‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 79 sur 141 · Un mot illisible · texte numérisé non relu

Un mot illisible

s DIRECTOIRE EXÉGLTIF [29 novembre 1795]

5, des manœuvres, qui s'y étaient rassemblés, se proposaient d'y

nir aujourd'hui faire la taxe du pain, et de là se porter à la place

Yieux- Louvre pour mettre en déroute les agioteurs; des mesures

police ont été prises pour empêcher ce mouvement

Commerce. Pain. — Toujours mêmes plaintes sur la détresse gé-

rale

Marchés. — L'approvisionnement presque nul sur tous les caraux; aussi tout a été enlevé en un moment à des prix excessifs; les ^mmes de terre blanches ont été vendues jusqu'à 176 livres le Msseau.

Pasté.

(Arch. nat., F« « III, Seine, 17.)

Extrait des rapports particuliers.

Mœurs et opinions. — Les habitants des sections du Luxembourg du Théâtre-Français murmurent beaucoup, dans ce moment, de ce rils n'ont pas eu de pain hier, et que la farine n'est pas encore ar- ^'ée.ce matin. Des mères de famille, voyant leurs enfants sans pain sans feu, pleurent et disent que jamais elles n'ont été aussi mallureuses; ces plaintes sont générales dans toutes les sections. — On t qu'il est criant de voir vendre du pain chez les pâtissiers, les erciers et les fruitiers, à 50 et 60 francs la livre, tandis qu'il n y en point chez les boulangers. — Sur le rapport fait par un particulier, l'on avait vu une affiche intitulée : Grand chantier ouvert : sept nts bouches à vendre à 36 livres la pièce; mais ceux qui prendraient tout l'auraient pour un louiSy des inspecteurs ont été répandus

ins différents arrondissements; ils n'ont pu découvrir ce placard

îs femmes, aux portes des boulangers, disaient : « On veut que nous mions la République, qui nous fait mourir de faim! » Elles agaient les passants en leur disant : « Soyez républicains, vous n'avez s de pain ! »

Voie publique. — Les traversées des boulevards ne sont point layées, et les rues sont de la plus grande malpropreté ; les citoyens !*usent d'acheter des balais, parce qu'ils coûtent 9 à 10 livres

(Arch. nal., F * « III, Seine, 17.)

Rapport présenté au ministre de l'intérieur.

On a découvert une Société nouvelle de Jacobins; elle a lieu tous s soirs chez Pache, ex-maire de Paris. Ceux qui en font partie se disent

aussi patriotes par excellence. On fait beaucoup d'objections cont^ les résolutions financières qui émanent du Conseil des Cinq-Oeat^ Ces objections confirment lobservation que Ton a déjà eu occasic^*^ de faire plusieurs fois, c'est que chacun veut bien que les sacrifice*^^^ exigés par les circonstances soient faits par son voisin. Pour faii crier davantage le peuple, dans la pénurie où nous nous trouvons, malveillance répand partout que le gouvernement mêle les farines, qu'on donne aux boulangers, avec la fécule de marrons dinde et de glands. — On est généralement convaincu que le Directoire protège les Sociétés des terroristes qui viennent de se former dans cette commune, et qui existent déjà dans plusieurs départements, et Ton craint que, grossies par tous les anciens Jacobins, elles ne deviennent rivales de TAssemblée législative et de celui-là même qui les soutient. — Paris est assez tranquille, quoiqu'on se dise de toutes parts quT y aura bient<>t un mouvement. — Dans les marchés, on crie forte-«i^» ment contre Thorrible cherté des denrées. Le prix excessif d^^ pommes de terre arrache des imprécations à la classe du peuple n'a pas le moyen d'acheter du pain. — Les étrangers abondent telli ment qu'on ne trouve plus à se loger dans les maisons garnies. Aux portes des boulangers, dans les cafés, dans les sociétés, on 'mrMe parle plus que de l'ancien régime; chacun aiguise sa langue sur le nouveau. — Les marchands de pain ont été pillés dans plusieuxTs endroits, et particulièrement au bas du Pont-Neuf et dans la rue ^u Bac. Dans d'autres endroits], le peuple, qui ne voulait pas le pa^n-^er 50 et 55 livres, se l'est fait donner à 10 livres.

Esprit des journaux, — Le Journal du .}fatin recommande à la s ^• licitude du gouvernement ces indigents qui n'ont point eu part ^^.ux distributions sectionnaires, parce que, hors d'état par leur situât, âon de payer des impôts, ils n'ont pu en présenter de quittance. On Temarque, dit encore ce journal, que les sections du 13 vendémi£«.irc reçoivent journellement leurs distributions, tandis que les fidèles en sont privées quatre fois par décade. — Tous les journaux, di "■: le CoufTter de V Egalité^ ont répété Tarticle qui tend à sonder TopinM-ion publique sur l'efTet que pourrait faire la cessation deladistributiors^du pain à Paris. Ceux qui ne lisent pas les journaux ont appris ce projet, et, aprt's avoir passé par la bouche de mille raconteurs, on en pi» Jblie aujourd'hui les détails, non pas comme d'un projet, mais comme d * tine loi. On se raconte en tremblant celte terrible décision. Xjn^ feiXïnie éperdue me dit qu'elle vient de chez le boulanger, qu'elle a lu sL*.r]a porte ces paroles foudroyantes : vi Aujourd'hui^ à deux heures ^ on vendra du pain sur des bons de la section, » Je nie le fait avec assu-

-T DIRECTOIRE EXÉCUTIF [29 novembre 1795]

.Tice ; on se rassemble ; je suis entouré. « Voilà donc, s'écrient »\i.tes ces femmes désolées, voilà ce nouveau gouvernement! Voilà ^s hommes à bas de soie brodés en or! Us vont nous vendre le pain [> livres la livre aujourd'hui, et demain nous n*en aurons pas même ourceprix. Et puis, qui pourra atteindre à cette cherté? Mon mari ne aligne pas 80 livres. » Il n'est pas de lamentations, de cris^ de sottises, e mensonges et de vérités qui ne soient sortis de ce groupe affamé en loins de cinq minutes. Cependant le rassemblement augmente, et sur B <iae je nie toujours Texistence de raffiche, on m'entraîne à la porte *uo boulanger, où je lis à haute voix ce placard : AujourcTkui, à ^ux heures^ après la distribution du pain, on délivrera les cartes

- savon, d^huile, de morue^ et sur des bons de la section. Alors chacun

- vouloir épeler Taffiche et de s'en retourner tranquillement. Qu'on ^ croie pas, observe le journaliste, que cette petite anecdote soit ^ii^utieuse; elle est un échantillon de ce qui arriverait, si on voulait -"Vrer les Parisiens avant l'époque favorable. — Le Bonhomme Ri* ^<ird trouve aussi que le plan proposé au gouvernement, relatif aux '^ulangers, souffrirait trop de difficultés, en ce que tel homme qui ^^ parait pas indigent l'est souvent plus que celui qui le parait; que l^ailleurs un Etat bien réglé doit veiller à la nourriture de tout le lionde, et ne nourrit personne en particulier. Il offre ensuite une Dngue suite de réQexions sages et utiles, sur la marche que doit ;uivre le gouvernement, les écueils qu'il doit éviter, les réformes [u'il doit faire, les établissements utiles qu*il doit former, etc. — Le Courrier républicain^ en rendant compte des séances du Corps légisitif, semble toujours chercher à le rendre ridicule et méprisable ; n parlant des débats qui ont eu lieu au Conseil des Cinq-Cents, au ujet de la disposition de leur local et des observations présentées )ar quelques députés pour faire sentir l'impossibilité de garder, du noins quant à présent, les places que le sort leur avait données, il ijoute : « A ces mots chaque député court se ressaisir de la place |U*il avait quittée, et que l'habitude et un peu Tesprit de coterie, oiir ne pas dire plus, lui rendent chère *. » — Un journaliste se fait ^tte question : « Faut-il, dans une République, faire connaître à tous s citoyens les mauvaises nouvelles? » Et il la résout parTaffirmative i faisant voir Tinutilité, le danger même de les dissimuler. Plusieurs urnaux ont déjà reproché au gouvernement son silence sur les iccès ou les non-succès de nos armées. — Plusieurs journaux ^pètent les nouvelles fâcheuses annoncées déjà sur les troubles

\. Voir le Courrier républicain du 7 frimaire an IV, t. XI, p. 394.

occasionnés dans le Midi et dans quelques communes par le fana* tisme et le terrorisme. — Les Annales patriotiques offrent un tableau affligeant de Tinsensibilité des nouveaux parvenus et des béats enrichis par la Révolution. Qu*on y prenne garde, ajoutent-ils, la dureté des nouveaux parvenus s'est glissée dans Tâme de toutes les classes de la Société, depuis que de grands bénéûces journaliers n'ont servi qu'à alimenter de grandes dépenses de bouche et de luxe ; dans nos places publiques, dans nos marchés, on frémit d'entendre avec quelle atroce arrogance la plus petite regrattière repousse le pauvre, qui a Tair de solliciter un peu de charité, en marchandant la plus chétive denrée dont le prix augmente d'heure en heure. Ce genre de dépravation morale est poussé à un excès vraiment déplorable et contre lequel il serait bien à désirer que le gouvernement trouvât un remède quelconque. — Le Messager du soir voit avec peine que les députés mis en arrestation par suite des journées de prairial, et élargis depuis, en vertu de Tamnistie, touchent aujourd'hui leur indemnité et soient, pour la plupart, replacés par le Directoire. — Le Batave trouve au contraire de la politique dans cette conduite du gouvernement. — a Le vrai moyen, dit-il, d'attacher à la Constitution des gens qui l'ont vue créer avec peine sans leur participation, c*estde leur confier quelque branche de l'administration, et de les forcer ainsi à la faire marcher, en leur assurant une existence constitutionnelle * . »

(Arch. nat., F » <= III, Seine, 17.)

Rapport du 10 frimaire.

Esprit public. — Les plaintes et les murmures se font toujours entendre; la lenteur des distributions de pain, le manque de farine, la cherté sur les places publiques et les marchés de ce pain ; le bois, le vin, le charbon, les légumes, les pommes de terre, dont le prix augmente tous les jours (J'une manière effrayante, jettent le peuple dans un état de douleur et d'affaissement aisé à concevoir. Rappelé

1. Crsl iiii résume, et non un extrait textuel, d'un article du Batave du 7 fri- Hi.iirc an IV.

^ DIRECTOIRE EXECUTIF [30 novembre i795]

lui sur le sentiment de ses douleurs et de sa misère profonde, il ne t entendre que des malédictions contre le gouvernement; mais, loin soupirer après le retour de la royauté, il prête volontiers Toreille X espérances qu*on peut lui donner de la cessation de ce temps de sére et de vraie calamité. La classe la plus^grossière n'est pas si ée à convaincre; ses propos sont durs et violents; ses menaces it toujours pour le pillage; mais elle ne les effectue pas, et c'est itôt la crainte du châtiment et de la force qui peut se déployer Lir arrêter ses efforts, que patience et résignation. Dans Tintéur des ménages, où la faim et la misère, où la nudité et le luement exercent leurs ravages, les idées qui s'y forment, les cours qui s y tiennent ne sont pas sans doute modérés, mais les un peu d*aisance rendrait ces infortunés à leurs vrais itimenls, ceux d*un bon gouvernement qui assure à chacun la :?rté, Taisance et le bonheur, et la plupart des rentiers savent par >érience que le ministère des rois a plus d*une fois attenté aux tunes des particuliers; il n'est donc pas difficile de les attacher i dément au gouvernement républicain. Les conversations des '<é s nous apprennent que le plan des finances proposé n'est pas ^ oralement goûté; on craint d'être toujours dans le même état de <^ lie et de pauvreté ; on s'attache à cette idée, qu'en étant payé de - fois au delà, il faudra tout payer de même et que la situation ne ^lîge pas ; on désire la paix, et elle semble s'éloigner. On parle de ï^heim, que l'on annonce reprise par les Autrichiens; on doute ^^ndant de ce succès des ennemis, et Ton désire que le bulletin

Directoire ait lieu pour donner les nouvelles positives. De ces ^velles, il en résulte toujours augmentation de l'or et des mar- ^ndises, et de la pauvreté qui en est la suite; un bulletin émané

Directoire pourrait tromper les espérances des agioteurs, qui ne

^ fondent que sur les calamités publiques. La paix et des subsis-

tices, voilà le sujet de toutes les conversations, voilà le désir des

tbitants de Paris.

Spectacles. — La tranquillité y a régné. Quelques légères disputes,

jI n'ont eu aucune suite. Le foyer du Vaudeville est toujours le

ndez-vous des filles publiques et des jeunes gens

Surveillance. — . . .Un particulier, nommé Charlier, ayant mangé

ec avidité, après un jeûne forcé de deux jours, dans un dîner,

ez un de ses amis, est mort subitement. Procès-verbal a été dressé

ip le juge de paix de la section du Panthéon.

Viande. — ...Plusieurs bouchers sont arriérés de deux et trois

urs, particulièrement sur la section de Bondy

ToMK II. 29

Marchés. — Les halles moins approvisionnées que le jour pré^^ dent; deux petites voitures de pommes de terre. On présume qae ' mauvais temps est en partie la cause du retard des arrivages

Hannocque-Guérin.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 17.)

Rapport présenté au ministre dë l'intérieur.

Au marché Saint- Jean, on a voulu pendre une femme, parce qu'el exigeait 280 livres d'un boisseau de pommes de terre. A la placi^ Maubert, une malheureuse, dont on ne voulait pas prendre les as^i gnats, a été obligée de donner un de ses jupons en échange de !Ia même quantité de ce {sic) légume. Les ouvriers du faubourg Marce9(f disent qu'ils se soulèveront, si on les laisse encore vingt-quatre heures sans pain; les femmes, les enfants tiennent le même langage. Partout on demande à grands cris les visites domiciliaires pour découvrir \es magasins. Il est impossible de rendre les injures que Ton entend de tous côfés contre le gouvernement ; le désespoir, la rage sont peints sur tous les fronts. On ne parle aussi que des anciens terroristes remis en place par le Directoire. Les citoyens qui, après le 4 prairial, se sont élevés avec force dans leurs sections contre les anarchistes, voient avec peine une portion de l'autorité entre des mains qu'ils redoutent. On dit que ce sont Barras et Carnot qui donnent des places à tous les Jacobins. D'un autre côté, ceux qui s'appellent exclusivement patriotes de 89 font les mêmes plaintes, mais dans un sens inverse, et ils disent que La Revellière fait placer les hommes qui se sont montrés contre le 31 mai. — On se plaint toujours des boulangers, qui, lorsqu'ils n'ont pas reçu la farine de bonne heure dans la matinée, refusent de distribuer le pain le soir, sous prétexte qu'ils sont obligés d'user de la chandelle. Le public est persuadé que la véritable raison est qu'ils n'auraient pas eu le temps d'extraire la bonne farine et de faire les mélanges qui rendent leur pain détestable. On ne veut plus se plaindre au Comité de bienfaisance, parce que là les boulangers ont toujours droit.

Société dite du Panthéon, — Les sociétaires sont maintenant au nombre de 934. Dans la dernière séance, on s'est occupé de la rédaction d'une note à faire insérer dans les journaux, et qui doit servir de réponse à tout ce qui a été dit contre cette Société. Un membre a présenté un projet d'adresse au peuple sur les causes des maux actuels et les moyens d'y remédier. Quelques expressions, trop fortes

'^ 1 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [!«' décembre 1795]

our le moment, ont empêché d'en ordonner l'impression et raffiche Cl. nom de la Société; mais on a invité Fauteur à envoyer son adresse lax journalistes patriotes pour en publier les extraits qu*ils jugeront onvenables aux circonstances. Il a été question ensuite de s*intéesser à la mise en liberté des citoyens encore détenus sous le nom .« septembriseurs; mais, quelques membres ayant déclaré qu'ils faiaient, à cet effet, des démarches, la Société n'a pris aucune détermination.

Café Chrétien. — Les habitués de ce café étendent leur correspon- Lance dans toute la République, ou du moins dans beaucoup de lépartements, car ils ont lu plusieurs lettres qui annoncent qu'on va idresser des pétitions au Corps législatif, afin qu'il examine la conluite des ministres qui ont soi-disant rempli leurs bureaux de royaistes et ont exclu les patriotes. Plusieurs de ces individus disaient [ue, sous peu, le gouvernement changerait de face. Des militaires, [ui fréquentent continuellement ce café, assuraient, à leur tour, que ?ache, dont ils faisaient le plus grand éloge, serait bientôt ministre ie la guerre.

Groupes. — Ce soir, dans ceux du Jardin-Égalité, beaucoup d'étran* ^rs, notamment des Provençaux, soutenaient qu'il fallait renverser le Directoire pour rétablir la Constitution de 93. Dans le faubourg Honoré, il n'est pas de moyen qu'on n'emploie pour exciter les ouvriers à la révolte.

Spectacles. — Les acteurs français ne veulent plus jouer Paniéla^ parce que Fauteur a fait, par ses changements, du père de Théroïne de la pièce un républicain, et qu'il était royaliste auparavant. Le spectacle dont ils font partie ne donne plus depuis longtemps de pièces patriotiques. Plusieurs tirades patriotiques, dans les Dragons et les Bénédictines, ont été huées hier au théâtre de la Cité.

(Arch. nat., F ^ 3840.)

CDxaii

Rapport de la commission du U frimaire.

Esprit public. — Les esprits sont plus calmes; l'espérance renaît; les propos ne sont plus entendus; les distributions de pain se sont

[i^^ DÉCEMBRE 1795] DIRECTOIRE EXECUTIF -^

faites sans trouble. L'impatience avait occasionné les murmures:!^ efforts du gouvernement les ont apaisés. Quelques femmes aigries emportées par la colère ou la mauvaise humeur, des propos grossie sortis de leur bouche accoutumée à un langage fort libre, ne peuve être considérées comme des perturbatrices; une distribution réglé contiendra rincontinence de leur langue. Cette distribution ne suffir pas sans doute, quoique le pain soit donné régulièrement et en quan

tité suffisante; les cris continueront contre le prix énorme du bois du charbon et, en général, de tout ce qui est nécessaire à la vie. L*a gioteur et le fermier, objets de Texéc ration publique, tant qu*ils con tinueront, les uns leur infâme métier, les autres d'être fidèles à leurs principes d'égoïsme, de cupidité et de luxe, retarderont le retour d Tordre, de la paix intérieure et de Tabondance. Dans les conversations, ces deux classes sont toujours examinées sous les rapports 1 plus défavorables. L'œil est sans cesse fixé sur les opérations, la co duite du Directoire et du ministère. Loin d'entraver leur march tous les bons esprits sont disposés à appuyer leurs efforts po réprimer le brigandage et l'agiotage, pour faire rentrer dans poussière ces sangsues qui ajoutent l'insulte au crime. Il n'est p question de visites domiciliaires, de maximum dans ces conférence ^; on n'y parle que des moyens de sauver la chose publique, de faire l es sacrifices nécessaires pour enrichir ou améliorer les finances de la nation. I/esprit républicain se développe, l'intérêt public et Tinté wéi privé marchent ensemble; chacun voit dans la prospérité publique la prospérité individuelle. Ce bon esprit est rassurant pour le gouvermiement; il désespère le calculateur avide, qui ne spécule que sur le désordre et Je malheur public. Si ([uelqu'un d'eux ouvre un »- vis opposé, il est chas«é. Ne le dissimulons cependant pas : il est bea:»ucoup d'individus qui prennent le ton de la société avec laquelle ils=^ se fautilent, républicains avec ceux-ci, royalistes avec ceux-là, aim ^rchiî^les et apùtres du pillage avec d'autres. Cette vermine est p^ ïu^ misérable et méprisable que dangereuse. La surveillance la |C>I"!> sévère peut seule contenir les efforts de leur malveillante hypocri ±=ie. — On parle peu des nouvelles politiques; la révolution qui mer»^^^^ l'Angleterre fait partie des entretiens; on en désire la réussite p ^^u'' le repos de la France et de TEurope.Une paix générale, après laqti^^'e on soupire, est regardée comme le fruit de cette insurrection, si ^i^^ prend le cours qu'elle semble indiquer.

Spectacles, — ... Le Lycée et les Variétés sont le refuge de la p/u^ mauvaise société Les pièces qu'on y représente sont aussi étrangères aux bonnes mœurs qu'au bon goût. Le genre de public qui y

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assiste est gangrené d'immoralité et de vices. Les mœurs gagneront plus à la suppression de ces mauvais lieux que le bon n'y perdra.

Rapport de la commission du 12 frimaire.

Esprit public, — Nous annoncions hier que le calme renaissait, que les esprits étaient moins agités, que la confiance avait écarté les propos, étouffé les murmures. Nos rapports d'aujourd'hui nous disent tout le contraire. Plaintes, agitations, murmures, rassemblements aux portes des boulangers; le pain n'a pas été généralement distribué ; quelques sections en ont été privées. Les denrées augmentent encore, le peuple dit hautement qu'il paraît qu'on veut le faire périr à petit feu. L'Agence des subsistances est signalée comme auteur de cette disette. Le Directoire est accusé de ne pas se mêler avec la vigueur qui lui convient de cette partie essentielle des subsistances; s'il s'en mêlait, dit-on, le peuple ne serait pas réduit à cet état affreux. Dans les cafés, les conversations roulent sur le même objet. Il y a cette différence cependant que la patience, le bon sens et la raison ne sont pas méconnus, et la confiance dans les efforts du gouvernement fait supporter avec moins d'amertume le poids des circonstances fâcheuses où nous nous trouvons. On sait que le Corps législatif, au milieu de tant d'obstacles, ne redoutant ni peine ni fatigue, cherche tous les moyens d'arrêter le discrédit défavorable des assignats, et par là de faire diminuer le prix des denrées. On sait que le Directoire exécutif n'a pas cessé de suivre religieusement la ligne constitutionnelle, et que, sans s'arrêter aux bruits de la malveillance et de la sottise, il est dans l'intention de donner au gouvernement toute la fermeté et la dignité qui lui conviennent. Mais la faim dévorante, les besoins toujours renaissants, le luxe et la cupidité, l'avarice et l'égoïsme excitent l'indignation, et la raison n'a plus d'accès auprès de l'individu souffrant et malheureux, qui ne voit de terme à ces maux. — Les bruits les plus fâcheux se répandent sur le sort de nos armes : on parle de défaites, de reprise de Manheim, de

[2 DÉCEMBRE 1795] DIRECTOIHE EXÉCITIF ^^

positions perdues, de retraites au deçà du Rhin; on ne dit rien positif, et ces nouvelles désastreuses ne servent qu'à faire disUngiE- Thomme attaché au gouvernement républicain d'avec celui qui lui juré une haine irréconciliable. Le malveillant et l'effronté spéculale y sourient, Thonnéte homme gémit et voit avec regret la paix s'élo gner, la paix qui seule peut combler ses espérances. Paris est assiè de voleurs; des boutiques de marchands ont été spoliées; la surveillance militaire est en défaut. Il est temps, et l'hiver exige, pour sûreté de tous, une police de nuit capable d'en imposer aux brE

gands Le pain a été pillé hier sur la place Ëgalîté, sur les de

heures et demie. Ce pillage s'est effectué par des ouvriers et d femmes; on dit même qu'ils n*en ont donné aucun prix. Cette vioL^ tion des propriétés fait gémir des citoyens paisibles et leur fait désii^er ardemment une plus abondante distribution de pain, et plus régulière chez les boulangers des sections.

Spectacles. — Celui du Vaudeville a été fermé en exécution des ordres du ministre de l'intérieur. Les autres spectacles ont été tranquilles. Celui du Lycée a donné relAche. Ce spectacle du Lycée et celui des Variétés, Maison-Égalité, qui ne sont que des cloaques de débauche et de vices, et le refuge de la plus mauvaise société, attendent le sort de celui du Vaudeville, et leur fermeture importe au maintien du bon ordre et des mœui*s. La mesure prise à l'égard du Vaudeville est applaudie, exceptéj par les filles publiques et leurs sectateurs, qui ne manqueront pas de se porter à celui du Lycée et des Variétés, où la prostitution se livre journellement à des obscénités dans les loges au niveau du théâtre, ainsi que nous le marque un rapport de ce jourd'hui.

HOUDEYER.

(Arch. nal., F * « III, Seine, 17.)

Rapport présenté au ministre de l'intérieur.

Ce qui effraie et commence à agiter les esprits, c'est qu'on assure que les terroristes méditent et préparent un grand mouvement, au moyen duquel ils se promettent de renverser la nouvelle Constitution pour y substituer celle de 03, que même des députés qui tiennent à leur système se réunissent souvent dans une maison rue Honoré. ^^ qui accrédite ces bruits, c'est que, dans les lieux publics, principale' ment au café Chrétien, on parle de convoquer, pour mettre en activité cette Constitution, un nouveau Corps législatif; que le gouvernement actuel y est en horreur, et que les ministres y sont regardés «^

DIRECTOIRE EXÉCUTIF [2 décembre 1795]

tis mauvais œil, surtout celui de la justice, à qui Ton donne le titre B royaliste décidé. — Le café Chrétien, où jadis les militaires n'allient point, en est plein les jours que la Société dite du Panthéon ne ent pas séance. Hier soir, ils assuraient les sociétaires que les troupes î prêteraient à rétablir le système de Robespierre. Dans ces circonsmces, tout agite, tout épouvante Topinion, et tout le monde craint ne, si les terroristes ont le dessus, la chose publique et le gouverneent ne flottent au gré de leurs passions et, par conséquent, ne >ient perdus. — Le silence absolu du gouvernement depuis un mois ir tous les événements de la guerre augmente l'inquiétude et les armes du peuple. Aussi chacun fait-il sa gazette. Celui-ci prend que nos revers sur le Rhin sont terribles; celui-là fait mar- [ler les Autrichiens jusque sous Saarlouis ; enfin, tout ce qui peut égoûter le peuple de la Révolution est mis en avant par les malveilints. — Le prix des denrées augmente tellement que l'assignat est, our ainsi dire, nul, et que la misère poursuit à grands pas le peuple ui, hier, frémissait d'horreur et vouait au mépris le plus profond le ouvernement en voyant porter sur des brancards deux hommes lorts de faim dans leurs greniers. Les marchands ne contribuent pas our peu à aggraver ces alarmes en haussant de jour en jour leurs enrées et en refusant les assignais; ceux de 400 livres sont de nulle aleur à leurs yeux, et le malheureux, qui souvent n'en a qu'un pour sister, non seulement n'obtient rien d'eux, mais encore se voit injlté, lorsqu'il le présente. Les ouvriers, indignés d'une telle vexation, ? disposent à les piller, si les choses dans quelque temps ne changent as de face. Il est instant que la police ressuscite, ou qu'elle soit ivivée. De toutes parts, on n'entend parler que de vols, et l'on va lôme jusqu'à dire que ce sont des soldats déguisés qui les comlettent, et qui même, la nuit, attaquent les passants dans les lieux cartes. — Les sarcasmes pleuvent en abondance sur Tallien depuis n'il a pris la défense du Journal des Patriotes de 89. Pour faire oulier ses forfaits, il veut, dit-on, se conserver un prôneur, mais il égarera pas l'opinion qu'ont de lui les départements. — La tranuillité a régné hier aux portes des boulangers ; chaque femme y restait ce que l'on dit depuis quelques jours, que l'on ne va plus manuer de pain et que même on en aura davantage. — Dans les cafés, L discussion était ouverte sur les journaUstes; l'auteur de la feuille î Bonhomme Richard a été traité d'intrigant, d'ambitieux qui faisait 3n journal plutôt pour lui servir d'échelon à la fortune que pour le ouvernement qui le paye. — Des ouvriers, qui faisaient cet aprèslidi l'éloge de Robespierre, ont pillé les marchands de pain étalés

sur la place du Jardin-Égalité. Vers les six heures, d'autres ouvriers ont voulu en faire autant, mais les marchands ont tiré leurs couteaux et les ont menacés de les éventrer. — Plusieurs observateurs rapportent que, dans divers quartiers, le peuple affecte de regretter Maximilien. — Dans toutes les salles de spectacles qui ont été parcourues, on n'a rien observé qui méritAt quelque attention. — Des chanteurs dans les rues, et notamment un devant TEcole militaire, chantaient aujourd'hui :

Les coquins ne donnent pas de pain La République est f . . . .

Les pommes de terre rouges ont été vendues jusqu'à 300 livres le boisseau; les blanches, 200; le pain, 50 et 55 livres; le louis, 3,700 livres.

(Arch. nat., F\ 3840.)

Journaux.

Journal des patriotes de 89 du 12 frimaire. — « L'administration du département de la Seine est formée, voici les noms des administrateurs : Nicoleau, administrateur; Faure, idem; Guyard, idem ; Joubert, ex-constituant; Sotin-Coindière, ancien administrateur du département de la Loire-Inférieure et l'un des 94 Nantais. Le commissaire national est Paré, ancien ministre de rintérieur. » — Amis des Lois du 14 frimaire: « Le Vaudeville, ce repaire de Chouans, a été fermé le 11, par ordre du gouvernement. Ce spectacle a toujours été la sentine de Paris. »

CDXGV

Rapport du 13 frimaire.

Esprit public, — Une misère profonde, des cris multipliés contre la conduite des agents des subsistances, des boulangers el des commissaires chargés de leur surveillance; du pain en petite quantité et de mauvaise qualité chez les boulangers, mais à un trop vil prix; du pain excellent chez les marchands, mais à un prix excessif; des rentiers et des indigents qui ne savent plus que devenir ; les plans de finances décriés; le louis d*or à ,4000 livres; des nouvelles désas-

DIRECTOIRE EXÉCITIF [3 décembre i795]

mr la situation de nos armées dans le Nord, répandues à pour combler la misère; les maisons de commerce transen cavernes de voleurs; les fripons devenus commerçants, nerçanls devenus fripons; la cupidité la plus sordide; Tée plus mortel, voilà le tableau de Paris. Un désir bien proest de voir punir l'agioteur, et finir la lenteur du gouverneunir le brigand et le lâche hypocrite contempteur des lois, blique pillée à plaisir par des entrepreneurs qui viennent, yeux même de Tinfortuné, afficher un luxe insolent et un ge scandaleux; des fermiers qui, non contents d'avoir reus les bienfaits de la Révolution, de nager au sein de Tabon- )ulent aux pieds le plus doux des sentiments, celui de la ssance, et méprisent insolemment la monnaie nationale, seul pauvre et de Thonnéte homme, étrangers à toutes les inet incapables d'étabUr une fortune sur la misère publique; qui excite Tindignation de l'homme de bien et lui fait sentir idément tout le poids de ses maux. Beaucoup de confiance talents et les efforts du Corps législatif, Tespérance soutenue érét même du Directoire à ne pas souffrir plus longtemps détresse qui ronge tous les citoyens; le prochain arrivage is qui ont été fournis pour le paiement de la contribution en un nouvel ordre dans la répartition de ces grains, pour qu'ils it pas livrés au gaspillage des boulangers et des commist qu'ils tournent réellement au profit de la classe indigente et î la Société entière, aux subsistances de laquelle tout gount doit pourvoir, voilà ce qui relient les eff'ets d'un mouvei tous les jours semble menacer cette commune, et qui heunt, en dépit de la malveillance qui le provoque, ne peut Il nous serait difficile de trouver, dans nos rapports, les de parer à tant d'inconvénients, à tant d'embarras. Dans les liions, on parle beaucoup et l'on ne présente aucun moyen, veut qu'on fasse du numéraire et qu'on supprime les assielui-là veut qu'on fasse la paix à quelque prix que ce soit ; drait que l'on imposât une taxe sur tous les portefeuilles; que l'on taxât toutes les marchandises; ici on propose des évères contre le [marchand] refusant l'assignat à sa valeur e; là on propose de réduire l'assignat au quart de sa valeur, déluge d'idées, le meilleur des gouvernements serait bien ssé, et ces discoureurs oisifs ressemblent au paysan qui blâconduile de Jupiter qui, après lui avoir laissé le gouvernes saisons, et ne sachant comment faire, pria Jupiter de re-

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prendre toute sa puissance". Les fripons chassés des administrations, les lois exécutées sévèrement, les brigands punis, les subsistances gouvernées avec ordre et économie, le malveillant n'osera se montrer; le peuple se résignera, et le gouvernement marchera vers le but qu1l se propose : le bonheur et le repos de la République.

Spectacles, — Le spectacle des Variétés, du Palais-Égalité,

oublie, ou ne veut pas croire à la fermeture de celui du Vaudeville; il sert de refuge à tous les libertins et à toutes les filles prostituées. Il est instant de lui faire subir le même sort; les bonnes mœurs en réclament la clôture. Nos rapports sont unanimes sur le libertinage qui y exerce ses ravages. Celui du Lycée est dans le môme cas. Ces mesures sont essentielles. D*un autre côté, les agioteurs par excellence font du foyer de ces deux spectacles leur point de réunion, et c*est là qu'ils se partagent entre le brigandage et la dissolution

(Arch. nat., F »«1II, Seine, 17.)

Extrait des rapports particuliers.

Mœurs et opinions. — Le bruit court dans le public que le ministre de l'intérieur vient d'envoyer 20,000 livres dans chaque section pour acheter des pommes de terre, ce qui fait craindre que la pénurie des farines ne soit encore longue. Les esprits se sont échauffés à la lecture du journal sur la proposition de créer d'autres assignats; on disait: « La Législature a rendu une loi qui ordonne que les planches seront brisées en nivôse, et aujourd'hui elle propose d'en recréer d'autres. » Il existe au Collège de chirurgie des jeunes élèves qui tiennent des propos contre le gouvernement, ils s'assemblent ordinairement à onze heures après midi : on les surveille. — Des femmes, attroupées au faubourg Germain, disaient qu'il fallait se transporter dans tous les marchés où se vend le pain, pour y prendre celui de section, sans toucher à l'autre. — Au café de la rue des Pères, on s'entretenait des assignats ; on disait que le Conseil des Cinq-Cents les discréditait par les différents projets qu'il mettait en avant; que le seul moyen [était] de les retirer de la circulation, qu'il fallait mettre un impôt sur chaque propriétaire, d'après la fortune de 89, et faire pîiyer les riches capitalistes.

Commerce, — La section du Théâtre-Français a été prévenue

ce matin qu'elle n'aurait pas de pain aujourd'hui, ce qui fait beaucoup murmurer. Les citoyens de la section de la Fontaine-de-Gre-

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