapport du 7 brumaire.

Esprit public. — Les rapports de ce jour ne présentent d'autres

^ ableaux que celui de l'inquiétude et de la tristesse ; les murmures

^e font entendre de toutes parts contre les décrets qui concernent la

%axe de la guerre. Cette taxe, qui pèse sur le propriétaire de terre, sur

1. 11 y a aussi une troisième expédition de ce rapport aux Arch. nat. F««, III, Seine, 14, daté par erreur de brumaire an 111. C'est ce qui explique l'erreur de ^ate commise par M. Schmidt, dans l'extrait qu'il en a donné, p. 242 du tome II ^e ses Tableaux de la Révolution française.

le gros marchand comme sur le petit détaillant, fait craindre le renchérissement du loyer, et déjà il a lieu dans quelques quartiers; elle fait craindre le surhaussement des denrées et même que le petit détaillant ne renonce à son état par l'impossibilité de payer ; alors le gros marchand serait à son aise, et ce ne serait qu'avec l'argent du pauvre qu'il payerait ses contributions.

Voilà en substance les réflexions recueillies dans les cafés et dans les groupes. L'ouvrier voit d'un bon œil la taxe mise sur le gros marchand ; mais, si quelqu'un lui observe que le fabricant finira par ne plus occuper le même nombre d'ouvriers, alors il déclame contre la taxe. Dans ces groupes se trouvent des gens de bonne foi qui jasent sans aucune intention perfide; mais on y a vu des gens de la première réquisition qui sont guettés depuis quelques jours, lesquels se vantent hautement de ne pas obéir aux décrets et se mêlent d'une manière insidieuse aux conversations des malheureux qui gémissent sur leur misère.

Si, d'une part, on gémit sur la hausse excessive des denrées, suite de l'augmentation insolente de l'or et de Targent, d'autre part on se réjouit avec l'idée que les premiers travaux du Corps législatif auront pour but la répression de l'agiotage, la diminution [du prix] des denrées, la réformation de la loi concernant la taxe de la guerre pour en garantir le petit marchand et le propriétaire de maisons, qui n'a que ce revenu pour vivre.

Dans ces groupes, on se plaint de la fin de la session de la Convention, qui n'a terminé ses travaux qu'en prolongeant les inquiétudes du pauvre, et en laissant aux agioteurs un champ libre ; on place toutes ses espérances sur le Corps législatif et la fermeté du pouvoir exécutif, dont on attend l'installation avec impatience.

Spectacles. — Tout a été tranquille ; le seul spectacle du Vaudeville offre l'assemblage de filles publiques aussi insolentes qu'indécentes

Bourse. — Inscriptions : 101/2 pour 0/0.

Change, —Hambourg: 19,000, 19,500 et 20,000; Bàle : 1 pour 0/0; Amsterdam : 9/16; Madrid : 1,300 ; Argent : 4,900.

Nota, Les agents de change observent que le Courrier national se trompe très souvent sur le cours de la Bourse, ce qui peut faire naître des difficultés. Ecrit à ce journaliste de n'insérer que les cours authentiques, et que les étrangers seuls, pour ainsi dire, achètent les louis.

Hannocque-Guérin.

(Arch. nat., AFii, 140, et AF ii, 1472,)

345 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [29 octobre 1795]

CDLX

Rapport du 8 brumaire.

Les affaires politiques, les opérations du Corps législatif, ne sont que très faiblement le sujet des conversations des oisifs des cafés et des individus qui composent les différents groupes.

Tous les esprits sont attachés à la loi concernant la taxe de guerre : les uns la trouvent juste, les autres ne remplissant pas le but que Ton s*est proposé, celui de faire rentrer les assignats. Ceux-ci la regardent comme plus propre à faire renchérir les denrées qu'à opérer la diminution. Ceux-là la considèrent sous le rapport des patentes, ne voyant la taxe à payer que par le consommateur, et, certes, ce n'était pas l'intention du législateur, mais elle était d'atteindre le propriétaire de terres, celui qui a des gros fonds en assignats et qui fait un commerce très étendu, et cependant tel individu, qui n'a que 1,500 livres de rente et un loyer de 200 livres, sera foulé par cette taxe, tandis que tel agioteur à 150 livres de loyer et à gros portefeuille se rira du malheureux et continuera son infâme métier.

Telle est la substance des conversations des cafés et des groupes ; elles finissent par assurer que cette taxe ne sera pas payée par personne, surtout par les propriétaires des maisons, qui sont ruinés comme les rentiers, et que, si Ton veut employer la voie de contrainte, tel propriétaire, en abandonnant sa maison à la nation, y gagnera encore ; les seules réparations, si faibles qu'elles soient, absorbent l'année entière de revenus.

Ce qui aigrit encore les esprits, c'est Taugmentation du louis, qui a été porté hier à 3000 livres et au delà, d'où est résultée l'augmentation excessive des denrées. La viande se vend 30 et 36 livres la livre ; les légumes sont inabordables ; le pain du marché augmente, et celui qui a besoin d'un supplément au pain et à la viande de sa section est obligé de vendre ses effets pour aller à la Halle. En général, l'arrêté du Comité de salut public qui fixe au 15 la cessation de la livraison de la ration de pain et de viande aux gens aisés, et la répartition sur les gens pauvres, est vu avec plaisir, mais on trouve que bien des gens aisés et qui vivent d'agiotage, en le faisant clan-

deslinement, vieudront encore partager la ration qui ne devrait être réservée qu'aux rentiers modiques et aux citoyens reconnus pour peu aisés.

On désire aussi une réforme dans les commissaires chargés de surveiller la distribution des subsistances ; ils ne sont en faveur dans aucune section ; cependant on n'articule aucun fait positif contre eux.

Spectacles. — Il ne s'y est rien passé de contraire aux bonnes mœurs, à la décence et à la tranquillité publique

Hannocque-Guêrik.

(Ârch. nat., AE iv, 1472.)

Journaux.

Courrier français du 8 brumaire : « Paris, le 7 brumaire. ^ . . . On assure que les filous ont aussi établi une taxe vingtuple sur les poches des citoyens. Il est impossible de s'arrôtcr un moment, soit à la porte d'un spectacle, soit au coin d'une rue, sans être volé. Un de ces faiseurs de commerce est arrêté, saisi de quatre mouchoirs volés. On le conduit à la police, on le fouille de nouveau, on lui trouve un cinquième mouchoir : c'était celui de Tun des gardes. » — Journal du Bonhomme Richard du 8 brumaire : « On voudrait voir les rues de Paris plus propres; les réverbères mieux allumés; les quais mieux réparés ; moins de filles publiques le soir; moins d'estropiés ou de mendiants qu'on devrait soulager dans des hospices; des obélisques en marbre au lieu d'en avoir en sapin ; Rousseau sur un beau piédestal aux Tuileries, au lieu d'être sur une caisse à savon, car il a l'air d'un accapareur; une belle Liberté en bronze, et non un colosse informe en plâtre, assis sur des ruines, à la place de la Concorde, dont il serait nécessaire de rehausser le terrain; des arbres de la Liberté verts et non desséchés; les inscriptions multipliées à l'infini de République une et indivisible, toutes effacées, pour les mettre en lettres d'or seulement sur le frontispice du Palais national et de celui du Directoire; plus de petits chiffons en lambeaux tricolores, pendus à beaucoup de fenêtres, et qui, en rappelant l'aimable terreur^ nous donnent l'air de grands enfants qui jouent aux marionnettes. C'est pourtant de l'invention de Monsieur Hasscnfratz, qui aurait mieux fait de s'en tenir à ses fourneaux de chimie, que de faire employer inutilement en brimborions, prétendus civiques, de quoi doubler les habits de dix régiments. Ce n'est point au Panthéon qu'il faudrait élever un obélisque en marbre noir avec les noms des défenseurs de la patrie morts glorieusement pour elle, mais en face des Invalides, ce qui rendrait encore plus cher à leurs camarades le souvenir de ceux dont ils liraient souvent les noms avec orgueil, avec attendrissemenL II faut espérer que nous quitterons à la paix tous ces grands sabres, avec lesquels nous avons l'air de vouloir pourfendre les passants et dépaver les rues. La mort, pendue sans cesse à nos côtés, est aussi dans la poche de tout le monde. On prétend que, si tous les magasins de Paris étaient étalés au Champ de Mars, Jamais on n'aurait vu une aussi belle foire depuis le miracle des cinq pains. Si les

347 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [29 octobre 1795]

étoffes continuent à augmenter tous les jours, les femmes seront forcées de se faire des jupons, et les hommes des culottes avec des assignats. Alors il faudra bien prendre garde à pisser dans sa chemise. Quand je vois passer un guerrier mutilé, avec une jambe de bois ou manchot, je suis toujours tenté de le saluer et de lui donner le bras. Pourquoi n'y aurait-il pas dans les spectacles une loge d'honneur pour ces hommes ainsi décorés, qui tour à tour pourraient en jouir? Il y en avait bien pour les valets de cour. » — Censeur des journaux du 7 brumaire : « J'ai lu, je ne sais où, mais depuis peu, un projet de nouvelle géographie, dont Paris serait la carte et les fiacres les professeurs. Certes j'aimerais mieux que Paris fût une carte de géographie, qu'un volume du calendrier. Et les noms de saints dont nos rues sont baptisées ne peuvent être mis en comparaison, ni pour l'harmonie, ni pour l'utilité, avec les noms de villes qu'on propose d'y substituer. Ainsi le faubourg Saint- Denis s'appellerait, dans cette supposition, le faubourg de Valenciennes ; le faubourg Saint-Marceau, le faubourg de Marseille ; ainsi la place de Grève s'appellerait place de Tours ou de Bourges, etc. Plaisanterie à part : si le nom de nos rues doit subir un changement, celui-ci est plus raisonnable et mieux senti, que celui que la barbarie et la rage révolutionnaires, leur ont fait éprouver, en supprimant le nom de Saint. Les auteurs de ce dernier changement ont cru porter un coup mortel à la religion catholique, en lui ravissant l'antique honneur de consacrer nos rues étroites et dégoûtantes. Mais c'était une précaution d'enfants qui ferment les yeux en traversant des halliers. Ces noms de saints, depuis si longtemps inconnus, et depuis plus longtemps appliqués aux rues de Paris, ne rappelaient pas plus les apôtres ni les martyrs de la religion catholique que la rue du Pélican ne rappelle à ceux qui la traversent, les mœurs de l'oiseau lourd et pêcheur qui porte son nom. Quel est celui d'entre nous, quel est le dévot même qui, en passant dans les rues Saint-Honoré ou Saint-Antoine, se soit avisé du nom ou des faits de l'habitant des cieux qu'elles rappellent? Nous passions dans ces rues comme les Anglais pafsent dans la rue Saint-Paul à Londres, les Turcs dans la rue Sainte-Sophie à Constantinople, les Romains dans la rue Flaminia à Rome, ou à Sainte-Sophie ou à Saint-Paul. Il y avait un moyen de nous y faire penser, à nous autres Français : c'était de nous le défendre, et c'est le sage parti qu'ont pris nos modernes iconoclastes. Outre i'hiatus barbare introduit dans la langue, et occasionné par la suppression du mot de Saint dans les rues Roch, Antoine, etc., ils sont allés directement <^ontre leur but, en nous plaçant entre les douceurs de l'habitude et la crainte ^e passer pour aristocrates, en nous forçant, par cela môme, à nous rappeler Sans cesse, et leurs motifs, et nos préjugés. Aussi n'y a-t-il pas un républicain Raisonnable qui attache aujourd'hui la moindre importance à ce changement, ^i, s'il fallait en opérer un dans les rues de Paris, il n'y a pas un homme ^ensé qui ne préférât celui du géographe dont nous avons parlé, lequel porte ^u moins avec lui un moyen d'instruction et un caractère d'originalité. »

Rapport du 9 brumaire.

Esprit public. — La plus morne tristesse se répand dans tous les cœurs : plus de confîance, plus d'espérance; le désespoir est le seol sentiment qui semble rester.

A Taspect du plus affreux agiotage, à la valeur outrée donnée à une pièce d*or, valeur qui n'est en apparence qu'imaginaire, et cependant qui fîxe en réalité la valeur et le prix de toutes les marchandises et denrées, peut-il rester quelque lueur d*espérance et de consolation?

L'homme tranquille et juste est plus malheureux que celui qui est insensé et injuste. Le premier ne se dissimule pas les efforts qui ont été faits pour réprimer ce brigandage, et ces efforts ont été impuissants ; il ne voit alors qu'une longue et douloureuse continuité. Le second dit que la Convention n'a rien fait pour cette répression, peste après elle, espère un peu dans le Corps législatif, et, en attendant la réalité de ses espérances, dit hautement qu'il faut se révolter contre les marchands et les agioteurs, et piller, s'il le faut, pour faire cesser ce brigandage.

Les marchands merciers, de draps, de toile, ne vendent pas de marchandises ; ils attendent le cours du soir, et c'est celui-là qu'ils suivent religieusement. Ainsi, à deux heures, hier, le louis était à 3,500 ou 700, et le soir il était, parla voix des brigands, à 4,800 livres; ils se proposaient hier à l'Opéra de le faire aller aujourd'hui à 6,000. Il doit même, avant deux jours, montera 10,000 livres; tel est le résultat des conversations des gens habitués de l'Opéra, à qui un billet de 60 livres ne compte rien pour leur place, et 600 livres pour leur diner. Il ne s'en cachent pas, et disent tout haut qu'ils ont diné pour 4 livres 10 sous, et ces 4 livres 10 sous signifient 600 livres en assignats.

A la Halle, on entend dire que le marchand ne voudra bientôt plus vendre pour des assignats, et que, s'il n'est pas payé en numéraire, il ne vendra pas. Déjà la pomme de terre se vend 100 livres le boisseau, et pour 6 livres en gros sols on en a sept boisseaux.

Si en général la confiance dans le Corps législatif, Tattente d'un

' DIRECTOIRE EXECUTIF [30 octobre 1795]

ectoire exécutif, les apparences d'une paix prochaine n'existent , il y aura violation dans les propriétés el peut-être massacre de i les agioteurs, qui semblent le craindre, car c'est à présent avec caution, et presque déguisés, qu'ils vous abordent pour vous lander si vous avez à vendre or ou argent. Ils sont très circonss, mais ils n'en vont pas moins leur train. e soldat leur vend du numéraire; les rapports nous l'attestent. es soldats, parmi lesquels étaient des officiers, ont arraché le et noir attaché à l'habit d'un jeune homme, lui ont déchiré son ît, et l'ont chassé du Palais-Égalité; ensuite, tumultueusement et ^ocatoirement, ont chanté l'hymne marseillaise et se sont progs d'aller la faire chanter au théâtre de la République. Les gens Jents ont quitté le jardin^ mais en blâmant hautement cette cone, qui peut troubler la tranquillité publique. pectacles. — Les spectacles ont été tranquilles, quoique très rem- ; rien n*a porté atteinte à la décence et aux bonnes mœurs. urveillance, — ... Hier soir, sur les six heures, une citoyenne, .nt un enfant dans ses bras, est morte subitement, rue Martin ;

^résume que c'est de besoin

ymmerce. Pain. — De treize boulangers qui demeurent sur la [on du Temple, un seul peut suffire à toutes ses pratiques; les es sont de beaucoup en arrière et leur déficit s'accroît journellet. Il est même arrivé que des commissaires ont refusé de se préer chez certains boulangers, redoutant les excès auxquels le ic pourrait se porter contre eux. On fait monter à sept cents le bre des bouches restant à servir tous les jours sur cette section, t au Comité pour s'assurer de la vérité de ce fait, iielques boulangers de la section du Mont-Blanc, n'ayant pas assez de riz pour leurs distributions, un assez grand nombre de onnes en furent privées ; elles espèrent en recevoir davantage le emain, mais le Comité civil dit ne pouvoir en donner plus. iande. — Jacquet annonce que les bouchers de la section de dy sont arriérés de 275 bouches

HOUDEYER.

;Arch. nat., AF iv, 1472.)

Journaux.

iZHtte politique (ancienne Gazette française) du 9 brumaire : u Paris, linaire. — Toujours la môme tranquillité, toujours le même renchérisset des denrées, et toujours la môme progression dans le prix de l'or el du éraire. On s'attend à un grand coup d*Ètat pour les assignats, et l'on

espère que, dès Tentière organisation des deux Conseils et du Directoire, 1^ affaires prendront une nouvelle physionomie, que chacun rentrera à sa plae^ que le rentier ne mourra plus de faim, que le chandelier ne vendra plas ^ livres, que le fripier n'achètera plus de Tor, que Paris ne sera plus uncam^

et que le Corps législatif ne sera plus entouré d'une année; que quJ

nous serons enfin heureux et tranquilles. » — « Barras, ayant donné sa démi^ sion de général en chef de Tannée de Tintérieur, a été remplacé par le g£ néral Bonaparte, commandant en second de la même armée. » — « Les agioteurs, les filous et les escrocs sont toujours en très grand nombre ici. Il y a deu^ jours qu'une horde de ces brigands s'est introduite dans une maison de U rue des Boucheries et a enlevé pour douze cent mille livres d'argenterie. » — « Quelques marchands, peu délicats sur les moyens de s'enrichir et de con server leurs richesses, croient pouvoir se dispenser de vendre leurs marchan dises à cause du discrédit journalier des assignats. L'un d'eux, un marchant de vin, vient d'être arrêté pour avoir fermé sa boutique, faute, disait-il, d marchandises, quoiqu'il en fût, dit-on, abondamment fourni. » — Cour rier français du 9 brumaire : « Paris, le 8 brumaire. — Cette ville jou actuellement de la plus profonde tranquillité. L'agiotage est plus suivi qu jamais. Les louis augmentent de 100 francs par heure, et les marchandise montent en proportion. La seule circonstance qui afflige les véritables ami de la paix, de la concorde et de l'humanité, c'est le spectacle des poteau plantés tous les jours sur la place de la Grève, où on lit les noms de ceux qi ont été condamnés par contumace. Il y en avait treize aujourd'hui ; mais c qui console tous les bons Français, c'est l'espoir d'une amnistie générale, ps laquelle on espère que le nouveau Corps législatif commencera ses travau: La Convention nationale, en terminant les siens, lui a donné un si bel exemp de clémence et de générosité, qu*il ne peut mieux faire aimer la Constitntic qu'on va mettre en activité qu'en le suivant. La nation française, la plus pui: santé et la plus magnanime de l'univers, ne sera pas généreuse à demi. » - « Les plans de construction et d'embellissement du Luxembourg pour Directoire sont signés et arrélt^s. Ce local sera magnifique. On gratte déjà to l'extérieur pour le mettre à neuf. On va percer une allée jusqu'au boulevar Le grand jardin des Chartreux, réuni au jardin du palais, formera un parc tr étendu. Tous les arbres existants vont être abattus, et le jardin distribué s le nouveau plan. En attendant, le Directoire siégera dans le petit Luxen bourg, logement du ci-devant Monsieur. » — Censeur des journaux du 9 bn maire : « Le louis hier fut porté à 3,400 livres, et quelqu'un disait froideme aujourd'hui qu'il irait à 4,000 livn»s. Voilà quatre jours de suite qu'il augmen de tiOO livres; mais quelle est donc la main secrète et puissante qui soulè avec cette force toutes les finances et le commerce d'un grand empire? quel terme doit avoir cette effrayante progression ? Je n'en sais rien ; mais d penser fait mal. On ferme les yeux, quand on veut se précipiter. »

35i . DIRECTOIRE EXÉCUTIF, |31 octobre 1795]

Rapport du 10 brumaire.

Esprit public. — Tous les regards se portent sur les deux Conseils; une curiosité impatiente, fondée sur le besoin d*un prompt gouvernement, solidement stable, cherche à découvrir quels seront les hommes chargés du pouvoir exécutif. A cet égard rien ne transpire, et le secret des deux Conseils fait bien augurer du choix qu'ils se proposent de faire.

Montesquieu dit qu'il ne faut jamais parler de finances ni de subsistances ; celte maxime n'est pas à Tordre du jour dans les cafés et dans les groupes; aussi en raisonne-t-on, chacun suivant sa pensée, ses intérêts et ses besoins. On propose des impôts ou taxes pour faire rentrer les assignats sans fouler personne. On critique toujours la taxe de guerre, et définitivement on désirerait voir les portefeuilles des agioteurs se vider au profit de la chose publique ; chacun semble s'accorder sur la nécessité de faire un sacrifice pour l'intérêt public, mais Tégoïsme se met de la partie et étouffe les meilleurs sentiments. Il faut donc nécessairement un pouvoir exécutif assez ferme et rigoureux pour, par tous les moyens que la loi et les circonstances exigent, cicatriser les plaies et fermer Tablme que la bassesse et la rage ont ouvert.

Les louis sont considérablement baissés ; ils sont à 2400 livres, et on espère que les mesures que le gouvernement se propose de prendre les réduira à une valeur moins insolente {sic). On attend tout de ^'organisation du Directoire exécutif.

Spectacles. — Des rixes et des combats à coups de poing ont eu ^ieu au théâtre de la rue Feydeau. L'hymne des Marseillais en a été '^ cause. Les uns la demandaient, d'autres la refusaient, et de là les Querelles. Les plus échauffés ont été conduits chez le commissaire de ï^olice, et Tordre s'est à peu près rétabli. Au théâtre de la Répu- V^Iique on a donné la seconde représentation de l'Agioteur, qui a été t"ort applaudi. Cette pièce, très bien écrite, et à qui il ne manque fq[u'un dénouement plus heureux, est semée de traits vengeurs contre les agioteurs ; ils y sont peints avec toute la bassesse qui les caractérise. Le public applaudissait à outrance et semblait se dédommager

en accablant de mépris les auteurs de ses souffrances. Il serait ^ désirer que Tauteur fit jouer cette pièce sur tous les théâtres; 1^% coquins, qui en sont les héros, seraient, par ce moyen, au carcan cM t Topinion publique, en attendant qulls y soient réellement en verft^'VL d'un bon jugement qui les condamnera comme banqueroutiers fra duleux. Et c'est le sort qui les attend.

Surveillance. — Le service militaire de la garde nationale ce mence à reprendre son ancienne activité pour les patrouilles de nuit mais les postes restent toujours» pour la plupart, vides et abandonn

pendant le jour Hier, sur les deux heures du soir, il y a eu o

rixe très vive entre des militaires et d'autres citoyens, rue des Capi cines. Des sabres ont été tirés ; la force armée du poste voisin

accourue, a enveloppé les combattants, et les a conduits chez i^ commissaire de police de la section de la Place-Vendôme

[Commerce, Pain. — Plaintes sur le retard des distributions et sur la Hté du pain. ..]

HounsTER.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

Pas de rapport relatif à celle journc^e du 10 brumaire; rien de notable czz^^B-ans les journaux.

Rapport du 12 brumaire.

Esprit public, — jLe caractère français est toujours le même passe en un instant de la confiance aux murmures. Hier, dans cafés et dans les groupes, après avoir jasé sur le choix des mem du Directoire exécutif, après avoir applaudi à ce choix et avoir fait sentir que, quelque confiance qu'ils inspirassent, le bien q pouvaient faire ne piuirrait être Touvrage d'un moment, que d' leurs les meilleurs gouvernants et la guerre ne pouvaient op

353 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [2 novembre 17951

autant de bien que des hommes médiocres et la paix; après avoir développé ces réQexions, qui sont sages, puisqu'il est vrai que la paix sera le seul mobile de la félicité et de l'abondance, ils s'abandonnaient aux plaintes et murmures contre la disette et la cherté des vivres et marchandises nécessaires à la vie.

Il est vrai que le tableau de la cupidité des marchands est si noir,

si sombre, qu'il tue jusqu'à l'espérance; l'audace de Tagioteur et son

luxe insolent, les tables somptueuses des restaurateurs du Palais-

£galité, qui ne sont garnies que de ces sangsues publiques, excitent

l'indignation générale. La paix devient alors le cri général, une

prompte organisation du Directoire exécutif et l'exécution sévère des

lois contre le brigandage et la friponnerie de tous les marchands de

tous genres.

Le Palais-Égalité offre le spectacle de l'indiscipline des militaires; plusieurs, depuis quelques jours, se présentent pour vendre du numéraire; on leur remet les assignats, et ils gardent numéraire et assignats, et se retirent en menaçant d'arrêter, si on insiste pour ravoir les assignats, et souvent maltraitent l'agioteur qu'ils ont volé. Cette conduite, malgré le mépris qu'on a pour les vendeurs et acheteurs cJu numéraire, excite l'indignation et fait demander que le gouverxiement s'occupe sérieusement d'établir une discipline sévère pour contenir les soldats, qui doivent veiller à la conservation des propriétés et des individus, et non les pilier et les insulter.

Si l'assignat ne reprend pas promptement un peu de confiance, il ^st à craindre que le paysan ne veuille plus amener de denrées aux marchés et à la Halle; il s'explique assez hautement pour faire craindre cette nouvelle calamité. En général, si on excepte les ennemis ^e la République, et le nombre est petit, si Ton ne veut compter que ceux qui osent manifester leurs sentiments, tout est calme et tranquille, plein de confiance dans le Corps législatif et ses intentions. Ce qui irrite seulement^ c'est la mauvaise qualité du pain, et la haine que l'on porte aux agents des subsistances est à son comble. Spectacles. — La tranquillité n'y a pas été troublée, et tout s'est

passé avec décence

Surveillance. — ... Deux marchands d'argent ont été arrêtés ce matin au Palais-Ëgalité, sur la dénonciation d'un capitaine du bataillon des Patriotes de 89, qui les a fait conduire à la Commission, où ils ont été interrogés; ils vont être envoyés au directeur du jury.

Bourse et Change. — Inscriptions : 38, 40, 42, 43, 44. Hambourg : 18.000, 18.500, 19.000 livres; Gênes : 9.000; Bàle : i à i 1/16; Ams-

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