Voir la Gazette française du 22 frimaire an IV, p
assemblées primaires, à qui, d*après la Constitution, apparlieim t irrévocablement le droit de choisir les magistrats. Quoi qu*â en soit, six mois avant ce changement, la ville était tranquille depuis elle ne Test plus ; des scènes tragiques se sont renouvelées M Marseille depuis Tépoque de ce renouvellement; on raisonne diverse» < ment sur la situation des anciens magistrats, et on présume que L^ négligence qu*on leur a reprochée injustement à propos des évén^ . ments de prairial dernier n*en est pas la cause principale. Au rest^ ajoute le Courrier de Marseille, d*où est extrait cet article, le peu|^l« crie misère et va goûter le dimanche à la guinguette ; la chemine coûte 10 et 15 francs de blanchissage, et tout le monde change de lin g^ une ou plusieurs fois par semaine ; les femmes n'étalèrent jamais tant de luxe * •
L'Ami des Lois tourne en ridicule les ennemis de la chose publique, qui ne se plaisent que dans le désordre, et qui voient surtout avec chagrin la marche assurée du Directoire ; les crimes qu on lui impute, les voici : 1® il ne confie pas assez ses secrets à tout le monde; 2* il ne choisit pas ses agents au gré des coteries qui veulent dominer; 3* il ordonne, conformément à la loi, la poursuite des révoltés du 13 vendémiaire ; \^ au lieu d^adopter les mille et une rêveries en finances, il a proposé tout uniment de faire contribuer au soulagement de l'Etat ceux qui, par la nature et Tétendue de leur fortune, ont plus dlntérèt (pécuniaire s*entend) que les autres au rétablissement du crédit pu* blic. Ces quatre chefs d'accusation, ajoute le journaliste, sont extrêmement graves; cl doivent provoquer une vengeance éclatante, à moins que le Directoire, touché de repentir, ne se convertisse très promptement, suivant le vœu des Chouans et des contre-révolutionnaires de toutes les espèces et de toutes les couleurs.
(Arch. nat., A F iv, 1472.)
Journaux.
Courrier républicain du 2i frimaire : « Pendant la clierté exln>ine de h viande, le peuple se rejetait sur le poisson, qui arrive avec assez d*abondanri dans celte saison ; mais Tagiolagc des regratliers tue encore celte ressource plutôt que de se relâcher sur le prix, le poisson est enfermé Je soir dans de caves, ou lavé à l'eau, pour être» revendu le lendemain pourri. »
1. Voir le Courrier républicain du 21 frimaire, t. XI, p. 510-312.
513 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [i5 décembre 1795]
DVII
Rapport du bureau central du 25 frimaire.
Esprit public. — On est satisfait, en général, des mesures prises par le gouvernement pour déraciner Tagiotage. On applaudit aux patrouilles et aux visites qui se font dans les cafés du Palais-Ëgalité pour en chasser tous les agioteurs. Il parait cependant qu'ils font toujours leur commerce, et ces messieurs font entre eux mystérieusenaenl, de gré à gré, des ventes et achats de grains, d'or, d'argent et <Je vin. On dit que, dans leur commerce particulier, ils courent de maison en maison, et achètent 1,200 livres Técu de 6 francs; et ^^ même la petite monnaie. Ce qu'il y a de plus certain, c'est ^'augmentation journalière des marchandises, c'est le discrédit total i^ assignats, c*est la cupidité horrible du marchand, c'est l'avarice inébranlable du paysan. Ce dernier vend son boisseau de pommes de terre 300 livres en assignats; il le vend 3 livres l'écu rond (c'est ainsi 1^*11 appelle le numéraire). Chacun cependant sait qu'un boisseau de pommes de terre ne s'est jamais vendu en argent plus de 15 ou ^ sols. Ajoutez que cette denrée n'est point rare et que le numéraire ^^8t extrêmement. Si la rentrée du produit de l'emprunt forcé est *^ssi prompte dans le Trésor national que les désirs sont pressés de '® Voir exécuter, le gouvernement n'aura rien à désirer. Le marchand, ® iïanquier, le négociant, tous les gens à patentes s'attendent à n'être ^^^ menacés; aussi n'y a-t-il pas de moyens qu'ils n'emploient pour ^ndre le plus cher qu'ils pourront, surtout en numéraire, pour ^^plir le montant de la taxe à laquelle ils seront imposés. Les res- ^■'a.teurs, les marchands de vin, les épiciers se sont tracé la même ^^^. Ce sera donc le tour aux administrations à dégraisser ces ^V^tes avares et à leur faire regorger le fruit de leurs illégitimes ^^flces. — On s'entretient de la situation du général Pichegru; on •*'^ avec plaisir des succès qu'il a obtenus sur les Autrichiens; on ■^î ^ que la première affaire qu'il aura pourra déterminer la paix. ^ esprits irrités en Angleterre, les mesures prises en France pour ^^liorer les finances, contribueront beaucoup à accélérer cette paix -'-^sirée. — Le peuple compte toujours sur une distribution pro- ^ Sne et plus abondante de pain. On est étonné de ne pas voir l'or-
[i5 o^.GEMBRK 1795] DIRECTOIRE EXËGL'TIF 5t4
ganisation des municipalités. Les Comités civils sont absolument usés. Le peuple n'a pas une grande confiance dans leur surveilltnce des bouchers et des boulangers. C'est lÀ la cause principale de ses murmures aux portes des boulangers. — Les rentiers s^attendenl à recevoir leurs rentes en numéraire; leur patience égale leur misère; ils ont tout vendu; il ne leur reste que respérance^et le bruit qui s est répandu hier soir qu'ils seraient payés en argent leur fait déjà oublier tout ce qu*ils ont déjà souffert. — On nous rapporte que les environs de Mitry, près Claye, département de Seine-et-Marne» sont infectés de brigands, qui pillent tout ce qu'ils rencontrent, sans cependant commettre d*assassinats. Ils placardent des affiches qui invitent tons ceux qui voudront s'enrôler avec eux et leur promettent 50 livres par jour. On se plaint, en général, du peu de sûreté sur les grandes routes; point de gendarmerie; le service [est] mal fait; les patrouilles sont très rares pendant les nuits dans Paris. — Tel est l'extrait exact de nos rapports.
Spectacles, — Ils ont été tranquilles. Le public y était nombreux. Le Vaudeville n*a point été troublé ; les loges de ce spectacle n'offrent plus le coup d'œil de l'indécence et de la prostitution. Les filles publiques qui s'y trouvent ne se permettent plus de propos sans être sévèrement tancées. En général, on se plaint de les voir commencer trop tard et finir de même
Marchés. — Le désordre était à son comble au carreau des pommes
de terre ; la force armée, composée de trente hommes, n'a pu
rétablir le calme
Agiotage. — Les inspecteurs ont reconnu, au Jardin-Égalité, un grand nombre d*habitués de la Bourse; mais, dans ce même temps, se promenaient audit endroit deux commissaires de police, à la tête d'un fort peloton de force armée, ce qui leur imposait et les contrariait beaucoup dans leur trafic; le louis s'est fait, dit-on, 4,400 livres.
(Vrch. nat., AFiv, Wli, et F»« llf, Seine, 17.)
Extrait des rapports particuliers.
A midi un quart, le commissaire de police delà section de laButtedes-Moulins, accompagné de la force armée commandée par l'adjudant général de la légion de police, a commencé par faire une visite dans tous les cafés, cabarets et autres lieux publics environnant le jardin; il a donné connaissance à tous les citoyens qui s'y trouvaient
515 DIRECTOIRE EXECUTIF [i5 décembre 1795].
des défenses faites, sous peine d'arrestation, de s y livrer à aucune opération de trafic ou d'échange, et aux maîtres desdits lieux de la peine qu'ils encourraient, s'ils toléraient dans leurs maisons lesdites opérations. Cette proclamation a produit Teffet le plus prompt : en un instant, les cafés, cabarets et tabagies ont été vides; seulement, au café des Canonniers, il était resté environ quarante personnes; après le départ de la force armée, quelques-uns ont dit : « On demande la guerre; eh bienl nous nous battrons. » — Cette première opération a fait refluer tous les agioteurs vers le Perron, en dehors du jardin, et sous les colonnades tant du côté du théâtre de la Montansier que dans l'autre partie parallèle; la force armée s'y est portée pour diviser et dissiper ces nombreux rassemblements ; on y est parvenu, mais avec peine. Six des agioteurs, ou acharnés à se réunir, ou pris en flagrant délit, ont été arrêtés et conduits au Bureau central ; on les interroge en ce moment. La force armée s'est retirée à sept heures du soir. Elle se réunira demain à midi; la répression de l'agiotage sera constamment maintenue dans ce lieu. On n*a eu à réprimer aucun fait de résistance formelle à Tautorité.
HOUDEYEK.
(Arch. nat., F» «III, Seine, 17.)
Rapport présenté au ministre de l'intérieur.
Les assignats se discréditent de plus en plus; on regarde leur entière annihilation comme prochaine. On compte les moments; on voudrait pouvoir les abréger, tant on est fortement convaincu qu'avec les assignats point de salut. Les habitants des campagnes des environs même de Paris n'en veulent plus pour leurs denrées, qu'ils vendent en argent, à un prix point moindre qu'autrefois. A la foire de la Saint-Martin, à Pontoise, tout y a été porté à un prix inconcevable. Des chevaux y ont été vendus jusqu'à 100,000 livres. — L'opération qu'on attend sur les finances tient en haleine tous les esprits; les uns en craignent l'issue, les autres espèrent beaucoup, mais généralement on désire que la vente du numéraire soit défendue, parce que, d'une part, elle tue les assignats, elle les fait tomber au point où ils sont^ et que les marchandises suivent la progression. — Le discours qu'a fait le roi d'Angleterre sur la situation actuelle de la France ' produit un très mauvais efl'et, décourage les esprits
1. n s'agit sans doute du message du roi lu à la séance de la chambre des Communes du 9 décembre 1795, et qu'on trouvera dans le Moniteur, réimpression, t. XXVII, p. 137.
[15 DKCEMUBE i795J DIRECTOIRE EXÉCUTIF 516
faciles à se laisser séduire et leur ùle toute lueur d'espérance d'un meilleur avenir. On est surpris que le gouvernement en permette la circulation par la voie des journaux. — De quelques côtés qu'on se tourne dans les rues, on n'entend parler que de vols. — Au marché Saint-Martin, le peuple s'est fait délivrer, ce matin « du pain à 40 francs la livre. Les pâtissiers, qui hier le vendaient 50 livres, craignant d'être pillés, Font sur-le-champ baissé à 23 livres. — La loi sur Tapprovisionnement de Paris a ranimé Tespérance; on va souffrir avec plus de patience, surtout lorsqu'on saura que la loi commence à s'exécuter; ce qui rassure encore, c'est qu'on est persuadé que le ministre de Tintérieur a entre les mains tous les^ moyens d'exécution. — Ce qui s'est passé au Comité général * n'ayant pas transpire, les politiques ont fait des conjectures chacun à leurs manières; cependant on était étonné que l'or eût baissé au moment où l'on devait craindre une démonétisation, et l'on pense que le gouvernement avait occasionné la baisse afin de donner quelque crédil à l'opération financière qui occupait le Conseil des Cinq-Cents. — Les ouvriers du faubourg Honoré et quartiers environnants, convaincus que la disette momentanée du pain ne vient point de l'imprévoyance du gouvernement, mais de l'intrigue des fermiers et des royalistes ont dit qu'ils paieraient plutôt le pain 100 livres la livre que de s'insurger. — Le commencement de l'air de la Marseillaise^ hier, au théâtre llalion, a d'abord élé applaudi, mais il a été ensuite couvorl de bruit jusqu'à la fin; le Chant du Départ^ qui lui a succédé, a élé généralement bien reçu. — Hue Ticquetonne, n® 7, à l'entresol, accaparement considérable de chandelle. — Les cafés du Jardin-Égalilé, hier soir, étaient si pleins qu'à peine pouvait-on y entrer; il n'y élail (juestion que de finances et du discrédit des assignats. Celui ci-devant Chartres était le seul où l'on parlait de marchandises d'or et d'argent. — Le bruit ayant couru que le Directoire allait rétablir la garde parisienne, personne n'a paru se soucier de reprendre des armes, que l'on ne croyait pas avoir mérité de perdre; il est douteux que J on s'enrôle encore une fois. — Hier, sur le Pont-Neuf, le peuple, voyant des marchands vendre du pain à 30 et 35 livres, se l'est fait donnera 10 livres, sans causer le moindre tumulte; il veut en faire ainsi dts autres denrées. — Hier soir, vers les sept heures, une douzaine de personnes se sont assemblées au café des Bains-Chinois. Leurs entretiens annoncent qu'elles se connaissent de longue date. Ce matin, à onze heures, il n'y avait personne. — Les commissaires qui dis-
1. (l'o.st-ii-ilire ù la séaiire non publique du Conseil des Cinq-Cents.
517 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [16 dkcembre 1795J
tribuent depuis cinq mois et sans interruption le pain chez le nommé Pelitjean, boulanger, Fue de Chartres, ont effrayé les citoyens en leur disant, à rinstant qu'ils coupaient deux jours sur les cartes, au lieu d'un : a Ne vous effrayez pas d'avance : cela durera jusqu'à Pâques.» Plaintes très vives, notamment dans la section Fontaine-Grenelle, sur la mauvaise qualité du pain. Peu de pain sur la place du Jardin- Egalité. — Le silence que garde le gouvernement sur la Vendée inquiète beaucoup les patriotes; ils craignent des revers dont on ne veut pas alarmer le public. Beaucoup de républicains appellent la surveillance du gouvernement sur de prétendus négociants qui arrivent d'Orléans, et qui ne viennent à Paris que pour recruter pour la Vendée, ou pour apporter les correspondances des chefs qui ravagent cette contrée. La suspension du procès de Cormatin est généralement mal vue ; on ne peut croire qu'il y ait des raisons assez fortes pour ne pas le juger.
Café des Bains-Chinois^ huit heures du soir, — Le café des Bains- Chinois parait fréquenté par des voisins et des habitués, qui, à leur mise, paraissent plutôt des sans-culottes que des royalistes, et, à leurs pfropos, s'annoncent pour des terroristes; quelques-uns, en effet, parlaient avec humeur des insultes faites à Marat deux ans après sa mort. Auprès du poêle, on accablait de reproches les agents des subsistances et leurs suppôts, qu'on disait s'enrichir beaucoup. Au comptoir, on lisait un journal où il était question de la proclamation du soi-disant Louis XVIIl, et on paraissait y prendre quelque intérêt.
(Arch. nat., AFiv, 1474.)
Rapport du bureau central du 26 frimaire.
Esprit public . — Les fréquentes patrouilles qui rôdent autour des ^afés du Jardin-Égalité finiront parfaire disparaître tous les agioteurs. La rage de ces derniers les portera à des excès qui attireront sur eux toute la vengeance du gouvernement. Le peuple voit avec plaisir la surveillance dirigée contre eux, mais il s'indigne de la continuation du renchérissement des espèces d'or et d'argent, dont ces agioteurs sont les agents. Les marchandises, qui sont toujours hors de sa portée
le discrédit total des assignats, qui opc^re la ruine de tous les individus, excitent les plus violents murmures. Partout, on dit que si, «ricià quinze jours, les moyens les plus efTicaces ne sont pas employés, les plus grands désordres pourront naître. Ce qui ajoute à Tindignation générale, c'est de voir des agents de la République qui ont été employés, soit pour les vivres de farmée, soit dans les subsistances des communes, gorgés de richesses qu'ils ont volées, en jouir effrontément et s'en vanter avec insolence, en insultant à la misère publique. On désire ardemment que l'emprunt forcé fasse justice de tous ces vampires, et que le gouvernement livre enfin à l'examen le plus sévère toutes ces fortunes si scandaleusement et si promptement amassées.
— Les entretiens ne roulent que sur l'état des finances de la France et les moyens possibles qui restent pour les améliorer. L'emprunt indirect, les acquéreurs à vil prix des biens nationaux, voilà, dit-on, deux mines bien précieuses à fouiller. De l'ordre, de l'économie dans les dépenses, voilà encore les moyens qui serviront la chose publique.
— Des militaires disent, dans les cafés, que les dépenses pour l'armée se font toujours comme si elle était au complet, et que cependant elle est à peine au quart, et que les commissaires des guerres, les ordonnateurs, les préposés aux subsistances militaires font payer le gouvernement comme si les armées étaient complètes. Ces narrations font taxer le gouvernement de négligence, et de là les raisonnements de tout genre et les propos contre le Directoire. — On attend le résultat des mesures prises pour la perception de l'emprunt forcé. L'indignation publique dé-^igne les fermiers, les paysans, les marchands, comme ceux qui doivent être frappés avec le [)lus de rigueur par cet emprunt; les riches propriétaires qui n'ont rien fait pour la Révolution ne s(uit pas épargnés. A cet égard, on est plein de confiance dans le gouvernement. Mais le rentier, qui ne peut plus se procurer les premiers besoins de la vie, exhale toujours ses plaintes. Les boulangers sont toujours taxés de friponnerie; les commissaires, de complicité avec eux; les bouchers, de voler la graisse de la viande. La prompte organisation des municipalités mettra un terme à ce brigandage. En général, quoique tous ces murmures semblent menacer la tranquillité pubUque, elle n'est point troublée. Les efforts que Ton fait de tontes parts, l'intérêt même du gouvernement et sa sollicitude, voilà ce qui retient les esprits exaspérés; chaque jour annonce le terme de tant de maux, et le résultat des conversations est que la situation actuelle ne peut durer longtemps
Hannocque-Guérin.
(Arch. nal., AF iv. 1172. et F « MH, Seine, 17.)
519 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [16 décembre 1795]
Extrait des rapports particuliers.
Journaux. — . . . Timeo Danao$ et dona ferentes^ dit le Bonhomme Richard en parlant de la représentation qui a été donnée par le théâtre du Vaudeville pour le profit des pauvres; le Bonhomme ne parait
pas croire du tout à la résipiscence de ce théâtre — Le Courrier
de V Égalité pense que tous ceux qui composent les Sociétés dont on parle tant sont ordinairement des intrigants et des sots dupés; ce journaliste n'est pas clubomane. — Plusieurs journaux annoncent que la roule de la Vendée est entièrement libre, et que les Chouans de la Loire ont été plusieurs fois repoussés par les républicains, qu'ils avaient osé attaquer.
Société populaire du Panthéon. — L'on s^occupe toujours, dît VObsef^vateur, dans cette Société, des intérêts et du bonheur du peuple. Dans une des dernières séances, on a beaucoup parlé des infidélités commises par les bouchers, boulangers et par les commissaires des Comités civils et de bienfaisance. On s'y est également entretenu des citoyens qui volent la République en recevant une plus grande quantité de pain et de viande qu'il ne doit leur revenir. On s'y est plaint de ce que les portiers profitent des cartes des citoyens qui ont leur domicile hors de Paris, et Ton a demandé que Ton exigeât à l'avenir la présence des personnes nanties de caries. Dans la même séance, un citoyen, nommé Féru, a fait lecture d'une lettre de Marseille, par laquelle ou annonce que tout va bien dans le Midi, que les citoyens qu*on s'est plu de qualifier de terroristes sont en place ; le même a ensuite fait part à la Société d'un discours prononcé par le maire de la commune de Toulon, lequel discours a paru écrit dans le style le plus patriotiquement énergique. On s'y est également occupé de la réponse à faire aux diatribes lancées contre la réunion par le soi-disant Courrier républicain et autres journalistes chouans ; une adresse au peuple a été faite pour contrebalancer tout ce qu'ils ont pu dire contre les patriotes. Enfin on a cru remarquer que le très grand nombre de ceux qui composent cette Société sont tous patriotes et Jacobins sans manifester l'intention de le paraître. Si quelques sanguinocrates se laissent apercevoir, on y voit aussi d'excellents citoyens, ne voulant que le bien, scrupuleusement attachés aux principes de la Constitution, et par ce moyen modérant les excès d'un patriotisme, qui, manquant de lumières, pourrait devenir dangereux. L'on assure que Châles, retiré comme colonel aux Invalides, continue toujours sa manière de parler et d'écrire ; il est toujours l'auteur de Y Ami du peuple»
{Arch. nat., AFiv, 1472.) HOUDEYER.
Rapports pRÊSDfTÊs au hiiustre de L'ovréRKUiu
I. — Cormatin. — L^affiche nouvelle de cet individu a eu aojourd*hQi beaucoup de lecteurs ; le public pense qu'elle n^est point de lui, mais bien d'une faction qui cherche à perdre Siéyès, Cambacérés, TreBhard et quelques autres. Beaucoup d'individus, qui aujourd'hui sont allés le voir juger, et dont la majeure partie portait des cadenettes, voulaient persuader au peuple qu'il était irréprochable ; mais le peuple, qui le regardait comme un scélérat, a vivement applaudi an
discours du rapporteur. La séance a été levée à deux heures
Sociétés. — Il vient de s'en former une nouvelle, rue Honoré, aa ci-devant h6tel de Noailles. Le nommé Buard, ci-devant gentilhomme du duc d'Orléans, et Lemaire, traiteur, rue Traversière, en sont les fondateurs. Une division de celle du Panthéon, qui ordinairement fréquente le café des Bains-Ghinois, disaithier soir que, dans la Société beaucoup d'individus regrettaient la Constitution de 93, et qu'il fallait le leur pardonner en faveur de leur excès de patriotisme. Il est bon de remarquer que tous ces patriotes, depuis quelques jours, ne sortent qu'armés de sabres et de pistolets. L'autre division, qui fréquente le café Chrétien, a résolu d'inviter Lebois à déchirer dans sa feuille Merlin (de Thionville) et le journaliste qui a désavoué que ce représentant se fût initié dans la Société du Panthéon; ils espèrent toujours que, sous peu, il y aura un coup décisif qui, en abattant le royalisme, relèvera la Montagne. Emprisonnements, déportations, bannissements, échafauds, voilà toujours de quoi il est question dans ce café.
Rassemblements, — Diaprés les renseignements très positifs que Von s'est procurés, les royalistes se rassemblent à Poissy et à Boulogne. Ils achètent à Paris beaucoup d'armes à feu.
Bourse, — Sa fermeture fait dire au^c marchands que leurs marchandises vont encore devenir plus rares et plus chères, parce que chacun fixera le cours à son gré. Si la gent mercantile est fâchée de cette fermeture, le peuple, au contraire, en est enchanté.
Maisons de jeu, — Depuis quelques jours, les maîtres de ces mai' sons gagnent des sommes considérables. Hier, un particulier a perdi chez Maury 800,000 francs ; chez Bossard, on a joué hier soir jusque vingt doubles louis par partie de triomphe. La femme Robinot ne veu plus ouvrir ses portes qu'à des ci-devant, ou à des roturiers extrême ment riches.
Jeunes gens. — Partout ils disent qu'ils ne partiront pas pour 1(
521 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [i& décembre 1795]
armées, et que, si on les y force, ils prendront la roule de la Vendée. Cormatin, selon eux, est le plus honnête homme du monde : ils n*ont point abandonné le projet d'opérer un mouvement pour Tarracher, s'il est possible, au châtiment que doit lui infliger la loi.
On désirerait que le gouvernement, lorsqu'il fera ouvrir le théâtre des Variétés, Jardin-Égalité, tînt fermé le foyer, parce que c'est là où ces messieurs, non seulement médisent du gouvernement, mais encore tiennent Bourse pendant l'hiver.
Les militaires courent les cafés, y font beaucoup de dépenses, et y occasionnent des rixes. Tous les soirs vers les dix heures, au Palais- Égalité, on en voit avec les filles. Quoiqu'ils soient déguisés en bourgeois, on les reconnaît facilement.
On entend partout des plaintes sur le renchérissement des denrées, le retard de la distribution du pain, contre les agioteurs et les accapareurs, mais elles n'ont aucun caractère de révolte ; dans tous les groupes qui se forment çà et là, on n'y parle que de ces
objets
II. — Ami du peuple. — La proposition qui a été dernièrement faite au Conseil a vivement excité la bile de Lebois ; il s'agissait de remettre sur le tapis la question de la liberté de la presse. Elle a donné lieu au journaliste de peindre sous les couleurs les plus noires quelques représentants du peuple. 11 appelle Boissy d'Anglas un perfide, dont l'opinion publique a déjà fait justice ; Aubry, un Sardanapale; Saladin, un boute-feu, auteur de la guerre du 13 vendémiaire ; Lanjuinais, un vicaire fanatique de la guerre de la Vendée ; Rovère, un assassin des patriotes, un des dictateurs des anciens Comités et un défenseur officieux des Chouans du 13 vendémiaire ; Cadroy, Chambon et Mariette, des septembriseurs du Midi. Après ce début, l'auteur fait complètement l'éloge de Robespierre, du régime de sang qu'il avait organisé; il fait le procès à la révolution du 9 thermidor; il excite le pauvre contre le riche et prêche le pillage des propriétés. 1® Il fait réloge de Robespierre. Avant l'époque fatale du 9 thermidor, quelques génies vertueux, que la nature avare accorde rarement, conduisaient le peuple au bonheur. Les agents de la tyrannie en ont frémi de rage ; ils ont opéré la révolution du 9. 2* Il fait l'éloge du régime sanguinaire organisé par Robespierre. Avant le 9 thermidor, le peuple était heureux et la République triomphante ; depuis cette époque, la République a été déchirée, et l'on est parvenu à pouvoir affamer impunément le peuple. S*» Il excite le pauvre contre le riche. Les ennemis les plus acharnés du peuple sont les riches, car leur joug et celui des rois est le même. 4^ Enfin il prêche le pillage. Le
[17 DiccEMBRB 1795] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 521
peuple peut tout; il lui sufQt de se mpntrer pour que ses ennemis rentrent dans la poussière.
(Arch. nat., AF iv, 1472.)
Gazette française du 26 frimaire : « Les distributions de pain, longtetaps irrégulières, se font maintenant d'une manière plus suivie et plus uniforme. Le pain est d*unc meilleure qualité. Si ce mieux est de longue durée, et que le froid ne soit pas plus piquant qu'il Ta été jusqu*à ce jour, cet hÎTer, que noos envisagions avec cflTroi, se passera moins douloureusement qu'on n'avait \m de le présumer. La fermeture de la Bourse a encore réjoui le peuple; peat* être le prix des marchandises n'en suivra pas moins sa progression rapide; mais la cause de renchérissement étant moins sensible aux yeux do grand nombre, il sera plus facile de lui faire supporter le renchérissement laiméme ; le nom de Bourse est devenu si odieux, qu'il sera bien difficile de le populariser. On espère toujours d*heureux résultats de la loi sur Tempront forcé. » — « Merlin (de Thionville) n'est point de la Société du Panthéon; il a écrit à plusieurs journaux qu'il n'a jamais pensé à se faire membre d'un elob où l'on assure que sont réunis beaucoup de frères qui ont figuré contre la Convention en thermidor, germinal et prairial. Il s'étonne même que le Directoire n'ouvre pas les yeux sur Texistence de cette étrange Société. » — Censeur des Journa'ux du 26 frimaire : <c Un fiacre me demanda hier 600 livres pour me conduire du Temple au faubourg Saint-Germain. »