Voir la (iazelfe frnnçaiar du G frimaire an IV, p
443 DIRECTOIRE EXÉCIJTIF [29 novembre 1795]
de police, que les tribunaux de commerce ont cessé d'être des modèles de justice et d'intégrité, que les juges de paix sont plus souvent au café que dans leur cabinet, que le service des barrières est mal fait, que les bouchers et les boulangers de l'administration ne sont pas assez surveillés, qu'on ne tient point les promesses d'abondance, de diminution de denrées, etc., etc., (quatre pages d'etc); qu'on s'obstine à distinguer les patriotes persécutés des autres patriotes, comme si les patriotes incarcérés, déchirés, dépouillés par Robespierre ne méritaient pas autant d'intérêt, autant d'égards que ceux qui furent persécutés par Rovère, que les royalistes célèbrent le dimanche, et vont applaudir les pièces de Corneille au théâtre de la rue Feydeau.
(Arch. nat., F»cIII, Seine, 17».)
Rapport de la Commission du 9 frimaire.
Esprit public. — Nos rapports nous présentent le peuple parisien très agité et désespérant de voir renaître l'abondance nécessaire; d'autres nous le présentent calme, confiant dans les efforts du gouvernement, et comptant avant peu de jours sur une livre de pain par l)ouche, de bonne qualité, et pouvant se le procurer sans être obligé de perdre un temps infini aux portes des boulangers. Les uns nous entretiennent de la peinture afHigeante du rentier, ayant vendu ses hardes, vendant ses meubles et étant pour ainsi dire à sa dernière pièce, bientôt ne pouvant plus rien se procurer, réduit à la fatale
1. En outre, un « Bulletin du 7 frimaire» signale une révolte des Invalides, qui ont tout brisé chez eux dans la nuit du 2 au 3, parce quVn voulait leur diminuer la ration de pain et de vin. C'est une vaste maison de débauche et de libertinage, porte le Bulletin; les propos contre le gouvernement n'y sont pas ménagés. Deux classes de malheureux sont au-dessous des infortunés : les rentiers et les commis. • Ceux du feu Comité de sûreté générale, livrés à l'inaction, la misère, lïncertilude, ne peuvent que bénir le ciel de la gratitude qu'on leur témoigne d'avoir (sans égards pour quelque aptitude dans le travail qui leur fut confié) à différentes époques partagé le sort et les dangers de la représentation nationale. La main de la réforme et de l'organisation ne se lassera-t-elle jamais d'opérer des prodiges?» (Arch. nat., F *« III, Seine, 17). — Ces bulletins de police étaient adressés au ministre de l'intérieur, comme on le verra par le bulletin du 16 frimaire.
extrémité de s'ôter la vie. Les autres nous entretiennent de leurs conversations, dont Je sujet est Tespérance d'avoir bientôt des secours du gouvernement par un payement de leurs rentes proportionné au prix excessif des denrées. Tous, en général, sont d'accord sur les murmures qui s'élèvent contre le Directoire, sur la non-répression de l'agiotage et Taudace des marchaniis, qui refusent les assignats de 400 et de 250 livres, bientôt se disposant à n'en recevoir d'aucune valeur. Un de nos rapports nous rend compte que le peuple a voulu se porter à des extrémités violentes contre deux boulangers du faubourg Saint-Denis qui n'ont pas délivré de pain; il n'était question que de les pendre, et, sans de sages représentations qui ont été faites, l'effet suivait la menace. Le peuple s'est alors dissipé, non sans maudire toutes les administrations et proférer avec fureur les mots de pillage et de vengeance. — Dans les cafés, quelques conversations roulent sur les affaires extérieures; les uns font courir le bruit que Mosneron, envoyé à Londres, en a été chassé comme espion, d'autres qu'il est de retour à Paris et qu'il a rempli sa mission d'une manière utile pour accélérer la paix entre les deux nations. Le bruit de la destitution du général Pichegru, enfanté par les journaux à la hausse de l'or et des marchandises, se dissipe totalement. Dans ui café appelé le café Italien, un particulier a voulu dénigrer le gouvei nement; il a été chassé par les habitués du café, après avoir essay^^ é vainement de le convaincre qu'il était difficile d'opérer le bien tou^^^i à coup.
Voilà l'extrait fidèle de nos rapports; il est aisé d'en conclui^^B^ qu'avec des subsistances le peuple sera tranquille, qu'avec la punitic^zDn des brigands, des voleurs et agioteurs, il sera satisfait; que la cup^Hv/dite des fermiers réprimée lui fera oublier ses souffrances. Si qur ^/quefois il se replace au temps de Robespierre, s'il rappelle le sou^^^ — enir aflVeux des échafauds, s'il met à côté de ces temps horribles le peu d'abondance dont il jouit, ces souvenirs appelés par son imp^â-
tience et son * ne lui font pas retracer le tempsde la monarch-îe.
Avec quelques efforts, le gouvernement n'a pas à craindre de voir entraver la marche du vaisseau de la RépubUque. Ce délire n'appartient qu'à ce ramas impur de brigands qui insultent journelleme/ï< aux maux dont Tégoïsme et la cupidité ont accablé les vrais Français,
Spectacles. — ... Beaucoup de monde ; tout rempli (c'était dimanche) ; point de trouble dans Tintérieur.
Surveillance. — Hier, à deux heures après-midi, sur la place Éga-