‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 88 sur 141 · DVI · texte numérisé non relu

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Rapport du bureau central du 24 frimaire.

Esprit public, — La nouvelle de la clôture de la Bourse ', depuis â longtemps désirée, a été apprise et reçue avec acclamation dans les spectacles et dans les cafés. Les habitués et les agioteurs étaient déconcertés, et cependant ils se cherchaient le soir au Palais-Égalité et se demandaient le cours de Tor et des marchandises. « En vain Ton cherche à nous détruire : il sera diffîcile de nous empêcher de faire notre commerce. » Voilà leurs propos. Leur intention est de se réunir au Palais-Égalité, dans le jardin, sous les galeries et au café de Chartres ; voilà leur plan pour se rallier. Malgré la joie qui résulte de cette mesure du gouvernement, les plaintes croissent tous les jours sur l'augmentation des marchandises ; elles sont plus que doublées depuis un mois ; le vin se vend jusqu'à 100 francs la bouteille; la viande, les autres denrées sont en proportion. La misf^re est à son comble, et il ne reste aux malheureux que de cuisantes douleurs et un peu d'espérance. — On désire voir Texécution de la loi sur Temprunt forcé ; on désire surtout qu'elle frappe avec rigueur sur le marchand, les restaurateurs, les lingères qui, malgré leur air béat el leur dt^votion du dimanche, ont su tirer un grand parti des assignats et ne veulent plus vendre qu'en numéraire. Les marchands, en général, s'occupent peu de la clôture de la Bourse; il semble que, de connivence avec les agioteurs, ils se soient concertés pour ne pas vendre ou pour vendre à un prix fou, même en numéraire. — On parle d'un gros soulèvement qui doit avoir lieu d'ici au mois de janvier, si les choses ne changent pas d*ici à ce temps. La cherté des vivres, la dureté des marchands excitent les murmures et les invectives contre le gouvernement. — Un autre rapport nous annonce que des royalistes achetaient des fusils et des pistolets à tel prix que ce soit, qu'ils vont acheter des cartouches dans les casernes ; il ajoute qu'il a entendu dire, dans un café du Palais-Égalité, par un grenadier du Corps

1. En exécution d'un arn^lé du Directoire du 20 frimaire an iv, le ministre de rintérieur Bénézech avait ordonné que la Bourse de Paris serait fermée à partir du 23. Cf. Moniteur, réimpression, t. XXVI, p. 711, 712. Elle fut rouverte le 2i nivôse, connue on le verra plus loin.

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législatif, que deux individus qui offraient 6 livres en argent pour quinze cartouches à balle avaient été mis à la porte de la caserne à coups de bâton. On ne cite pas le nom, le numéro, ni l'endroit où cette caserne est située. Il sera pris des informations pour s'instruire à fond de la réalité de ce fait. — Les ouvriers imprimeurs, qui s'étaient rassemblés hier dans un cabaret, ont été surveillés; des rapports nous annoncent qu'ils se sont concertés ^r une demande à ^aire aux imprimeurs pour une augmentation de salaire ; leurs conversations n'ont roulé que sur cet objet et le prix des denrées. La plupart de ces ouvriers sont pères de famille ; ils ont cependant vidé plusieurs paniers de vin, et se sont séparés tranquillement. — On ^^altend à une plus abondante distribution de pain ; ce qui y donne lieu, c'est le versement des contributions en nature, dont tout le ^onde parle avec satisfaction. La perception de l'emprunt forcé pro- ^uira sans doute de bons effets ; on s'y attend et on l'espère. — Rien ^e s'est passé aux portes des boulangers; les distributions se sont traites tranquillement et avec ordre.

Spectacles. — . . .Les airs patriotiques [ont été] joués sans qu'il y ait eu de cabale. De la tranquillité pendant la durée du spectacle. Beaucoup de filles entretenues au Vaudeville, mais point d'indécence.

Commerce. Pain, — Partout aux portes des boulangers des plaintes et des murmures sans nombre se font entendre sur la détresse générale. Mais les propos qui se tiennent à cette occasion, sur la section des Quinze-Vingts, paraissent plus particulièrement dirigés contre le gouvernement. « Ceux qui crient Vive la République I d\sa\i'On, ne peuvent être que des gens payés. » Voulait-on imposer silence aux individus qui tenaient de pareils discours ? Ils répondaient qu'ils ne craignaient pas d'être incarcérés, et qu'ils aimaient mieux mourir de mort violente que de misère

Bourse. — Les agioteurs, trouvant la Bourse fermée, se sont rendus pour la plupart au Palais-Égalité, où ils n'affectaient pas une contenance très assurée. Le louis s'est fait, dit-on, 4,500 livres, et est resté à 4,100 livres.

Cousin.

(Arch. nat., AFiv, 1472, et F»<: III, Seine, 17.)

Rapports présentés au ministre de l'intérieur.

I. — Cormatin. — La reprise de l'affaire de cet individu a fait une TÎve sensation parmi les agioteurs et les royalistes; dans les cafés du

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Jardin-Égalité, ils s'invitaient réciproquement à fréquenter le tribunal |)endant la procédure, afin d*inlluencer les juges et de tâcher d'opérer un mouvement, à la faveur duquel ils pussent sauver le préveDU et ses adhérents, c Cormatin, disaient-ils, a été la dupe du gouvernement ; il ne faut pas souffrir qu*il périsse. Montrons plus de caractère que nous n*avons fait jusqu'à ce jour, et abattons ceux qui veulent nous abattre.*» Le même langage s*est tenu au spectacle delà rue Favart et chez les nommées Mezeray et Lange, actrices du Théâtre- Français, chez lesquelles on joue Tor à pleines mains.

Logeurs. — Ainsi que les marchands, ils commencent à exiger du numéraire ou des assignats au cours de Tor; pour mieux étayer leurs prétentions, ils disent que le gouvernement les a lui-même détériorés (5<c), puisqu'il paie le tiers des appointements des employés et fonctionnaires publics en numéraire et que, de plus, il leur donne chaque jour des comestibles.

Maisons de jeu. — Depuis deux jours, on n'y a presque pas joué d'or. Celle de Descarrières, Jardin-Ëgalité, n® 129, n'est composée que de ci-devant. Le bailleur de fonds est un ancien page de Louis XV. Tous frais faits, cette maison a par mois au moins 1,500,000 livres de bénéfice. Les aigles de la maison Robinot sont le chevalier Dejean et un autre homme se qualifiant de baron de Fortisson. Dans les maisons moins relevées, on voit des grenadiers de la Convention, vêtus en bourgeois, jouer 500 et i,000 livres à la triomphe.

SociiUé dite du Panthéon. — On s'y est occupé hier des movensde faire promplement exécuter IVmprunt forcé et de faire connaîire les gros capitalistes. Quelques membres, quoique non imposables, ont promis de faire des sacrifices. Quelques membres voulaient qu'on fil une liste de citoyens pris dans les quarante-huit sections pour la formation des municipalités, elc, mais on a passé à Tordre du jour, motivé sur ce que rassemblée aurait l'air de vouloir influencer le Directoire. Quelques patriotes ayant annoncé que, dans leur département (Seine-et-Marne), on avait rempli les autorités constituées de nobles et de prêtres, et que leur dessein était d'en prévenir le Directoire, la Société, la Constitution à la main, a refusé de les entendre plus longtemps. On y a lu ensuite un projet d'adresse au peuple pour le prévenir contre les atteinles dangereuses que lui portent les pamphlets et les journaux.

Café Chrétien, — 11 y avait hier soir beaucoup de militaires et des ouvriers ; leurs discours ne prouvaient que trop qu'ils attendent sou? peu une crise révoluticumaire dans le Conseil des Cinq-Cents pour renverser celui des Deux-Cent-Cinquante casser les nominations déjà

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'tes et faire rentrer tous les Montagnards destitués. Suivant ce 'ils ont encore dit, on doit présenter au Directoire une adresse minante contre les bouchers, les boulangers et divers employés chefs d^adminislration. La feuille de Babeuf, qui doit paraître noain, ranime leur espoir, parce qu'elle doit présenter selon leur mière de voir la conspiration du 9 thermidor. Affiches. — Les patriotes de 89, qui avaient affiché leurs deux preers numéros, la Vérité au peuple^ ont retranché la Vérité dans r troisième. Celui-ci a été beaucoup lu et même approuvé. Le rap- 't qui doit avoir lieu au Conseil des Cinq-Cents, sur les députés ont des parents émigrés, a provoqué cette affiche. Selon ce qu'on ntendu, il y a grande apparence que ce sont les ex-députés qui cotisent pour payer les frais d'impression, et qui en sont euxmes les rédacteurs. Les gens sensés applaudissaient encore aurd'hui à la conduite du Directoire exécutif relativement aux îcteurs du Bulletin officiel; on craignait qu'il ne fût trop attaaux Jacobins anarchistes.

'après la Commission nommée pour découvrir les friponneries imises par ceux qui ont su se faire procurer injustement des ininilés par les agents ou les employés dans les bureaux du Comité alut public, on ne peut mettre en doute qu'elle ne recherche éga- 2nt tous les anciens agents qui, dès Torigine de la Révolution, aient rien et se trouvent posséder aujourd'hui une grande for- , qu'ils n'ont pu se procurer, malgré les gros bénéfices, sans voler épublique.

n ne doute pas que la demande du Directoire relative au papier >ré ne passe sans réclamation.

i fermeture de la Bourse a excité de violents murmures de la part patentés et des agioteurs ; les premiers doivent se rallier dans les ons particulières, et les autres au Jardin-Egalité, ce qu'ils ont mencé à faire aujourd'hui.

emprunt continue d'intriguer les agioteurs : il se fait moins lals de numéraire à la Bourse entre particuliers, depuis qu'il en uestion. Les riches propriétaires de métaux et même d'assignats issent éviter de se faire connaître ; on traite et on paie sur la ' ; on ne se soucie point, soit comme acheteur, soit comme ven- , de se communiquer son adresse ; en conséquence, il ne s'y fait peu d'affaires. On voit clairement que chacun se tient sur la ve.

hausse de l'or y provient du plus ou du moins d'afiïuence des de la campagne. Lorsqu'on y en voit arriver, on peut compter

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sur une progression hors de proportion, parce que les assignats leur coûtent si peu à gagner, et ils en font si peu de cas, que le numéraire n*est jamais trop cher pour eux. Tous les calculateurs qui raisonnent sur Temprunt se persuadent de plus en plus que le gouvernement n*en viendra à bout qu*en forçant, par une mesure générale, tous les assignats de se mettre en évidence. La voie du timbre est la seule qui puisse arriver à ce but ; car, si l'effet de l'opération projetée doit être de ramener, en dernière analyse, les assignats au pair, tous les gens à fortune cachée échapperont et seront plus riches encore qu'ils ne le sont, quand le papier sera devenu rare.

Le sel est un des articles sur lequel les spéculateurs ont le plus ouvert les yeux ; le représentant Lozeau, de la Charente-Inférieure, s'est le plus enfoncé dans cette carrière, et il parait qu'il n'a pas beaucoup laissé à glaner; il a, dit-on, accaparé tous ceux du district de Marennes, et son agent Papillon, qui tient son magasin à Rouen, a trouvé le moyen, depuis le 13 vendémiaire, de le faire monter dei à 35 livres. On sait que ce représentant a lutté pendant quelques jours contre l'opinion de son affîdé, qui voulait se dépécher de vendre, pour ne pas manquer l'acquisition d'un superbe cabinet d'histoire naturelle ; mais Tadroit Papillon, qui sait que le sel vaut mieux par son utilité que des coquilles, a tenu bon, et sa tactique a réussi. 11. — Le Messager du soir offre l'article suivant, extrait de XXml

des lois * ,

On lit dans le Censeur une lettre relative à l'état déplorable où on laisse les pensionnaires du trésor public, les rentiers de l'État et les propriétaires de maisons d'habitation ; dans cette lettre, on invile le Censeur à répéter souvent aux gouvernants qu'ils doivent à la propriété de ces malheureux la même garantie qu'ils ont accordée à celle des citoyens qui possèdent des fonds de terre, et pour lesquels on a décrété le paiement en valeur de 1790 de la moitié de leurs baux. Le gouvernement a pourvu à toutes les classes des autres citoyens, et, par son insouciam^e eriminelle, celles des pensionnaires rentiers et propriétaires do maisons sont condamnées à mourir de faim dans les convulsions du désespoir.

Le Journal des Lois est fort étonné, ainsi que tous les honnêtes gens, à ce qu'il dit, (pi'à l'ouvrrture du théâtre du Vaudeville, on ait chanté par ordre, entre les deux pièces, la Marseillaise et le Chant du Départ, Le journaliste, après avoir observé qu'un ordre précédent avait été donné de ne plus chanter aucuns couplets étrangers aux pièces

1. Suit l'article do Wimi des luis sur Merlin (de Thionville\ nue nous avuas reproduit plus haut, p. :k)l.

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représentées, ne sait à quoi attribuer cette fluctuation dans la volonté du gouvernement; il ajoute qu'il persiste à croire que la place de l'hymne superbe des Marseillais n'est point du tout au spectacle, et que les paroles y sont extrêmement devenues hors-d'œuvre, et même qu'elles sont inconcevables, surtout si Ton considère les fausses applications qu'y pouvaient y faire, après le 13 vendémiaire, les révoltés sectionnaires et les Chouans qui les conduisaient.

« On raisonne diversement sur l'emprunt forcé, dit la Gazette française ; les uns craignent que la répartition n'entraîne avec elle des mesures odieuses et inquisitoriales, qui nous reporteraient aux époques les plus douloureuses de la Révolution; d'autres se félicitent de cet emprunt, comme d'un moyen salutaire qui mettra le gouvernement dans le cas d'adoucir les maux du peuple, et fera tomber, au moins pour un temps, les déclamations virulentes du Tribun et des clubs dont ce journaliste est l'organe *. »

Le Courrier de Paris annonce qu'à Nogent-le-Rolrou les Chouans continuent d'infester ces cantons et de commettre des vols et des pliages sans nombre, envers ceux principalement qui ont acheté des 3iens nationaux; ce qu'ils exécutent d*autant plus facilement que ces meiennes propriétés d'émigrés sont toutes isolées dans le département de l'Orne.

On assure, dit le Mercure universel (et quelques autres journaux), ^ue le Directoire exécutif va publier une proclamation pour mettre le [>euple en garde contre les efforts renaissants de certains exagérés, |ui ne tendent à rien moins qu'à replonger la patrie dans de nouveaux troubles, et que son dessein bien formé est de maintenir la concorde il la tranquillité publique, que ces efforts semblent menacer.

Le Courrier de V Égalité assure que la baisse de l'or ranime les espérances, qu'on parait croire au bien que produira l'emprunt idopté par le Corps législatif, et que ce qui fait un merveilleux effet lans l'esprit public, c'est que ce plan a été proposé par le Directoire exécutif. Celte circonstance, ajoute le journaliste, réunie à toutes relies qui marquent évidemment les intentions du gouvernement, concourt à lui mériter la confiance, sans laquelle, avec la meilleure rolonté, il ne pourrait faire le bien.

Le Courrier républicain et presque tous les journaux parlent de la ituation politique de Marseille, depuis le renouvellement des auorités constituées de cette commune, renouvellement qui a d'auant plus étonné qu'il a eu lieu à l'approche de la convocation des

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