Tome II
terdam : 1/2 à 9/16; billets de loterie : 20, 30, 40, 50 pour 0/0 de bénéfice ; bons au porteur : 1 1/2 à 2 p. 0/0 de perle.
Pasté.
(Arch. nat., AF iv, 1472.)
Journaux.
Gazette politique du 13 brumaire. « Paris, 11 brumaire. — Rien n'a encore troublé la tranquillité dont nous jouissons. Cependant des groupes se forment par-ci, par-là, et se dissipent à Tinstant ; on y dit en passant trois ou quatre mots sur la cherté des subsistances. On y débite aussi de prétendues nouvelles, plus absurdes les unes que les autres. Par exemple, on assure que Charette est à vingt lieues de Paris ; puis le nouvelliste laisse les auditeurs raisonner sur les nouvelles. »
CDLXV 12 BRUMAIKE AN IV (3 NOVEMBRE 1795).
Rapport du 13 brumaire.
Esprit public, — La misère publique, la cherté du pain, Texcès de Tagiotage, la lenteur des distributions de comestibles ordonnées par le gouvernement, la cupidité des marchands de bois, le discrédit des assignats, Tinsolence des militaires dans les lieux publics, voilà les objets à Tordre du jour dans toutes conversations et dans les cafés. Les citoyens, affectés de cette misère et de ce déplorable étal de choses, se contentent de se plaindre; leurs plaintes n*ont rien de menaçant; elles sont soumises et inspirent seulement Tintérèt, la pitié. Leur conversation se reporte ensuite sur la confiance que Ton doit avoir dans les efforts que préparent les membres des Comités de gouvernement et dont l'action est réservée au Directoire exécutif sous la surveillance du Corps législatif.
Mais, dans ces groupes, composés d'hommes faibles et ignorants, jouets du premier malveillant, dont l'intrigue et le désordre sont les seuls éléments dont ils se composent, les plaintes, les murmures annoncent les symptômes les plus effrayants. On y parle hautement de lavarice et deTégoïsme du paysan qui approvisionne la Halle et qui met un prix effrayant à ses denrées, du marchand de bois, dont la voie est à l.dOO livres et 1.300 livres, compris le cordage, mesurage et autres menus frais de clianlier; on dit, dans le désespoir, qu'il ny
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aura qu'un parti à prendre, celui de piller pour avoir du pain, du bois, du charbon et des denrées. On se plaint aussi des épiciers de Paris, dont la probité est plus que suspecte. Tous ces cris du désespoir sont alarmants, et une prompte organisation du Directoire peut seule réprimer ces menaces, dont la réalisation attirerait les plus funestes calamités.
On critique d*une part le choix des membres du Directoire ; en général on y applaudit. Le blâme du refus du citoyen Siéyès est général; on ne peut que louer ses talents et la profondeur de ses idées, et i'^étonnement est bien prononcé sur son refus, que Ton taxe d'indo- ^^^ce et de pusillanimité; les royalistes profitent de ce refus pour dire ï^ie Siéyès, qui a une excellente tête et une bonne et solide judiciaire, ^^ refuse cette fonction que parce qu'il sait que le nouveau gouver- '^^'ï^ent ne peut, non pas seulement se soutenir, mais même marcher ^'^ ïïiois.
)s mêmes individus grasseyent niaisement des mauvaises plaisants contre les costumes décrétés et surtout contre celui du Direc- ^^e; à entendre ces messieurs, rien n'est plus beau qu'une queue ^i^ussée et une cravate verte, le louis a diminué un peu, mais les marchandises augmentent, et ;iotage gagne toujours du terrain. Spectacles. — Tout s'y est passé tranquillement ; Taffluence y est Vojours la même; les premières places y sont occupées par des filles •^'^-^blîques, des joueurs à la hausse et à la baisse du louis, et beau- >up de militaires ; on les surveille scrupuleusement. Surveillance. — . • . Les deux marchands d'argent, dont l'arres- .tion a été mentionnée dans le rapport d'hier, ayant été conduits ^«vant le jury d'accusation, ont été relaxés sur l'heure; il y aurait ^ éanmoins déclaration d'une proposition faite par l'un d'eux à celui ^ui Fa fait arrêter de lui vendre des petits billets. Leurs portefeuilles ^^nt été trouvés garnis d'assignats propres à ce genre d'échange ; il a ^té saisi sur eux des louis cachés dans les doublures de culotte ; l'un ^l'^eux est domestique de l'ambassadeur de Danemark, l'autre est sans
^tat
Commerce. Pain. — Sur la section de la Fidélité sont restées encore beaucoup de personnes qui n'ont point eu de pain, ce qui occasionne une foale considérable à la porte des boulangers. Les distributions de la section duMuséum n'ont encore lieu qu'à quatre heures du soir, la foule n'était pas moindre à la porte des boulangers de cette section et de violents murmures s'y faisaient entendre. Il en fut de même sur les sections de Grenelle, des Invalides et de l'Ouest. Ecrit au Comité
[^ NOVEMBRE 1795] DIHECTOIHE EXÉCUTIF 3ci.«
eivH de la section de la Fidélité de vérifier la cause de ce déficit d'en instruire la Commission.
Viande, — Les citoyens Dufour et Dolmont, bouchers de la sectic^ li de la Place- Vendôme, sont arriérés, le premier d'un jour entier, et !Me aecond d'un jour et demi sur les distributions de la décade dernier Les bouchers de la section des Droits-de-l'Homme sont aussi, pour plupart, en arrière d'un jour entier; il y avait beaucoup de monde de rumeur à leur porte. Ecrit au Comité civil de ces deux sections vérifier la cause du déficit et de s'assurer si elle ne vient pas de Tir fidélité des bouchers.
Marchés. — Tous les carreaux furent assez bien approvisionnés, g en excepte celui des pommes de terre rouges, dont le prix fut por à 85 livres le boisseau. Il s'est même rencontré des marchands qui h ont faits 100 livres. Le mécontentement était à son comble, et les in pecteurs disent avoir eu beaucoup de peine à calmer les esprits. L j:épètent qu'il y a sûrement des gens payés pour entretenir le d sordre, et qu'avec douze hommes seulement de troupes à chev qu'on ne peut obtenir, ils s'opposeraient avec quelque succès à leu indignes manœuvres.
Bourse, — Inscriptions : 44, 48, 52; billets de loterie : 60 pour de bénéfice; bons au porteur : 2 i/â à 3 pour 0/0 de perte. Change. — Hambourg : 18.000. 19.000, 19.500, 2.000, 23.
Amsterdam : 9/16 à soixante jours, ij^ 17/32 à trente jours ; or fii 10.200; lingot d'argent : 5.000, 4.500, 5.000.
Depuis que la Course est ouverte à ceux qui s'y présentent av leur patente, il s'y fait tous les jours des escroqueries ; il y fut vem le 12, une montre de cuivre pour une montre d'or.
Hannocque-Guérin.
(Arch. nat., AF iv, 1472.)
Journaux.
Courrier français du 13 brumaire: «Paris, 12 brumaire. — On affi encore chaque jour des jugements rendus par les conseils de guerre, le ci nier jour de leur session. Celui du Théâtre-Français a jugé dix ou dcp personnes ce jour-hu Plusieurs journalistes sont du nombre des condamK^ et leurs noms sont collés à un poteau, sur la place de Grève ; ce qui a dire à un rieur: « Tous ces morts-là, messieurs, se portent à merveille. ^ « On ne s'occupe ici que de l'excessive cherté des denrées. En vain s'elTo t-on de réchaulTer l'esprit j»uhlic j)ar des dialogueurs, des chansonniers, les rues et les places sont couvertes : la multitude écoute un moment, Oï retire en demandant avec humeur: « Ça nous donnera-t-il du pain? »
357 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [5 novembre 179**]
CDLXVI
Pas de rapport relatif à cette journée du 13 brumaire.
Journaux.
Gazette politique (ci-devant française) du 14 brumaire : <• Paris, 13 brumaire. — Si Ton en croit les journaux, l'esprit de parti, qui tourmentait, il y a quelques jours, cette capitale, n'est pas encore entièrement éteint. La discorde agite encore ses flambeaux, et les anarchistes épient, disent-ils, le moment propre à faire revivre leurs projets homicides. Cependant tout paraît fort tranquille, et, si Ton en excepte quelques groupes épars ça et là, où la malveillance publie des nouvelles plus sinistres les unes que les autres, les citoyens, las de dissensions civiles, paraissent attendre avec la plus vive impatience l'organisation des nouveaux pouvoirs, qui doivent rétablir Tordre dans toutes les parties de l'administration. » — « Le prix du louis a diminué, et celui des marchandises augmente tous les jours. Il est assez difficile de saisir la cause d'un semblable phénomène.» — «Le Comité de sûreté générales interdit, par un arrêté, l'usage des cannes à f abres et des bâtons plombés. »
Rapport du 15 brumaike.
Espt'it public, — L'hiver et ses longues nuits approchent; le
^>)alheureux rentier ne voit pas de terme à sa misère, et sa figure
Viâve et désespérée offre le plus touchant contraste, quand on voit
^rës de lui l'agioteur égayé, qui vient en quelque sorte insulter à sa
>nisère, ne parler d'assignats que par millions, et lui présenter l'aspect
effrayant de marchandises par lui recelées, et qui ne peuvent rentrer
dans la circulation qu^à un prix énorme. Autant ces fripons infâmes
redoutent l'instant où la paix sera proclamée, autant l'infortuné
l'appelle à son secours. Tel est le tableau qu'offrent les cafés, non
seulement du Palais-Ëgalité, mais même ceux des divers quartiers
qui ont quelque vogue.
Il est impossible d'en fréquenter un seul sans entendre parler des
[5 NOVEMBRE 1795] DIHECTOIRE EXÉCUTIF 351
marchés faits ou à faire de toutes sortes de marchandises et montan à des sommes excessives. Et quels hommes font ce métier ! Cest Ii lie la plus fétide du vice, de Tinsouciance et de Tégoïsme. Ce qu afflige, c*est de voir des hommes connus par leur probité, réduits pa la misère à faire ce métier, ou réduits plus bas encore à la malheu reuse nécessité d*étre les courtiers de leurs sangsues. Cependant nonobstant les plaintes multipliées qui s'élèvent contre la cherté d tout, Tespérance reste : le gouvernement qui s'organise, le ministèr qui se forme, le Conseil des Cinq-Cents qui veut s'occuper sérieuse ment des finances, la soutiennent et la confortent.
L*œil sévère de la justice va faire trembler ces fermiers, ces culti vateurs ingrats qui, ayant oublié tous les bienfaits dont la Révolutioi les a comblés, ne veulent plus vendre leurs denrées que pour di numéraire et des effets, repoussent le paisible citoyen qui n*offre qu des assignats. La misère qu'ils font souffrir, et qu'ils voient d'un œi sec, appelle k grands cris sur eux toutes les malédictions.
Paris est toujours tranquille ; dans les conversations, on parai confiant dans le choix fait des membres du Directoire ; on l'est auss dans les citoyens nommés pour composer les divers ministères. Oi politique peu ; chacun devise si diversement sur la situation de armées que Tattention ne se fixe sur aucune des conversations qui s tiennent ; on se sépare en attendant les nouvelles du lendemain ; I cri ordinaire est : « La paix, la paix et Tabondance, ou du moin le terme de la misère ! »
Spectacles. — Toujours remplis, tranquilles, ils offrent le tablea de la gaieté et de Tabondance.
Surveillance. — . . .Une patrouille de cavalerie a été arrêtée cetl nuit, par le poste de la section de Bon-Conseil, rue Saint-Denis parce qu'elle n'avait pas le mot d'ordre ; elle a été ensuite reconnue
Commerce. Pain. — Les boulangers de la section des Droits-de l'Homme, n'ayant point reçu la farine qui leur revenait, ont cuit c qui pouvait leur rester de la veille, d'où il arriva que quelques per sonnes reçurent trois quarterons de pain ; d'autres n'en eurent qu'un demi-livre, et beaucoup de bouches restèrent sans en avoir du toul Plusieurs boulangers de la section des Marchés se plaignent de c que le Comité civil ne leur donne pas assez de riz ; ils disent qu tous les jours plusieurs personnes sont obligées de s'en passer. 11 été écrit au Comité civil pour connaître les auteurs de ce déficit. . • .
Hannocque-Guérin.
(Arch. nat., AF iv, 1472.)
359 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [5 novembre 1795]
A ce rapport du 15 brumaire est jointe la pièce suivante : « Au quartier général, le 16 brumaire an IV. Le général en chef de l'armée de l'intérieur au Directoire exécutif. Je vous fais passer ci-joint le rapport de la police militaire. — Buonaparte. — Rapport sur la journée du 45 bru-' maire. Dans un café on parlait de la quantité de troupes que l'on a fait venir à Paris, que c'était le système de la terreur que l'on remettait à l'ordre du jour, mais à la vérité sous une autre forme que sous le règne de Robespierre; gue c'était violer la Constitution, qui défend au Corps législatif de faire venir des troupes à plus de dix lieues de la résidence du pouvoir exécutif. — Le peuple parait étonné qu'il n'y ait que des représentants du peuple nommés à la place de ministre; aussi se dit-il que, s'ils ne font pas marcher la Constitution, ■ce sera leur faute, qu'ils ne pourront s'en prendre qu'à eux, puisqu'ils se <îhargeaient, eux seuls, du ' fardeau de l'État. — L'on paraît, dans le public, singulièrement affecté de la déroute de nos armées de Sambre-et-Meuse, que l'on n'attribue qu'à la perfidie et à la sottise de Merlin {de Thionville). — On dit Cfu'à Falaise on n'y était pas tranquille, que les habitants n'osent pas sortir à IsL nuit, qu'ils sont attaqués par des hommes masqués qui les volent et les ^.ssassinent. — D'après les honneurs que l'on fait rendre aux représentants du i:ieuple, membres du pouvoir exécutif, on dit que c'est tout simplement l'an- -ciien régime qui est revenu. — Plusieurs filous s'assemblent tous les soirs sous 1 es galeries du Palais-Égalité et font semblant de se disputer et de vouloir se fcattre ; ils font assembler beaucoup de particuliers pour les voler à l'aide de la presse, ce qui fait voir qu'il y a beaucoup de ces gens-là qui sont aussi r partisans] de la liberté do la presse. — Dans un café du Palais-Égalité, il y ^avait un groupe de sept à huit personnes qui parlaient bas, et ils dirent entre -autres choses : « Restons tranquilles encore pendant trois semaines, et surtout *< n'en déboutonnons {sic) guère en parlant de louis d'or. » — Au café Turc, >in particulier était entouré de plusieurs citoyens, et il disait : « Gare pour la ^< République, car elle a bien mal au dos », et d'autres disaient qu'elle était -^ians le soleil. — L'on disait dans le public que la prétendue levée du camp "«tait un simple jeu, puisqu'on en avait sur-le-champ fait revenir de nouvelles (IroupesJ qui étaient campées de cette nuit. — Pour copie conforme au rer^stre des déclarations : Orvizahd. »
(Arch. naL,AFiv, 1472.)
Courrier français du 15 brumaire : c Paris, le 14 brumaire. — Rien de Nouveau dans notre bonne ville. Les louis, qui avaient été huit jours pour baisser de cinq cents livres, ont augmenté hier de six cents en une heure. Tout renchérit à proportion. »
[6 NOVEMBRE 179o]
CDLXVIII
Rapport du 16 brumaire.
Esprit public. — Si, malgré la misère extrême, Tinsolence agioteurs et la cupidité des marchands, le peuple qui souffre contiet^^ son indignation et ne se porte pas à des excès terribles, c'est aulat— ^^ la confiance qu*ii a dans ceux qui sont nommés à la léte du gouvei nement, celle qu'il a dans les intentions et les efforts du Ck>] législatif, que la surveillance qui existe et qui rôde autour de luî qui Tempéchent de sortir des bornes que son dénuement pourrait 11 faire franchir. Si les marchandises et en général les objets première nécessité augmentent, d*ici à quinze jours, il ne sera ph possible de se rien procurer ; les souliers sont à 400 livres ; les b( les plus grossiers, 200 livres ; les pommes de terre, les légum< seront à un prix fou, et déjà le peuple malheureux ne peut plus s*e: procurer. Si cela continue, avant peu, les souliers seront à 800 lîvrei^s: "=^1 les bas à 000. Le propriétaire, le fermier s'embarrassent peu de cett^Vle hausse; il vend son blé 3,000 livres le setier; l'agioteur, raccapareiK= — ir
de marchandises suivent dans la progression le louis d'or et vende d'après cette donnée^ de sorte qu'ils sont toujours au pair; le rentie le malheureux^ le petit propriétaire, soit de terre, soit de maison est toujours au-dessous de ses besoins. De là les plaintes, 1 menaces, et les craintes qu'il n y ait quelque mouvement tendant pillage ; plusieurs de nos rap[)orts nous en font craindre la réalit Le pain se vend 15, 20, 28 et 30 livres la livre dans tous les marchés^ La plupart des boulangers ne délivrent que le soir depuis deux jou de sorte que le peuple ne peut se procurer au marché un suppléme qui lui donnerait la patience d'attendre. — Dans les groupes qui forment aux portes des boulangers, Timpatience et rirritation fo tenir des propos contre toutes les autorités; aucune n'en est l'abri. — Les militaires vendent toujours leur argent, au gra scandale des citoyens. Les agioteurs vont toujours leur trai ils se rassemblent au café des Amis de la Liberté, derrière le théâi de la Montansier, et là, sous le prétexte d'échanger des assignats^ ils y font largement leur commerce. Cependant, le louis est un pe*' baissé, mais les marchandises sont toujours fixées au maximum de
Soi. DIRECTOIRE EXÉCUTIF [6 novembre 1795]
ia cupidité et de Tavarice, et ce maximum est un vrai gouffre. Quel sera le Décius qui s'y précipitera pour le fermer? La paix.
Spectacles, — C'est de tout ce qui se vend ce qu'il y a de meilleur nasirché, car ils sont toujours remplis; tout y respire l'aisance et lai gaité, le plaisir et la joie. Le militaire, la fille publique, Tartisan, le citadin et la paysanne y présentent le spectacle de la satisfaction fet du contentement Tout s'y est passé tranquillement^ excepté dans les foyers du Vaudeville, où la décence est mal observée.
Commerce. — Le pain délivré par les boulangers de la section F^oissonnière était très mauvais, et le public s'en plaignait beaucoup ; les murmures n'étaient pas moins violents sur la section des Gra-
Wlliers Un inspecteur annonce lui avoir été dit que le citoyen
ClialTois, boulanger, donnait du pain à ses pourceaux Le prix
^es denrées est toujours excessif et ne fait qu'augmenter encore. Les Pommes de terre ronges ont été jusqu'à 100 livres le boisseau; on ne ^^ jette pas avec moins d'empressement sur toutes les marchandises ; ^^ les prend à tous prix, et les malheureux seuls, qui sont en grand
'Nombre, ne peuvent rien avoir
Bourse. — La Bourse a été moins nombreuse que de coutume, ^'•^^nd nombre de négociants se plaignent de ce qu'il s'y rend beau- Mp d'individus munis d'une simple patente de 200 livres, qu'ils y v^t des affaires de mauvaise foi, vendant des marchandises qu'ils ne *^^Vivent livrer, parce qu'ils ne les ont pas. Il y entre aussi beaucoup ^^ brocanteurs du Jardin-Égalité.
HOUDEYER.
(Arch. nat., F ^ 3688 *.)
Journaux.
Gazette politique (ci-devant française) du 16 brumaire : « Paris, 15 bru-
lairc. — Le pouvoir exéculif est enlièremcnt en fonclions. Le Coinitc de
^^reté générale, dont la puissance était jadis si formidable, a cessé les
^^îennes, et les citoyens, tous actuellement gouvernes par la loi seule, n'ont
^>lus à craindre les mandats d'arrêts ni qu'on les fasse comparaître par
devant d'autres que leurs juges légitimes. Il no reste plus qu'une grande plaie
^ cicatriser : c'est celle des finances. Leur désordre est tel que le prix des
denrées augmente tous les jours à vue d'œil. On assure qu'un boisseau de
|>ommes de terre valait ce matin 112 livres. — Les journalistes commencent à
Î5C ressentir des bienfaits des lois nouvelles. On vient de lever, chez plusieurs
<l>ntre eux, les scellés apposés sur leurs presses, et l'on assure qu'avant de
se séparer, les Comités de gouvernement ont donné l'ordre de les lever chez
les autres. De son côté, le Directoire exécutif paraît vouloir maintenir la
liberté de la presse dans toute son étendue. Chacun des membres qui le
composent, jaloux de recueillir les lumijîîres que peuvent fournir les écrits
périodiques, vicnl de se faire abonner pour la plupart de ceux qui paraissent à Paris. La liberté ne sera donc ])Ius un vain mot , dont les factieux se sont «i longtemps sen'i pour opprimer le peuple et mettre leurs caprices à la place des lois. » — Courrier français du 16 brumaire : « Paris, le 15 brumaire. — Mauvais temps, renchérissement du bois, de la chandelle, arrivée, départ et mouvement des troupes de ligne, murmures de la classe indigente, stupeur •de la gent agioteuse, oubli presque général des affaires publiques : telle est toujours la situation de cette commune. Trois ou quatre journaux s^eflforcent de réveiller Tardeur révolutionnaire par de grandes déclamations contre le royalisme et le patriciat. On ne sait pas encore bien ce que Ton désigne par celle dernière dénomination. » — Messager du soir du 16 brumaire : <c Paris, le 15 brumaire. — On voit avec plaisir que les différentes autorités constituées commencent enfin à s'organiser; le passage cependant parait encore difficile et critique à bien des politiques; tant d'individus trouvent le désordre, Tanarchie et l'arbitraire favorables à leurs intérêts et à leurs passions, qu'on devait nécessairement s'attendre à mille obstacles et à mille entraves. D'un autre côté, chaque panenu ayant ses protégés, ses partisans et ses créatures h placer, la cabale, Tambilion, l'intrigue et la faveur doivent faire agir mille ressorts en ce moment pour opérer de grands changements,^ dont les malveillants espèrent en vain un bouleversement total. Certains intrigants profitent de cotte apparence de désordre et de confusion pour jet» l'épouvante dans le cœur de l'homme de bien et détruire jusqu'à Tcspoir d
•celte heureuse harmonie dont le prochain établissement les effraie. Ils répan> dent partout qu'il se préj)are un mouvement terrible, dont le foyer est dans 1erfaubourgs, et qui doit être au 13 vendémiaire ce que les journées deseptembr» furent au 10 août. Les alarmes, les murmures et le désespoir de presqntoules les classes des citoyens réduits à la plus affreuse misère, la triste pe pective des calamités qui semblent devoir fondre sur nous cet hiver, le re chérissement effrayant de toutes les denrées de première nécessité, que majeure partie des citoyens ne peuvent plus se ])rocurer qu'en vendant leu meubles et leurs effets, servent de prétexte à ces nouveaux alarmistes po^ établir leurs sinistres prédictions. A les entendre, tous les marchands et to les citoyens aisés sont à la veille d'être pillés par la populace. Ils prétend •<iue cette expédition est indispensable pour faire marcher la Constitution rendre complète la victoire du 13. Los troupes elles-mêmes ont obtenu ce qu'assurent les véritables terroristes, la promesse d'une heure et demie pillage, après quoi elles feront respecter les personnes et les propriétés...^
CDLXIX
Premier extrait des rapports *.
Mœurs et opinions. — Partout des plaintes. L'expression du dés
1. Pour cette journée du 16 brumaire, il n'y a pas de rapport d'ensemble, nr>' trois extraits des rapports particuliers.
363 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [7 novembre 1795]
f poîr est prête à les suivre ; les murmures nombreux qui les aecom- [ pagnent font entendre la proposition de faire ouvrir de force les magatsins où se trouvent les choses de première nécessité. Les marcl^ands en détail paraissent se ranger à cet avis.
Ia proclamation du Directoire exécutif a fait beaucoup de sensation, surioot en ce qu'elle promet l'anéantissement de l'agiotage *.
Oix affecte de parler dans quelques groupes de Téchec qu'on dit essayé par l'armée républicaine au delà du Rhin, et Ton ajoute *\ue, depuis le manifeste de Monsieur, beaucoup de soldats désertent. L*es idées de pillage se propagent. Le peuple malheureux dit que f cest pour lui le seul moyen d'avoir de quoi se nourrir, se vêtir ®t se chauffer. Des militaires font dans les cabarets des dépenses qui scandalisent.
Commerce. — On connaît des individus qui font venir une grande
Quantité de pommes de terre et se flattent de ne les vendre que
'orsque les riches seuls pourront en acheter. Le bon ordre bien main-
^^iiu à la Halle. A midi, les farines n'étaient pas encore distribuées
^bez, les boulangers dans plusieurs sections. A huit heures, ce soir,
*^ pain n'est pas encore distribué partout aux citoyens. Il le sera à
^*x heures. Plaintes, gémissements, murmures sur ces retards, sur
^^ nnauvaise qualité du pain, sur la fraude des boulangers, sur leurs
'^^elligences avec les commissaires distributeurs. On surveille la
'^^^uipulation et la distribution du pain.
Surveillance, — ...Le brigandage des agioteurs continue. Ces ^^^ 'Spires se flattent que les tribunaux ne peuvent les atteindre et se ^^c>quent de la police. Leur audace est extrême. Plusieurs ont été ^****êtés, mais quel avantage en retirera-t-on ?
tJours de la Bourse. — Hambourg : 21,700, 22,000, 22,500, 22,750, ^»^00; Gênes : 11,500, 11,400, 11,200; Bâle : 7/8; Amsterdam : ^>32, 1/2; inscriptions : 55, 54, pour cent de bénéfice; bons au ï^^^^rteur, perte: 4 1/2 pour cent; louis d'or de 24 livres : 3,000, 3,180, ^^^0; lingot d'argent : 5,650, 5,700, 5,600; argent (24 livres): ^ ^ ^50, 3,025, 2,950.
Pour extrait conforme :
HOUDEYER.
4. On trouvera cette proclamation, en date du 14 brumaire an IV, dans le '^^oniteur du 19 brumaire. Entre autres promesses, le Directoire y faisait en efifet "^^elle d* n étouffer Tagiotage », et il y dénonçait les « sangsues publiques qui ^^alculent toujours sur dos misères ».
Deuxième extrait des rapports.
La pièce intitulée Honorine^ jouée sur le théâtre du Yaudevillev renferme des couplets qui font allusion aux principes de l'ancien -ïïré^ gime ; le public les a applaudis avec transport. Beaucoup de volontaires fréquentent ce spectacle.
La proclamation du Directoire a passé par la censure de beauc»«jp de monde : elle a fait dire que depuis trois ans le gouvemem^ ni berçait le peuple.
On ne parle pas beaucoup des ministres ; on attend ce qu'ils feront pour les juger.
Le café de Chartres, Jardin-Égalité, est maintenant le refuge des
agioteurs.
Toujours des plaintes sur la hausse des denrées, sur la cupidiCi^ des marchands et sur l'infidélité de ces derniers dans la distribulio:B des huiles, savon, etc.
Ce matin, à dix heures, beaucoup de boulangers n'avaient
encore reçu leur farine. Le peuple est consterné, les riches triomphcn^^^ * Du pain .'. . . du pain I c'est le cri général.
Le comte Garletti et M. Rcybaz, qui ne reçoivent de leurs souve-"'^^^-, . rains que de très faibles traitements, font des dépenses énormes; '^ ^v tout ce qui est affectionné à la Maison d'Autriche se rend chez eux. ^ ^\J^ M. Heybaz n'a touciié que douze mille livres en assignats pour tout le temps de sa mission. ^
Mangin, boulanger, rue de TUniversité n'a fourni aux employés aux assignats que 500 livres de pain, au lieu de 650.
Les ouvriers sont prêts à se révolter, si le gouvernement ne fait pas diminuer le prix des denrées; mille imprécations contre lui dans plusieurs quartiers.
Dans les communes de Maisons, Thiais, Orly, Ivry, à peine a-t-on pu rassembler liier quatre, cinq et six votants pour la nomination des ^ agents municipaux; celte insouciance a principalement pour motif 1 ^-^ de ne rien accepter, afin de mieux entraver les opérations du gouver- — *^-'' nement relativement à l'approvisionnement des marchés, à la-^-* '^ recherche des grains, au recouvrement et à la répartition des contri — ^"^*ributions.
L'agiotage, qui marche à pas de géant, fixe les regards du peuples ^*'^f et lui fait dire que les législateurs agiotent eux-mêmes.
On voudrait fermer la Bourse parce qu'elle donne le signal du dis--^ JHis-
365 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [8 novembre 1795]
redit des assignats. En général, le peuple attend du gouvernement ne stmélioration des choses.
Pour extrait conforme :
Beraud, secrétaire principal.
Troisième extrait des rapports.
^^ parait, diaprés les différents rapports des journaux, que les diférents partis qui ont divisé et agité la Convention ne sont point méantis, qu'ils s'agitent sur différents points de la République, et lu'ils vont mettre à une rude épreuve le courage et le patriotisme du 5<^uvernement qui s'organise. La misère publique, la cherté des 'enrées seront entre leurs mains un moyen puissant pour amener >Q mouvement. Ainsi, le gouvernement aura, en même temps, les menées sourdes du royalisme et du terrorisme à déjouer, et le ^■^î^andage effronté des agioteurs à réprimer. Mais de Ténergie t de l'ensemble dans les mesures triompheront de tout, et la Repu- 'ique sera sauvée.
Petitjean *.
(Arch. nat., AF iv, 1472.)
Premier extrait des rapports*.
Discours populaires. — Hier soir à la Halle, on entendit plusieurs articuliers qui disaient que les fermiers ne voulaient pas vendre de rains sans argent ou marchandises, qu'il s'ensuivrait qu'on finirait ar mourir de faim d'ici à deux mois, si le pouvoir exécutif n'y metût ordre promptement ; qu'il faudrait, pour mettre ces messieurs
la raison, couper une tôte de fermier par municipalité, que les utres en deviendraient bien plus raisonnables, et l'assignat ne •erdrait pas tous les jours de sa valeur.
1. Ce Petitjean, comme on le verra par le rapport du 19, était chargé de lire es journaux et pamphlets. Voir plus loin, p. 373.
2. Même remarque que pour la journée précédente. Voir plus haut, p. 362, Ole I. — Ce premier extrait des rapports est inUtulé : Bulletin du S* bureau.
[8 NovKMBRE 179r>] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 366
Plaintes. — Le public se plaint de la conduite des charbonniers ; plusieurs particuliers se munissent de sacs pour emporter eux.mômes leurs charbons, mais les porteurs s*y sont opposés, en disatiiL qu'ils étaient là pour faire cette besogne, et qu'il n'appartenait pa.^ à d'autres de la faire. En conséquence de ce privilège exclusif (quoiqu'il soit aboli), ces messieurs exigent 40 et 50 livres par voie pour le port du charbon. D'après cela, trouvera-t-on injuste oq que le public ait tort, lorsqu'il dit : a C'est donc ainsi qu*on est libre quand on vous force de payer au delà de vos facultés pour des choses de nécessité ? On voudrait se ménager une dépense exorbî* tante pour l'objet, en prenant soi-même la peine de le porter, mais vous n'en êtes pas le maître. Ces messieurs se sont donné le droit de M^-^ vous ruiner tout à leur aise. Il est aisé de s'apercevoir qu'il n'existe point encore de gouvernement. »
Subsistances. — Hier, les murmures ont été des plus violents aax portes des boulangers^ à cause du pain, qui a été délivré très tard - On s'est permis les propos les plus atroces à cette occasion; L^ plume se refuse d'écrire tout ce qui a été vomi contre le gouvcr-^ nement et le pouvoir exécutif. Toutes les denrées et marchandise^ continuent d'augmenter de prix du matin au soir ; cela occasionn^^ souvent des rixes entre les vendeurs et les acheteurs ; il semble qa m démon ennemi du bon ordre et de la tranquillité se glisse dans toute sortes d'endroits pour empocher qu'on ne se donne la patience d'attendre les heureux résultats annoncés dans la proclamation du Directoire exécutif, qui, d'ailleurs, a été trouvée bien faite et a soutenu Tespoir de plusieurs personnes. Les marchands de bœufs, dit-on, ne veulent plus vendre pour des assignats ; si Ton n'y remédie, la viande vaudra bientôt oO livres la livre.
Conversations. — Hier, aux Italiens, le surveillant s'accosta d'un particulier très bien couvert, et qui lui parut être un négociant. La conversation s'entama sur les militaires et la réquisition; il lui disait que Gharette attendait la seconde réquisition de préférence à la première, attendu que la seconde serait composée d'hommes plus énergiques et ù partis (sic), que Stoftlet, avec qui il avait diné il y a huit jours, et qui était accompajtçné d'un curé (dont on ne se souvient pas du nom], ^ ^' ne tarderait pas h se lever, que dans ce moment il y avait beaucoup de ^5^ ^^ Nantais à Paris, qui y étaient sous prétexte d affaires ; la plupart ne^i^ ^^ sont pas connus, mais on sait qu'ils y sont pour cause. Le dessein din^ -^^ surveillant visait <lc découvrir sa demeure et son nom, quand tout ^ ^
coup la conversation fut interrompue par un adjudant général, quc^^^^ui était placé dans l'orcheïîtrc, et qui, au milieu de la petite pièce, se m'^MT^mit
DIRECTOIRE EXÉCUTIF [8 novembre 1795]
i haute voix qu'on ait à donner le Réveil du Peuple. Les as- , ou pour mieux dire les spectateurs, crièrent : A bas Varmée s. Lui répondit : A bas les gredinsi Gela fit pendant un instant up de rumeur. Cependant la pièce continue. Le surveillatit fait s efiTorts pour le faire pincer à la sortie ; pour cet effet, il le jusqu'à la fm du spectacle, mais ce fut en vain ; il s'évada par .' issue secrète. Il a su qu'il venait à ce spectacle tous les jours, tait un ex-noble et un ex-garde du corps du ci-devant roi, ait pour lui le parti des jeunes gens de la première réquisi- [ tâchera de le rejoindre aujourd'hui, et en rendra compte, s'il • • • ■
lures, — L'on murmure beaucoup des trois milliards qu'on :order au Directoire exécutif; on dit que cette somme est aude la circulation qu'avait jadis la France, sous l'ancien
[que. — Des soi-disant lettres particulières annoncent que le Pichegru avec un représentant du peuple sont bloqués dans e. L'on craint que cela ne force le gouvernement à retirer les Jestinées pour la Vendée et à les faire repartir pour l'armée i, ce qui pourrait bien faciliter les projets des Anglais et des >, s'ils concevaient l'idée d'opérer quelque descente sur nos Ton ajoute que les troupes qui sont à Paris deviennent inulisque tout y est de la plus grande tranquillité, et que le royaest aux abois, qu'elles ne servent qu'à se corrompre et à se ir les mauvaises compagnies qu'elles fréquentent, et qu'elles ue trop de facilités de fréquenter, que tous les jours on se es excès qu'elles commettent et des insultes réitérées qu'elles i femmes honnêtes, qu'il serait de la plus grande urgence que ornement sévisse contre ceux qui se rendent coupables des 'on leur reproche, qu'on n'ignore pas qu'une bonne discipline 3 fait le bonheur du soldat, qui a le bon esprit de s'y conformôme temps qu elle assure la tranquillité et les égards dus à té.
Deuxième extrait des rapports.
ulte du rapport général des journaux de ce jour que le desfide des ennemis de la Constitution se trahit de lui-môme. Ce int la Constitution qu'ils attaquent directement, ce sont les 5 chargées de la faire exécuter qu ils attaquent en masse et lellement. Le sarcasme et la calomnie, voilà leurs armes;
[8 NOVEMBRE 1795] DIKECTOIHE EXÉCUTIF »<»
avec Tun, ils cherchent à avilir, avec Tautre, à rendre odieux Ae; citoyens qui ont besoin de tout le respect, de toute la conGance pois, opérer le bien que la République a droit d*at tendre. Ainsi, la libérât indéfinie de la presse, que ces messieurs réclament tant, qu'ils 8c:>i si enchantés d^avoir recouvrée, va bientôt empoisonner de nouv^^ Topinion publique, et rendre nuls les efforts des patriotes vertus i et éclairés que la patrie a chargés de guérir les plaies nombreuses encore sanglantes d'une longue révolution.
Petitjkan'.
(Arch. nat., AFiv, 1472.)
Troisième extrait des rapports*.
Mœurs et opinions. — Les voituriers par eau et par terre ^ e remontant la Seine, ne veulent plus, dit-on, être payés qu'en miinéraire, et Ton ne peut plus faire descendre les marchandises pour Tapprovisionnement de Paris.
Dans un groupe, on répandait que le Conseil des Cinq-Cents avait rappelé dans le Corps législatif Rovère et Saladin, et Ton ajoutait qu'il ne faudrait pas s'étonner d'y voir rentrer, avec réparation d'honneur, les conspirateurs du 13 vendémiaire, même ceux condamnés par contumace.
Beaucoup de monde dehors à cause du dimanche.
Commerce, — La pain d'hier [a été] distribué ce matin à s^^ heures dans plusieurs sections. Les portions y ont été donnéedoubles, pour hier et aujourd'hui. — Les halles peu approvisionnée^* dix voitures seulement de pommes de terre, qui se sont vendues 75 ^ 95 livres le boisseau.
Même plainte qu'à l'ordinaire sur la mauvaise qualité du pain, si^ l'infidélité des boulangers et des commissaires distributeurs. Plusieur^ citoyens n'ont pas eu de pain dans les sections du Pont-Neuf et de^ Lombar.is. Section de Bondy, après la distribution de la viande, pla^ de cinq cents bouches sont restées à servir.
Voie publique. — Rues embarrassées par les gravois, immondices, etc. On manque depuis longtemps de moyens de transporfl suffisants.
1. Il est probable que ces deux extraits de rapports émanent du ministère de rintérieur (Voir plus loin, p. 374, à la date du 20). Le suivant émane de la Commission de police.
'2. Cet extrait est sans date, et se trouve placé, dans le carton des Archives, s la suile d'un rapport du 20 brumaire. Mais il y est dit qu'il y avait beaucoup d monde dehors à cause du dimanche. Ur, le 17 brumaire an IV correspond a' dimanche 8 novembre 179j.
369 DIHECTOIHE EXÉCUTIF [8 novembre 179^1
Surveillance. — Paris fourmille de voleurs, plus qu'en aucun temps. Chaque jour on en arrête. Ils se joignent GiU\ agioteurs, voleurs d'une autre espèce, et font de très gros marchés
Pour extrait conforme :
HOUDEYER.
lArch. nat, AFiv, 1472.)
Journaux.
(razette française du 18 brumaire : « Paris, 17 brumaire. — 11 faut espérer aussi que la physionomie de celte capitale va prendre une nouvelle teinte, lamais les femmes publiques ne furent aussi nombreuses et aussi corrompues, iamai» aussi on n'y vit autant de voleurs, d'escrocs, de filous et d'agioteurs. ^ assure avoir trouvé des effets précieux chez plusieurs de ces femmes publiques : on ignore comment elles ont pu se trouver nanties de semblables <l^p<its. La police, ajoute- t-on, s'en est emparée. » — Journal des hommes fibres du 18 brumaire : « Le coche d'eau, d'Auxerre à Paris, est arrivé il y a quelques jours. Les passagers, au nombre de plus de trois cents, ont beaucoup dansé, pendant la traversée, une ronde dont le refrain était : Et bientôt noiu errons le règne des Bourbons, On prie le représentant du peuple qui était <lu voyage de nous donner des détails. » — Journal du Bonhomme Richard d** 18 brumaire: «Paris, 17 brumaire. — Une misère extrême pour les vieilles gens et les malheureux à petites ressources ; des secours abondants nïais qui n'atteignent pas le maximum des besoins, des plaintes, des mur- "ïnres, des espérances; des fortunes colossales nées comme des champignons ; des repas splendides, des indigestions d'un côté, des jeûnes forcés de f auire ; des nouvelles fausses circulant avec la rapidité de l'éclair ; les louis haissant, haussant de prix, et donnant lé branle à tous les gens de trafic, inc>nne aux marchandes d'oignons ; la peur de manquer faisant faire à tout prix des provisions pour cet hiver ; des chanteurs dans les rues ; des groupes de plaignants et de déclamateurs ; des spectacles remplis par la foule ; le salon de peinture très fréquenté ; des boutiques et des magasins, les uns dégarnis, les autres encombrés ; des prisons pleines, des voleurs à foison ; des coquins se disant patriotes opprimés; do vrais patriotes indignés de leur effronterie; des niles publiques agiotant; des défenseurs officieux tlevenus brocanteurs; "es prêtres en queue ; des aimables^ désolés de la réquisition ; du meilleur pain ^" à Tordinaire; beaucoup de bois, et de pauvres diables mourant de froid; ^uaniit<5 de charbon, dont on ne peut pas plus approcher que s'il était embrasé^ "^s souliers à 250 livres et du drap à 3,000 livres ; de l'eau presque aussi chère ^ne \q yjjj . ^jçg ouvriers fort chers et avec raison ; des pommes de terre * nievf^çs à 100 livres le boisseau, presque aussitôt qu'arrachées de la terre; **^ les pouvoirs s'organisent; mais l'espoir le plus flatteur commence à '^^Hre dans l'âme des amis de l'ordre et de la patrie ; mais les nouvelles ^ '^ous recevons des départements sont moins alarmantes ; mais on s'occupe i .'^^ »*clàche de faire baisser l'excessive cherté des denrées; mais on saura ,1 . '^ l«8 faire refluer des cachots où on les enfouit dans les mains des citovens ^^|)érés; mais on travaillée la paix: voilà une esquisse de notre étal Tome IL 24
actuel. » — Censeur des journaux du 18 brumaire : «Le Directoire s'est abonné à tous les journaux. Il y aura dans ses bureaux, un bureau d'esprit public, chargé d'en relever les bévues, les sottises ou les perfidies. Si les mains chargées de cette censure sont sages et pures, il n'y a rien dans celte institution qui doive alarmer les amis sincères de la liberté ; mais les passions, mais la jalousie, mais l'ambition ne sont pas endormies. On craint qu'elles ne pénètrent jusque dans le bureau d'esprit public. »
CDLXXI
Pas de rapports ni d'extraits de rapports particuliers, relatifs à cette journée.
Journaux.
Gazette française du 19 brumaire : « Paris, 18 brumaire. — On vient de lever le camp qui, depuis cinq semaines, était placé dans le jardin des Tuileries. Cette contrée-là commence à devenir déserte, tandis que celle du Luxembourg, qu'occupe le Directoire, se peuple et devient plus gaie. » — Courrier français du 19 brumaire : « Le vieux Vadier, l'un des égorgeurs du Comité de sûreté générale de prairial an II, se promenait hier dans la cour Mandar, et appuyait ses soixante ans de vertu sur une élégante nymphe de dix-huit ans. »
Premier extrait des rapports.
Mœurs et opinions^ — On fait courir le bruit qu'un décret, sous deux jours, réduira les assignats à moitié. Cela cause de la fermentation. On crie contre le fermier, le marchand et ragioteur, contre la mauvaise qualité du pain, contre l'augmentation effrayante et plus que journalière de toutes choses. On se répand en plainte? amères contre la République et les agents de subsistances.
Commerce. — Les farines ne sont arrivées chez les boulangers que dans le cours de la matinée ; on commence ce soir à distribuer le pain ; on se plaint de ce que l'Agence des subsistances n'envoie point aux boulangers la farine dont ils ont besoin. La Halle a été assez
^^' DIRECTOIRE EXÉCUTIF [\0 novembre 1795]
approvisionnée, mais tout y est renchéri excessivement. L'arrivée
tardive des farines a contribué au renchérissement. Les pommes de
iene ont été vendues 130 livres le boisseau. La force armée agît, dit-on, avec insouciance et se conduit mal.
Surveillance. — Les agioteurs se moquent, disent-ils, de la police, par la. raison que Ton ne punit point ceux d'entre eux que Ton arrête.
^otd, — La loi veut qu'on surprenne les agioteurs en négociation, et cela est impossible.
Les bals publics sont remplis de jeunes militaires et de femmes Publiques. Il y naît des querelles. Peu de patrouilles dans la nuit.
^ours de la Bourse. — Hambourg : 23,000 ; Gènes : 11,800 ; Bâle : ^>16 ; Amsterdam : 7/16, 13/32, 1/2 ; inscriptions : 50 pour cent de ^^néfîce ; bons au porteur : perte, 8 pour cent ; louis d'or : 3,300, ^^^80, 3,280; lingot d'argent : 6,100, 5,950; louis d'argent : 3,250,
Pour extrait :
Hannocque-Guérin.
Deuxième extrait des rapports.
La promotion de Gaudin au ministère des finances avait un peu ^animé l'esprit public; son refus l'a refroidi. On espérait quMl serait f^emplacé ou par Dufresne ou par Doyen ; on ne s'attendait pas à la riomination de Faipoult^ dont les talents en cette partie ne sont aucunement connus.
Les spéculateurs ne savent plus sur quoi tourner leurs vues ; les acquéreurs de terrains les revendent pour avoir des assignats ; les uns disent qu'il existe des projets infaillibles pour les ramener prochainement au pair ; les autres, qu'on ne tardera pas à les rembourser en partie beaucoup plus avantageusement qu'au cours actuel, et que la charge de ce remboursement sera rejetée sur les propriétés.
D'autres ne veulent ni propriétés ni assignats ; ils gardent leur fortune en marchandises et leur embarras est le choix ; les objets de consommation leur paraissant trop scabreux: ils achètent des soieries. Les métaux et bijoux commencent à perdre de leur prix, parce qu'on s'attend qu'il sera fait recherche pour la monnaie.
Dans le quartier Saint-Antoine, le ministre de l'intérieur commence i prendre faveur dans la classe ouvrière.
Hier soir, des femmes ont fait, au Jardin-Egalité, un débit prodigieux d'une diatribe contre le représentant Rovère.
Il circule des notes de Cambon sur les finances; elles présentent cette partie dans le meilleur état possible à Tinstant où il Ta quittée ; mais elles sont fortement démenties par les employés à la Trésorerie, qui se disséminent comme exprés pour en démontrer la fausseté. L'on discute continuellement sur les finances^ et le meilleur plan que Ton trouve, c'est la paix.
Le nommé Chrétien, limonadier, tient chez lui des conciliabules nocturnes ; les députés jacobistes en font partie.
Plusieurs observateurs annoncent, pour le 25 de ce mois, un mouvement dans Paris ; les députés mis en arrestation en germinal doivent en être les chefs; ils se rassemblent la nuit avec leurs affîdés.
Les agioteurs continuent leur commerce; du nombre des marchands qui ne veulent plus vendre sont les nommés Lefévre et Mésange, associés marchands de vin, demeurant vis-à-vis la maison de Penthièvre ; ils n'ouvrent plus boutique, quoiqu'ils aient en leur possession 4,000 pièces de vin.
Le peuple murmure de voir l'approche de l'hiver sans espoir d'adoucissement à son sort.
Les conversations aristocratiques recommencent, surtout dans les cafés du Jardin-Égalité ; à entendre les orateurs^ le gouvernement sera détruit sous six mois.
Dans les prisons, l'homme opulent^ tel criminel qu'il soit, voit aisément ses amis, tandis que l'infortuné est privé de cette jouissance, et cela parce qu'il ne peut assouvir la cupidité de ses gardiens.
Des prêtres réfractaires, ce qui a été déjà dit dans les précédents rapports ', s'assemblent rue Cassette, faubourg Germain, pour conspirer contre le gouvernement. Pancemoot, ex-curé de Saint-Sulpice, est de ce nombre *.
Troisième extrait des rapports.
Les journaux, comme hier, peignent toujours la misère publique, en détaillent les causes et sollicitent un prompt remède.
Une chose est à remarquer. C'est la manière diamétralement opposée dont ils ont envisagé et présenté la mesure adoptée par les deux Conseils au sujet de Rovère, Saladin et autres, et la Commission arrêtée par le Conseil des Cinq-Cents pour reviser et rédiger toutes les lois civiles. On peut en conclure qu'il existe encore deux partis bien