R.\PPORT DU BUREAU CENTRAL DU 22 FRIMAIRE
Esprit public. — Non seulement Topinion publique est toujours en faveur de l'emprunt forcé en numéraire, mais même elle se prononce plus fortement. Les patrouilles, qui ont eu lieu hier pour donner la chasse à tous les misérables qui se rassemblent sur le carreau «le la Bourse pour y agioter, sont approuvées ; on désire qu'elles se fassent continuellement, et on en attend Ib résultat le plus heureux. On ne ?e dissimule pas que le gouvernement est sans cesse occupé du bien, d'anéantir ce commerce infâme qui ruine et la République el les cilovens. — Nonobstant la baisse du louis, les marchandises sont toujours sur le même pied. La cupidité du marchand est toujour?la même. On espère que la prompte et juste exécution de la perception de l'emprunt forcé fera seule justice de ces messieurs, qui ne calculent que leurs propres intérêts. Le peuple est toujours dans Tatlenle d'une plus forte distribution de pain et de meilleure qualité. Quand seront organisées les municipalités? Voilà la demande générale.— Des hommes mal intentionnés se glissent toujours dans les cafésel veulent avilir le gouvernement, déprécier ses opérations, augmenter et charger le tableau de la niis^Te et des besoins du peuple, mais ils sont écoutés défavorablement. L'esprit public est bon
Spectacles. — Ils ont été tranquilles, malgré Taffluence et le nombre des femmes publiques. La fermeture des foyers de tous les spectacles serait un excellent moyen pour éviter tous les rassemblements d'étourdis et de filles publiques. Lerr«glement qui est attendu n oubliera certainement pas ce point important. C'est là que se tiennent les conversations qui ne sont pas à Tordre du jour et se commettent des indécences qu'une bonne police doit réprimer
HOUDEYER.
(Arch. nat , F » «= III, Seine, 17.)
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Rapport présenté au ministre de l'intérieur.
Café Chrétien. — Mille invectives ont été vomies contre le représentant Rovère. Suivant ce qu'ont assuré plusieurs habitués, on massacre à Lyon les patriotes et Ton bat continuellement des rappels clans cette commune. Le Conseil des Deux-Cent-Ginquante, à l'exception d'une vingtaine de membres, y a été traité comme un composé de royalistes et même d'émigrés. Les épithétes de scélérats, de coquins, de contre-révolutionnaires ont été prodiguées aux députés Boissy d'Anglas et Lanjuinais. Des figures nouvelles, depuis deux ou trois jours, fréquentent ce café et associent leurs propos à ceux des anciens. Le local de Saint-Eustache doit être ouvert au premier jour pour recevoir les sociétaires du Panthéon ; il servira de point de ralliement à tous les prétendus patriotes. Depuis quelques jours, ces individus sortent armés.
Café des Bains-Chinois, — Hier soir, on y a fortement déclamé contre les auteurs du 9 thermidor ; on y était indigné de ce qu'on avait osé violer le tombeau de Marat, que les interlocuteurs appelaient l'arche sainte. Marat et Robespierre étaient leurs dieux ; les talents, les vertus de ces deux hommes étaient, selon eux, au-dessus de l'esprit humain; enfin ils invoquaient la vengeance pour apaiser les mânes de ce dernier, et tout leur espoir est dans le rétablissement de la Constitution de 93.
Emprunt forcé. — Les préventions contre cet emprunt commencent à se dissiper ; malgré les réclamations et les objections de l'intérêt personnel et de la malveillance, la plus forte et la plus saine partie du public ne peut enfin s'empêcher de convenir de la nécessité de cette mesure dans les circonstances présentes, et l'espoir des suites heureuses qu'elle s'en promet produit déjà un bon effet sur les mouvements de la Bourse. On s'attend, en conséquence, à voir tous les jours baisser l'argent, quoique des gens intéressés à le voir hausser disent partout que cette baisse ne tiendra pas. On demande, comme nous l'avons dit hier, que cet emprunt soit perçu révolutionnai rement.
Faubourg Marceau. — Depuis quelque temps, les habitants de ce quartier se plaignent de ce qu'ils manquent d'eau. La fontaine de la Tue MoufiFetard, ainsi que celles qui sont fournies par l'aqueduc d'Arcueil, ne jaillissent presque pas. Les femmes, déjà ennuyées d'attendre aux portes des boulangers, sont très mécontentes, vu le froid qu'on éprouve depuis deux jours, de faire queue devant ces
[12 DKCEMBRE 1705] DIRECTOIRE EXÉCCTIF 500
fontaines. — On fait circuler dans ce même quartier que les magasins de blé et de farine se remplissent, et que bientôt le gouvernement fera distribuer une livre de pain ; on y est fort satisfait de sa qualité.
Cafà.s, — On y a paru fort content que le Directoire se fût montré ennemi de tout parti, en retirant la rédaction de son Bulletin à Antonelle, qui voulait en soutenir un * ; le Directoire, y disait-on, ne doit avoir d'autre parti que celui de la Constitution ; c'est par elle qu'il peut sauver la République; il doit exiger pour elle le plus grand respect de la part de ses agents, et frapper indistinctement les cheveux plats et les collets verts qui, dans ses bureaux, voudraient servir leur parti respectif. — On y parle beaucoup du compte rendu par le ministre des finances sur la situation désastreuse de la Trésorerie nationale ; on aime mieux qu'il ait parlé franchement que d'avoir endormi le gouvernement et le public, suivant Tusage pratiqué depuis longtemps.
Marchés, — Les habitants des campagnes n'y apportent presque plus rien ; ils ne veulent vendre qu'en numéraire. Les denrées y augmentèrent tout à coup, lorsque le louis fut porté à 5,000 livres; mais, depuis qu'il a baissé, loin de diminuer, elles ont haussé.
Escrocs. — Un des quatre individus, qui avant-hier escroquèrent la banque de la maison de jeu, n^ 88, au Jardin-Égalité, s'appelle Moncurier, tailleur de son métier, demeurant rue des Boucheries - Honoré ; il mange souvent chez Trianon, traiteur, même rue.
Agioteurs. — L'apparition de la force armée sur la place du Louvre a jeté l'épouvante parmi la bande qui spéculait devant la Bourse; les patentés croyaient que c'était à eux qu'on en voulait, et on a eu de la peine à les rassurer.
Affiches. — Celle de Cormatin fait sensation ; tout le monde la cite : les uns sont étonnés de la hardiesse de ce rebelle; les autres en tirent des conséquences très défavorables au gouvernement, qu'ils disent avoir toujours été déloyal ; ces derniers sont nombreux.
Champs-Elysées. — On vole toujours dans cette promenade, parce qu'il ne s'y fait pas de patrouilles. Cette nuit, beaucoup de barreaux de fer de la grille qui entoure le pavillon du Luxembourg, dans la partie du Nord, ont été enlevés. La peur s'est emparée de tous les habitants de ce quartier.
1. On lit cil effet, dans le registre du Directoire, à la date du 18 frimaire an iv: « I.e Directoire revoit les arrêtés par lui pris relativement au Hulletin politique il rapporte celui du \) du courant, qui chargeait le citoyen Antonelie de la rédaction de ce journal; enjoint à ce dernier, ainsi (|u'à ses collaborateurs, d'évacuer sous vinirl-quatrc heures lé local qu'ils occupent. » (Arch. nat., AFm*, 1.)
DIRECTOIRE EXECUTIF [43 décembre 4795]
accaparement. — Le peuple est tellement convaincu que la mare partie des maisons de la rue Caumartin, section de Vendôme, it remplies de denrées, qu'il menace de les piller au premier moulent. — Dans beaucoup de chantiers on a refusé de donner du s pour des assignats.
(Arch. ^nat., F* <= III, Seine, 47.)
Journaux.
ml des Lois du 24 frimaire : « Merlin (de Thionvillc) s'est fait recevoir de ociélé du Panthéon. On a fait beaucoup de difficultés pour Tadmettrc; on a reproché ses liaisons avec des aristocrates et ses opinions trop favorables )arti de Révère ; cependant la considération de quelques services qu'il a lus dans certain temps à la liberté Ta emporté; il est au nombre des es*. Une autre espèce de Société s'est établie à l'hôtel de Noailles; le but :é primitivement de ne la composer que des membres des deux Conseils ont tenu la conduite la plus sage dans les moments critiques de la Révolu. Siéyès y a prononcé un discours sur la nécessité de faire exécuter la lu 3 brumaire, que les Chouans veulent faire rapporter ■. — Six bataillons logés à l'École militaire. Les soldats murmurent, parce qu'on les fait ;her sur la paille, tandis que des piles de matelas se pourrissent à la maides Invalides; ils souffrent beaucoup du froid, et les malveillants profitent ela pour les faire déserter. — La loi sur l'emprunt forcé produit son effet, on offre déjà des louis à 3,000 livres, et, avant trois jours, on prendra assignats comme le gouvernement à un pour cent,,, >»
DV
Rapport du bureau central du 23 frimaire.
sprit public. — Les conversations ne tarissent pas sur Temprunt 3. Ce moyen efficace pour restaurer les finances de la République le tous les jours la confiance publique. Le succès de la perception ^ttra un équilibre désiré dans les finances, dans.le prix des maridises, dans le numéraire et dans l'assignat. Mais la situation ente vient troubler le calme des conversations, malgré les efforts ouvernement; la hausse du louis, le brigandage de la Bourse, la
Merhn (de Thionvillc) démentit lui-même cette nouvelle. Voir plus loin, p. 522. Je passa^^e sur la Société établie à l'hôtel de Noailles fut textuellement relit par la Gazette française du 23 frimaire an iv.
[13 DKCEMBRE 1795] DIRECTOIRE EXÉCUTIF S02
cherlé inabordable des comestibles et des marchandises accablent de douleur et de chagrin. On attend. Les mots de patience sont dans la bouche, et la tristesse est au fond de Tàme. Tous nos rapports s'accordent sur le désir général, celui de voir fermer la Bourse; on est étonné de ne pas voir prendre cette mesure; on applaudissait aux patrouilles qui chassaient la bande vorace des agioteurs; le louis, qui avait baissé, ramenait la confiance et Fespoir; et cependant le louis est augmenté encore. Le gouvernement a donc de fortes raisons pour ne pas ordonner cette clôture? L'agiotage exerce toujours le ravage: les cafés du Palais-Égalité sont devenus les comptoirs de ces négociations; ils affichent Tinsolence ; les échantillons se passent de main en main; leur commerce achevé, ils combinent la veille le prix du louis pour le lendemain. Les autorités, la police, les mesures que l'on peut prendre sont le sujet de leur insolente dérision. Ils se vantent hautement d*écha'pper à la taxe de l'emprunt forcé. La plupart n'ont point de patente et sont au fait d'échapper à toutes les mesures. Ce sont les plus vils contempteurs des lois. — Dans les cafés rôde une espèce de gens qu'on soupçonne être des prêtres défroqués; ils avilissent la monnaie républicaine; dans leur sainte fureur, ils annoncent que ce numéraire républicain ne sera pas reçu des habitants des campagnes, parce qu'il a été fabriqué avec le produit des vases sacrés. On pourrait leur répondre que les gens de campagne, aussi maîtres fripons que les agioteurs de Paris, ne sont pas si scrupuleux, et que, pour peu que l'or soit de bon aloi, ils s'imaginent peu s'il provient d'un calice ou d'un meuble d'émigré. — Le procès de Cormatin fait aussi le sujet des entretiens; il paraît avoir un grand nombre de partisans, qui cependant affectent qu'il sera condamné, par la raison, disent-ils, qu'il est traduit devant une Commission militaire, au mépris de la Constitution. — On craint, si le gouvernement n'y met ordre, que le louis, ballotté par l'agiotage, ne monte plus haut qu'il n'a jamais fait. Il parait aussi qu'il se fait beaucoup d'affaires en numéraire, et cependant que Tagiolage établit dans ses conventions la différence entre un louis d'or et la pièce d'or de 24 francs frappée au coin de la République. Aujourd'hui, à onze heures du matin, un rassemblement indiqué par les ouvriers imprimeurs du Couirier de Paris à tous les ouvriers imprimeurs employés au service des journalistes, doit avoir lieu chez le citoyen Hubert, marchand de vins, rue de Harlay, près le Palais de Justice; le Bureau central, instruit par les rédacteurs du Courrier de Paris, a donné des ordres pour faire surveiller ce rassemblement, en connaître la vraie cause et parer sur-le-champ aux inconvénients qui en pourraient résulter. — La tranquillité n'a point
503 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [13 décembre 1795]
été troublée aux portes des bouchers et des boulangers, et cependant un de nos rapports nous annonce qu'il n*y a pas eu hier de distribution de pain dans les sections du Nord et de Bondy. A ce sujet, on disait qu il fallait qu'il existât une faction royaliste dans le sein même des deux Conseils; Lanjuinais, Boissy d'Anglas, Rovère et Saladin étaient indiqués comme chefs de cette faction, qu'ils ont juré de soutenir pour perdre la République; le même rapport ajoute que, dans plusieurs endroits, on répétait la même chose. Spectacles. — Quoique Taffluence y ait été considérable, il ne s'y
est rien passé de contraire au bon ordre ni aux mœurs Il
faut observer que c'était dimanche, et que, ce jour, ce n'est pas tout à fait le même monde qui va aux spectacles que les jours de la semaine et de la décade... ...
Hannocoue-Guérin.
(Arch. nat., F » «= III, Seine, 17.)
Rapport présenté au ministre de l'intérieur.
Rassemblements. — Les royalistes sectionnaires du 13 vendémiaire, qui se sont soustraits à la peine due à leurs forfaits, se rassemblent en partie à Saint-Corentin * , près Étiolles, district de Mantes, chez Gousion et Ayaume, cultivateurs. D'après des renseignements très exacts, ces individus méditent là de nouveaux complots et cherchent à soulever ce canton. Egasse et Chery, de la section de Brutus, y sont aussi cachés ; Vigée, de la même section, y fait de fréquents voyages.
Terroristes. — Ceux que Ton désigne sous ce nom, atterrés par la justification de Cadroy, Mariette et autres*, ne comptent plus, pour faire ressusciter leur parti, que sur le rapport de la Commission des procès-verbaux et que sur quelques membres des deux Conseils ; ils désignent pour leurs principaux soutiens Chénier, Bentabole, Villers, Villelard et Lecointe-Puyraveau. Lorsque, disent-ils, la Commission fera son rapport, dont le résultat doit être l'expulsion de la majeure partie des nouveaux députés du Corps législatif, nous nous attendons bien que ces députés feront résistance, mais Ton profitera de cette occasion pour leur appliquer les menées qui seront dirigées contre eux; pendant ce temps, la Société du Panthéon forgera une vigoureuse adresse, dans laquelle elle demandera Tentière exécution de la