‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 83 sur 141 · Cette phrase obscure et inachevée e · texte numérisé non relu

Cette phrase obscure et inachevée e

477 DIKECTOIHE EXÉCUTIF [7 décembre i795J

du peuple • parait dans Topinion publique n'être autre chose qu'une tentative de quelque nouvelle faction. Le nom de Mariette, qui s'y trouve compliqué (sic), confirme cette idée, parce que ce représentant a toujours joui et jouit encore de Testime publique. On ne lui reproche que n'avoir pas fait assez d'usage de ses talents, parce qu*il en a beaucoup ; mais il sera difficile de persuader à son département et à tous les citoyens dont il est connu qu'il ait pu s'égarer au point d'avoir été terroriste ou assassin. Au surplus, le public semble moins disposé que jamais à prendre part à ces querelles. Il laissera les contendants s'entrechamailler, sans se prononcer ni pour ni contre. L exemple de Vadier, Pache, Bouchotte, Raisson et autres Ta corrigé de l'esprit de parti. Ses subsistances sont ce qui l'intéresse uniquement. Le système qui lui en procurera, ou qui lui fournira des moyens d'en avoir, sera pour lui le meilleur.

Il y a des paris que le Directoire exécutif sera renversé avant d'avoir fini les nominations dont il est chargé.

On dit que les deux tiers du Conseil des Cinq-Cents se repentent d'avoir voté pour la forme actuelle de gouvernement, et que l'autre tiers applaudit mentalement à leur repentir; les premiers^ parce que leur ambition se trouve comprimée, et qu'ils ne peuvent s'habituer à la privation de l'autorité révolutionnaire dont ils s'étaient investis ; les autres, parce qu'ils espèrent qu'ils se porteront à quelques excès qui précipitera la chute totale de l'édifice, et qu'on finira par reconstruire celui qu'ils avaient tant d'envie de relever dans les premiers jours de vendémiaire. On n'a point encore d'opinion bien prononcée sur le Directoire et sur le Conseil des Anciens. On ne serait pas fâché de voir celui-ci aux prises avec celui des Cinq-Cents, parce qu'on craint qu'il ne se concertent pour remettre en vigueur le gouvernement révolutionnaire. L'appréhension du public est motivée sur la famine qu'il éprouve, et qu'il attribue aux membres de ce Conseil des Cinq-Cents; il se persuade que les résolutions qu'il prend tendent à Téterniser.

in. — Café Chrétien, — Leshabitués de ce café, bien loinde se ralentir dans leurs projets, semblent prendre tous les jours un nouvel espoir; ils affirmaient hier soir que, sous peu, la Montagne ressusciterait dans le Corps législatif, que ces scéléi^ats^ en parlant de ceux qui n'aiment pas le sang, expieraient leurs forfaits, et que bientôt les faubourgs Antoine et Marceau extermineraient les agioteurs. Suivant

1. Ces représentants étaient Cadroy, Chambon et Mariette. Voir la séance du Conseil des Anciens du IG frimaire an IV et celle du Conseil des Cinq-Cents du M frimaire dans le Moniteur, réimpression, t. XXVI, p. 643 et 666.

;: DKcKMUiiE 1795] DIliKCTOIHE EXÊCITIF 478

eux, rinstant du meurtre et du pillage approche. Les militaires qui fréquentent cet endroit disent que Merlin (de Thionville) est un traître.

Plusieurs agents de Tadministration des subsistances, chargés de Tachât des grains pour Tapprovisionnement de Paris, suivant le cri public^ en font passer une partie à la Halle, pour y être vendue à leur compte ; au moyen de leurs patentes, ils font faire des acquits à caution sous leur nom et frustrent Paris de ce qui lui revient. — On est étonné que le Directoire ait jeté les yeux sur un nommé Boquillon, ivrogne et joueur de profession, pour une des places d'inspecteurs généraux de la police. La nomination de Verdun, secrétaire d'un des membres du Directoire, n'est pas vue d'un meilleur œil.

Vagin, boulanger, rue de Lille, dont il a été question plusieurs fois dans cette feuille, reçut hier sa farine à midi et se garda bien de se mettre en œuvre ; le soir il fut au spectacle, et ce fut là qu'on fut obligé d'aller le chercher pour faire son pain. Sans doute que, pendant la nuit, il voulait travailler les farines. Le peuple, qui comptait sur la distribution, en a été privé et s'est livré aux plus violents murmures. — La meilleure qualité du pain fait dire que le Directoire veut se populariser, que Carnot même a juré de donner sa démission, s'il n'était pas constamment beau.

On vend sous le manteau un nouveau jeu de cartes, composé de cinq rois (le Directoire), de six valets (les ministres]^ beaucoup de piques (le Corps législatif), point de cœur, des carreaux (le peuple accablé de misère). On n'a point encore réussi à se le procurer, mais on soupçonne très fort Maudrou, cartier, rue de TArbre-Sec, de le vendre. Il refuse des cartes anciennes à ceux qui rappellent citoyen; au mot de monsieur^ on en a tant qu'on veut.

Le bruit ayant couru hier soir que les habitués du café des Bains- Chinois y avaient été enlevés par ordre du gouvernement, et que la Société dite du Panthéon serait bientôt dissoute, chacun a applaudi à ces mesures, comme devant rétablir l'ordre.

Les femmes crient toujours sur le retard qu'elles éprouvent dans la distribution du pain ; mais ce qui les console, c'est que, les boulangers n'ayant plus le temps de mélanger les farines, le pain depuis quelques jours est bien meilleur. — Si la malheureuse situation des fînances excite la sollicitude du Directoire et des deux Conseils, elle accroit les inquiétudes de la plupart des citoyens; aujourd'hui toutes les conversations sur ce sujet étaient désolantes; on se persuade que le mal est incurable, et que les remèdes les plus violents ne seront pas même eflicaces. Bien des personnes paraissent craindre qu'avant

rVJ DIRECTOIRE EXECUTIF [8 dkcembre 1795]

mit jours les assignais ne soient refusés partout dans Paris. Le prix .'une infinité de marchandises double, pour ainsi dire, chaque jour; 3s rentiers et les propriétaires de maisons sont aux abois; mais Tourier, mais le véritable ami de son pays approuvent cet emprunt omme devant sauver le peuple en écrasant Tagiotage. — Une foule de Rayonnais, qui abondent dans Paris, vont partout semant Tépouante en annonçant que l'Espagne va nous faire la guerre, comme par e passé. Ces étrangers, ainsi que d*autres de tous les coins de la lépublique, contribuent beaucoup à la cherté des denrées, tous comnerçant sur Tor et Targenl, et tous spéculant sur les denrées de )remière nécessité.

On approuve le choix qui a été fait des membres qui doivent com- )oser rinstitut national; ce choix étonne d^autant plus qu^on est perluadé que le Directoire n'a autour de lui que des terroristes, et qu'il i mis dans des places importantes des hommes incarcérés après le I thermidor pour cause de vols et d*assassînats.

Les esprits hier à la Halle étaient très agités, parce qu'on n'y voulit que du numéraire.

Le rassemblement qui a eu lieu au Salon des ci-devant Princes, sur ! boulevard, est composé de tout ce qui reste de nobles à Paris. On y parle, on ne s'y traite que de chevalier, de comte, marquis, etc. a danse est le principal objet de ce rassemblement, et, lorsqu'on y arle politique, c'est pour tourner en ridicule le gouvernement. — e malin, on a trouvé, au coin de la rue des Yieux-Augustins, un lacard couvert de fleurs de lis avec ces mots : Vive le Roi! Les pasmts, en le voyant, disaient : « On vivait sous les rois, on meurt sous î gouvernement actuel. » On Ta déchiré. Le louis s'esl couché à ,000 livres.

(Arch. nal., F * « Ilî, Seine, 17.)

.APPORT DU BUREAU CENTRAL DU CANTON* DE PaRIS DU 18 FRIMAIRE*.

Esprit public. — Aucuns de nos rapports ne nous entretiennent des

\. Dans Toriginal, on a écrit par erreur le mot commune au lieu du mot canton. 2. C est le premier rapport du bureau central que nous ayons rencontré. Mais

[8 DKCEMBRE 1 79î>] DIHECTOIRE EXÉCUTIF 480

distributions de pain chez les boulangers, ce qui nous fait penser que la tranquillité et le bon ordre n'y ont pas été troublés. Ils s^étendent particulièrement sur Tagiotage, qui se fait avec une effronterie sans bornes ni mesure ; sur les efforts du royalisme, qui ne respire que désordre et qui ne tend qu*à décrier la patience du malheureux et i la lui faire perdre ; sur le discrédit des assignats et la crainte qui se répand partout qu'ils n'aient aucune valeur avant un mois. Une des causes principales du discrédit des assignats est la facilité avec laquelle la plupart des gens de la Bourse les dépensent. Rien n*est trop cher pour eux, et le marchand sait mettre à profit pour son compte cette prodigalité; habitué à ces profits énormes, tout est abondant pour le gros portefeuille^ tout est rare, rien n*existe pour le malheureux ni pour l'indigent. — L'effronterie scandaleuse de l'agioteur excite les murmures, non pas contre lui, mais contre le gouvernement; on soupire après des mesures sérieuses contre Tinfâme commerce qui se fait, non seulement à la Bourse, mais dans les cafés, notamment celui de Chartres. Le propriétaire, effrayé du commerce de ces individus, a voulu mettre hors de son café ces pestes, qui y restent insolemment, malgré ses instances. -- Le royalisme se montre avec impudence; le luxe effrayant marche à sa suite. Quels sont ces royalistes^ ces luxueux personnages? Des fournisseurs, soit anciens, soit en exercice, de la République ou de ses armées. Les femmes des spectacles n'ont établi leur élégance que sur les profusions (le ces messieurs. Le peuple n'en doute pas, et ces voleurs royalistes jouissent du fruit de leurs rapines, et le gouvernement reste tranquille sur ces désordres. Les foyers des spectacles ne présentent à la vue que ces brigands tout brillants de leurs vols et des étourdis à cadeneltes. Ils ont l'air injpudents et rassurés; mais écoutez-les : ils tremblent et redoutent les mesures sévères que l'on les menace de prendre contre eux. Qu'on les prenne donc, ces mesures, et elle? seront plus vivement applaudies qu*elles ne sont impatiemment attendues.

L'emprunt de GOO millions en numéraire n'effraie que Tenrichi d'hier; il critique, il attaque celte mesure nécessaire pour restaurer la France; il compte sur le Conseil des Anciens, qui désapprouvera, disent-ils (sic), la résolution prise à cet égard. Les autres

ce bureau avait été organisé quelques jours plus tôt. On lit en effet dans le registre des délibérations du Directoire exécutif (Arch. nat., AF* m, 1^, séance du 13 frimaire an IV : • Après avoir entendu le ministre de l'intérieur, et sur la présentation faite par l'administration centrale du département de la Seine, le Directoire nomma les citoyens Cousin, Houdeyer et Ilannocque-Guérin pour composer le bureau central du canton de Paris. •

48i DIRECTOIRE EXÉCUTIF [8 décembre 179R]

citoyens, qui n'attendent que le moment de faire un dernier sacriûce, que, depuis longtemps, ils ont jugé nécessaire pour sauver la République, en désirent l'exécution . Fatigués du spectacle de la misère du grand nombre, irrités contre Tégoïsme, la cupidité et le luxe du reste, ils sont prêts à soutenir les efforts du gouvernement; ils voient renaître Tespérance du mieux, si toutefois la perception de cet emprunt se fait avec ordre, justice et économie. — Les ordres donnés pour rappeler les jeunes gens à leurs bataillons n'excitent que la rage impuissante de ces efféminés et les cris de leurs impudiques maîtresses, qui les auront bientôt oubliés.

Il résulte, en général, de nos rapports que, pour peu que le gouvernement se montre ferme et sévère, le rovalisme sera aisément terrassé, le commerce reprendra sa splendeur et son cours ordinaire, Tagiotage sera réprimé et puni par la peine du talion. Ils ne s'en cachent pas; si l'emprunt en numéraire a lieu, ils seront, disent-ils, forcés de vendre leurs marchandises pour vivre, et le louis ne vaudra plus tant d'assignats. Le bruit qui courait hier, parmi eux, que la Bourse serait fermée aujourd'hui les a extrêmement inquiétés; ils semblent déjà honteux, et ils sont effrayés eux-mêmes de leur scandale. Belle occasion pour les saisir dans ce moment de terreur. Quelques efforts, et nous ne doutons pas que l'esprit ne soit totalement et fortement attaché au gouvernement républicain.

Spectacles. — Ils ont été remplis et tranquilles. Les mesures prises à l'égard de quelques-uns produisent de l'effet; il ne faut plus qu'un règlement sévère et protecteur des bonnes mœurs pour les ramener è leur véritable institution, celle de Tinstruction et d'un délassement lionnéte

HOUDEYER.

(Arch. nal., F»«III, Seine, 17.)

Extrait des rapports particuliers.

Mœurs et opinions» — Le peuple espérait recevoir une plus forte portion de pain; il n'en reçoit pas davantage; la distribution ne se fait même pas régulièrement -chaque jour dans toutes les sections. Partout recommencent les murmures; on dit fort haut qu'il est étonnant que le peuple ne se révolte pas. On crie contre le Corps législatif, qui, dit-on, ne peut ou ne veut rien faire de bien en matière de finances, et qui, par les discussions les plus embarrassées, avilit les assignats au lieu de les soutenir. — La pièce d'or de 24 livres est à

5,000 livres : a Tant mieux^ dit-on; que la mesure du mal se comble Ton II. 31

tout de suite, afin que nous sachions plus tôt à quoi nous en tenir. » — Les malveillants commencent à se glisser dans les rassemblemenls aux portes des boulangers : « Voilà, disent-ils, une belle République sans argent : point de pain, point de République. » — On est douloureusement affecté des nouvelles qui se répandent sur les armées du Rhin; cela ajoute au découragement général.

Commerce. — 11 n'y a plus de commerce, c'est Fagiolage le plus révoltant

HOUDEYER.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 17.)

Bulletin de police.

[Ce bulletin est précédé d'une lettre non signée, où on avertit le minislrc que désormais il ne lui panicndra pas aussi régulièrement, parce que,les surveillants attachés au bureau ne recevant presque pas d'appointements, on ne peut exiger d'eux une assiduité dans leurs fonctions; ils emploient leur temps ailleurs d'une manière plus lucrative; le travail devient donc chaque jour plus difficile et sera nul, si on ne se détermine à rendre les employéî» à leurs attributions.]

Palais- Egalité, — Avant-hier, une femme, dans Taprès-dlné, fil semblant de ramasser dans le Jardin-Égalité un papier qu'elle donna à lire à une personne ; ce papier se trouva contenir un mauvais calembourg, ainsi conçu : « Les caries s'embrouillent de plus en plus, car nous n'avons que des rois de pique, sans cœur, qui nous fonl brouter le trèfle et coucher sur carreau. » Des compères placés exprès trouvèrent des admirateurs de l'ingénieuse satire qu'on faisait du Directoire, qui se chargèrent de colporter cette mauvaise plaisanterie.

Rapports présentés au ministre de l'intérieur.

1. — Un particulier, se disant parent du ministre de Tin lérieur, a ouvert une maison de jeu le 12 de ce mois, au Jardin-Égalité, n° 123. Lorsqu'on lui demande s'il ne craint pas d'être surpris, il répond qu'il est à la tête du camp, ce qui signifie qu'il est à l'abri de tous les événements. — Les marchands, les accapareurs, les agioteurs tremblent que l'emprunt forcé n'ait lieu; s'il est mis à exécution, disent-ils, le louis tombera à un si bas prix que nous serons obligés de vendre nos marchandises, non pour spéculer, mais pour vivre

483 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [8 décembre 1795]

On ne voit pas sans scandale les ciloyennes Lange et Mezeray, actrices du théâtre Feydeau, afficher un luxe insolent et insulter à la misère publique; elle sont entretenues par des entrepreneurs des charrois. — Le billard de Véry, restaurateur, était tellement rempli hier d'intrigants et d'escrocs, que ce particulier a été obligé d'en fermer la porte. — Les maisons de jeu, connues sous le nom d'étouffoirs, se multiplient chaque jour; il vient de s'en former une rue des Petits-Champs, n® 148, au passage qui conduit au Jardin-Égalité. — L'afflche du représentant Rovère, dans laquelle ce citoyen se disculpe d'avoir pris part aux massacres de la glacière d'Avignon, a été lue avec avidité, mais a fait peu de sensation. — La farine distribuée aux boulangers, encore plus tard qu'à l'ordinaire, est toujours un grand sujet d'inquiétude. La distribution du pain, trop retardée pour le peuple, force la classe indigente à acheter du pain, qu'elle paie très cher, ou des pommes de terre, qui sont montées à un prix exorbitant; aussi les plaintes, les murmures, le chagrin même, sont à leur comble ; on ne sait plus à qui s'en prendre. — Pendant toute la journée, on n'a entendu que des objections contre l'emprunt forcé; les gens à portefeuille sont peut-être les seuls qui n'y trouvent pas à redire, parce qu'ils voient qu'il serait difficile de les atteindre; la plupart d'entre eux, ne voulant pas paraître subitement riches, échangent tous les jours contre des écus ou de l'or le gain qu'ils font en assignats; comme ils n'ont point de propriété apparente, ils sentent bien qu^ils ne seront pas compris dans le million doré; on répétait cette expression, parce que le Directoire compte sur un million de citoyens, capables de fournir à femprunt forcé. Tout le monde convient qu'il faut un moyen prompt et violent pour tirer nos finances de l'abime où elles sont, mais on voudrait qu'il atteignit tous les hommes qui fréquentent la Bourse et ces commerçants ambulants qui ne parlent que de millions. — V aimable adolescence du Jardin- Égalité a été hier terrifiée en voyant le spectacle des Variétés fermé, mais les honnêtes gens en paraissaient fort contents, ce théâtre étant aussi son rendezvous, et celui de ses sagannes(?) artificieuses. -^ On a débité dans les cafés que H. le comte de Garletti avait été chassé du Directoire, comme convaincu d'être l'espion de l'Autriche» — Les petites maîtresses, qui fréquentent ordinairement le théâtre Italien, s'amusent aussi aux dépens du gouvernement. Ces dames^ qui sans cesse annoncent le retour de la royauté, croient faire de fesprit en disant que, si la farine est chère et si rare, c'est que les deux Conseils font de la bouillie pour les chats. — On en revient encore à M°*« de Staël, et l'on est étonné qu'elle habite Paris en dépit de l'arrêté du Comité de salut

[8 DKCEMBRE 1795] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 484

public du 13 vendémiaire, qui Vinvitait à en sortir; on dit toujoars que sa maison est un rendez-vous de royalistes forcenés. — Quoique toutes les denrées augmentent h vue d'œil, le peuple par sa patience ne dément point sa dignité. En général, il est étonné que le gouvernement souffre, dans cette commune, une foule immense d'étrangers, surtout anglais, qui ne laissent pas que de faire renchérir les comestibles; on ne trouve plus de logement dans les maisons garnies.— Les dépenses énormes que font journellement les militaires dans les cafés font dire que le gouvernement fait pour eux des sacrifices extraordinaires, et que c'est pour les capter et les disposer en sa faveur, en cas de mouvement. Dans ces circonstances, le royalisme, répandu dans tous les cafés et autres lieux publics, peut encore faire impression sur certains individus; la cherté des denrées, des défaites sur la frontière qu'ils mettent toujours en avant, tels sont les principaux moyens qu'il emploie pour se faire des prosélytes.

Société dite du Panthéon. — Cette Société, considérant quelle pourrait faire naître une lutte dangereuse dans le Conseil des Cinq- Cents, en lui présentant une pétition pour l'exécution de la loi du 3 brumaire, a résolu de faire une adresse au peuple pour l'éclairer sur cet objet; en conséquence elle sera incessamment affichée, sous le titre : Vérité au peuple^ par les patriotes de 89. — Plusieurs rassemblements de royalistes qui correspondent entre eux, pour se venger de la journée du 13 vendémiaire, ont été dénoncés, notamment celui du salon des Princes^ dont les principaux chefs sont ceux-là même qui à cette époque ont été condamnés par contumace. Cette Société était hier très nombreuse; on y a lu, entre autres, des lettres annonçant que Lyon était en proie à des mouvements contre-révolutionnaires.

Café Chrétien. — L'ex-général Rossignol s'y est amèrement plaint de ce que le gouvernement ne voulait pas lui accorder les indemnités qu'il demandait et de ce que les orfèvres lui avaient refusé de l'ouvrage. Il a juré, ainsi que ses adhérents, de tirer vengeance des hommes actuellement en place, quand le moment sera favorable. — Fusil, ex-comédien, y a invité ses camarades de se trouver au jugement de Turreau, ex-général, dont on a, suivant lui, résolu la perte. — Les habitués ont dit que le gouvernement donnait 30 livres de farine à chaque boulanger qui cuisait pour lui; que Merlin (de Thionville) n'était venu à Paris que pour perdre les patriotes comme en prairial.

II. — 11 n'est plus douteux, dans l'opinion publique, qu'il n'y ait une coalition formée contre le Conseil des Anciens et le Directoire exé-

^85 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [8 di^cembre 1795]

îutif. On est persuadé que, dans l'un et l'autre, il y a des membres ]ui la favorisent et qui la servent. Ils sont en embuscade pour proiler de quelque circonstance, que le Conseil des Cinq-Cents fera tous les efforts pour faire naître. Ce Conseil perd de plus en plus la conlance. On reste convaincu que ses opérations ne sont pas sincères, que notamment les projets de fînances qui s'y succèdent sont une pure dérision ou un piège pour entraîner le Conseil des Anciens dans quelque sanction imprudente. On applaudit à la ferme résistance de ce Conseil. On est peu inquiet des membres coalisés qui sont soupçonnés de se trouver parmi les Anciens, parce qu'ils forment une mi- Dorité de nombre et de talents, très peu effrayante. — Il n*en est pas de même du Directoire exécutif, qui n'est composé que [de] cinq individus, dont deuX; dit-on, savoir Barras et Carnot, sont les agents les plus actifs de la faction, et un troisième vaillant, c est Le Tourneur [de la Manche). — Quant aux ministres, on en parle peu; ils n'ont sncore rien fait de saillant pour [que] les partis y fassent attention ; nais ils sont épiés. D'adroits agents les circonviennent et les meneurs ittendent le signal pour les faire travailler. Les gens sages, qui ont onfiance dans les lumières et dans les bonnes intentions de quelquesms d*entre eux, leur conseillent d'être infîniment circonspects et réervés. Ils sont entourés de pièges d'autant plus dangereux qu'on herche à les couvrir de projets, dont l'exécution sous le prétexte du nen public présenterait l'aspect bien séduisant de la célébrité. On ne aurait trop les prévenir de se tenir en garde, car on dit quïl faut ibsolument les rolandiser (c'est le mot). — L'arrêté du Directoire exécutif concernant les appointements des employés dans diverses administrations a été trouvé très équitable en soi *, mais on a prévu ;e qui en résulterait, s'il était rendu public. Son insertion dans le Bulletin des lois a rempli le but de la coalition en le rendant dérisoire. — Des objets qui se vendaient 150 capitaux pour un, ont augnenlé de 30 capitaux. Aujourd'hui, on dit que le Directoire a rapporté cet arrêté.

(Arch. nat., F»« III, Seine, 17.)

1. Le 7 frimaire an iv, le Directoire avait arrêté que • les traitements des emiloyés des administrations publiques seraient fixés en valeur de 1790, et payés n assignats à raison de trente fois la somme ». En même temps, il avait déterniné le traitement des employés des ministères et des administrations de déparement. Le 17 frimaire, par un arrêté interprétatif du précédent, le Directoire .vait divisé les employés en quatre classes» et décidé que, pour la première lasse, le traitement ne pourrait excéder 12,000 livres par mois ; pour la seconde lasse, 7,500 livres ; pour la troisième, 5,000 ; pour la quatrième, 3,000 livres.

[9 DÉCEMBRE TOo] DIRECTOIRE EXÉCUTIF m

Journaux.

Censeur des Journaux du 17 frimaire : « On se plaint de Texcessive malpropreté du jardin des Tuileries, jadis le plus beau jardin de rEurope» et aujourd'hui le plus sale; il y a plus de profit pour les bas et les souliers à traverser les rues que le jardin; — de la multitude des mendiants qui, après un ou deux ans d'absence, reparaissent sous toutes les formes dans une ville réduite à la mendicité; — de la violence des nouveaux cabriolets, qui roulent plus rapidement que du temps de Louis XV, et nous éclaboussent depuis les pieds jusqu'à la tête; de Tinsolence des fiacres, qui ne veulent plus marche i^

qu'à des conditions fort dures, et qu'ils imposent arbitrairement » — -

Courrier républicain du 19 frimaire : «< Avis des imprimeurs du Courrier républicain à leurs concitoyens. Hier, nos ouvriers à la composition ont cru. devoir porter à 450 livres le prix d'une forme qui, jusqu'à ce jour, avait ét^ payée 200. Cette demande excessive et imprévue ayant fait naître quelques difficultés entre eux et nous, ils ont interrompu sur-le-champ leur travail- • Voici le motif qui a empêché notre numéro d'hier de paraître. Aujourd'hmJ-i d'autres ouvriers se sont présentés et ont exigé le même prix. Quelque exce^^' sive que soit cette prétention comparée à la modicité de nos bénéfices, nou^ ^ avons été forcés de nous y soumettre. Nos concitoyens ne seront donc p^»-* étonnés de voir le prix de cette feuille hausser dans une légitime proportion. "

DI

Rapport du bureau central du 19 frimaire.

Esprit public, — L'agiotage continue toujours avec la même rap^ *' dite, et se fait publiquement jusque dans les cafés, notamment à cel-^ (les Canonniers. Hier un paysan y a vendu 300 gros sols à raison c^^^ 700 livres le cent en assignats, ce qui excite l'indignation du peu ^-Jc bons citoyens qui se trouvaient présents; ils manifestaient leur éto ^*inement de ce que le gouvernement ne réprimait pas un tel briga- codage, dont la durée, disaient-ils, devait nécessairement culbuter la République. A la Halle, on annonçait que bientôt, à l'exemple des ^ mbitants des campagnes, les marchands refuseront de vendre l& «Jrs denrées pour des assignais. Aux environs du Jardin-Ëgalité, on faisait voir des échantillons de blé et de farine, et autres march.53/ïdises de premitTe nécessité. Depuis deux jours, toutes les marchand i ses sont aui^mentéc^i considérablement; on attribue ce renchérissenne/î/ à la résolution relative au traitement des employés. Le centre de

DIRECTOIRE EXECUTIF [9 dkcembre 1795]

;iotage étant la Bourse, Ton paraît désirer généralement la clôture ce repaire de brigands et d'affameurs du peuple ; déjà hier le bruit irait que la Bourse était fermée, et tout le monde, excepté les oteurs, y applaudissait unanimement. — Les murmures les plus spérés se font entendre de toutes parts sur Textrôme misère où

se trouve au milieu de Tabondance ; on accuse hautement le goulement d*insouciance sur le sort de Tindigent. Cependant on esî que l'emprunt forcé en numéraire améliorera l'état des choses*, >us les rapports annoncent que cette mesure est bien accueillie, pté de ceux qu'elle atteindra, ou dont elle diminuera les profits mes et illicites, qu'ils retirent du discrédit des papiers; ces der- 5 prétendent que cet emprunt ne pourra s'effectuer sans le ses d'une armée révolutionnaire. — Plusieurs sections ont donné

la livre de pain ; si cette mesure s'étendait à toutes, si Tassit reprenait un peu de valeur, et le gouvernement la stabilité

I doit avoir, Tespérance renaîtrait bientôt, le royalisme ne serait » si audacieux, la République enfin se consoliderait. On entend i plaisir démentir la reddition de Manheim, et Ton demande géilement la punition de ceux qui répandent ainsi de fausses mes. On s'entretenait avec plaisir du succès de l'armée d'Italie urtout avec beaucoup d'intérêt de la prise de trente mille sacs de ne enlevés, dit-on, aux Autrichiens. Tel est, en substance, le réat des rapports faits par les observateurs du Bureau central sur )rit public qui régnait hier dans Paris.

pectacles, — Quant aux spectacles, les mêmes rapports annoncent la tranquillité n'y a pas été troublée. Il a été ordonné pour au-

•d'hui une surveillance particulière au théâtre du Vaudeville, rede son interdiction *

(Arch. nat.; F » « III, Seine, 17.)

Extrait des rapports particuliers.

'œurs et opinions. — A Gompiègne, à Meaux et environs, on refuse cent marqué au coin de la Liberté, et l'on ne reçoit que les écus qués à l'effigie de Capet. — Dans les cafés, dans les spectacles,

La loi du 19 frimaire an iv portait qu'il serait fait « un appel de fonds, en e d'emprunt sur les citoyens aisés de chaque département ». Cet emprunt t effectué en numéraire, ou en grains, ou en assignats qui seraient reçus le centième de leur valeur nominale.

II y a trois expéditions de ce rapport, signées, l'une IIoudetbr, les deux autres lîf.

dans tous les lieux de rassemblement, on s'entretient des finances; chacun donne son plan, chacun fait ses conjectures. — On murmure contre le gouvernement, on menace les boulangers, on crie sur les agioteurs. — Réunion royaliste au Salon dit des Princes, à Clichy; société de Patriotes, près le Panthéon français, dans laquelle il est à craindre que Tintrigue ne se glisse, et n'empoisonne du souffle impur du royalisme les meilleures intentions des amis de la liberté, et ne leur suggère des mouvements dont Teffet pourrait produire on effet tout contraire au résultat qu*ils cherchent.

Commerce, — ... Le blé s'est vendu 9000 et 9800 livres le setier; la farine 20,400 livres; Tavoine, 5000; les haricots et lentilles; 11,000 et 12,000 livres

UOUDEYER.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 17.)

Rapport présenté au ministre de l'intérieur.

On est persuadé que les régulateurs du prix de l'argent à la Bourse, préposés par le gouvernement, sont précisément ceux qui le font renchérir, en Tachetant et le revendant pour leur compte. On fait la remarque que, depuis leur établissement, Targent a toujours monté, et que les marchés qui se font à la Bourse, avant qu*il n'y arrivent, se concluent toujours à moindre prix que ceux qui s'établissent après qu*ils y sont arrivés. — On est content de voir le spectacle des Variétés fermé, parce que son foyer était une seconde Bourse, où Ton préparait pour le lendemain le prix de l'or et de l'argent. Parmi les cafés qu'une certaine classe d'agioteurs a adoptés^ on distingue celui de Conti, au bas du Pont-Neuf. Des ci-devant robins, des prétendus marchands y règlent le cours du numéraire ; de ce nombre est Texavocat ou procureur Fournel. — Lebois et les patriotes de 89 ont réaffiché avec profusion le second numéro de leur Vérité au peuple. On approchait de cette affiche, on la reconnaissait, et Ton passait outre; pour cette fois, elle a eu très peu de lecteurs ; quelques personnes observaient que Ton avait eu soin de placarder cette affiche en plus grand nombre dans les sections qui la veille n'avaient pas eu de pain et dans celles qui ne devaient pas en avoir aujourd'hui. — Mêmes plaintes, mêmes malédictions de la part des femmes contre la République et ceux qui la gouvernent. — On parle beaucoup de nos revers sur le Rhin. Le petit peuple, fatigué, non pas de la Révolution, mais de la détresse, demande la paix, dans la crainte qu'elle n'empire ; d'un autre côté, l'on pense que, si nous sommes obligés d'aban-

W9 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [9 décembre n95]

donner toutes nos conquêtes, nous devons préalablement mettre les Belges et les Allemands sous le pressoir, pour en tirer jusqu'à la quintessence, leur faire rembourser une partie de nos assignats, et renforcer chez eux l'emprunt forcé. — Cet emprunt avait aujourd'hui plus de partisans qu'hier ; on ne connaît pas encore parfaitement les détails d'exécution, mais on désirerait généralement qu'il fût possible de donner de l'argenterie pour du numéraire ^ — Les marchands de Paris, notamment ceux rues Saint-Martin et Saint- Denis, commencent à se coaliser pour ne plus vendre qu'en numéraire. S'ils vendent pour des assignats, c'est après avoir calculé combien le numéraire a valu à la Bourse. — Les vrais patriotes ont manifesté leur joie sur la justification des représentants Mariette, Cadroy, etc., attaqués, dénoncés par les Marseillais. C'est une grande victoire, disent-ils, remportée sur le terrorisme, qui déjà conspirait contre le gouvernement, et la conduite des Cinq-Cents a étouffé les gernnes de discorde qu'ils avaient jetés parmi les législateurs. — Tous les rapports disent que l'on voit avec plaisir l'emprunt forcé, comme étant le seul moyen de sauver la France, mais qu'il serait bon en outre de timbrer les assignats, afin d'atteindre les fortunes cachées dans les portefeuilles.

Café Chrétien. — Autant les habitués de ce café ont été indignés de Tordre du jour adopté parle Conseil des Cinq-Cents sur les dénonciations portées contre Cadroy, Mariette et autres, autant ils ont été contents de Temprunt qu'a demandé le Directoire. Plusieurs ouvriers des faubourgs se sont rendus hier dans ce café. Il est question d'établir une nouvelle Société dans Téglise Saint-Eustache ; un nommé Germain est chargé de faire toutes les démarches nécessaires à cet efTet.

Maisons de jeu, — L'or et l'argent roulent dans toutes ces maisons, mais principalement au club des Arcades, près le théâtre de la République, chez le nommé Monier, chez Fongravier et chez la citoyenne Robinot au club Polonais. Un nommé Doligny, jouant d'habitude au club des Arcades, couche à chaque fois 50 louis en or. La banque de ce jeu a sauté une fois, mais elle s'est rétablie après avoir mis de nouveaux fonds, montant à 2 millions, moitié papier, moitié or.

Spectacles, — Le public n'attribue la fermeture de quelques spectacles qu*à Tindécence et au libertinage qui s*y affichaient ; leurs foyers étaient aussi le rendez-vous des agioteurs et des intrigants de toute espèce. Mais bien des personnes pensent que le gouvernement

i. La loi du 19 frimaire autorisait le paiement de l'emprunt en matières d'or et d'argent.

[10 Di^cEMBRE 1795] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 490

a voulu punir par là l'incivisme des directeurs, qui écartaient toutes les pièces républicaines et affectaient de ne donner que celles qui prêtent des traits au royalisme. Les Français aussi ne jouent plus Paméla, parce qu*il y a un personnage qui vante le régime républicain, et ils reproduisent dans le Conteur et un mylord et une mylady qui en avaient été supprimés.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 17.)

Journaux.

Ami des lois du 18 frimaire : » Les actionnaires de la seconde loU'rie, tirée le 9 brumaire, sont prévenus que la liste des gagnants n*a pu être imprimée en un mois et demi, parce que certains messieurs préfèrent gagner 1,000 livres par jour, en fournissant des listes manuscrites aux charlatans qui les font voir aux passants »

DU

19 FRIMAIRE AN IV (iO DÉCEMBRE 1795).

Rapport du bureau central du 20 frimaire.

Esprit public. — La confiance renaît, et l'emprunt forcé, décrété par les deux Conseils, fait entrevoir une amélioration certaine dan^ les finances. Cette mesure, mise en avant par le Directoire exécutif, produit Tallégresse. La baisse du louis est déjà le résultat de ce moyen. L'agioteur, honteux du commencement de sa défaite, veut en vain faire bonne contenance ; il ne voit pas sans effroi le terme de son brigandage. Les paris sont ouverts qu'avant quinze jours les louis ne seront pas à 1,500 livres. L'habitué de la Bourse compte aussi sur ses ressources et n'oppose à la gaieté générale qu'un silence froid et honteux. La motion faite de contraindre par corps ceux qui seront en retard, pour le paiement de la somme à laquelle ils seront taxés, est jugée nécessaire ; on en désire l'adoption. On redoutait la nullité subite des assignats; on tremblait de voir une banqueroute flétrir la nation qui a le plus de ressources ; la confiance va s'y rattacher plus fortement que jamais. Que cette loi soit bien exécutée, et les finances seront restaurées sans aucune secousse violente. Dans celte expansion générale de joie et d'espérance, on ne parle des subsistances que pour applaudir aux efforts du gouverne-

4^1 DIRECTOIRE EXECUTIF [10 dkcembre 179oJ

nient pour le versement des grains de la contribution en nature ; on s'attend à voir une distribution plus abondante, plus égale, plus régulière, et Ton pense que ce serait de toute justice de le (sic)donner à un prix qui ne préjudiciât pas aux intérêts du gouvernement. — Aux portes des boulangers, les conversations font entrevoir que le peuple we serait pas surpris de voir le pain porté à un prix plus fort, et s'il *v^ait une fois la certitude de se le procurer meilleur, plus abondam- ''^^nt et sans perte de temps, il y trouverait un bénéfice qui, flattant ^^>ri intérêt, le ramènerait au calme et à la patience. Les murmures **^^ïit toujours les mêmes à Tégard de la cherté des denrées ; mais cet ^^^prunt forcé, qui ne peut peser que sur la classe la moins indinte (l'or servant de régulateur à la plupart des marchands appro- ^ionneurs), va donner une autre mesure, et ces murmures se chan- ^^roni en félicitations. On s'occupait peu des affaires extérieures ; le ^^menli donné par le Directoire à tous les fabricateurs de fausses et ^>1armantes nouvelles tient en garde le crédule politique [sic). On di- ^eit que la paix générale était sur le point d'être conclue, et on cherchait à deviner les moyens employés par le Directoire pour la conclure et les obstacles qui en avaient retardé leffet. Les victoires d'Italie, les efforts du gouvernement pour restaurer les finances et i*endre au numéraire la liberté que l'avarice avait mise au secret; voilà les moyens les plus sûrs pour forcer à la paix les nations qui désolent la France par une guerre terrible, et qui ne les amènera jamais au but qu*elles se sont proposé, le rétablissement de la monarchie en France.

Spectacles. — L'afHuence était considérable au Vaudeville ; la tranquillité y a régné; le couplet qui a invité le public à la décence et au respect des mœurs a été faiblement applaudi. Les autres spectacles ont été calmes. On désire en général un règlement pour qu'ils ne finissent pas plus tard que neuf heures du soir; il en est qui ne cessent qu'à dix heures et demie

HouDEYÉR, Cousin.

(Arch. nat., F»» III, Seine, 17.)

Rapports présentés au ministre de l'intérieur.

I. — Une chanson très anti-républicaine fut lancée hier dans la Halle; des observateurs étaient disséminés sur la place, pour examiner son effet ; des femmes la chantèrent, et elle fut applaudie. Cette chanson appelle les rois, les prêtres, les moines; mais elle repousse les terroristes, les Jacobins, les affameurs du peuple; elle promet du pain et

[\0 DKCEMBRE 1795] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 492

qu'on ne verra plus d*as8ignals. Le peuple commence à raisonner sur l'emprunt de 600 millions ; il le regarde comme un coup de parti, parce qu'il croit que ses anciens co-sans-culotles, qui aujourd'hui insultent à sa misère, vont regorger [sic). Les agioteurs à portefeuille et à pièces d*or, qui n'ont aucune fortune en évidence, applaudissent aussi à cet emprunt, parce qu'ils se flattent d'être hors de son atteinte. Us se félicitent de n'avoir pas acquis de biens nationaux ; ils les discréditent en disant qu'ils avaient bien prévu qu'on regretterait un jour d'en avoir acquis. Les calculateurs prophétisent que cet emprunt restera, parce qu'il [n'existe pas assez d'assignats dans la circulation pour le remplir, et qu'il faudrait qu'au lieu de 30 milliards, il y en eût 60 pour égaler la somme. D'autres, au contraire, font constater le mérite de cet emprunt dans l'impossibilité même de le remplir; car, disent-ils, s'il n'en rentre que la moitié, tous les assignats seront disparus avant six semaines. D'autres ajoutent que c'est une fine politique de la part du gouvernement pour émettre furtivement 30 nouveaux milliards d'assignats ; que, comme cette émission, dont on a besoin pour faire les dépenses courantes et accaparer l'or et l'argent, est physiquement impossible, malgré l'activité qu'on y met, on parera à cet inconvénient en se servant provisoirement de ceux qui rentreront par le moyen de l'emprunt ; en dernière analyse, il se sera trouve 60 milliards d'émis ; on dira que l'emprunt est rempli, on aura payé les dettes, et personne ne s'apercevra de cette supercherie. On va jusqu'à poser comme fait que, pour aller plus vite en fabrication de ce qu'on prétend manquer pour compléter les 30 milliards, il y en a déjà pour 15 milliards de nouvelle fabrique, de 30, -iO et 30,000 livres. Tout en admettant les rêveries qu'on débite sur cet emprunt, il n'y a personne qui ne convienne qu'il n'y a que ce moyen de sauver la chose publique ; mais son succès est attaché à la célérité et à la fermeté de l'exécution. S'il y a du retard dans l'opération, si elle n'est brusquée vigoureusement, il y a des paris que l'ordre de choses actuel n'existera pas dans deux mois, que des plans sont pris pour culbuter le gouvernement, et qu'ils sont infaillibles, si on laisse échapper ce moyen unique de les déjouer. — Hier soir, au café Chrétien, Léonard Bourdon et ses intimes, après s'être entretenus du prétendu assassinat commis sur Babeuf, ont fait l'éloge des forts de la Halle qui l'ont sauvé. Suivant ce qu'ils ont dit, cet écrivain doit faire paraître dans quelques jours un nouveau numéro dans lequel il découvrira la conspiration du 9 thermidor, et fera voir au peuple quels sont les scélérats qui ont assassiné Robespierre et ses courageux partisans. C'est

403 DIIŒCTOIUE EXÉCUTIF [\0 décembre 1795]

au café des Bains-Chinois qu'on s'abonne pour ce journal. La conversation ayant ensuite roulé sur le prétendu assassinat de Lebois, sur le conseil des Cinq-Cents (où il y a peu, disaient-ils, de Montagnards, mais beaucoup dans celui des 250), on s'est attaqué au n)inistre de Tintérieur, qu'on a accusé de vouloir empêcher la Société de s'assembler, quoiqu'elle fiU autorisée par le Directoire. On a critiqué beaucoup Tinstruction aux commissaires et agents nationaux faite par le Directoire, lorsqu'il parle des anarchistes, et l'on a comparé ce langage à celui que tenait Louis XVI en 1792. Plusieurs membres ont affirmé par serment que, sous trois mois, les choses reviendront comme avant le 9 thermidor, et que les bustes de Marat, de Robespierre et de Le Peletier seraient placés partout. Ces mêmes propos sont répétés par d'autres Jacobins, qui fréquentent les lieux publics. La société dite du Panthéon se reproduit dans le faubourg Antoine, sous une forme cependant un peu plus analogue au bien public. Les sociétaires ont juré de ne pas admettre Babeuf et Lebois, parce qu'ils les regardent comme des égorgeurs décidés. — Le peuple soupire après la livre de pain qu'on lui promettait, il y a un an, et il se plaint de ce qu'après avoir ôté les cartes aux plus riches, on n^augmente pas sa faible portion en vertu des dernières promesses du Comité de salut public. Les hommes font des réflexions, les femmes crient, clabaudent et jurent contre la République. — L'ambassadeur de Toscane a été à Tordre du jour dans la majeure partie des cafés. Les peureux disent que son expulsion va rompre le traité qui unit la République au duc qui l'avait envoyé ; d'autres prétendent que le Directoire a agi avec la fermeté digne d'un peuple libre en chassant un honorable espion, un agitateur titré, à qui son caractère semblait promettre Timpunité. Mais il est une observation que Ton fait généralement, c'est que le Directoire aurait pu instruire le public des motifs de sa détermination'à l'égard de cet envoyé, afm de fermer la bouche aux partisans des rois, qui diront que c'est une insulte faite au corps diplomatique. Quoi qu'il en soit, la conduite du Directoire trouve plus de personnes qui l'approuvent, qu'elle n'a d'im-

probateurs 11 commence de se former un autre noyau de la

Société jacobite au café Sinet, rue du faubourg Honoré, entre la rue d'Anjou et celle d'Aguesseau ; on y tient les mêmes propos qu'au

café Chrétien

II. ^Spectacles, — Le théâtre du Vaudeville sera ouvert aujourd'hui. On présume qu'il ne s'y portera pas une grande affluence, parce que la représentation sera au profit des pauvres ; on pense que demain la recette sera meilleure.

[10 DÉCEMBRE 1795] DIRECTOIRE EXÉCUTIF m

Sociétés du café Chrétien et des Bains^Ckinois,'-^ Les sociétés dites patriotes du café Chrétien et des Bains-Chinois continuent à être suivies. Les habitués sont plus réservés dans leurs motions, depuis qu'ils savent qu'on les surveille, mais ils ne peuvent tellement se contraindre qu'il ne soit facile de les pénétrer ; beaucoup font Télogede la Constitution de 1793 et critiquent astucieusement le nouveau gouvernement. Ils improuvent aussi le projet d'emprunt forcé; des visites domiciliaires suppléeraient, disent-ils, à cette mesure et vaudraient beaucoup mieux. Les plus remarquables de ces prétendus patriotes sont deux hommes sans places, sans moyens d'existence, et qui ne fréquentent que les cafés et les femmes publiques depuis plus de six mois.

(Arch. nat., F » « 111, Seine, 17.)

Journaux.

Gazette française du 20 frimaire : « Jamais le commerce intérieur d'un peuple n'a présente un conlraslc plus fra})pant que celui qu'offre à 1 obsenatcur le spcclacle de nos transaclions journalières; jamais plus de mouvement avec moins de résultat; jamais plus d'acheteurs de terres avec moins de propriétaires fonciers; jamais plus d'échanges avec moins de consommation el de reproduction ; jamais enfin ce mot du fabuliste hitin : Anhelans nihil facim, n'a reçu une application plus exacte et plus générale que dans ces derniers temps. Partout on rencontre des fardeaux énormes de denrées et de marchandises qu'on revire d'un magasin à l'autre, comme pour les échapper du pilla}îc et de l'incendie. Chaque jour la quantité des objets de commerce diminue, et chaque jour celle des commerçants augmente; ce sont les maçons qui se jettent la tuile de main en main; c'est une épidémie dont nous croyons que l'histoire n'offre pas d'exemple; elle est la parodie la plus hideuse, comme la plus funeste, de ce (jue les nations avaient, jusqu'à ce jour, appelé commerce. Les rues sont couvertes d'affiches de toutes les couleurs. Lorsque l'on se rappelle que ces guerres de plume ont presque toujours été le prélude de guerres plus sanglantes, on n'envisage pas sans inquiétude l'avenir. Pourquoi, en effet, ces afliches multipliées, lorsque le pai)ierest si cher et si rare? Voudrailon nous persuader que l'intérêt seul du bien public anime leurs auteurs el leur commande ces sacrifices? De quelque bonne composition que nous soyons à cet égard, nous avons pour nous l'oxpérience de sept années de révolulions successives, préparées et prédites par les pamphlets, les journaux et les affiches de toutes couleurs. Au nom de la patrie, ne recommençons pas; il serait bien plus beau de finir dans des égards et un pardon mutuels une carrière que nos haines et nos passions ont rendue si pénible et si triste. » — « Il y a quehjues jours que le gouvernement fit fermer le Vaudeville; il vient de prendre les mêmes mesures à l'égard de trois autres théâtres : celui du Lycée, au Palais-Égalité, celui de la Montansier, et celui de la rue Saint-Martin.»

DIRECTOIRE EXÉCUTIF [H décembre 1795

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