Cf. le }fessager du soir du 30 prairial
23 RÉACTION THERMIDORIENNE [19 juin 1795]
Rapport du 2 messidor.
Esprit public. — Les habitants de Paris ont joui, dans la journée dliier, du calme le plus parfait. Tous les inspecteurs se réunissaient à dire qu'ils n'ont rien vu de contraire à la tranquillité publique ; seulement, et comme de coutume, ils ont remarqué que Tinsuffisance du pain et la cherté excessive de toute chose devenaient de plus en plus à charge aux citoyens de toutes les classes. A notre égard, nous observons, d'après nos connaissances, que le public en général prononce plus fortement que jamais son vœu pour Texpulsion totale des agioteurs, dont le brigandage est regardé comme la source de tous les maux qui ruinent la société ; qu'il désire en outre que les mesures les plus répressives soient employées contre les meurtriers et les assassins dans tous les genres. Nous ajoutons que la masse pure du peuple aspire après la proclamation d'un gouvernement sage, mais ferme, tellement basé sur les principes d'une justice ri^ goureusc que, sous des peines capitales, il soit défendu à qui que ce soit de se permettre le plus léger écart qui pourrait tendre à violer à l'avenir le domicile, les choses et les personnes, à moins d'un ordre exprès des autorités constituées, seulement dans les cas prévus par la loi. EnQn, nous pouvons assurer que tous les vœux seraient comblés, si le gouvernement pouvait rendre aux assignats le crédit roulant du gage qui leur est attribué, et faire disparaître tous ces abus infâmes qui rendent leur valeur illusoire et chimérique.
Legrand rapporte que le public pense que le bruit de la mort du général Pichegru a été répandu par les agioteurs pour faire hausser le prix des matières d'or et d'argent, numéraire et comestibles.
Mailly [dit] que l'on fait circuler la nouvelle de l'arrivée de Condé en Bourgogne, avec son armée.
Michault annonce avoir entendu, dans une tabagie, trois citoyens se plaindre de ce que le mot sans-culotte paraissait proscrit, qu'ils espéraient bien que cela reviendrait ; il ajoute que ces particuliers lui paraissaient fort ivres.
Hubert annonce qu'il se fait des rassemblements nocturnes de terroristes, dont le faubourg Antoine est le rendez-vous.
[19 JViN 1795] REACTION THERMIDORIENNE 24
Cafés. — Compère rapporte que, dans les cafés Honoré et de la Régence, on y disait que les partisans des députés qui viennent d'être condamnés à mort ne tarderaient pas à se rallier et à se venger.
Spectacles. — Aucuns faits qui aient troublé Tordre et la tranquillité publique.
Commerce. Pain. — Le plus grand nombre des inspecteurs rapportent qu'on paraissait hier mécontent de ne recevoir toujours que la même quantité de pain ; ils ajoutent qu'on se répandait en invectives contre les autorités constituées de ce qu'elles laissaient les journaux annoncer des augmentations pour un temps déterminé, tandis qu'elles savaient qu'elles ne pouvaient y satisfaire.
A la section du Jardin-des-Plantes où l'on s'attendait à recevoir une demi-livre, la portion a été d'une once de moins; cette différence a excité de violents murmures.
Losset a remarqué un jeune homme de campagne qui vendait publiquement, sur le Pont-au-Change, du pain fait avec plus d'orge que de froment, d'abord sur le pied de 10 livres la livre, ensuite de 12 livres.
Mailly déclare avoir entendu dire à des gens de campagne qu'à la moisson, ils ne vendraient leurs blés que pour de l'argent ou des effets.
Viande. — Baron rapporte que, dans la section des Lombards, la viande n'étant pas encore délivrée entièrement à dix heures chez un boucher; le commissaire, las d'attendre, l'a mise sous la responsabilité dudit boucher, pour la distribution être continuée à tous ceux qui y avaient droit. — Nota. Il a été écrit au Comité civil que le commissaire distributeur chez le boucher ne doit point quitter son poste avant la fin de la distribution.
Marchés. — Six inspecteurs annoncent que les marchés étaient en général bien approvisionnés ; ils ajoutent que les denrées se maintiennent au même prix, que la viande est très recherchée, qu'elle se vend depuis 3 livres 10 sols la livre jusqu'à 8 livres.
Ledieu rapporte qu'un citoyen passant par les halles, ayant du pain sous le bras, plusieurs femmes sont accourues pour le lui arracher; la force armée a paru, qui a dissipé Tattroupement aussitôt ; deux femmes, reconnues auteurs de ce mouvement, ont été laissées au corps de garde, après avoir été conduites devant le commissaire de police, qui ne s'est pas trouvé chez lui.
Bois. — La vente se continue avec assez d'activité à l'île Louviers ; il s'est présenté tant de monde pour acheter des fagots qu'on a été obligé de se mettre en queae pour attendre son tour
25 RÉACTION THERMIDORIENNE [20 juin 1795]
Bourse. — Quatre inspecteurs annoncent que les agents de change se plaignent de ce qu'on souffre sur la place des agioteurs^ ce qui empêche le commerce de la Bourse. Beaucoup de marchands qui avaient droit d'y entrer ont préféré se tenir dehors. Les inscriptions se sont vendues sur la place à 29 et 30 pour cent de bénéfîce.
Surveillance. — . . . Lépicier dit que le nommé Picard, demeurant rue Montmartre, n® 682, a été conduit hier à Thospice de l'Humanité, par ordre du commissaire de police de la section Le Pelelier ; il était tombé de besoin, à dix heures du matin, rue de la Loi, en face de celle de Ménard ; il n'en a été relevé qu'à sept heures du soir; on Ta porté sur un brancard. Plusieurs particuliers porteurs de signes, désignés par le Comité de sûreté générale comme signes de ralliement, ont été amenés k la Commission et interrogés ; quelques-uns ont été mis à la Chambre de dépôt en attendant de plus amples renseignements sur leur compte.